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Que lire sur Jeanne d'Arc ?

Que lire sur Jeanne d’Arc ?

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En 1429, le royaume de France vacille. La guerre de Cent Ans ravage le pays depuis près d’un siècle. Mais ce n’est pas seulement une guerre contre l’Angleterre : c’est aussi une guerre civile. Deux factions françaises s’entre-déchirent — les Armagnacs, fidèles au roi Charles VII, et les Bourguignons, alliés aux Anglais. Le traité de Troyes (1420) a déshérité Charles VII au profit du roi d’Angleterre, et le souverain français — surnommé par dérision le « roi de Bourges » parce qu’il ne contrôle plus qu’un territoire réduit autour de cette ville — peine à asseoir sa légitimité. Les armées anglaises campent aux portes d’Orléans.

C’est dans ce chaos qu’une jeune paysanne de Domrémy, en Lorraine, affirme avoir reçu du ciel la mission de sauver la France. Elle a dix-sept ans, aucune formation militaire, et la conviction inébranlable que Dieu l’envoie. En quelques mois, Jeanne d’Arc fait lever le siège d’Orléans, conduit Charles VII jusqu’à Reims pour y être sacré — cérémonie indispensable pour qu’un roi de France soit reconnu comme légitime — et donne au camp royal un élan décisif dans un conflit qui semblait perdu (même si la guerre se poursuivra encore vingt ans après sa mort).

Mais la suite est cruelle : capturée devant Compiègne en mai 1430 par les Bourguignons, vendue aux Anglais, elle est jugée à Rouen par un tribunal ecclésiastique sous la houlette de l’évêque Pierre Cauchon. Condamnée pour hérésie — et plus précisément pour « rechute » dans l’hérésie après avoir signé une rétractation qu’elle a ensuite désavouée —, elle périt sur le bûcher le 30 mai 1431. Elle n’a pas vingt ans. Vingt-cinq ans plus tard, alors que les Anglais ont perdu la guerre et que Charles VII a consolidé son pouvoir, un second procès annule la condamnation et restaure son honneur.

Béatifiée en 1909, canonisée en 1920, Jeanne d’Arc n’a jamais cessé d’être revendiquée et instrumentalisée — à gauche comme à droite, par les croyants comme par les laïcs. La bibliographie qui lui est consacrée est immense. Voici les principaux ouvrages qui font autorité à son sujet.


1. Jeanne d’Arc : Histoire et dictionnaire (Philippe Contamine, Olivier Bouzy, Xavier Hélary, 2012)

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Ce livre de plus de 1 200 pages est à la fois un récit historique et une encyclopédie. Publié chez Robert Laffont dans la collection « Bouquins » à l’occasion du sixième centenaire de la naissance de Jeanne, il constitue la somme la plus complète jamais réalisée sur le sujet. La première partie — quelque 470 pages — retrace l’histoire de Jeanne d’Arc, de l’état du royaume avant son irruption jusqu’aux procès et au bûcher, puis suit sa postérité à travers cinq siècles : la mémoire qu’on en a gardée, les usages politiques qu’on en a faits, les représentations littéraires et artistiques qu’elle a inspirées — de Voltaire à Péguy, de Schiller à Dreyer. La seconde partie, le dictionnaire proprement dit, regroupe des centaines d’articles thématiques rédigés et signés par chacun des trois auteurs.

On y trouve un itinéraire de Jeanne reconstitué au jour le jour, une étude critique des sources, une bibliographie conséquente, une filmographie et des cartes. On peut aborder le livre de manière linéaire ou y piocher au gré de sa curiosité, article par article : il fait aussi bien office d’outil de travail que de lecture au long cours. Les trois auteurs se présentent eux-mêmes comme des « johannologues » — et non des « johannolâtres » —, soucieux de confronter systématiquement les sources entre elles plutôt que d’en privilégier une seule. La conclusion de Philippe Contamine pointe les sujets de recherche encore à défricher : l’histoire de la justice médiévale, la biographie de figures méconnues de l’entourage de Jeanne, le quotidien des gens de guerre. Si vous ne deviez en garder qu’un, ce serait celui-ci.


