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Que lire sur l'histoire du Liban ?

Que lire sur l’histoire du Liban ?

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Petit territoire adossé à une haute montagne et ouvert sur la Méditerranée, le Liban est depuis l’Antiquité un carrefour de civilisations — phénicienne, grecque, romaine, arabe, ottomane, européenne. À partir du VIIe siècle, des communautés chrétiennes et musulmanes y trouvent refuge et s’y côtoient, tantôt dans la coopération, tantôt dans la violence.

En 1920, après l’effondrement de l’Empire ottoman, la France crée le Grand-Liban, un État-nation qui réunit la Montagne, le littoral et la plaine de la Békaa. Le nouvel État hérite d’une mosaïque de dix-huit communautés confessionnelles — maronites, sunnites, chiites, druzes, grecs-orthodoxes, entre autres — et adopte un système politique unique dans le monde arabe : le confessionnalisme, qui répartit les postes de pouvoir entre les communautés (la présidence de la République revient aux maronites, celle du Conseil des ministres aux sunnites, celle du Parlement aux chiites). Cet équilibre se rompt le 13 avril 1975. Une guerre civile éclate, nourrie par les tensions liées à la présence de combattants palestiniens sur le sol libanais — l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) y a installé ses bases après son expulsion de Jordanie en 1970, ce qui provoque des représailles israéliennes et heurte une partie de la population —, par les ambitions territoriales de la Syrie et d’Israël, et par les fractures sociales et économiques d’une société où la richesse se concentre dans les mains d’une minorité. Quinze années de guerre laissent le pays exsangue. Les accords de Taëf, signés en 1989 sous l’égide de l’Arabie saoudite, mettent fin aux combats et rééquilibrent le partage du pouvoir en faveur des musulmans, mais maintiennent le système confessionnel et placent de fait le Liban sous tutelle syrienne.

Depuis, le pays enchaîne les crises : occupation syrienne jusqu’en 2005, guerre de 2006 avec Israël, paralysie institutionnelle chronique, effondrement économique et bancaire à partir de 2019, explosion du port de Beyrouth en août 2020, et offensive israélienne de l’automne 2024. Pour qui souhaite comprendre les racines de cette histoire heurtée, la bibliographie en langue française ne manque pas. Voici huit ouvrages qui permettent d’en saisir les différentes dimensions, des origines les plus anciennes aux convulsions les plus récentes.


1. Histoire du Liban : des origines au XXe siècle (Boutros Dib, dir., 2006)

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Ce volume collectif de plus de mille pages représente une entreprise rare dans l’historiographie libanaise. Sous la direction de Boutros Dib — directeur général de la présidence de la République, recteur de l’Université libanaise et ambassadeur du Liban —, neuf historiens, presque tous libanais et de confessions différentes, se sont attelés à la rédaction d’une histoire commune de leur pays, des Phéniciens au XXe siècle. Le pari est considérable : dans un pays où le système confessionnel incite chaque communauté à entretenir sa propre lecture du passé, produire un récit partagé relève d’un acte politique autant qu’intellectuel.

L’ouvrage parcourt les grandes ères — antique, médiévale, ottomane, mandataire (le Liban est placé sous mandat français de 1920 à 1943) — et s’attache à dégager les constantes d’une histoire faite de coexistence, de brassage et de crises récurrentes. On y comprend, par exemple, comment le Mont-Liban est devenu dès le Moyen Âge un refuge pour des communautés persécutées — d’abord les maronites, puis les chiites, les druzes et d’autres groupes —, et comment ce peuplement successif a façonné la diversité du pays. C’est un livre de référence, à consulter pour ancrer sa compréhension du Liban dans la durée de trois millénaires.


2. Histoire du Liban : des origines à nos jours (Xavier Baron, 2017)

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Directeur de l’Agence France-Presse pour le Proche-Orient, Xavier Baron a vécu douze ans au Liban. Après un précédent ouvrage consacré à la Syrie, il propose ici une synthèse qui couvre trente siècles d’histoire, des comptoirs phéniciens à la période contemporaine. Le livre a reçu le prix Phénix en 2018.

Baron retrace la formation du Mont-Liban comme montagne-refuge, la cohabitation entre Druzes et Maronites sous l’émirat des Chéhab, les massacres intercommunautaires de 1860 — au cours desquels environ 15 000 chrétiens sont tués par les Druzes dans le contexte de la partition du Mont-Liban en deux districts —, la grande famine de 1916 qui décime peut-être un tiers de la population du Mont-Liban sous l’effet conjugué du blocus ottoman et d’une invasion de criquets, puis la création du Grand-Liban par la France en 1920. La seconde moitié de l’ouvrage se concentre sur le Liban indépendant et les décennies de guerre et d’instabilité qui l’ont ébranlé depuis 1975.

