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Que lire sur la guerre d'Algérie ?

Que lire sur la guerre d’Algérie ?

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Le 1er novembre 1954, une série d’attentats coordonnés secoue l’Algérie française. C’est la Toussaint rouge : quelques centaines d’hommes du tout jeune Front de libération nationale (FLN) prennent les armes contre la puissance coloniale. Personne, à Paris, ne mesure encore l’ampleur de ce qui commence. Car ce qui commence, c’est une guerre — même si l’État français refuse de prononcer le mot jusqu’en 1999 et parle pudiquement d’« opérations de maintien de l’ordre ».

Huit années d’un conflit féroce s’ensuivent. En 1957, le FLN lance une campagne d’attentats à Alger ; pour l’écraser, l’armée française quadrille la ville et recourt à la torture de façon systématique — c’est la « bataille d’Alger ». Le conflit paralyse la vie politique à Paris : les gouvernements tombent les uns après les autres, aucun n’ose ni faire la guerre jusqu’au bout ni négocier la paix. En mai 1958, l’armée et les colons d’Alger se soulèvent contre un pouvoir qu’ils jugent trop faible. Seul le retour au pouvoir du général de Gaulle, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée, évite le coup d’État. La IVe République y laisse sa peau ; la Ve naît de ce chaos.

Mais De Gaulle s’oriente vers l’autodétermination — c’est-à-dire un référendum où les Algériens choisiraient leur avenir, ce qui, vu le rapport démographique (neuf millions de musulmans contre un million d’Européens), revient de fait à accepter l’indépendance. Les partisans de l’Algérie française ne le lui pardonnent pas. En avril 1961, quatre généraux tentent un putsch à Alger — il échoue en quatre jours. Leurs partisans les plus radicaux fondent alors l’OAS (Organisation de l’armée secrète), qui sème des bombes pour torpiller toute négociation. Le 17 octobre 1961, à Paris, la police réprime dans le sang une manifestation pacifique d’Algériens qui protestaient contre un couvre-feu discriminatoire : des dizaines de morts, peut-être plus de deux cents. Enfin, signés le 18 mars 1962, les accords d’Évian ouvrent la voie à l’indépendance, proclamée en juillet.

Le bilan est effroyable. Plus de 500 000 morts selon les estimations les plus hautes. Deux millions de paysans algériens déplacés dans des camps par l’armée française. Un million de pieds-noirs — les Français d’Algérie — contraints à l’exil en quelques mois. Des dizaines de milliers de harkis — ces soldats algériens qui avaient combattu du côté français — abandonnés aux représailles du FLN.

Plus de soixante ans après les accords d’Évian, la guerre d’Algérie n’a rien d’un dossier classé. En France, chaque déclaration présidentielle sur le passé colonial ravive les tensions entre communautés (pieds-noirs, harkis, descendants d’immigrés algériens, anciens appelés) ; en Algérie, le pouvoir a longtemps fondé sa légitimité sur un récit officiel de la « guerre de libération » qui occulte les luttes fratricides au sein du mouvement national. Raison de plus pour lire, et pour lire bien. Voici neuf ouvrages qui, chacun à sa manière, permettent de saisir ce conflit — et d’éviter de le réduire à quelques slogans commodes.


1. La guerre d’Algérie expliquée à tous (Benjamin Stora, 2012)

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Ne vous fiez pas au titre, qui évoque un peu Pour les nuls version Seuil. Né à Constantine et devenu l’un des plus grands spécialistes du sujet, Benjamin Stora livre ici une synthèse d’une clarté redoutable qui condense, en à peine plus d’une centaine de pages, les causes, le déroulement et les séquelles de huit années de guerre. Le livre prend la forme d’un jeu de questions-réponses : pourquoi la France a-t-elle colonisé l’Algérie ? Quand la guerre a-t-elle basculé dans la violence de masse ? Qu’est-il advenu des harkis ? Ce format pédagogique ne sacrifie rien à la rigueur historique.

