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Que lire sur Robespierre ?

Que lire sur Robespierre ?

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Maximilien de Robespierre naît en 1758 à Arras. Fils d’avocat, orphelin de mère à six ans, il décroche une bourse pour le collège Louis-le-Grand à Paris, où il obtient plusieurs prix d’excellence, avant de rentrer à Arras en 1781 pour exercer le droit. En 1789, à 31 ans, il est élu député du tiers état (la grande majorité de la population, par opposition au clergé et à la noblesse) aux États généraux. Ceux-ci se proclament bientôt Assemblée constituante, chargée de rédiger une constitution. Il s’y fait remarquer par sa défense du suffrage universel (y compris pour les domestiques et les pauvres, que la Constituante voulait écarter du vote), par son opposition à la peine de mort et à l’esclavage.

La fuite ratée de Louis XVI à Varennes (juin 1791), qui révèle aux patriotes que le roi trahit la Révolution, le fait basculer dans le camp républicain. En septembre 1792, la monarchie abolie, il siège à la Convention — la nouvelle assemblée chargée d’écrire une constitution républicaine — aux côtés des Montagnards, la gauche radicale. En juillet 1793, peu après l’éviction des Girondins (la fraction républicaine modérée), il entre au Comité de salut public : cet organe exécutif d’une douzaine de membres concentre alors la conduite de la guerre, la diplomatie et la police politique. Un an plus tard, le 9 thermidor an II (27 juillet 1794), ses adversaires à la Convention le font décréter « hors la loi » — un statut qui permet de l’exécuter sans procès — et il est guillotiné le lendemain avec une vingtaine de ses proches.

Deux siècles plus tard, Robespierre reste probablement le personnage le plus controversé de l’histoire de France. Surnommé « l’Incorruptible » de son vivant pour son intégrité inflexible en matière d’argent et de mœurs, il préfigure pour les uns les dictateurs du XXe siècle, et incarne pour les autres le champion farouche des droits de l’homme. Dès le lendemain de Thermidor, ceux qui l’ont abattu — dont beaucoup avaient voté les grandes lois répressives — fabriquent la légende d’un tyran sanguinaire pour mieux se dédouaner de leur propre rôle dans la Terreur. Depuis, robespierristes et antirobespierristes se renvoient des caricatures, à tel point que l’historien Marc Bloch, dans son Apologie pour l’histoire (1941), finissait par implorer : « Robespierristes, antirobespierristes, nous vous crions grâce ; par pitié, dites-nous simplement : quel fut Robespierre ? » Les huit livres qui suivent offrent autant de réponses à cette question, avec des angles parfois complémentaires, parfois irréconciliables.


1. Robespierre (Hervé Leuwers, 2014)

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Publiée en 2014, la biographie d’Hervé Leuwers fait aujourd’hui autorité en français sur le sujet. Professeur à l’université de Lille et longtemps directeur des Annales historiques de la Révolution française, il a pu s’appuyer sur un corpus documentaire renouvelé : en 2011, un ensemble de manuscrits de Robespierre (discours préparatoires, correspondance, notes de travail) conservés jusque-là dans une famille privée a été acquis par les Archives nationales grâce à une souscription publique. Leuwers s’en nourrit, ainsi que d’autres sources peu exploitées, pour dresser un portrait méthodique du juriste d’Arras devenu l’une des figures centrales du gouvernement révolutionnaire.

Le parti pris est simple : suivre Robespierre pas à pas, sans psychologisme ni plaidoyer. On y découvre un avocat profondément pétri de Rousseau mais aussi, contre une idée reçue tenace, lecteur attentif de Montesquieu. La nuance importe : là où la tradition fait de Robespierre un disciple fanatique du Contrat social — tout au peuple, tout à la volonté générale —, Leuwers montre qu’il a aussi médité L’Esprit des lois et son souci de la séparation des pouvoirs et des contre-poids institutionnels. Le livre démonte au passage plusieurs légendes bien installées, comme celle d’une rencontre entre le jeune Maximilien et Louis XVI à Louis-le-Grand en 1775, une scène inventée au XIXe siècle pour donner au règne du roi une allure de tragédie annoncée.