2. Jeanne d’Arc (Colette Beaune, 2004)

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Professeur émérite à l’université de Nanterre et spécialiste de la naissance du sentiment national français, Colette Beaune ne propose pas ici une biographie chronologique classique. Elle cherche plutôt à comprendre comment les contemporains de Jeanne — alliés comme adversaires — ont perçu et construit la figure de la Pucelle : à quels modèles religieux ils l’ont rattachée, quels rôles ils lui ont assignés, quelles menaces ils ont vu en elle. C’est ce changement de perspective qui fait la force du livre.

Beaune replace la jeune femme dans la lignée du prophétisme féminin médiéval : avant Jeanne, d’autres femmes avaient prétendu avoir reçu de Dieu la mission de sauver la France, mais aucune n’avait eu son obstination ni son succès. L’ouvrage montre aussi, concrètement, en quoi Jeanne dérange l’ordre établi du XVe siècle : c’est une paysanne qui commande des nobles, une femme qui porte l’armure et des vêtements d’homme, une laïque qui revendique un contact direct avec Dieu sans passer par l’Église — autant de transgressions qui, après l’avoir servie, fourniront à ses juges les arguments pour la condamner. Un livre couronné par le prix du Sénat du Livre d’Histoire, et qui fait depuis autorité sur le sujet.


3. Jeanne d’Arc et son époque (Philippe Contamine, 2020)

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Ce recueil publié aux Éditions du Cerf n’est pas un récit linéaire mais une série d’études indépendantes, que l’on peut lire séparément, et que Philippe Contamine a consacrées à Jeanne d’Arc et à la France du XVe siècle tout au long de sa carrière. Le médiéviste y revient sur les perceptions qu’ont eues de Jeanne ses propres contemporains : Charles VII et sa cour hésitante, Henri VI et ses troupes, l’évêque Cauchon et son tribunal. Folle illuminée ? Prophétesse inspirée ? Guerrière héroïque ? Figure providentielle ? Les réponses variaient déjà à l’époque.

L’intérêt majeur de l’ouvrage tient à des archives oubliées et des documents inédits — en particulier les mémoires rédigés par les canonistes et théologiens du parti royal, longtemps négligés par les historiens. Ces textes révèlent que l’entourage de Charles VII ne s’est pas contenté d’utiliser Jeanne : il a cherché à justifier son action sur le terrain du droit et de la théologie. Concrètement, des clercs ont été chargés d’évaluer si les prophéties de Jeanne répondaient aux critères de la « guerre juste » — cette doctrine médiévale qui définissait les conditions dans lesquelles un chrétien pouvait légitimement prendre les armes. Autrement dit, avant d’envoyer la Pucelle au combat, on a voulu s’assurer que le ciel était bien de son côté — ou, du moins, que l’on pouvait le soutenir sans ridicule.


4. Jeanne d’Arc (Régine Pernoud, Marie-Véronique Clin, 1986)

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Impossible d’aborder la bibliographie johannique sans passer par Régine Pernoud. Médiéviste de renommée mondiale, fondatrice du Centre Jeanne d’Arc d’Orléans en 1974, elle a consacré une part considérable de sa vie à cette figure. Son emprise sur le sujet était telle que les historiens universitaires ont longtemps hésité à s’y aventurer : Pernoud occupait le terrain avec une vision très personnelle, nourrie par une foi catholique qu’elle ne dissimulait pas — pour elle, Jeanne était une sainte avant d’être un objet d’étude. Ce livre, écrit à quatre mains avec Marie-Véronique Clin (qui avait soutenu une thèse sur les sources de l’histoire de Jeanne), a longtemps été considéré comme la biographie de référence.

L’ouvrage se divise en trois parties. La première est un récit biographique qui suit la Pucelle de son entrée en scène — « On dit qu’une Pucelle… » — jusqu’à sa mort. La deuxième, intitulée « Les acteurs », dresse les portraits des protagonistes de l’épopée : compagnons d’armes, conseillers royaux, juges, geôliers. La troisième aborde des questions débattues : les origines de Jeanne, les circonstances de sa capture devant Compiègne, ou encore la légende tenace selon laquelle elle aurait été la fille illégitime d’un membre de la famille royale. Pernoud apporte sa rigueur d’archiviste-paléographe et refuse les envolées romanesques. On pourra lui reprocher une lecture parfois trop confiante des témoignages du procès en réhabilitation de 1456 — un procès voulu par Charles VII lui-même, qui avait tout intérêt à ce que la jeune femme grâce à laquelle il avait été sacré ne passe pas à la postérité comme hérétique. Ce biais n’empêche pas le livre de rester un classique, et le point de départ naturel pour quiconque découvre le sujet.


