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Que lire sur l'histoire du Mexique ?

Que lire sur l’histoire du Mexique ?

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Pendant plus de trois millénaires, avant l’arrivée des Espagnols, Olmèques, Zapotèques, Mayas, Toltèques puis Mexicas — que l’historiographie occidentale a baptisés Aztèques — bâtissent sur le territoire qui deviendra le Mexique des cités-États, des pyramides cérémonielles, des systèmes d’irrigation et des cosmogonies complexes : les Mexicas, par exemple, croient vivre sous le « cinquième soleil » et estiment que quatre mondes successifs ont déjà été détruits avant le leur. Capitale mexica posée au milieu du lac Texcoco et reliée à la terre ferme par trois chaussées, Tenochtitlan compte au XVe siècle plus d’habitants que la plupart des grandes villes européennes de la même époque.

En 1519, Hernán Cortés débarque sur la côte du Golfe du Mexique avec quelques centaines d’hommes. Sa victoire en deux ans s’explique par trois facteurs : la supériorité technologique espagnole (acier, chevaux, armes à feu), les alliances nouées avec des peuples indigènes hostiles à Tenochtitlan — notamment les Tlaxcaltèques —, et l’irruption de la variole, face à laquelle les Mexicas n’ont aucune défense immunitaire. Tenochtitlan tombe en août 1521. Pendant les trois siècles qui suivent, le territoire devient la Nouvelle-Espagne, vice-royauté soumise à la Couronne de Castille. Une société de castes s’y organise selon une hiérarchie raciale stricte — Espagnols nés en métropole au sommet, créoles, métis, indigènes et esclaves africains au bas de l’échelle —, où l’évangélisation, l’exploitation des mines d’argent (Zacatecas, Guanajuato), le travail forcé des populations indiennes et la traite atlantique transforment durablement la région.

L’indépendance, proclamée en 1810 par le curé Miguel Hidalgo lors du Cri de Dolores et obtenue en 1821, ouvre un siècle d’instabilité politique. Le pays perd la moitié de son territoire — Texas, Californie, Nouveau-Mexique, Arizona — au profit des États-Unis lors de la guerre de 1846-1848. L’intervention française place brièvement sur le trône l’empereur Maximilien de Habsbourg (1864-1867), fusillé sur ordre du président républicain Benito Juárez. Suit le long régime autoritaire de Porfirio Díaz (1876-1911), période dite du « Porfiriat », qui modernise le pays au prix d’une concentration des terres dans les mains de quelques grandes familles et d’une pauvreté rurale massive. En 1910 éclate la Révolution mexicaine, où s’affrontent libéraux, paysans armés (Emiliano Zapata au sud, Pancho Villa au nord), militaires et catholiques opposés à la sécularisation : un million de morts pour donner naissance à l’État moderne. Le XXe siècle est ensuite dominé par la consolidation du PRI (Parti révolutionnaire institutionnel), parti unique de fait qui dirigera le pays sans interruption pendant plus de soixante-dix ans, jusqu’à l’alternance démocratique de l’an 2000. Depuis le milieu des années 2000, la guerre déclarée par le président Felipe Calderón aux cartels de la drogue en 2006 fait basculer le Mexique dans une violence inédite, qui ébranle ses institutions et complique ses relations avec les États-Unis, premier marché de la drogue mexicaine.

Voici les principaux livres disponibles en français pour aborder cette histoire. Le premier propose une synthèse de poche pour démarrer ; les sept suivants suivent l’ordre chronologique des sujets traités, du Mexique précolombien au Mexique des cartels.


1. Le Mexique (Alain Musset, 2017)

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Régulièrement actualisée, ce petit livre de la collection « Que sais-je ? » offre une synthèse à la fois historique et géographique en cent vingt-huit pages. Géographe et directeur d’études à l’EHESS, Alain Musset y organise sa réflexion autour d’une opposition centrale : au sud, la Mésoamérique, héritière des civilisations indigènes, qui partage avec l’Amérique centrale sa pauvreté rurale, ses populations indigènes majoritaires et son agriculture de subsistance ; au nord, la Mexamérique, plus industrialisée, plus européenne et davantage liée aux États-Unis. Cette ligne de partage traverse à la fois le territoire et la société, et permet de comprendre pourquoi le Chiapas indigène et pauvre et le Monterrey industriel branché sur Houston appartiennent à deux pays différents.