Stora parvient à rester équilibré sur un sujet où tout le monde a tendance à voir midi à sa porte. Il n’occulte ni les massacres commis au lendemain du cessez-le-feu du 19 mars 1962 — quand des milliers de harkis et de civils européens furent tués dans un pays livré au chaos —, ni la guerre civile entre le FLN et le MNA (le Mouvement national algérien de Messali Hadj, rival du FLN, avec lequel les affrontements firent officiellement 10 000 morts), ni le désarroi des pieds-noirs au moment de quitter une terre sur laquelle leurs familles vivaient depuis plus d’un siècle. Le tout sans complaisance et sans rancœur. Si vous ne devez lire qu’un seul livre de cette liste avant tous les autres, c’est probablement celui-ci.


2. Histoire de la guerre d’Algérie, 1954-1962 (Benjamin Stora, 1993)

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Publié dans la collection « Repères » de La Découverte, ce petit volume est devenu, au fil de ses rééditions, la synthèse de référence sur le conflit algérien. En une centaine de pages serrées, Stora réussit un pari que la critique universitaire a salué : condenser une guerre d’une extraordinaire complexité sans la déformer.

L’ouvrage suit un plan chronologique rigoureux, de la « drôle de guerre » de novembre 1954 à la terrible fin de guerre de 1962 — bataille d’Alger, retour de De Gaulle, putsch des généraux. Mais Stora ne se contente pas du récit événementiel vu de Paris : il regarde aussi la guerre du côté algérien, ce qui, au moment de la première édition en 1993, restait assez neuf dans l’historiographie française. Les différenciations entre nationalistes, la guerre fratricide FLN-MNA, le rôle des immigrés algériens en métropole — qui servaient de relais logistique et financier au FLN, au point de constituer un véritable « second front » — autant d’aspects que l’auteur refuse de laisser dans l’ombre. Consacrée aux amnisties, aux amnésies et aux enjeux de mémoire, la dernière partie n’a rien perdu de sa pertinence.

Plus dense que La guerre d’Algérie expliquée à tous, ce livre s’adresse à qui veut aller un cran plus loin. C’est d’ailleurs cette synthèse qui, dès sa parution en 1993, a contribué à sortir la guerre d’Algérie de l’oubli universitaire et a donné à de nombreux·ses jeunes chercheurs·ses l’envie de creuser le sujet.


3. La guerre d’Algérie (Guy Pervillé, 2007)

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Ancien élève de l’École normale supérieure, Guy Pervillé a consacré un demi-siècle de recherches à l’Algérie coloniale et à sa guerre d’indépendance. Son volume dans la collection « Que sais-je ? » des PUF — cette série de petits livres de synthèse académique — témoigne de cette longue familiarité avec le sujet. En 128 pages, il propose une synthèse factuelle et chiffrée : dates, enchaînements, bilans humains, rapports de forces — tout y est documenté avec une rigueur méticuleuse.

L’approche de Pervillé se veut aussi froide que possible sur un sujet qui ne l’est jamais. L’historien ne se dérobe devant aucun dossier sensible : il discute les estimations du nombre de morts (entre 300 000 et 500 000 selon les sources), rappelle que les victimes civiles du terrorisme du FLN furent d’abord et massivement des Algériens (16 378 tués, contre 2 788 Européens), analyse les impasses de la politique française — une IVe République incapable de négocier, parce que les colons d’Algérie bloquaient toute réforme, que l’armée refusait l’idée d’un abandon, et que les communistes — seule force politique favorable à la négociation avec le FLN — étaient exclus de toute coalition gouvernementale depuis 1947. Sur De Gaulle, Pervillé avance que le Général savait dans quelle direction il irait, mais qu’il a dû composer avec les rapports de force et gagner du temps — d’où l’ambiguïté calculée du « je vous ai compris » lancé à Alger en juin 1958.

Si vous cherchez un ouvrage qui s’en tient aux faits vérifiables et fuit les effets de manche, celui-ci est fait pour vous.