5. Jeanne d’Arc par elle-même et par ses témoins (Régine Pernoud, 1962)

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Avant le grand livre de 1986, il y eut celui-ci — et il n’a rien perdu de sa force. L’idée est aussi simple qu’efficace : reconstituer la vie de Jeanne à partir de ses propres déclarations au procès et des témoignages de ses contemporains. Chaque chapitre correspond à un épisode de sa courte existence et suit le même schéma : d’abord les paroles de Jeanne telles qu’elles figurent dans les minutes du procès de condamnation, puis les dépositions des témoins recueillies lors du procès en réhabilitation ; ensuite, un commentaire bref de Pernoud qui remet en contexte, corrige une erreur courante ou écarte une légende récurrente.

On se retrouve au plus près de la parole de Jeanne — celle d’une jeune femme qui répond à des juges décidés à la perdre, avec un mélange de franchise, de ruse paysanne et de courage brut. Pernoud s’efface volontairement derrière les sources, et c’est la grande vertu du livre : les documents occupent le premier plan, le commentaire reste au second. Le format est accessible, la lecture rapide, et l’ensemble fonctionne aussi bien comme une première approche que comme un complément aux études plus savantes. Si vous cherchez un point d’entrée dans l’histoire de Jeanne qui ne soit ni un roman ni un traité universitaire, c’est probablement le meilleur choix.


6. Jeanne d’Arc en son siècle (Olivier Bouzy, 2013)

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Olivier Bouzy travaille au Centre Jeanne d’Arc d’Orléans depuis 1988. Élève de Philippe Contamine, spécialiste de la gestion économique de la guerre médiévale, il est aussi l’un des coauteurs du Dictionnaire de 2012. Avec cet ouvrage publié chez Fayard, il prend le parti de replacer Jeanne dans le XVe siècle. Car à force de se focaliser sur la Pucelle, les historiens ont souvent négligé le contexte politique, social et religieux sans lequel son irruption reste inintelligible.

Bouzy s’appuie sur des études récentes consacrées au prophétisme, à la société et aux pratiques guerrières de l’époque, ainsi que sur des archives inédites. Il retrace la vie rurale de Jeanne à Domrémy, ses ambitions militaires, sa capture — qu’il qualifie d’accidentelle —, sa tentative d’évasion, son procès et son exécution. Il accorde une place importante à la dimension théologique du conflit. L’Église sortait à peine du Grand Schisme — cette crise qui, de 1378 à 1417, avait vu la chrétienté se déchirer entre deux, puis trois papes rivaux — et les fractures restaient béantes. D’un côté, une Église institutionnelle revendiquait le monopole de la médiation entre Dieu et les fidèles. De l’autre, les ordres mendiants (franciscains, dominicains) encourageaient les chrétiens ordinaires à vivre leur foi de manière plus directe et personnelle. Jeanne, avec ses voix et sa mission reçue du ciel sans l’aval d’aucun prêtre, se retrouve prise dans cet affrontement. Bouzy ne prétend pas résoudre la question de son expérience mystique : il fournit les clés pour que chacun·e la comprenne dans son contexte.


7. Jeanne d’Arc (Valérie Toureille, 2020)

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Publiée chez Perrin pour le centenaire de la canonisation, cette biographie de plus de 400 pages est la plus récente de la liste. Professeur d’histoire médiévale à l’université de Cergy, déjà remarquée pour un récit de la bataille d’Azincourt, Valérie Toureille a travaillé sur des sources nouvelles, en particulier le fonds lorrain qu’elle a été la première à transcrire intégralement. Parmi ces documents figure une pièce judiciaire jusqu’alors inédite sur Jean de Vouthon, oncle maternel de Jeanne, mêlé à une affaire de meurtre — un document longtemps tenu à l’écart parce qu’il risquait de ternir l’image de la famille, mais qui renseigne sur le milieu social dont la Pucelle est issue.