Le livre rend intelligible la complexité géopolitique d’un pays que se disputent la Syrie, Israël et l’Iran, et où chaque crise intérieure est amplifiée par l’intervention de puissances extérieures. Là où l’ouvrage collectif de Boutros Dib s’arrête au seuil du XXe siècle, Baron va jusqu’à la période la plus récente, et son parcours de journaliste au Proche-Orient donne au récit une clarté qui le rend accessible à un large public.


3. Le Liban contemporain : histoire et société (Georges Corm, 2003)

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Économiste, historien et ministre des Finances du Liban (1998-2000), Georges Corm (1940-2024) a consacré quatre décennies de travaux au Moyen-Orient. Ce livre, dont la première version remonte à 1986 sous le titre Géopolitique du conflit libanais, a été remanié à plusieurs reprises. L’édition la plus récente (La Découverte, 2012) couvre la période qui va de 1840 au début du XXIe siècle.

La thèse centrale de Corm est limpide : le conflit libanais ne se réduit pas à une guerre entre communautés religieuses. À rebours de cette grille de lecture devenue un lieu commun, il montre comment les ingérences européennes dès le XIXe siècle, l’instrumentalisation des identités confessionnelles par les élites locales pour conserver leurs privilèges, le poids du conflit israélo-arabe et les rivalités de la guerre froide ont façonné — et déformé — l’histoire du pays. L’analyse de la période post-guerre civile est tranchante : Corm y décrit l’émergence d’une oligarchie affairiste incarnée par la reconstruction de Beyrouth sous Rafic Hariri — un vaste projet immobilier et financier (Solidere) qui a profité à une poignée d’investisseurs et défiguré le centre-ville historique —, et le verrouillage du système politique par une classe dirigeante rompue au partage clientéliste du pouvoir.

Le livre s’adresse à un·e lecteur·ice qui maîtrise déjà les grandes lignes de l’histoire libanaise et souhaite en approfondir les ressorts politiques et économiques.


4. Le Liban : du mythe phénicien aux périls contemporains. Idées reçues sur un État effondré (Daniel Meier, 2025)

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Docteur en sociologie politique, Daniel Meier enseigne à Sciences Po Grenoble et à l’Université de Genève. Spécialiste du Liban et des enjeux frontaliers au Moyen-Orient, il a notamment travaillé sur les relations libano-palestiniennes. Ce bouquin, publié pour la première fois en 2010 et régulièrement mis à jour, en est à sa quatrième édition. Le principe : prendre pour point de départ les idées reçues les plus répandues sur le Liban et les passer au crible. Les Libanais descendent-ils des Phéniciens ? Le pays est-il une création coloniale française ? La guerre civile était-elle une guerre de religions ? Le Hezbollah n’est-il qu’un instrument de l’Iran ?

Chaque chapitre démonte un cliché et le replace dans son contexte historique, sociologique et géopolitique. L’ouvrage est le plus accessible de cette sélection : il n’exige pas de connaissances préalables et constitue une introduction idéale pour qui découvre le sujet. Pour autant, il ne sacrifie rien à la rigueur, et les lecteur·ice·s plus averti·e·s y trouveront de quoi bousculer leurs propres grilles de lecture. Cette dernière édition intègre les bouleversements les plus récents — effondrement économique, explosion du port de Beyrouth, offensive israélienne de 2024 — et dresse le constat d’un État en ruines.


5. Histoire de Beyrouth (Samir Kassir, 2003)

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Historien, éditorialiste au quotidien An-Nahar et professeur à l’Université Saint-Joseph, Samir Kassir a été assassiné le 2 juin 2005 dans un attentat à la voiture piégée. Son engagement contre la tutelle syrienne et son rôle dans la Révolution du Cèdre — le vaste mouvement de protestation déclenché par l’assassinat du Premier ministre Rafic Hariri, en février 2005, qui a conduit au retrait des troupes syriennes du Liban après près de trente ans de présence militaire — lui ont valu d’être assassiné. Son Histoire de Beyrouth, publiée deux ans avant sa mort, reste à ce jour la monographie de référence sur la capitale libanaise.

En sept cents pages, Kassir retrace l’histoire de la capitale libanaise depuis l’Antiquité jusqu’aux années 1980. Mais le cœur du livre se situe à partir du XIXe siècle, quand Beyrouth connaît une transformation rapide : fondation de journaux et de revues, ouverture d’universités, émergence d’une scène littéraire et théâtrale, afflux de populations venues de la Montagne et de la région. La ville devient alors l’un des foyers de la Nahda, la « renaissance » intellectuelle arabe. Kassir restitue les multiples visages de cette métropole — orientale et occidentalisée, commerçante et lettrée, mondaine et gangrenée par le clientélisme confessionnel — et montre ce que la guerre civile a détruit : non seulement un tissu urbain, mais une ville où cohabitaient des communautés, des langues et des modes de vie que l’on peinait à trouver réunis ailleurs dans la région.