Certain·es regretteront que les conséquences des grandes décisions — l’exécution de Louis XVI, la répression en Vendée, la chute des Girondins, la mort de Danton et Desmoulins — passent un peu au second plan derrière la reconstitution des débats d’idées. C’est le prix d’une biographie qui s’intéresse d’abord au tribun et au théoricien plutôt qu’à l’homme d’État pris dans la violence du moment. Un livre exigeant, qui demande quelques repères préalables, mais le meilleur point de départ pour qui veut aborder Robespierre avec sérieux.


2. Robespierre. Une vie révolutionnaire (Peter McPhee, 2022)

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Peter McPhee, professeur émérite à l’université de Melbourne, a publié ce livre en anglais dès 2012 ; il aura fallu attendre dix ans — et la traduction d’André Mir aux Classiques Garnier — pour qu’il soit enfin accessible en français. Spécialiste reconnu de la Révolution française, McPhee aborde son sujet avec le recul d’un auteur étranger, moins engagé que certains de ses collègues français dans les querelles mémorielles nationales.

La biographie reconstitue avec patience l’enfance arrageoise, les années de formation à Louis-le-Grand, puis l’ascension politique, sans céder aux interprétations psychiatriques qui prétendent expliquer la Terreur par les traumatismes de jeunesse. L’un des apports les plus originaux du livre réside dans l’attention portée à l’épuisement physique et moral de Robespierre dans les mois qui précèdent sa chute : la surcharge de travail au Comité de salut public, l’intensité des attaques personnelles subies depuis 1790 (d’abord des royalistes, puis des révolutionnaires rivaux), le poids excessif des responsabilités. McPhee défend l’idée que cet effondrement nerveux a pesé sur les erreurs politiques des dernières semaines — en particulier le discours obscur du 8 thermidor où Robespierre dénonce des traîtres sans les nommer, ce qui pousse tous les menacés potentiels à précipiter sa chute dès le lendemain.

Quelques approximations factuelles ont été relevées par les spécialistes français (notamment sur des dates et des fonctions de seconds couteaux du gouvernement révolutionnaire), mais elles n’entament guère l’intérêt d’un travail d’une grande honnêteté intellectuelle. Ni hagiographie ni réquisitoire, ce livre cherche à comprendre « quel fut Robespierre », pour reprendre l’injonction de Marc Bloch — sans pathos ni mise en scène.


3. Robespierre. La fabrication d’un monstre (Jean-Clément Martin, 2016)

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Professeur émérite à Paris-I Panthéon-Sorbonne et longtemps directeur de l’Institut d’histoire de la Révolution française, Jean-Clément Martin est l’un des meilleurs connaisseurs de la violence révolutionnaire, et en particulier de la guerre de Vendée — ce soulèvement royaliste et catholique de l’Ouest (1793-1794) qui fit des dizaines de milliers de morts et dont la responsabilité a longtemps été attribuée au seul Robespierre, alors même qu’il n’y a joué qu’un rôle marginal. Deux ans après la biographie de Leuwers, Martin propose un angle très différent : il cherche moins à retracer une vie qu’à démontrer comment une vie est devenue légende.

Sa thèse tient en une formule : Robespierre n’est pas un monstre, il a été fabriqué comme tel. Longtemps prudent, discret, indécis même, il ne domine pas la Révolution qu’on lui attribue. Dans les moments décisifs, Martin le présente comme un politique qui cherche à gouverner au centre — un centre « dur », certes, qui fait guillotiner ses opposants, mais un centre qui rassure une majorité de conventionnels effrayés par la radicalité des uns (les hébertistes, partisans d’une surenchère de terreur) et des autres (les dantonistes, favorables à un arrêt de la Terreur et à des négociations de paix). Ce sont ensuite les Thermidoriens — ces mêmes conventionnels qui ont orchestré sa chute le 9 thermidor — qui, après l’avoir abattu, se déchargent sur lui de toute la responsabilité de la violence d’État : mort, Robespierre fait le bouc émissaire idéal, puisqu’on peut lui imputer tout ce que l’on a collectivement couvert sans risque de contradiction.