Toureille convoque plus de 150 témoins — amis et ennemis confondus — et leur donne la parole. Elle replace chaque épisode de la vie de Jeanne dans la situation militaire et politique du moment et laisse au lecteur·ice le soin de se forger un jugement. Le livre ne s’ouvre d’ailleurs pas sur l’enfance à Domrémy, mais sur les premiers assauts contre les bastilles anglaises devant Orléans, quand les hommes de guerre doutent encore. La mise en parallèle du procès de condamnation et de celui en réhabilitation est particulièrement éclairante : on voit comment les mêmes faits, les mêmes gestes, les mêmes paroles de Jeanne sont interprétés à charge par les juges de 1431, puis à décharge par ceux de 1456 — selon que les Anglais ou les Français tiennent les rênes.


8. Jeanne d’Arc, vérités et légendes (Colette Beaune, 2008)

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Ce petit livre est né d’un accès de colère — et il se lit avec jubilation. En 2008, une émission d’Arte intitulée Vraie Jeanne, fausse Jeanne avait piégé plusieurs historiens par un montage complaisamment favorable aux thèses les plus fantaisistes sur la Pucelle. Colette Beaune a décidé de riposter, et elle ne fait pas dans la demi-mesure. En quelques chapitres incisifs, elle passe au crible les légendes tenaces : Jeanne était-elle la fille cachée d’un roi ? A-t-elle survécu au bûcher sous l’identité d’une certaine Claude des Armoises ? Était-elle bergère, sorcière, ou princesse déguisée ? À chaque fois, la médiéviste oppose aux spéculations la rigueur des documents.

Le ton est souvent drôle, ce qui n’est pas si fréquent dans la production universitaire française. Beaune ne ménage ni les « mythographes » ni les « bâtardisants » — ces auteurs à sensation qui prétendent révolutionner l’historiographie johannique tout en méprisant superbement les archives. Elle montre par exemple que la théorie de la survie de Jeanne après le bûcher repose sur des falsifications documentaires identifiées depuis le XIXe siècle, ou que celle de la bâtardise royale suppose d’ignorer tout ce que l’on sait de la famille d’Arc à Domrémy. Le livre suppose une connaissance minimale de l’histoire de Jeanne pour en tirer le meilleur profit : Beaune ne reprend pas le récit depuis le début, elle le corrige. Mais pour qui veut en finir avec les idées reçues, c’est le livre le plus efficace — et le plus réjouissant — de cette liste.


9. Les Procès de Jeanne d’Arc (Georges Duby, Andrée Duby, 1973)

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Georges Duby est l’un des plus grands médiévistes du XXe siècle, professeur au Collège de France et figure majeure de l’école des Annales — ce courant historiographique qui a renouvelé la discipline en s’intéressant moins aux événements qu’aux structures économiques, sociales et mentales d’une époque. Avec Andrée Duby, il a composé un dossier publié chez Gallimard dans la collection « Archives » puis repris en « Folio histoire ». L’ouvrage rassemble les pièces essentielles des deux procès — condamnation (1431) et réhabilitation (1456) — traduites en français contemporain et accompagnées de commentaires.

Ce que ces textes révèlent, c’est d’abord la mécanique d’un procès politique déguisé en procès religieux. En 1431, les juges sont des clercs liés au parti anglais et à l’Université de Paris — alors la plus haute autorité théologique de la chrétienté occidentale, et ralliée au camp bourguignon. Ils doivent à tout prix démontrer que Jeanne est une hérétique. Ils s’acharnent sur ses vêtements d’homme, ses voix, son refus de se soumettre à l’autorité ecclésiastique. En 1456, le contexte a changé : les Anglais ont perdu, Charles VII règne sans rival, et il faut effacer la tache que la condamnation de Jeanne fait peser sur un roi sacré grâce à une hérétique. Le second procès renverse donc systématiquement les conclusions du premier. Les Duby se gardent de tout jugement personnel et laissent les textes agir seuls — ce qui rend la lecture parfois aride (certains passages sont en ancien français), mais d’autant plus saisissante. Un livre qui ne conviendra pas à celles et ceux qui souhaitent découvrir Jeanne d’Arc pour la première fois, mais qui est indispensable pour comprendre comment le droit et la théologie ont été mis au service des intérêts du vainqueur — quel qu’il soit.