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Que lire après « 1984 » de George Orwell ?

Que lire après « 1984 » de George Orwell ?

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Publié en 1949, 1984 de George Orwell dépeint une société totalitaire dominée par Big Brother, où la surveillance, la propagande et la falsification de l’histoire servent à maintenir le pouvoir absolu du Parti. Le roman a imposé dans le langage courant des notions — novlangue, double pensée, police de la pensée — que l’on emploie encore aujourd’hui.

Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions dans la même veine.


1. La Ferme des animaux (George Orwell, 1945)

Couverture du livre La Ferme des animaux de George Orwell

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Avant 1984, Orwell avait déjà réglé ses comptes avec le totalitarisme dans cette fable animalière féroce. Les animaux d’une ferme anglaise chassent leur propriétaire pour fonder une société égalitaire, mais les cochons, autoproclamés dirigeants, instaurent peu à peu une tyrannie identique à celle qu’ils prétendaient abolir. Le célèbre commandement « Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres » résume à lui seul la trahison des idéaux révolutionnaires.

Satire à peine voilée de la révolution russe et du stalinisme, le roman démonte les rouages de la propagande, de la réécriture de l’histoire et de la corruption du pouvoir avec une limpidité redoutable. C’est le pendant allégorique de 1984 : là où ce dernier dissèque la terreur d’État de l’intérieur, La Ferme des animaux en révèle la genèse sous les traits d’un conte cruel.


2. Nous autres (Evgueni Zamiatine, 1920)

Couverture du livre Nous autres de Evgueni Zamiatine

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Écrit en 1920 par un ingénieur naval russe désenchanté par la révolution bolchevique, Nous autres est le premier grand roman dystopique moderne — celui qui a inspiré Huxley et Orwell. Dans l’État Unique, un régime fondé sur la rationalité mathématique, les citoyens portent des numéros, vivent dans des maisons de verre et obéissent aux « Tables des heures » qui règlent chaque instant de leur existence. Le narrateur, D-503, voit ses certitudes vaciller le jour où une femme rebelle lui fait découvrir un sentiment que l’État croyait avoir éradiqué : le désir.

Censuré en URSS dès 1923, le roman ne sera publié en russe sur le sol national qu’en 1988. Zamiatine mourra en exil à Paris en 1937. Son livre frappe par l’extrémisme tranquille de ses prémisses — un monde où l’imagination est classée comme maladie mentale — et par la puissance poétique de sa langue, faite de métaphores géométriques et de ruptures syntaxiques.


3. Kallocaïne (Karin Boye, 1940)

Couverture du livre Kallocaïne de Karin Boye

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Dystopie suédoise trop peu lue hors de Scandinavie, Kallocaïne est le dernier roman de la poétesse Karin Boye, qui se suicidera un an après sa parution. Dans un État mondial fondé sur la surveillance mutuelle, le chimiste Leo Kall invente un sérum de vérité capable d’extirper les pensées les plus intimes. Persuadé de servir le bien commun, il offre à l’appareil policier l’arme qui lui manquait encore : le contrôle des esprits.

Là où d’autres dystopies décrivent le système vu par ses victimes, le roman de Boye adopte le point de vue d’un homme qui collabore avec l’oppression par conviction sincère. Rédigé en 1940, entre la montée du nazisme et l’horreur stalinienne, le texte anticipe plusieurs thèmes centraux de 1984 — le crime de pensée, la dénonciation au sein du couple, les enfants embrigadés au service du régime — avec six ans d’avance sur Orwell.


4. Le Meilleur des mondes (Aldous Huxley, 1932)

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Si 1984 montre un totalitarisme fondé sur la terreur, Le Meilleur des mondes en imagine un autre, fondé sur le plaisir. Dans la société décrite par Huxley, les êtres humains sont conçus en laboratoire, conditionnés dès l’embryon pour accepter leur place dans une hiérarchie de castes, et maintenus dans une docilité permanente grâce au soma, drogue euphorisante sans effets secondaires. La consommation, le divertissement et la satisfaction sexuelle immédiate ont rendu toute révolte non pas impossible, mais impensable.

Toute la force du roman tient dans ce renversement : la servitude volontaire, consentie dans le confort, est peut-être plus redoutable que celle imposée par la force. Huxley y voyait la menace la plus vraisemblable pour les démocraties occidentales. Écrit en 1932, le livre semble chaque décennie un peu moins fictif — le soma s’appelle désormais écran, algorithme ou notification.