Ni réhabilitation ni condamnation, plutôt une autopsie de la manière dont l’histoire s’écrit par les vainqueurs. Martin écarte les interprétations psychologiques — pas de divan à deux siècles de distance — et s’en tient aux archives. On en ressort avec une idée plus nuancée du personnage, sans pour autant que les ambiguïtés soient gommées. Un livre parfaitement complémentaire de celui de Leuwers, même si les deux auteurs divergent sur un point : Leuwers tient Robespierre pour une figure centrale et structurante du gouvernement révolutionnaire, Martin insiste sur son caractère plus effacé et sur sa fabrication posthume en « monstre ».


4. Robespierre. Portraits croisés (dir. Michel Biard et Philippe Bourdin, 2012)

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Tous deux présidents successifs de la Société des études robespierristes, Michel Biard et Philippe Bourdin ont réuni dix-sept historien·nes internationaux·ales autour de quinze thèmes pour composer ce recueil, publié en 2012 et récemment réédité. L’hypothèse est simple : plutôt qu’une nouvelle biographie linéaire, pourquoi ne pas reprendre un par un les grands dossiers sur lesquels Robespierre s’est prononcé ?

On y suit donc le conventionnel dossier par dossier : sa pratique d’avocat, son rapport à Rousseau, son combat contre la peine de mort et l’esclavage, sa pensée de l’éducation, sa politique sociale, la question de sa prétendue « dictature ». Une contribution est aussi consacrée au culte de l’Être suprême, cette religion civique qu’il lance en juin 1794 pour doter la République d’une morale commune, à mi-chemin du christianisme traditionnel et des tentatives de déchristianisation menées par certains révolutionnaires. Chaque chapitre revient aux sources originales et fait le point sur l’historiographie la plus récente, sans chercher à imposer une vision unifiée du personnage. Les contributions se répondent, parfois se contredisent, et c’est précisément l’intérêt de la formule : Robespierre apparaît en tension avec lui-même — adversaire de la peine de mort en 1791 qui vote pourtant la mort du roi en 1793, partisan du suffrage universel qui soutient la suspension de la Constitution jusqu’à la victoire, défenseur du peuple qui se défie de ses soulèvements spontanés.

Ce bouquin n’est sans doute pas le plus indiqué pour qui débute sur le sujet — un minimum de repères est nécessaire pour apprécier la finesse des analyses. Mais pour qui a déjà lu une biographie et veut aller plus loin sur un thème précis, le format thématique se révèle très efficace. Un bel antidote aux caricatures, qu’elles viennent de ses détracteurs ou de ses inconditionnels.


5. Robespierre et la république sociale (Albert Mathiez, 2018)

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Albert Mathiez (1874-1932) a fondé la Société des études robespierristes en 1907 pour défendre la mémoire de l’Incorruptible contre plus d’un siècle d’histoire à charge. La société existe toujours et publie les Annales historiques de la Révolution française, l’une des grandes revues de la spécialité. Le présent recueil, paru aux Éditions critiques en 2018, rassemble les principaux textes que Mathiez a consacrés à Robespierre entre 1910 et 1930. L’introduction est signée Yannick Bosc et Florence Gauthier, qui revendiquent ouvertement cet héritage.

La thèse centrale est limpide : Robespierre fut un critique radical du libéralisme économique. Proche par certains aspects des sans-culottes (les petits artisans, boutiquiers et ouvriers parisiens, base sociale de la Révolution radicale, partisans de prix plafonnés sur les denrées et d’une stricte égalité), il aurait défendu une République qui ne se contente pas de garantir les libertés politiques mais assure aussi à chacun le droit d’exister matériellement. Pour Mathiez, le conflit entre Girondins et Montagnards se joue au fond sur la question de la propriété : les premiers défendent son caractère absolu, les seconds placent le droit à l’existence avant le droit de propriété. Le recueil inclut également la démonstration fameuse sur la « politique sociale de Robespierre » (article de 1913) et plusieurs études sur les 8 et 9 Thermidor qui donnent presque l’impression de revivre les événements heure par heure.