Le livre s’organise en trois temps : d’abord l’histoire longue, depuis l’aire maya jusqu’aux maquiladoras de Tijuana (ces usines d’assemblage installées à la frontière américaine pour produire à bas coût des biens destinés à l’exportation) ; ensuite l’évolution des structures économiques après le virage néolibéral des années 1980 — crise de la dette en 1982, entrée du Mexique dans l’ALENA en 1994, épuisement du monde rural ; enfin les transformations sociales (démographie, migrations vers le nord, inégalités, métissages culturels). Sur la Révolution de 1910, Musset montre que ses promesses de réforme agraire et de démocratie ont été récupérées par le parti unique au pouvoir dès les années 1940.

Pour qui cherche un panorama complet en quelques heures, ces cent vingt-huit pages couvrent l’essentiel, et permettent de situer les sept autres lectures de cette sélection. Le lecteur·ice qui découvre le Mexique y trouvera des repères solides.


2. Le Passé indigène – Histoire pré-coloniale du Mexique (Alfredo López Austin et Leonardo López Luján, 2012)

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Co-écrit par l’anthropologue Alfredo López Austin et son fils, l’archéologue Leonardo López Luján — deux figures majeures de la recherche mexicaine sur les civilisations préhispaniques —, ce volume publié aux Belles Lettres dans sa traduction française fait autorité sur le Mexique d’avant l’arrivée des Espagnols. Les auteurs organisent leur démonstration autour de trois grandes aires culturelles : l’Aridamérique (déserts du Grand Bassin nord-américain et du nord du Mexique, peuplés de chasseurs-cueilleurs nomades), l’Oasisamérique (sociétés agricoles du sud-ouest des États-Unis actuels, comme les Pueblos) et la Mésoamérique proprement dite — c’est-à-dire le Mexique central et méridional, ainsi que l’Amérique centrale, foyer des grandes cultures sédentaires et urbaines.

L’ouvrage couvre plus de quatre millénaires d’évolution culturelle, depuis les premières sociétés de chasseurs-cueilleurs jusqu’à la veille de l’arrivée d’Hernán Cortés. Il accorde une place importante aux sites majeurs — Teotihuacan, Monte Albán, Palenque, Chichén Itzá, Tula, Tenochtitlan —, à l’architecture pyramidale des temples, au jeu de pelote (sport rituel répandu dans toute la zone, où les joueurs propulsent une balle de caoutchouc avec leurs hanches) et à la sculpture monumentale. Les auteurs ne perdent jamais de vue les ressorts économiques (routes commerciales du jade, du cacao et de l’obsidienne), politiques (cités-États en compétition permanente) et religieux (calendrier rituel partagé, panthéon commun) de ces sociétés.

Plus qu’un manuel, cet ouvrage revendique aussi une dimension militante : défendre la valeur des civilisations indigènes et leur héritage. Cet engagement s’inscrit dans la continuité des combats auxquels Alfredo López Austin a pris part, notamment lors des négociations qui suivirent le soulèvement zapatiste de janvier 1994 — insurrection armée du Chiapas dirigée par le sous-commandant Marcos, qui revendiquait droits territoriaux, autonomie politique et reconnaissance culturelle pour les peuples mayas de la région. Une lecture dense, parfois technique, qui éclaire les fondations préhispaniques du Mexique d’aujourd’hui.