4. Les vérités cachées de la guerre d’Algérie (Jean Sévillia, 2018)

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Jean Sévillia est journaliste au Figaro Magazine et essayiste assumé de droite — il ne s’en cache pas, ce qui a le mérite de la franchise. Avec ce livre de plus de 400 pages, il entend proposer une lecture à contre-courant. Sa cible : une vision de l’histoire qui, selon lui, réduit la colonisation à un crime pur et simple et le FLN à un mouvement de libération héroïque, sans regarder la complexité de l’un ni les atrocités de l’autre. L’ouvrage se présente, entre autres, comme une réponse aux propos d’Emmanuel Macron qui avait qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité ».

Ne vous attendez pas pour autant à un pamphlet nostalgique de l’Algérie française. Sévillia remonte à la conquête de 1830, retrace l’histoire de la colonisation et ne cherche pas d’excuses à l’OAS. Son travail repose sur une documentation abondante — l’historien Guy Pervillé a d’ailleurs relevé que ses propres travaux y sont très largement utilisés. Sévillia relit les grands épisodes du conflit (la Toussaint sanglante, la rue d’Isly, le 17 octobre 1961), confronte les chiffres et replace la cruauté dans le contexte de l’époque. Il s’attarde aussi sur le rôle de l’islam dans le nationalisme algérien — la déclaration de Benbadis, président des Oulémas (les savants religieux musulmans), en 1936, est à cet égard éclairante : ce peuple, proclamait-il, n’est pas la France, ne peut pas l’être et ne veut pas l’être, parce qu’il est « très éloigné de la France par sa langue, ses mœurs et sa religion ».

L’intérêt principal de ce livre est de servir de contrepoint à des récits parfois tentés par le manichéisme. Il agacera certain·es, il stimulera d’autres. À lire en complément des ouvrages de Stora ou de Thénault pour confronter les perspectives.


5. La Question (Henri Alleg, 1958)

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Ce livre-là n’est pas un ouvrage d’historien. C’est un cri, rédigé sur des feuilles de papier-toilette dans une cellule de la prison Barberousse à Alger, puis transmis clandestinement à l’éditeur Jérôme Lindon. Henri Alleg, directeur du quotidien Alger républicain et militant communiste, est arrêté en juin 1957 par les parachutistes de la 10e division, au domicile de son ami Maurice Audin — lequel sera torturé à mort et dont le corps ne sera jamais retrouvé. Séquestré un mois à El-Biar, Alleg subit l’électricité, l’eau, les brûlures, le « sérum de vérité ». Il tient bon. Puis il écrit.

Publié aux Éditions de Minuit en février 1958, La Question est saisi par les autorités un mois plus tard — ce qui, évidemment, ne fait qu’amplifier son retentissement. Réédité en Suisse, il s’écoule à plus de 100 000 exemplaires en quelques semaines. André Malraux, Roger Martin du Gard, François Mauriac et Jean-Paul Sartre signent une lettre solennelle de protestation au président de la République. Le titre est un double sens : « la question », c’était le nom officiel de la torture judiciaire sous l’Ancien Régime ; c’est aussi la question que le livre pose à la conscience nationale.

Le récit est bref, direct, dépouillé de tout sentimentalisme. Alleg décrit les supplices avec une précision factuelle qui rend le texte presque insoutenable — et c’est exactement l’effet recherché. La Question reste, près de soixante-dix ans après sa parution, un document fondamental : la preuve, écrite de la main d’une victime, que la torture a été pratiquée à grande échelle par l’armée française — non pas comme un « dérapage » isolé, mais comme un outil de guerre. Le livre a d’ailleurs connu un regain d’intérêt en 2006, quand l’université du Nebraska en a publié une traduction anglaise, au moment où les États-Unis devaient répondre du scandale d’Abou Ghraib.