5. Fahrenheit 451 (Ray Bradbury, 1953)

Couverture du livre Fahrenheit 451 de Ray Bradbury

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Dans la société imaginée par Bradbury, les pompiers ne combattent plus les incendies : ils brûlent les livres. La température de 451 degrés Fahrenheit — le point d’auto-inflammation du papier — donne son titre à ce roman où la lecture est un crime et où des écrans muraux diffusent en continu des programmes abrutissants. Le pompier Guy Montag, fidèle serviteur de cet ordre, commence à douter quand il ouvre un livre dérobé lors d’une intervention.

Bradbury ne décrit pas un régime politique au sens strict, mais une société qui a choisi de s’amputer elle-même de la pensée critique. La censure, ici, n’est pas imposée d’en haut par un dictateur : elle naît de l’indifférence collective, du refus de la complexité, de la peur que les livres puissent déranger. Quiconque a vu un débat public réduit à un slogan ou une idée complexe balayée parce qu’elle dérange reconnaîtra dans ce roman un miroir inconfortable.


6. La Servante écarlate (Margaret Atwood, 1985)

Couverture du livre La Servante écarlate de Margaret Atwood

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Dans la République de Gilead, théocratie puritaine érigée sur les ruines des États-Unis, les femmes fertiles sont réduites au statut de « servantes » — des ventres au service de l’élite dirigeante. Defred, la narratrice, se remémore par fragments la vie d’avant : un monde où les droits ont été grignotés un à un, si progressivement que lorsque le basculement s’est produit, il était déjà trop tard.

Atwood s’est fixé une règle stricte : ne rien inventer. Chaque élément de cette théocratie patriarcale a réellement existé quelque part — lois somptuaires, esclavage reproductif, persécution religieuse. Le roman ne décrit pas un futur improbable : il recompose le passé en cauchemar politique. C’est aussi un récit sur la mémoire et la résistance intime, porté par une voix qui refuse de disparaître sous l’uniforme rouge qui lui a été imposé.


7. L’Orange mécanique (Anthony Burgess, 1962)

Couverture du livre L'Orange mécanique de Anthony Burgess

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Alex, adolescent ultraviolent dans une Angleterre du futur proche, sème la terreur avec sa bande de « drougs ». Arrêté, il subit le « traitement Ludovico », une méthode de conditionnement qui le rend physiquement incapable de violence — mais aussi de tout choix moral. D’où la question centrale du roman : un homme privé de la possibilité de choisir le mal est-il encore un être humain ?

Burgess a inventé pour son récit le « nadsat », argot futuriste qui fusionne racines slaves et anglais populaire, et qui immerge le lecteur dans l’univers mental d’Alex dès la première phrase. Ce parti pris rejoint la novlangue d’Orwell : la langue ne se contente pas de refléter le monde, elle le fabrique. Mais là où 1984 montre un État qui appauvrit le vocabulaire pour empêcher la pensée, L’Orange mécanique demande si l’on peut fabriquer un homme bon après lui avoir retiré le choix d’être mauvais.


8. Un bonheur insoutenable (Ira Levin, 1970)

Couverture du livre Un bonheur insoutenable de Ira Levin

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Dans un futur indéterminé, l’humanité unifiée vit sous la tutelle d’UniOrd, un ordinateur géant niché au cœur des Alpes, qui décide pour chaque individu de son métier, de son lieu de résidence et de sa mort — programmée à soixante-deux ans. Un traitement chimique mensuel supprime toute velléité de révolte. Copeau, le protagoniste, est l’un des rares à sentir que ce bonheur imposé est une prison.

Ce qui frappe, c’est l’absence totale de violence : pas de police secrète, pas de torture, pas de camps. La servitude est chimique, consentie, presque confortable. Ira Levin, connu pour Rosemary’s Baby et Les Femmes de Stepford, construit le suspense non pas autour d’une menace visible, mais autour d’un malaise diffus : le bonheur vaut-il d’être vécu s’il est le produit d’une soumission totale ?


9. Panorama (Lilia Hassaine, 2023)

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France, 2049. Après une semaine insurrectionnelle baptisée la « Revenge Week », le pays a adopté la Transparence comme principe constitutionnel. Les habitations sont en verre, les citoyens vivent sous le regard permanent de leurs voisins, les procès sont conduits par les habitants des quartiers. La criminalité a chuté — mais à quel prix ? Lorsqu’une famille disparaît dans un quartier ultra-sécurisé, l’ex-commissaire Hélène reprend du service.