3. Le Cinquième Soleil – Une autre histoire des Aztèques (Camilla Townsend, 2024)

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Couronné par le Cundill History Prize en 2020 dans sa version originale en anglais — l’une des plus hautes distinctions internationales en histoire —, ce livre de l’historienne américaine Camilla Townsend, enseignante à Rutgers et spécialiste du nahuatl (langue des Mexicas, encore parlée aujourd’hui par plus d’un million et demi de Mexicains), paraît en français chez Albin Michel en 2024. Sa proposition : raconter l’histoire des Mexicas depuis leur propre langue, leurs propres archives, leur propre mémoire — c’est-à-dire à partir des annales rédigées en nahuatl par des auteurs indigènes au lendemain de la conquête, à partir des années 1530 et jusqu’au XVIIe siècle, plutôt qu’à partir des chroniques des conquistadors espagnols.

De ce changement de point de vue émergent plusieurs corrections aux mythes les plus tenaces. Tenochtitlan apparaît comme une métropole de plusieurs centaines de milliers d’habitants, plus peuplée que les grandes villes européennes du temps de Cortés, dotée d’une organisation politique sophistiquée, d’écoles publiques, d’un système juridique et d’un service de propreté urbaine. Les sacrifices humains, sans être niés, sont remis à leur place réelle : ils existent, mais ne se trouvent pas au centre de la vie spirituelle quotidienne, et les Européens en ont exagéré l’ampleur pour justifier leur supériorité morale et leur entreprise coloniale. Le mythe selon lequel Moctezuma aurait pris Cortés pour le retour annoncé du dieu Quetzalcóatl (le « serpent à plumes » du panthéon mésoaméricain) est démonté : il s’agit d’une invention franciscaine postérieure à la conquête, destinée à légitimer la mainmise coloniale sur les autochtones.

Le livre suit l’histoire des Mexicas du XIIIe au XVIIe siècle — donc bien après la chute de leur capitale — à travers des hommes et surtout des femmes qui s’adaptent aux nouvelles conditions, négocient avec les vainqueurs, transmettent leur langue et écrivent leur propre histoire. Townsend restitue jusqu’aux dictons et aux proverbes de leur quotidien. Le livre déloge plusieurs idées reçues tenaces et impose une vision plus juste de cinq siècles d’histoire mexicaine.


4. La Conquête – Récits aztèques (Georges Baudot et Tzvetan Todorov, 1983)

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Édité au Seuil en 1983 puis réédité en collection de poche, ce recueil propose, sous la direction de Georges Baudot (mexicaniste français, spécialiste de l’évangélisation au XVIe siècle) et Tzvetan Todorov (essayiste franco-bulgare, auteur de La Conquête de l’Amérique en 1982), un choix de textes indigènes consacrés à la chute de Tenochtitlan entre 1519 et 1521. Traduits du nahuatl ou de versions espagnoles du XVIe siècle, ces récits proviennent notamment du Codex de Florence — la grande encyclopédie en douze livres compilée entre 1547 et 1577 par le franciscain Bernardino de Sahagún auprès d’informateurs indigènes survivants de la conquête — ainsi que des annales de Tlatelolco et de fragments rédigés par des nobles indiens au lendemain de la défaite.

L’intérêt de cette anthologie tient à un déplacement de regard radical : donner la parole aux vaincus eux-mêmes, et non aux chroniqueurs espagnols qui ont écrit l’histoire à leur avantage. Les éditeurs scientifiques soulignent la qualité littéraire de ces textes, qu’ils rapprochent des épopées homériques ou des récits d’Hérodote. On y entend la stupeur devant les chevaux et les armes à feu, l’effondrement des codes politiques mexicas face à des Espagnols qui échappent à tous les cadres de pensée disponibles — ni leur langue, ni leur logique politique, ni leurs intentions n’entrent dans les catégories familières —, et la dévastation par la variole et les autres maladies importées.

L’introduction et les notes de Baudot, fondées sur des décennies de recherches, fournissent au lecteur·ice les clés indispensables pour situer ces textes dans leur contexte. Quarante ans après sa parution, l’anthologie reste l’une des rares à donner accès, en français, aux récits que les Mexicas ont eux-mêmes laissés de leur défaite.


