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Que lire sur l'histoire de l'Iran ?

Que lire sur l’histoire de l’Iran ?

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L’Iran est l’un des plus anciens foyers de civilisation au monde. Dès le VIe siècle avant notre ère, Cyrus le Grand fonde sur le plateau iranien le premier grand empire du monde : un État qui s’étend du Nil à l’Indus et rassemble sous une même autorité des dizaines de peuples, de langues et de cultes. Ses successeurs — Darius, Xerxès — bâtissent Persépolis, divisent l’empire en satrapies (des provinces administrées par un gouverneur nommé par le roi) et se heurtent aux cités grecques lors des guerres médiques (490-479 av. J.-C.), ces conflits célèbres dont Marathon et les Thermopyles restent les épisodes les plus connus. En 330 av. J.-C., Alexandre le Grand abat la dynastie achéménide. Ses héritiers, les Séleucides — des souverains macédoniens installés sur les terres perses —, perdent progressivement le contrôle de la région au profit des Parthes, un peuple iranien venu du nord-est, puis des Sassanides, une dynastie perse qui restaure un pouvoir centralisé et revendique l’héritage achéménide. Ces deux dynasties maintiennent un État iranien puissant face à Rome puis à Byzance pendant près de huit siècles.

La conquête arabo-musulmane au VIIe siècle bouleverse cet ordre mais ne dissout pas l’identité iranienne. La Perse adopte l’islam, conserve cependant sa langue et sa littérature, et finit par transformer durablement la civilisation musulmane elle-même : c’est en persan que s’écrivent les grandes épopées (le Shâhnâmeh — « Livre des rois » — de Ferdowsi), c’est dans les villes iraniennes que se forment des savants comme Avicenne (médecin et philosophe du XIe siècle), et c’est sur les modèles administratifs perses que se construisent les califats. Les invasions mongoles (XIIIe siècle) puis turques ravagent la région et redistribuent le pouvoir entre de nouvelles dynasties, avant que les Safavides n’imposent le chiisme duodécimain — la branche du chiisme qui reconnaît une lignée de douze imams descendants d’Ali — comme religion d’État au XVIe siècle. Cette décision ancre l’Iran dans une identité confessionnelle distincte du reste du monde musulman, majoritairement sunnite.

Aux XIXe et XXe siècles, le pays subit les pressions rivales des empires russe et britannique et connaît une révolution constitutionnelle pionnière en 1906, qui instaure un parlement élu. Mais cette monarchie parlementaire est confisquée par Reza Khan, un officier qui fonde la dynastie Pahlavi en 1925 et engage une modernisation autoritaire du pays. En 1979, la révolution islamique renverse son fils Mohammad-Reza Shah et instaure une République islamique dirigée par un clergé chiite — un régime sans précédent qui redéfinit les rapports de force au Moyen-Orient, alimente la rivalité avec l’Arabie saoudite sunnite et implique l’Iran dans tous les conflits régionaux, du Liban à l’Irak.

Voici huit ouvrages pour parcourir cette histoire, des premières civilisations du plateau iranien jusqu’aux tensions contemporaines. Ils sont présentés dans l’ordre chronologique des périodes qu’ils couvrent — de l’Antiquité achéménide à la République islamique.


1. Histoire de l’Empire perse (Pierre Briant, 1996)

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Professeur au Collège de France et l’un des meilleurs spécialistes au monde de la Perse achéménide, Pierre Briant produit ici la référence internationale sur l’Empire perse. Fruit d’une quinzaine d’années de recherches, ce volume de plus de mille pages couvre les deux siècles qui séparent la fondation de l’Empire par Cyrus (vers 550 av. J.-C.) de son effondrement face à Alexandre en 330 av. J.-C. Le livre alterne chapitres événementiels — conquêtes, règnes, crises de succession — et chapitres thématiques sur le fonctionnement de l’Empire : comment le Grand Roi gouverne depuis sa cour, comment les satrapies sont administrées, comment le tribut est prélevé et acheminé, comment les routes relient les provinces entre elles.

