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Que lire sur Philippe Auguste ?

Que lire sur Philippe Auguste ?

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Né en 1165, Philippe II monte sur le trône de France en 1180, à quinze ans, à la mort de son père Louis VII. Le royaume dont il hérite pose un problème qu’il faut comprendre d’emblée : le roi de France est certes reconnu comme suzerain sur un vaste territoire, de la Flandre aux Pyrénées, mais le domaine royal — c’est-à-dire les terres qu’il administre directement et dont il tire ses revenus — se réduit à une mince bande autour de Paris et d’Orléans. Le reste du royaume appartient à de grands feudataires souvent plus riches et mieux armés que lui : les comtes de Flandre, de Champagne, de Bourgogne, et surtout la famille Plantagenêt, qui règne sur l’Angleterre et possède aussi, sur le continent, la Normandie, l’Anjou, la Touraine, le Poitou et l’Aquitaine — un vaste ensemble qui enserre le domaine royal par l’ouest.

Quarante-trois ans plus tard, à la mort de Philippe en 1223, la carte est méconnaissable. Le domaine royal a quadruplé. La Normandie, l’Anjou, le Maine et la Touraine ont été arrachés au roi d’Angleterre Jean sans Terre. La coalition qu’Otton IV, empereur du Saint-Empire, et les comtes rebelles de Flandre et de Boulogne avaient dressée contre le roi a été écrasée à Bouvines en 1214. Une administration de baillis (au nord) et de sénéchaux (au sud) perçoit l’impôt et rend la justice au nom du roi. Paris a reçu une enceinte de pierre et son Université a été renforcée. Le surnom d’Auguste, donné dès 1180 par le chroniqueur Rigord par analogie avec l’empereur romain Auguste qui avait considérablement élargi son empire, finira par s’imposer.

Ce règne est l’un des moments où la royauté française cesse d’être une principauté parmi d’autres pour devenir la puissance dominante du royaume. Les six ouvrages ci-dessous sont classés pour offrir un parcours progressif : d’abord le contexte dynastique qui précède et prépare le règne, puis deux biographies — de la plus accessible à la plus fouillée —, ensuite la grande étude institutionnelle de référence, et enfin deux livres consacrés à la bataille de Bouvines, l’essai fondateur de 1973 et sa réévaluation récente.


1. Nouvelle Histoire des Capétiens, 987-1214 (Dominique Barthélemy, 2012)

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Pour qui souhaite comprendre d’où vient Philippe Auguste, ce livre constitue le bon point de départ. Dominique Barthélemy y retrace deux siècles et quart de dynastie capétienne, depuis l’élection d’Hugues Capet en 987 jusqu’à la bataille de Bouvines. Cette borne de 1214 n’est pas arbitraire : elle signe, pour l’auteur, la fin d’un système féodal qu’il qualifie de « visqueux ». Dans ce système, aucun seigneur ne peut s’élever durablement au-dessus des autres — dès qu’il tente de le faire, ses voisins se liguent contre lui jusqu’à rétablir un équilibre à peu près stable. Avec Bouvines, le roi sort de cette mécanique : sa supériorité devient telle qu’aucune coalition ne suffit plus à le ramener au niveau des autres seigneurs.

Ancien élève de Duby, Barthélemy prend le contre-pied d’une historiographie qui peignait les premiers Capétiens en rois faibles et presque impuissants. Il montre au contraire une lignée patiente, capable de transmettre la couronne de père en fils pendant plus de deux siècles sans interruption — performance rare à l’époque —, et habile à tirer parti des transformations sociales du XIIe siècle : croissance des villes, réforme de l’Église (qui émancipe le clergé de la tutelle des seigneurs laïcs et offre aux rois de nouveaux alliés), codification d’une éthique chevaleresque qui encadre la guerre entre nobles — on préfère désormais capturer et rançonner les vaincus plutôt que de les tuer. Contre la thèse classique d’une « mutation de l’an mil » qui aurait transformé brutalement la société autour de l’an 1000, Barthélemy défend l’idée que le véritable tournant se situe vers l’an 1100, lorsque ces évolutions commencent à peser sur le jeu politique.

Le livre se lit comme un essai autant que comme une synthèse : relectures serrées des chroniques, discussions franches avec les historien·nes qui l’ont précédé, liberté de ton. On suit la dynastie sur la longue durée, ce qui permet d’aborder ensuite le règne de Philippe Auguste avec une idée claire de l’héritage qu’il reçoit et des rivaux qu’il devra mater.