5. La Pensée métisse (Serge Gruzinski, 1999)

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Publié chez Fayard en 1999, ce livre du directeur d’études à l’EHESS Serge Gruzinski — lauréat du grand prix du Comité international des sciences historiques — s’inscrit dans une réflexion plus large sur la mondialisation et sur les contacts entre cultures. Son terrain principal : le Mexique du XVIe siècle, ce laboratoire colonial où Espagnols et autochtones produisent ensemble, dès les premières décennies, des formes culturelles entièrement nouvelles — fresques, codex, chants, fêtes religieuses, plans urbains.

À travers les fresques peintes par les artistes indigènes sur les murs des couvents (où apparaissent côte à côte saints chrétiens et figures précolombiennes), les chants liturgiques adaptés à la mode européenne, les plans de villes coloniales tracés par d’anciens scribes mexicas et les codex hybrides du XVIe siècle, Gruzinski montre comment des cultures que tout opposait finissent par devenir indissociables. Naît alors ce qu’il appelle la « pensée métisse » : non pas une simple addition de cultures, mais une recomposition où références chrétiennes, divinités mésoaméricaines, art italien de la Renaissance et traditions précolombiennes s’entrelacent jusqu’à devenir inséparables.

Le propos déborde le cadre mexicain pour interroger le présent : Gruzinski rapproche le Mexique colonial de la Florence des Médicis, du cinéma de Peter Greenaway et du cinéma de Hong Kong. Cette circulation des images et des idées de part et d’autre des frontières devient pour l’auteur un moteur de créativité plutôt qu’une menace pour les identités. Là où les récits de la conquête s’arrêtent à la destruction, Gruzinski montre ce que les vainqueurs et les vaincus ont fabriqué ensemble — et continuent de fabriquer dans le monde globalisé.


6. La Révolution mexicaine – 1910-1940 (Jean Meyer, 1973)

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Paru pour la première fois en 1973 et régulièrement réédité (Tallandier, Texto), ce livre de Jean Meyer — historien spécialiste mondialement reconnu de la guerre des Cristeros, normalien et professeur émérite — propose une lecture précise des trois décennies qui font basculer le Mexique dans la modernité politique. Sa thèse va à rebours de l’image populaire véhiculée par les figures de Zapata ou de Pancho Villa : la Révolution mexicaine est d’abord un soulèvement politique, non une révolution sociale. La réforme agraire et les nationalisations ne sont pas les causes du mouvement mais ses conséquences tardives, concédées par les vainqueurs pour pacifier le pays.

Meyer reconstitue dans le détail la chute de Porfirio Díaz, l’arrivée au pouvoir du libéral Francisco Madero, son assassinat en 1913, la guerre civile entre seigneurs de la guerre (1914-1920), le règne des présidents originaires de l’État de Sonora — Obregón puis Calles —, la guerre des Cristeros (1926-1929), lors de laquelle des paysans catholiques s’insurgent contre les lois anticléricales d’un État laïc, et enfin la présidence de Lázaro Cárdenas (1934-1940), qui mène à terme la réforme agraire et nationalise le pétrole en 1938. La seconde partie du livre, plus analytique, examine l’évolution économique du pays, les transformations de la société rurale, la construction du parti unique et les idéologies en présence — libéralisme, socialisme agraire, nationalisme catholique.

C’est l’expertise de Meyer sur la Cristiada, sujet de sa thèse en plusieurs volumes, qui donne à ce livre son épaisseur documentaire : il y rétablit le rôle, longtemps minoré par l’historiographie officielle mexicaine, des paysans catholiques dans la décennie 1920. Personne, en français, ne raconte mieux comment l’État mexicain actuel a émergé du million de morts qu’a coûté la Révolution.


7. Le Labyrinthe de la solitude, suivi de Critique de la pyramide (Octavio Paz, 1972)

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Publiée chez Gallimard en 1972 (et reprise en Folio essais), cette édition rassemble deux essais devenus classiques — El laberinto de la soledad (1950) et Posdata (1970) — qui composent la grande méditation d’Octavio Paz sur l’identité mexicaine et les ressorts profonds du pays. Futur Prix Nobel de littérature 1990, le poète mexicain refuse de définir une essence du Mexicain : selon lui, « le Mexicain n’est pas une essence, mais une histoire » — celle d’un peuple façonné par la conquête, le métissage forcé, le catholicisme imposé, la Révolution inachevée et un sentiment persistant d’isolement face au monde.