L’apport décisif du livre tient à sa réévaluation systématique des sources grecques — longtemps les seules utilisées — à la lumière des documents orientaux : inscriptions cunéiformes, tablettes administratives rédigées en élamite (la langue de la bureaucratie perse à Persépolis), vestiges archéologiques et monnaies. Briant démontre que l’Empire achéménide n’est ni la fédération lâche ni la monarchie décadente que les auteurs grecs ont décrite, mais un État centralisé, doté d’institutions cohérentes. Le IVe siècle avant notre ère, souvent réduit à un lent déclin avant la conquête macédonienne, retrouve ici toute sa complexité politique. La densité de l’appareil critique et l’ampleur de la bibliographie (plusieurs centaines de pages de notes et d’index) réservent cet ouvrage à un lectorat averti. Mais pour quiconque souhaite comprendre le monde achéménide autrement que par le seul prisme grec, ce livre reste, trente ans après sa parution, incontournable.


2. La Perse antique (Philip Huyse, 2005)

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Directeur d’études en langues de l’Iran ancien à l’École Pratique des Hautes Études, Philip Huyse signe un livre de la collection « Guide des civilisations » des Belles Lettres qui couvre l’ensemble de l’Iran préislamique — des Achéménides aux Sassanides, Parthes inclus. Là où la plupart des ouvrages s’arrêtent à la chute de l’Empire perse face à Alexandre, Huyse prolonge le récit jusqu’à la conquête arabe du VIIe siècle. On dispose ainsi, en un seul livre et en langue française, d’une vue continue sur plus d’un millénaire d’histoire iranienne. La structure est thématique : armée, monnaie, religions, langues, arts — un découpage qui permet de repérer les permanences d’une dynastie à l’autre.

L’auteur s’attache à déconstruire le préjugé tenace, hérité des sources grecques, qui réduit les Perses à des « barbares » vaincus. Il rappelle que l’Iran ancien a produit le zoroastrisme — religion fondée sur l’affrontement entre un dieu bon (Ahura Mazda) et un esprit du mal (Ahriman) —, le manichéisme, et des modèles impériaux (administration provinciale, routes royales, tolérance religieuse) repris ensuite par Rome et par Byzance. Le format concis (environ 300 pages) impose des choix, mais Huyse ne sacrifie pas la rigueur scientifique : plans, tableaux, cartes et chronologies jalonnent le texte. Ce titre s’adresse à celles et ceux qui possèdent déjà quelques repères chronologiques sur l’Antiquité et qui souhaitent aller plus loin sur l’Iran avant l’islam — sa politique, ses religions, ses langues et ses arts.


3. L’Iran médiéval (Ève Feuillebois, 2018)

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Spécialiste de la littérature mystique persane à la Sorbonne Nouvelle, Ève Feuillebois condense sept siècles d’histoire iranienne — de l’islamisation au XIIIe siècle — en un seul ouvrage, le premier de la collection « Guide des civilisations » des Belles Lettres consacré au monde musulman médiéval. L’Iran décrit ici déborde les frontières actuelles du pays : il englobe la Mésopotamie (l’Irak actuel), l’Afghanistan, la Transoxiane (la région de Samarcande et de Boukhara, dans l’actuel Ouzbékistan) et l’Arménie — soit l’essentiel de l’espace sassanide.

Dix chapitres structurent le propos : histoire politique (de la conquête arabe aux dynasties turques), géographie, économie, organisation sociale, univers religieux, arts, sciences et vie quotidienne. L’un des fils conducteurs du livre est le rapport paradoxal entre la Perse et ses conquérants arabes : vaincue militairement, la Perse a en retour transformé la civilisation islamique — elle lui a légué ses modèles administratifs, sa tradition poétique et une part de sa philosophie. Feuillebois consacre aussi des pages claires aux différentes branches du chiisme — un sujet souvent confus pour le lectorat occidental — et montre comment ces divisions, nées dans les premiers siècles de l’islam, structurent encore la vie politique de la région. Le cadre chronologique s’arrête avant les invasions mongoles de Gengis Khan, un choix qui peut frustrer, mais l’ouvrage n’en reste pas moins l’un des rares en français à traiter cette période médiévale iranienne, trop souvent éclipsée par l’Antiquité ou par le XXe siècle.