6. La Guerre du Liban : de la dissension nationale au conflit régional (1975-1982) (Samir Kassir, 1994)

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Avant son Histoire de Beyrouth, Samir Kassir avait publié en 1994 cette étude de référence sur les sept premières années de la guerre du Liban, rééditée en 2019 aux éditions L’Orient des livres avec une préface du sociologue Ahmad Beydoun. Le livre reconstitue la chronologie de la guerre étape par étape, de l’embrasement d’avril 1975 à l’invasion israélienne de juin 1982.

Ce qui fait la force de ce livre, c’est son refus de toute explication simpliste. Kassir identifie, à chaque phase de la guerre, ce qui relève des fractures internes au Liban et ce qui tient aux interférences régionales : l’impact de la présence armée palestinienne, qui divise profondément la société libanaise entre ceux qui soutiennent la cause palestinienne et ceux qui la perçoivent comme une menace pour la souveraineté du pays ; les fractures au sein même des camps chrétien et musulman, loin de la vision binaire qui domine souvent le récit de cette guerre ; les calculs de Damas et de Tel-Aviv, qui instrumentalisent les acteurs locaux pour servir leurs propres intérêts. Kassir fonde son analyse sur un vaste corpus de déclarations, de discours et de sources de première main — les faits d’abord, l’interprétation ensuite. Trois décennies après sa parution, ce livre n’a pas été supplanté.


7. Le Liban en guerre : de 1975 à nos jours (Dima de Clerck et Stéphane Malsagne, 2025)

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Publiée pour la première fois en 2020 aux éditions Belin sous le titre Le Liban en guerre. 1975-1990, cette somme a été rééditée en 2025 chez Gallimard (collection Folio Histoire) dans une version revue et augmentée. Dima de Clerck, chercheure à l’IFPO et enseignante à l’Université américaine de Beyrouth et à l’Université Saint-Joseph, et Stéphane Malsagne, docteur en histoire et enseignant à Sciences Po, y livrent l’une des synthèses les plus abouties sur la guerre du Liban.

Le livre refuse d’enfermer la guerre dans une catégorie unique — guerre civile, prolongement du conflit israélo-arabe ou affrontement périphérique de la guerre froide — et l’aborde dans toutes ses dimensions : politique, militaire, sociale, territoriale, familiale. La structure thématique, faite d’allers-retours entre les différentes phases de la guerre, permet de passer du vécu quotidien des civils sous les bombes aux grandes manœuvres diplomatiques, et de la logique des milices armées au fonctionnement des institutions. Car l’un des apports majeurs du livre est précisément celui-ci : montrer que l’État libanais n’a pas cessé de fonctionner pendant la guerre. Malgré la prise de contrôle de quartiers entiers par des milices, les salaires des fonctionnaires ont continué d’être versés, les impôts collectés, et l’émir Maurice Chéhab — alors directeur général des Antiquités — a veillé à la protection des collections du Musée national de Beyrouth, qu’il a fait emmurer pour les soustraire aux bombardements.

Cette nouvelle édition prolonge le récit après 1990 — tutelle syrienne, assassinat de Rafic Hariri, guerre de 2006, effondrement de 2019 — et offre ainsi la couverture la plus complète à ce jour de la période ouverte en 1975.


8. Beyrouth, 13 avril 1975. Autopsie d’une étincelle (Marwan Chahine, 2024)

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Lauréat du Prix France-Liban 2024, ce livre se concentre sur un seul événement : l’attaque d’un bus de Palestiniens par des miliciens des Kataëb (Phalanges libanaises) dans le quartier d’Ayn el-Remmaneh, le 13 avril 1975, considérée comme le déclencheur de la guerre civile. Si l’épisode est connu de tous les Libanais, personne ne sait avec certitude ce qui s’est réellement passé ce jour-là. Opération planifiée ? Acte de représailles ? Incident fortuit ? Journaliste franco-libanais né en France pendant la guerre et correspondant de Libération au Caire, Marwan Chahine a mené pendant près de dix ans une enquête inédite pour reconstituer les faits.

Chahine a retrouvé un à un les protagonistes du drame, confronté leurs témoignages contradictoires, buté contre la culture du silence et l’amnésie d’un pays où la loi d’amnistie de 1991 a interdit toute poursuite des crimes commis pendant la guerre, rendant impossible tout travail judiciaire ou mémoriel officiel. Le bouquin est aussi une quête personnelle : celle d’un homme qui tente de comprendre le pays de son père, un pays où certains des acteurs de la guerre occupent encore des positions de pouvoir. Récit journalistique, essai historique et thriller tout à la fois, l’enquête de Chahine pose une question qui dépasse le cadre libanais : comment une société peut-elle se reconstruire sans avoir établi la vérité sur son propre passé ?