Lilia Hassaine prend ce qui existe déjà — réseaux sociaux, injonction au bien-être, justice populaire en ligne — et pousse chaque curseur un cran trop loin. Sa dystopie se situe à portée de main, dans un monde où la sécurité a dévoré la liberté avec le consentement enthousiaste des citoyens. Récompensé par le prix Renaudot des lycéens 2023, le livre fonctionne aussi comme un polar dont l’enquête oblige à gratter le vernis d’une société qui a tout sacrifié à la transparence.


10. Vox (Christina Dalcher, 2018)

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Aux États-Unis, un gouvernement fondamentaliste a imposé aux femmes un quota de cent mots par jour. Un bracelet électronique, le « compte-mots », surveille chaque syllabe prononcée et inflige une décharge électrique en cas de dépassement. Jean McClellan, neurolinguiste réduite au silence, se voit offrir une opportunité de retrouver sa voix lorsque le frère du Président a besoin de ses compétences médicales.

Dalcher, elle-même docteure en linguistique, a construit sa dystopie sur une intuition précise : contrôler la parole des femmes, c’est déjà contrôler leur pensée. Le roman s’inscrit dans la lignée directe de La Servante écarlate : même théocratie misogyne, même démantèlement méthodique des droits des femmes, même glissement qui s’opère par étapes si graduelles que la résistance arrive toujours trop tard. Le procédé est d’autant plus glaçant que chaque restriction prise isolément semble raisonnable — c’est leur accumulation qui produit la catastrophe.


11. Quality Land (Marc-Uwe Kling, 2017)

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À Quality Land, les algorithmes gèrent tout : le travail, les loisirs, les relations amoureuses. Les citoyens portent comme nom de famille la profession de leurs parents — d’où le nom du protagoniste, Peter Chômeur, ferrailleur de niveau 9 sur 100 dans l’échelle de notation sociale. Lorsque The Shop, la plateforme omnisciente, lui expédie un objet dont il n’a pas besoin et refuse son retour, Peter décide de se rebeller. En toile de fond, un robot se présente à l’élection présidentielle.

Marc-Uwe Kling, humoriste et auteur de cabaret allemand, aborde la surveillance de masse et la mort du libre arbitre par le rire. Son roman, entrecoupé de publicités fictives, est une dystopie qui avance sous le masque de la comédie. Derrière l’absurde se dessine un monde où la collecte de données, le crédit social et la toute-puissance des plateformes ont remplacé la police de la pensée — et où personne ne s’en plaint, puisque l’algorithme a toujours raison.


12. 2084 : La fin du monde (Boualem Sansal, 2015)

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Le titre affiche sa filiation : un siècle après le cauchemar d’Orwell, Boualem Sansal en propose le prolongement. L’Abistan, empire théocratique sans frontières, est soumis au culte de Yölah et de son prophète Abi. La pensée critique a été abolie, l’histoire effacée, la langue réduite à l’abilang — version religieuse de la novlangue orwellienne. Ati, modeste fonctionnaire, ose malgré tout douter et cherche à savoir si un autre monde existe hors des frontières de l’empire.

Écrivain algérien en lutte contre l’intégrisme, Sansal transpose le système totalitaire d’Orwell dans le champ du fanatisme religieux. Il montre que les ressorts de l’oppression — soumission, amnésie collective, fabrication d’un ennemi invisible — fonctionnent de la même manière, que le régime se réclame de la science, de la race ou de Dieu. Grand Prix de l’Académie française 2015, le roman est un hommage à 1984 autant qu’une démonstration : le cauchemar d’Orwell n’appartient pas au passé, il change seulement de visage.


13. L’École des bonnes mères (Jessamine Chan, 2023)

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Frida Liu, mère célibataire épuisée, commet l’impensable : elle laisse sa fille de dix-huit mois seule le temps d’aller récupérer un dossier au bureau. Les voisins appellent la police. Les services sociaux installent des caméras chez elle et, au terme d’une période d’observation, la sanction tombe : Frida est envoyée pour un an dans un centre de rééducation maternelle. Dans cet établissement, les « mauvaises mères » doivent prouver leur amour sur des poupées-robots qui analysent chaque geste, chaque intonation.

Jessamine Chan imagine un État qui juge, classe et punit les mères selon des critères de perfection inatteignables. Le lien avec 1984 passe ici par la surveillance totale et l’endoctrinement institutionnel : les slogans répétés en boucle, les évaluations permanentes, la réécriture de soi imposée par le système. Le roman met à nu le racisme systémique et les injonctions contradictoires qui pèsent sur les femmes — avec une tension narrative proche du huis clos carcéral.