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Que lire sur l'histoire de Cuba ?

Que lire sur l’histoire de Cuba ?

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Colonie, république, dictature, État révolutionnaire : en cinq siècles, Cuba a tout connu. Cette île — la plus grande des Caraïbes — subit d’abord trois siècles de colonisation espagnole qui en font l’un des derniers bastions de l’empire ibérique dans le Nouveau Monde. L’économie repose sur les plantations de canne à sucre, dans lesquelles des centaines de milliers d’Africains sont réduits en esclavage. Cette structure esclavagiste crée une société stratifiée par la couleur de peau — les Blancs au sommet, les Noirs au bas de l’échelle, les métis entre les deux — et ces hiérarchies survivent à l’abolition, tardive : formalisée en 1886, elle est l’une des dernières du continent américain. Les guerres d’indépendance, qui embrasent l’île de 1868 à 1898, aboutissent à une souveraineté aussitôt confisquée : les États-Unis, intervenus militairement contre l’Espagne, imposent en 1901 l’amendement Platt, qui leur accorde un droit d’intervention dans les affaires intérieures cubaines et la possession de la base navale de Guantánamo.

La première moitié du XXe siècle enchaîne régimes corrompus, coups d’État militaires et brèves parenthèses démocratiques. La dictature de Fulgencio Batista, à partir de 1952, ferme les voies légales de contestation et pousse une partie de la jeunesse vers la lutte armée. En janvier 1959, Fidel Castro entre à La Havane à la tête d’un mouvement insurrectionnel qui renverse le régime et engage le pays dans une transformation radicale : réforme agraire, nationalisations, alphabétisation, mais aussi répression politique, exil forcé et alignement sur l’Union soviétique. En 1962, l’installation secrète de missiles nucléaires soviétiques sur l’île provoque un bras de fer entre Moscou et Washington qui place le monde au bord de la guerre atomique. Pendant trois décennies, Cuba dépend massivement de l’aide soviétique — pétrole à prix réduit, débouchés garantis pour le sucre, assistance technique. Lorsque l’URSS s’effondre en 1991, cette perfusion cesse brutalement. Le régime décrète la « Période spéciale en temps de paix » — euphémisme : c’est en réalité une économie de guerre. Les Cubains affrontent des pénuries alimentaires, des coupures d’électricité quotidiennes et un effondrement du niveau de vie sans précédent. Depuis la mort de Fidel Castro en 2016 et la succession par son frère Raúl, puis par Miguel Díaz-Canel, le pouvoir tente de concilier ouverture économique limitée et maintien du système à parti unique, sur fond de pénuries chroniques et de durcissement de l’embargo américain.

Les huit livres qui suivent abordent cette histoire sous des angles complémentaires — témoignage, analyse politique, histoire urbaine, approche culturelle.


1. Esclave à Cuba : biographie d’un « cimarron », du colonialisme à l’indépendance (Miguel Barnet, 1966)

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Jeune écrivain et ethnologue havanais, Miguel Barnet découvre en 1963, dans un entrefilet de presse, l’existence d’Esteban Montejo, esclave fugitif — un cimarrón, c’est-à-dire un esclave évadé qui vit caché dans les montagnes — âgé de cent quatre ans. Il décide de recueillir ses souvenirs au magnétophone. Le livre qui en résulte, publié à l’origine sous le titre Biografía de un cimarrón, est devenu l’un des textes fondateurs du témoignage littéraire en Amérique latine, un genre où l’auteur recueille et met en forme la parole d’un témoin direct, souvent issu des classes populaires. La voix de Montejo restitue la Cuba du XIXe siècle dans sa brutalité quotidienne : la vie dans les barracones — les baraquements où les esclaves sont enfermés sur les plantations —, les châtiments corporels, les croyances et les rites d’origine africaine, la fuite vers les montagnes, puis la guerre d’indépendance contre l’Espagne.

Ce qui rend ce témoignage irremplaçable, c’est la parole directe d’un homme né en esclavage — sans filtre romanesque, sans reconstruction a posteriori. Montejo raconte sans détour son quotidien de fugitif dans la forêt — les plantes qu’il mange, les animaux qu’il chasse, les abris qu’il construit —, puis son engagement comme soldat mambí (nom donné aux combattants cubains de l’indépendance) dans les troupes insurgées. Barnet a préservé l’oralité de ce récit : les digressions, les superstitions, les jugements tranchés du vieil homme n’ont pas été lissés, et c’est précisément cette rugosité qui donne au texte sa valeur de document. Ce livre constitue en outre l’un des deux seuls récits d’esclaves cubains qui nous soient parvenus, aux côtés de l’Autobiografía de Juan Francisco Manzano, écrite dans les années 1830.