Le premier texte, Le Labyrinthe de la solitude, parcourt les figures du masque que les Mexicains se composent pour se protéger du regard d’autrui ; du pachuco (jeune Mexicain marginalisé des barrios de Los Angeles, qui se construit une identité de défi par les vêtements et le langage) ; de la Malinche — interprète indigène devenue maîtresse de Cortés, figure de la trahison originelle dont naît, selon le récit national, le Mexique métis lui-même — ; ainsi que du rapport singulier que les Mexicains entretiennent avec la mort, qu’ils côtoient avec familiarité et célèbrent chaque 1er et 2 novembre lors du Día de los Muertos.

Le second texte, Critique de la pyramide (titré Posdata en espagnol), est écrit en réaction au massacre de la place de Tlatelolco, le 2 octobre 1968, où l’armée tira sur des étudiants pacifistes à dix jours de l’ouverture des Jeux olympiques de Mexico — plusieurs centaines de morts, longtemps niés par le pouvoir. Paz y dénonce la persistance d’un modèle pyramidal du pouvoir, hérité aussi bien du tlatoani aztèque (le souverain au sommet de l’empire) que du vice-roi espagnol et du président omnipotent du PRI : la victime sacrifiée à la base, le chef au sommet, et personne pour contester la verticalité.

Plus qu’un livre d’histoire au sens académique, ce diptyque relève de la pensée critique. Par sa prose poétique, qui ramasse en quelques phrases ce que des chapitres d’historiens développeraient mal, il atteint des zones de la conscience mexicaine que l’écriture savante ne touche pas. À lire avant ou après les ouvrages d’historiens, pour mesurer la part que la littérature a prise dans la construction de l’identité mexicaine.


8. Cartels – Voyage au pays des narcos (Frédéric Saliba, 2024)

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Paru aux Éditions du Rocher en 2024, ce livre de Frédéric Saliba — correspondant du Monde à Mexico pendant plus de quinze ans — est une enquête de terrain sur la guerre des cartels, déclarée en décembre 2006 par le président Felipe Calderón. Le journaliste, qui débarque à Mexico cinq mois avant cette déclaration pour couvrir l’économie et la culture, voit son travail basculer : il passe au suivi quotidien d’un conflit qui produira, de 2006 à 2024, plus de 450 000 morts et plus de 70 000 disparus.

Saliba reconstitue les figures du narcotrafic : d’El Chapo Guzmán au cartel de Sinaloa, du Cartel Jalisco Nueva Generación aux nouveaux acteurs venus du Michoacán. Il décrit les économies criminelles parallèles : l’avocat surnommé « or vert » parce que les producteurs versent un impôt aux cartels pour pouvoir cultiver, et la fabrication massive de fentanyl — opioïde de synthèse cinquante fois plus puissant que l’héroïne, responsable de l’épidémie de surdoses aux États-Unis, produit à partir de précurseurs chimiques importés de Chine. Il analyse ensuite la corruption qui infiltre la police et certains pans de l’État, et les stratégies de militarisation déployées par les gouvernements successifs avec un bilan à rebours des intentions affichées : multiplication des affrontements, dérives de l’armée, exactions contre les civils. Il revient également sur l’affaire Florence Cassez, ressortissante française condamnée en 2008 à soixante ans de prison pour kidnapping, sur la base d’une arrestation reconstituée par la police pour les caméras de télévision, puis libérée en 2013 par la Cour suprême mexicaine pour violations graves des droits de la défense.

Le dernier chapitre concerne directement le public européen : Saliba alerte sur la « mexicanisation » du narco-banditisme français, sur les alliances entre cartels mexicains et mafias des grands ports européens (Anvers, Rotterdam, Le Havre) et sur l’infiltration progressive du trafic dans les économies européennes. À lire pour comprendre comment la violence s’est installée durablement dans la vie publique mexicaine — et pour mesurer ce que l’Europe risque d’importer.