2. Philippe Auguste, le bâtisseur du royaume (Bruno Galland, 2014)

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Publié chez Belin pour le huitième centenaire de Bouvines, ce volume d’environ 230 pages offre une entrée en matière accessible. Archiviste-paléographe et conservateur général du patrimoine aux Archives nationales, Bruno Galland assume un parti pris biographique : suivre le roi pas à pas, de sa naissance à sa mort, sans prétendre refonder l’historiographie du règne mais pour rendre lisibles au grand public les travaux les plus récents.

Le livre brille surtout par son portrait psychologique. Galland présente un Philippe impulsif, orgueilleux, coléreux, parfois cruel — notamment envers sa seconde épouse Ingeburge de Danemark, qu’il tente de répudier dès le lendemain de leurs noces en 1193, pour des motifs qu’on ignore encore, et qu’il fait ensuite enfermer pendant près de vingt ans —, mais capable de corriger ses excès avec l’âge. Nourrie par les actes conservés de la chancellerie royale et par les deux chroniqueurs officiels du règne, Rigord et Guillaume le Breton, cette palette humaine donne de la chair à la trajectoire politique : elle aide à comprendre pourquoi le roi choisit telle ruse ou telle alliance à tel moment.

Le plan est chronologique, découpé en dix chapitres courts. Quelques cartes en cahier central soutiennent les explications sur les territoires disputés avec les Plantagenêt, même si l’on peut regretter l’absence d’index et d’arbres généalogiques. Idéal pour planter le décor avant d’attaquer des lectures plus copieuses.


3. Philippe Auguste (Gérard Sivéry, 2003)

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Médiéviste lillois spécialiste du XIIIe siècle, Gérard Sivéry propose chez Perrin une biographie de 430 pages, nettement plus dense que celle de Galland. Son projet : se défier des clichés accumulés par des siècles d’éloges patriotiques et restituer le roi dans toute son épaisseur d’homme politique et d’homme privé, sans le réduire à l’image du vainqueur de Bouvines ni à celle du fondateur de l’État.

Sivéry s’attarde volontiers sur les zones d’ombre du règne : les démêlés matrimoniaux de Philippe, qui valent à la France un interdit pontifical en 1200 (le pape Innocent III suspend alors tous les sacrements dans le royaume pour forcer le roi à reprendre Ingeburge) et empoisonnent les relations avec Rome pendant près de vingt ans ; les abus commis sur le terrain par les baillis, que les sujets du roi dénoncent dans des plaintes nombreuses ; surtout, les périodes dépressives du souverain, pendant lesquelles son entourage — au premier chef frère Guérin, hospitalier devenu évêque de Senlis et véritable bras droit du roi — prend les décisions à sa place. Le Philippe Auguste qui se dégage de ces pages alterne autorité et sournoiserie, fougue et repli, lucidité stratégique et emportements dévastateurs. Un roi complexe, parfois l’instrument d’un clan plus que son maître.

Sivéry replace chaque épisode dans le jeu européen — Rome, l’Empire, l’Angleterre, les Flandres —, ce qui en fait une biographie complète, à recommander à qui veut aller plus loin que Galland sans attaquer d’emblée le pavé de Baldwin.


4. Philippe Auguste et son gouvernement (John W. Baldwin, 1991)

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Paru en anglais en 1986, traduit chez Fayard en 1991 avec une préface de Jacques Le Goff, ce volume de plus de 700 pages reste la référence internationale sur le règne. Le médiéviste de l’université Johns Hopkins a collaboré à l’édition scientifique des Registres de Philippe Auguste, et l’on sent à chaque page cette familiarité avec les archives.

Baldwin renverse une idée reçue solidement installée. Selon la thèse traditionnelle, c’est la conquête de la Normandie en 1204 qui aurait déclenché la modernisation administrative du royaume : le roi de France aurait simplement recopié les méthodes héritées des Plantagenêt, réputées pour leur efficacité. Grâce à des sources longtemps sous-exploitées — notamment les rôles fiscaux, ces registres comptables où l’administration royale consignait année par année ses recettes et ses dépenses —, Baldwin montre au contraire que la « décennie décisive » se situe plus tôt, entre 1190 et 1203. Le déclic, c’est le départ du roi pour la troisième croisade en 1190 : pour gouverner en son absence, il faut mettre en place des baillis et des sénéchaux, leur donner des circonscriptions fixes où ils représentent le roi pour la justice et les finances, tenir des comptes écrits, centraliser la décision. À son retour, ces outils ne disparaissent pas — ils s’étoffent.