4. Histoire de l’Iran et des Iraniens (Jean-Paul Roux, 2006)

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Historien des peuples d’Orient et spécialiste du monde turc, Jean-Paul Roux propose un panorama de l’Iran sur vingt-cinq siècles, depuis les Mèdes et les Achéménides jusqu’à la République islamique. Le livre suit un fil principalement événementiel : il fait défiler les grandes dynasties — Séleucides, Parthes, Sassanides, Safavides, Qâjârs, Pahlavi — et les figures qui ont marqué l’histoire du pays : Cyrus, Darius, Gengis Khan, Tamerlan, Shâh Abbâs.

Le livre rappelle à quel point la civilisation iranienne a pesé sur l’histoire mondiale — et pas seulement par Persépolis ou les mosquées d’Ispahan, auxquelles on la réduit souvent en Occident : l’Iran est au cœur de l’histoire des religions, des échanges commerciaux entre Méditerranée et Asie, et des grands mouvements de peuples. Roux ne dissimule pas ses propres limites face à l’immensité du sujet. La communauté iranologique a toutefois noté que Roux, dont le domaine principal reste le monde turc, privilégie les époques anciennes au détriment des périodes récentes, et que sa bibliographie ne reflète pas toujours l’état le plus récent de la recherche. Le bouquin vaut donc comme première approche globale, à condition de le prolonger par des études spécialisées sur les périodes qui vous intéressent le plus.


5. Iran, une histoire de 4000 ans (Yves Bomati et Houchang Nahavandi, 2019)

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Yves Bomati, historien des religions diplômé de l’École Pratique des Hautes Études, et Houchang Nahavandi, ministre iranien en exil depuis 1979 et correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, cosignent un récit qui embrasse quatre millénaires d’histoire iranienne — des premières civilisations du plateau iranien à la République islamique. Le livre s’appuie à la fois sur les travaux universitaires récents et sur des chroniques persanes, et restitue ainsi des épisodes peu connus du lectorat européen.

Les auteurs accordent une place importante aux religions anciennes de l’Iran — en particulier le zoroastrisme (aussi appelé mazdéisme, du nom du dieu suprême Ahura Mazda), dont les conceptions dualistes ont influencé le judaïsme tardif, le christianisme et l’islam. Les chapitres sur le chiisme montrent comment cette branche de l’islam, née d’une querelle de succession après la mort du prophète Mahomet, est devenue en Iran un instrument de pouvoir politique autant qu’une foi. Parmi les figures que le livre tire de l’oubli, on retiendra Hassan Sabbâh, fondateur de la secte des Assassins (un groupe ismaélien du XIe siècle qui pratiquait le meurtre politique ciblé), la poétesse Tâhéreh Qorrat ol-‘Eyn ou encore Amir Kabir, grand chancelier réformateur du XIXe siècle. La perspective de Nahavandi — qui a servi la monarchie Pahlavi et vécu sa chute de l’intérieur — confère aux derniers chapitres une tonalité personnelle dont il faut mesurer la part de subjectivité.

L’ampleur chronologique impose inévitablement des raccourcis, et certains lecteur·ices regretteront la rareté des cartes pour un récit aussi vaste. Mais le bouquin a le mérite de montrer comment chaque époque hérite de la précédente : comment le zoroastrisme survit dans les pratiques populaires après l’islamisation, comment les modèles impériaux achéménides resurgissent sous les Safavides, comment le nationalisme moderne se nourrit du souvenir de la grandeur achéménide et sassanide.


6. Histoire de l’Iran contemporain (Mohammad-Reza Djalili et Thierry Kellner, 2010)

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Publié dans la collection « Repères » de La Découverte et régulièrement mis à jour (la dernière édition couvre la période 1796-2023), ce livre est l’une des meilleures introductions disponibles en français à l’Iran des deux derniers siècles. Mohammad-Reza Djalili, professeur émérite à l’Institut de hautes études internationales de Genève et spécialiste de la géopolitique iranienne, et Thierry Kellner, politologue à l’Université libre de Bruxelles, y retracent l’histoire du pays en six parties : le siècle des Qâjârs, l’entrée dans le XXe siècle, la fondation de l’Iran moderne sous Reza Shah, le règne de Mohammad-Reza Shah, la République islamique sous Khomeyni, et l’après-Khomeyni.