Attention toutefois : ces textes datent d’un siècle, et l’historiographie les a parfois nuancés depuis. Lire Mathiez aujourd’hui suppose de garder à l’esprit que l’auteur écrit dans un contexte où les passions politiques autour de la Révolution sont très vives (il est lui-même un républicain engagé, proche des milieux communistes à la fin de sa vie, qui voit dans Robespierre une sorte d’ancêtre du socialisme français). Son érudition reste prodigieuse et la lecture n’est pas laborieuse. Un classique à fréquenter pour comprendre comment s’est construite, depuis le début du XXe siècle, la lecture de gauche de Robespierre — celle qui en fait un précurseur du socialisme républicain.


6. Robespierre. L’homme qui nous divise le plus (Marcel Gauchet, 2018)

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Philosophe et historien, directeur d’études à l’EHESS et longtemps rédacteur en chef de la revue Le Débat, Marcel Gauchet n’est pas à proprement parler un spécialiste de la Révolution française. Son livre, paru chez Gallimard en 2018 dans la collection « Des hommes qui ont fait la France », s’inscrit plutôt dans le prolongement de ses grands travaux sur L’avènement de la démocratie. Ce n’est donc pas une biographie mais un essai qui pose une question simple : comment un même homme a-t-il pu défendre les droits de l’homme en 1789 et justifier la Terreur en 1793-1794 ?

La méthode prend au sérieux les discours — tous les discours, et le conventionnel en a prononcé plus d’un millier en cinq ans, ce qui occupe un certain nombre de soirées de lecture. Gauchet cherche à restituer la cohérence interne d’une pensée politique qui relie 1789 et 1793 au lieu de les opposer : l’homme qui défend la Déclaration des droits à la Constituante est bien le même qui pourvoit la guillotine sous la Convention. Rupture ou continuité ? L’auteur tranche pour la continuité : fidèle à la logique des droits de l’homme, Robespierre en a simplement poussé les conséquences jusqu’à l’extrême quand il s’est cru menacé par des complots intérieurs et extérieurs. Mais son échec, selon Gauchet, tient à une impossibilité plus profonde. Jusqu’en 1789, les régimes politiques tiraient leur légitimité d’un principe extérieur à la société : Dieu, la monarchie de droit divin, la tradition. La Révolution, en prétendant fonder le pouvoir sur la seule volonté des hommes, a creusé un vide symbolique — d’où, dans les derniers mois, le recours désespéré au culte de l’Être suprême pour tenter de combler ce vide.

Le dernier chapitre renvoie dos à dos robespierristes et antirobespierristes : les uns justifient des moyens terribles au nom d’un idéal, les autres disqualifient tout idéal par peur des moyens. Certain·es jugent cette conclusion un peu abstraite : on attend des leçons, on reçoit une méditation philosophique. C’est néanmoins le projet même du livre — ni réhabiliter ni condamner, mais comprendre pourquoi Robespierre continue de hanter la politique française.


7. La chute de Robespierre. 24 heures dans le Paris révolutionnaire (Colin Jones, 2024)

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Historien britannique spécialiste de la France du XVIIIe siècle, Colin Jones concentre son attention sur vingt-quatre heures : celles du 9 thermidor an II (27 juillet 1794). À minuit, Robespierre est encore au sommet de son influence au Comité de salut public ; vingt-quatre heures plus tard, il est décrété hors la loi par la Convention, arrêté, libéré, retranché à l’Hôtel de Ville avec une poignée de fidèles, jusqu’à son arrestation définitive vers deux heures du matin. Le livre, paru en anglais en 2021 et traduit chez Fayard par Christophe Jaquet en 2024, déploie ses 624 pages heure par heure — parfois presque minute par minute.