6. La guerre d’Algérie (Yves Courrière, 1968-1971)

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Quatre tomes. Plus de 3 200 pages. Un demi-million d’exemplaires vendus dès la sortie du premier volume. Le Grand Prix d’Histoire de l’Académie française. La guerre d’Algérie d’Yves Courrière est un monument — le mot n’est pas exagéré. Les Fils de la Toussaint, Le Temps des Léopards, L’Heure des colonels, Les Feux du désespoir : rien que les titres annoncent le parti pris de l’auteur — raconter la guerre comme un drame humain, pas comme un objet d’étude. Et c’est bien là sa singularité. Courrière n’est pas un historien de formation : c’est un grand reporter, lauréat du prix Albert-Londres, qui a couvert la guerre sur le terrain avant d’en entreprendre le récit.

Le résultat tient à la fois du reportage au long cours et de la fresque historique. Courrière a recueilli des centaines de témoignages — des deux côtés — et reconstitué les coulisses politiques et militaires du conflit avec un souci du concret qui donne à chaque acteur une épaisseur réelle. On y croise aussi bien Krim Belkacem (l’un des chefs historiques du FLN, signataire des accords d’Évian) que les pieds-noirs de la rue d’Isly — où, le 26 mars 1962, l’armée française tira sur une manifestation de civils européens : 49 morts —, les combattants du maquis dans les montagnes des Aurès (là où l’insurrection a commencé) que les officiers du putsch. Benjamin Stora lui-même a reconnu que Courrière avait été « un pionnier » qui lui a ouvert la voie.

La critique a parfois reproché à l’ouvrage un côté « romancé » — Courrière prête ici et là des pensées à ses personnages, ce qu’un historien académique s’interdirait. Mais cette liberté narrative est aussi ce qui rend ces milliers de pages lisibles, et même prenantes. Si vous avez le temps (et un peu de courage), cette tétralogie reste l’un des récits les plus complets et les plus humains de la guerre d’Algérie.


7. Histoire de la guerre d’indépendance algérienne (Sylvie Thénault, 2005)

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Le titre dit déjà beaucoup. Quand elle choisit d’appeler le conflit « guerre d’indépendance algérienne » plutôt que « guerre d’Algérie », Sylvie Thénault pose un cadre : il ne s’agit pas seulement d’un épisode de l’histoire coloniale française, mais aussi — et indissociablement — d’un chapitre de l’histoire de l’Algérie en tant que nation. Directrice de recherche au CNRS, spécialiste de l’histoire de la justice et de la répression dans l’Algérie coloniale, Thénault s’appuie sur les travaux les plus récents pour proposer une synthèse rigoureuse, exigeante mais très lisible.

Le livre se déploie en quatre parties chronologiques, de l’Algérie française et ses « occasions manquées » — ces moments où la France aurait pu accorder l’égalité politique aux Algériens musulmans et désamorcer la colère nationaliste, mais ne l’a jamais fait — à la sortie de guerre de 1960-1962. L’un de ses apports majeurs concerne les mécanismes concrets de la répression française : comment la justice d’exception fonctionnait, comment les internements administratifs étaient décidés, quel rôle jouaient les magistrats dans cet appareil. Thénault connaît ces rouages mieux que quiconque. Mais elle ne néglige pas les fractures internes au camp algérien — entre militaires et politiques du FLN, entre les différentes voies du nationalisme — ni les divisions françaises entre partisans de l’Algérie française, négociateurs et anticolonialistes.

L’historien Mohammed Harbi a salué cet ouvrage pour sa capacité à condenser un maximum d’informations en peu de pages. Thénault part d’un constat simple mais lourd de conséquences : dès les années 1920-1930, les leaders nationalistes algériens comme Messali Hadj ou le cheikh Benbadis affirmaient que le peuple algérien avait sa propre identité et ne pourrait jamais être fondu dans la nation française. La politique d’intégration, si généreuse qu’elle se voulût, refusait de reconnaître cette réalité — et c’est cet aveuglement qui a rendu la guerre inévitable.


8. Histoire de la guerre d’Algérie (Alistair Horne, 1977)

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Il fallait peut-être un Britannique pour tenter un récit qui ne soit inféodé ni à la mémoire française ni à la mémoire algérienne. Historien d’Oxford spécialiste de la France moderne — il avait déjà écrit sur Verdun et sur la Commune de Paris —, Alistair Horne a publié A Savage War of Peace en 1977, traduit en français chez Albin Michel sous le titre plus sobre d’Histoire de la guerre d’Algérie. Fruit d’années de recherches et de centaines d’entretiens avec des acteurs des deux camps, l’ouvrage est devenu un classique international.