Le choix du XIXe siècle comme point de départ est judicieux : c’est à cette époque que la Perse s’insère dans le jeu des puissances européennes et devient un enjeu de rivalité entre la Russie et la Grande-Bretagne — la première convoite un accès aux mers chaudes, la seconde défend la route des Indes. Cette pression extérieure déclenche les premières tentatives de réforme et, à terme, la révolution constitutionnelle de 1906. La démarche chronologique des auteurs, rigoureuse et limpide, permet de suivre l’évolution des grands courants politiques iraniens — constitutionnalisme, nationalisme, islamisme — et de comprendre comment chacun s’est construit en réaction aux précédents.

En dépit de son format compact (environ 130 pages dans la première édition), l’ouvrage rend compte de la complexité d’un pays qui est à la fois le plus ancien État constitutionnel du Moyen-Orient (1906) et le berceau de la première révolution islamique de l’histoire (1979).


7. L’Iran de 1800 à nos jours (Yann Richard, 2006)

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Professeur émérite d’études iraniennes à la Sorbonne, Yann Richard a vécu plus de huit ans en Iran et assisté en personne à la révolution de 1979. Cette expérience nourrit un ouvrage d’une érudition considérable, régulièrement réédité et augmenté depuis sa première parution. En douze chapitres denses, l’auteur retrace la formation de la nation iranienne moderne : la dynastie Qâjâr et ses rapports avec les puissances européennes ; la révolution constitutionnelle de 1906 ; la modernisation autoritaire de Reza Shah (qui impose un code vestimentaire occidental, crée une armée moderne et réduit le pouvoir du clergé) ; le coup d’État de 1953 contre le Premier ministre Mossadegh — renversé par la CIA et les services britanniques après avoir nationalisé le pétrole iranien — ; la radicalisation du régime de Mohammad-Reza Shah ; la révolution islamique ; la guerre Iran-Irak (1980-1988) ; et les crises politiques successives — du Mouvement vert de 2009 aux soulèvements de 2022 après la mort de Mahsa Amini.

L’un des points forts du livre réside dans son analyse des rapports entre religion, nationalisme et pouvoir politique en Iran. Richard montre que le chiisme n’a pas été simplement utilisé par les dirigeants comme un outil de légitimation : il a servi de cadre aux luttes populaires contre les ingérences étrangères (russes, britanniques, américaines), de sorte que la foi religieuse et la revendication d’indépendance nationale se sont historiquement renforcées l’une l’autre. C’est cette imbrication qui explique, pour une large part, la forme religieuse qu’a prise la révolution de 1979. La profusion de noms, de dates et d’événements peut dérouter un·e lecteur·ice néophyte, mais elle reflète la volonté de ne rien simplifier à l’excès. C’est le livre de référence sur l’Iran des deux derniers siècles.


8. L’Iran, une puissance en mouvement (Thierry Coville, 2022)

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Chercheur à l’IRIS et docteur en sciences économiques, Thierry Coville consacre depuis une vingtaine d’années ses travaux à l’Iran contemporain. Ce court essai (192 pages) se situe entre le livre d’histoire et l’analyse géopolitique : il propose des repères pour comprendre la place de l’Iran sur la scène internationale et les contradictions internes de la République islamique.

L’ouvrage aborde successivement les fondements historiques du nationalisme iranien, la politisation du religieux, l’architecture institutionnelle du régime (Guide suprême, président, Conseil des gardiens de la Constitution, Gardiens de la Révolution), la politique étrangère — tiraillée entre l’idéologie révolutionnaire d’exportation du chiisme et le pragmatisme diplomatique —, la situation économique (sanctions internationales, dépendance pétrolière, inflation chronique) et les transformations sociales profondes du pays : urbanisation rapide, féminisation de l’enseignement supérieur (les femmes y sont désormais majoritaires), aspirations démocratiques de la jeunesse. Coville accorde une place inhabituelle à l’économie — un angle rarement aussi bien traité dans les ouvrages grand public sur l’Iran, alors qu’il est indispensable pour comprendre pourquoi le régime se maintient (rente pétrolière, redistribution clientéliste) et pourquoi il est contesté (chômage, perte de pouvoir d’achat).

L’essai s’adresse à celles et ceux qui souhaitent dépasser les raccourcis médiatiques et comprendre ce qui se joue dans l’Iran d’aujourd’hui.