De ce travail sur les sources émerge ce que Baldwin appelle un « esprit de bilan » : un gouvernement qui se met à raisonner en termes de comptes, de statistiques, de budget prévisionnel, là où ses prédécesseurs administraient au coup par coup. Le livre est exigeant — on ne le lit pas d’une traite —, mais il offre ce que nul autre ouvrage ne propose : une anatomie fine des rouages du pouvoir capétien, des « hommes nouveaux » qui le servent (clercs et chevaliers de petite extraction, promus pour leur compétence plus que pour leur naissance), et d’une idéologie royale qui se met en place — discours sur le roi défenseur de l’Église, affirmation de la dignité particulière du sacre à Reims, premières formulations de ce que deviendra plus tard le « roi très chrétien ». À réserver aux lectrices et lecteurs déjà familiarisé·es avec la période, mais indispensable pour saisir pourquoi Philippe Auguste compte parmi les véritables fondateurs de l’État en France.


5. Le Dimanche de Bouvines (Georges Duby, 1973)

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Commandé par Pierre Nora pour la collection « Les Trente Journées qui ont fait la France », ce livre dépasse rapidement le cadre du volume de commande pour devenir un classique. Duby appartient à l’École des Annales, courant qui a toujours préféré l’étude des structures sociales sur la longue durée au récit d’événements ponctuels. Il subvertit donc le cahier des charges : son essai se construit en trois temps — L’Événement, Le Commentaire, Le Légendaire —, et la bataille elle-même n’occupe qu’une portion réduite du livre.

Dans la première partie, Duby traduit la Philippide de Guillaume le Breton, chapelain de Philippe Auguste présent sur le champ de bataille, et laisse parler les « bons » (le roi et ses fidèles) contre les « mauvais » (l’empereur Otton IV, excommunié par le pape, et les comtes félons qui s’allient à lui). La deuxième partie, Le Commentaire, est la plus novatrice : Duby y interroge ce que signifient au XIIIe siècle la guerre, la paix, la trêve, la chevalerie, ou encore le fait de livrer bataille un dimanche — jour où l’Église interdit tout combat, ce qui permet au camp du roi de présenter le choc comme une légitime défense imposée par un agresseur impie. La troisième partie suit la mémoire de Bouvines à travers les siècles : éclipsée durant des décennies, ressuscitée au XIXe siècle quand les historiens y cherchent une « première victoire française sur les Allemands », exaltée en 1914 à la veille de la Grande Guerre.

L’ouvrage a fait date. Il a prouvé qu’une bataille médiévale pouvait servir de porte d’entrée pour comprendre toute une société, et qu’un événement n’existe jamais seul : il vit aussi de ce qu’on en dit ensuite. Les études sur Bouvines se sont d’ailleurs à peu près interrompues pendant plusieurs décennies après sa parution — preuve que le livre a impressionné. À lire absolument ; il faudra toutefois le compléter par l’ouvrage suivant, qui a rouvert le dossier quarante-cinq ans plus tard.


6. La Bataille de Bouvines : Histoire et légendes (Dominique Barthélemy, 2018)

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Publié à l’occasion (légèrement décalée) du huitième centenaire, ce volume de plus de 500 pages reprend le dossier là où Duby l’avait laissé, sans chercher à le disqualifier mais pour approfondir la critique des sources. Dominique Barthélemy enquête sur les chevaliers réellement présents au combat — dont les chroniqueurs officiels peinent à citer les noms —, et sur la fabrique des récits qui ont été tirés de la journée, depuis la Philippide jusqu’aux manuels scolaires de la IIIe République.

Sa relecture bouscule plusieurs certitudes. Bouvines n’aurait pas été une bataille rangée — c’est-à-dire un affrontement prémédité entre deux armées déployées face à face en bon ordre : ni les Français ni les coalisés n’ont eu le temps de se mettre en position avant le choc. Il s’agit plutôt d’une attaque-surprise de la coalition contre l’arrière-garde française qui se repliait, attaque mal synchronisée qui tourne à l’accrochage confus, puis au combat acharné entre chevaliers français et flamands. Les chevaux y ont sans doute plus souffert que les hommes. Au fond, Bouvines ressemble à une grosse escarmouche féodale plus qu’à la bataille décisive de la légende. L’exploit principal n’est donc pas militaire : c’est Guillaume le Breton qui, dans les semaines qui suivent le choc, transforme cet accrochage en victoire divine du roi très chrétien sur un empereur excommunié — avec un talent de propagandiste que Barthélemy traque ligne à ligne.

La seconde moitié de l’ouvrage suit la postérité de la bataille, source par source, pays par pays (France, Angleterre, Empire), siècle par siècle. On voit comment le récit s’est gonflé, rétréci, instrumentalisé selon les contextes : belliciste en 1914, pacifiste et européen en 2014. Barthélemy conclut sans céder au dogme du « roman national » : Bouvines n’a pas tout fondé, mais il serait imprudent de tout déconstruire. Une fin de parcours idéale pour qui aura suivi la progression proposée ici, puisque ce livre dialogue directement avec chacun des cinq précédents.