Horne ne s’est pas contenté de dépouiller les archives : il est allé sur le terrain, il a rencontré des ministres français, des chefs du FLN, des officiers de l’OAS, des anonymes. La distance du regard britannique lui permet d’aborder sans tabou la question de la torture, le rôle de De Gaulle, la guerre civile algéro-algérienne, l’exode des pieds-noirs. Les portraits abondent et sont bien campés ; les ressorts politiques et psychologiques du conflit sont démontés avec une clarté qui a valu à Horne les félicitations des spécialistes français eux-mêmes.

Le livre n’est pas sans défauts : l’histoire pré-coloniale y est traitée un peu vite, et certain·es critiques — notamment du côté des études postcoloniales — lui ont reproché de mettre sur un même plan les violences du FLN et celles de l’armée française, sans toujours tenir compte de la dissymétrie fondamentale entre colonisateur et colonisé. D’autres ont pointé un regard parfois condescendant sur la société musulmane algérienne, décrite à travers des catégories européennes qui n’en saisissent pas toujours les logiques propres. Mais dans l’ensemble, c’est un ouvrage remarquable par son ampleur et sa lisibilité. Il a d’ailleurs connu un regain d’intérêt au début des années 2000 : un exemplaire a été envoyé au secrétaire à la Défense américain Donald Rumsfeld après le scandale d’Abou Ghraib. On ignore s’il l’a lu.


9. Algérie 1962 : une histoire populaire (Malika Rahal, 2022)

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La plupart des ouvrages sur la guerre d’Algérie se terminent en 1962. Celui de Malika Rahal, lui, commence là où les autres s’arrêtent — ou presque. Directrice de l’Institut d’histoire du temps présent (CNRS), Malika Rahal consacre près de 500 pages à cette seule année charnière. Le pari est judicieux, car 1962, en Algérie, n’est pas seulement la fin d’une guerre : c’est un basculement complet, un monde qui s’effondre et un autre qui tente de naître, en quelques mois à peine, entre le cessez-le-feu d’Évian (19 mars), la proclamation de l’indépendance (5 juillet) et celle de la République (25 septembre).

Ce qui singularise cet ouvrage, c’est sa perspective : Rahal fait une histoire « par en bas », dans la lignée de l’historien américain Howard Zinn (auteur d’Une histoire populaire des États-Unis, qui racontait l’Amérique du point de vue des ouvriers, des esclaves et des sans-voix plutôt que des présidents). Elle s’intéresse aux gens ordinaires — les 300 000 réfugiés algériens de Tunisie et du Maroc qui rentrent au pays, les détenus libérés des camps de regroupement (un quart de la population colonisée y avait été parqué par l’armée française), les familles qui cherchent leurs morts et leurs disparus, les femmes qui investissent pour la première fois l’espace public. Son enquête puise dans des sources peu exploitées : témoignages oraux, autobiographies, photographies, chansons, poèmes. Les rumeurs y occupent aussi une place importante — notamment celle du « sang volé » : le bruit courait que des Européens étaient enlevés par des Algériens pour servir de donneurs de sang forcés au profit des combattants blessés. Vraie ou fausse, cette rumeur a alimenté la panique et accéléré le départ des pieds-noirs.

Le livre, qui a reçu le Grand Prix des Rendez-vous de l’histoire de Blois, restitue à la fois les violences de l’OAS, le désarroi des Européens, la liesse populaire de l’indépendance et les luttes fratricides qui déchirent le FLN au moment même où l’Algérie accède à la souveraineté. C’est le livre qui manquait pour comprendre ce qui se passe quand une guerre s’arrête mais que la paix reste à construire — et que tout un peuple doit, dans le chaos et l’urgence, apprendre à habiter un pays qui lui appartient enfin.