La formule a quelque chose du thriller historique : on suit simultanément Robespierre et ses frères d’armes (Saint-Just, Couthon), les députés conventionnels, les comités, le commandant Hanriot de la Garde nationale, le maire de Paris Fleuriot, les sections parisiennes, des commerçants, des fonctionnaires, des sans-culottes. L’abondance de points de vue peut parfois dérouter, mais c’est le prix à payer pour rendre la contingence de la journée — les hésitations, les coups de théâtre, les occasions ratées (Hanriot qui se laisse arrêter bêtement, la Convention à portée de canon sans qu’on donne l’ordre d’attaquer…). La thèse principale de Jones, déjà défendue dans plusieurs articles antérieurs, renverse une idée reçue : le peuple parisien n’a pas été le spectateur passif que l’on croyait. Mais loin de soutenir massivement la Commune insurrectionnelle (le gouvernement municipal parisien qui, cette nuit-là, tente d’appeler le peuple à se soulever pour sauver les députés proscrits), les sections de la capitale — ces 48 quartiers administratifs qui servaient aussi de cadre à la vie politique populaire — se sont largement rangées du côté de la Convention. Sans soutien suffisant, la Commune échoue.

L’enjeu est donc de replacer le 9 Thermidor dans la série des grandes journées révolutionnaires (ces soulèvements populaires qui, depuis la prise de la Bastille, avaient régulièrement fait basculer le cours des événements), et de montrer que son issue ne devait rien à la fatalité. Certain·es spécialistes ont relevé que le « suspense » reste relatif (on sait comment la journée se termine…) et que le récit s’appuie un peu trop sur un seul témoin pour certaines séquences. Le livre n’en demeure pas moins dense et documenté, à lire de préférence après une bonne biographie, pour ne pas se perdre dans la galerie de personnages et la multiplicité des enjeux.


8. Pour le bonheur et pour la liberté. Discours (Maximilien de Robespierre, éd. Yannick Bosc, Florence Gauthier et Sophie Wahnich, 2000)

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Reste à entendre Robespierre lui-même. Paru en 2000 chez La Fabrique, ce recueil rassemble une trentaine de discours prononcés entre octobre 1789 et juillet 1794, pour la plupart à l’Assemblée constituante, à la Convention ou au Club des Jacobins (le plus puissant des clubs politiques révolutionnaires, qui joua un rôle décisif dans la radicalisation de l’Assemblée). Les éditeur·ices — Yannick Bosc, Florence Gauthier et Sophie Wahnich — sont des spécialistes reconnu·es de la Révolution française et membres de la Société des études robespierristes. Chaque texte est accompagné d’une brève mise en contexte, sans appareil critique lourd, ce qui rend la lecture très accessible.

Le parti pris éditorial est assumé : donner la parole à Robespierre pour répondre aux accusations récurrentes portées contre lui — terrorisme, libéralisme (si, si, on le lui a aussi reproché, à une époque où le mot désignait la défense du libre marché et de la propriété privée), centralisation, dictature, voire vandalisme. On y trouve les grands discours sur la souveraineté du peuple, les droits naturels, le suffrage universel, la peine de mort, la propriété, la guerre, la religion, le gouvernement révolutionnaire. Les textes ont été choisis moins pour leur notoriété que pour leur force théorique : la défense du droit à l’existence comme premier des droits, la critique du libéralisme économique, la conception d’une représentation politique toujours révocable par le peuple.

Il faut savoir ce qu’on lit : l’équipe éditoriale assume un point de vue républicain et social, proche de celui d’Albert Mathiez. Les commentaires ne cachent pas leurs sympathies pour l’Incorruptible. Mais cela ne retire rien à la valeur du document : après avoir beaucoup lu sur Robespierre, il devient salutaire de le lire tout court. On y trouve une langue dense, parfois chargée en rhétorique, mais qui déroule sans se contredire les mêmes grands principes pendant cinq ans. C’est peut-être la seule manière, à la fin, de se faire une opinion.