2. La guerre d’indépendance cubaine : insurrection et émancipation à Cuba, 1868-1898 (Ada Ferrer, 2010)

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Historienne cubano-américaine, lauréate du prix Pulitzer en 2022 pour Cuba: An American History, Ada Ferrer consacre ce livre à une révolution que le monde a largement oubliée. Entre 1868 et 1898, des dizaines de milliers de Cubains — Noirs, métis et Blancs — prennent les armes contre l’Empire espagnol. Le contexte rend l’événement d’autant plus remarquable : en cette fin de XIXe siècle, les théories raciales prétendument scientifiques — qui classent les « races humaines » selon une hiérarchie biologique — dominent la pensée occidentale, et les États-Unis pratiquent la ségrégation et le lynchage de masse. Or le mouvement indépendantiste cubain se construit sur un idéal explicitement antiraciste : ses dirigeants nient toute pertinence à la notion de race et forment une armée de libération multiraciale. L’une de ses figures emblématiques, Antonio Maceo — général noir issu d’une famille modeste de l’est de Cuba —, prouve par son rang militaire que l’égalité proclamée n’est pas qu’un slogan.

L’apport décisif de Ferrer tient à l’analyse des contradictions internes de ce nationalisme. Le mouvement a besoin des soldats noirs et métis, qui constituent le gros des troupes ; il a donc intérêt à maintenir un discours de fraternité raciale. Mais cette participation massive des non-Blancs effraie une partie des élites cubaines et fournit aux autorités coloniales un argument redoutable : l’accusation de « guerre raciale », brandie pour diviser le camp indépendantiste et rallier les Blancs à la cause espagnole. Ferrer montre que cette tension entre idéal égalitaire et préjugés persistants n’est pas un à-côté du conflit, mais son ressort central. Le livre s’achève sur un dénouement qui éclaire toute la suite de l’histoire cubaine : les insurgés ont vaincu l’Espagne, mais l’intervention militaire des États-Unis en 1898 prive Cuba de sa souveraineté réelle, et les promesses d’égalité raciale restent lettre morte.


3. Cuba, une révolution (Vincent Bloch, 2016)

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Chercheur associé au Centre Raymond Aron de l’EHESS, Vincent Bloch a tiré ce livre de sa thèse de doctorat, récompensée par le Prix Raymond Aron en 2012. L’enquête couvre la période 1952-1989 et cherche à comprendre comment le régime castriste s’installe et se maintient au pouvoir. Bloch s’attaque aux deux lectures dominantes de la Révolution cubaine : la thèse anticastriste, selon laquelle Castro aurait dissimulé dès le départ ses convictions communistes pour mieux s’emparer du pouvoir ; et la thèse sympathisante, qui voit dans le castrisme la réalisation d’un authentique projet d’émancipation populaire. Il montre que ni l’une ni l’autre ne rend compte de la réalité, et propose une troisième voie : analyser le castrisme comme un régime de type totalitaire, au sens que donnent à ce terme les philosophes Claude Lefort et Hannah Arendt — c’est-à-dire un système qui ne se contente pas de réprimer l’opposition, mais qui prétend refonder l’ensemble de la vie sociale — le droit, l’idéologie, les relations entre individus.

Les deux premiers chapitres retracent l’histoire de Cuba depuis la fin de la tutelle espagnole en 1898 jusqu’à la chute de Batista, et permettent de saisir un point essentiel : à Cuba, la prise d’armes contre le gouvernement n’est pas le signe d’une radicalisation idéologique, mais une pratique politique courante, un levier de négociation avec le pouvoir en place. Castro s’inscrit dans cette tradition avant de la subvertir. Le livre s’intéresse ensuite à la manière dont le régime quadrille la société par des organisations de masse — les Comités de défense de la Révolution (CDR), présents dans chaque quartier pour surveiller et mobiliser la population —, des épurations successives et des démonstrations de force, même si les individus conservent des marges de manœuvre étroites mais réelles.


4. La Lutte : Cuba après l’effondrement de l’URSS (Vincent Bloch, 2018)

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Second volet du diptyque, La Lutte repose sur une enquête de terrain que Vincent Bloch a menée à La Havane entre la fin des années 1990 et le début des années 2010 — des années passées à vivre au contact de familles cubaines —, puis prolongée à Miami et à New York au sein de la diaspora. Le mot-clé du livre est lucha — la lutte —, un terme omniprésent dans le vocabulaire quotidien des Cubains. Bloch en propose une définition qui déborde largement le stéréotype de la « débrouille cubaine » : la lucha désigne à la fois les stratégies de survie économique des individus — locations clandestines de chambres aux touristes, mariages blancs pour obtenir un visa, loto illégal, trafic de faux billets — et un rouage du pouvoir, car le régime tolère ou réprime cette économie informelle selon les besoins du moment, et maintient ainsi la population dans une dépendance permanente.

Trois chapitres au cœur du livre présentent des portraits de Cubains et de Cubaines dans leur univers quotidien, au fil des années de relation entre l’auteur et ses interlocuteurs. On suit Marcelo, vieil homme fidèle au régime qui traverse l’île à vélo pour aller chercher des provisions à la campagne ; la famille Ochoa, qui affiche sa loyauté envers le pouvoir mais transgresse discrètement les règles pour joindre les deux bouts ; Juan, du quartier de Centro Habana, partagé entre le désir d’émigrer et l’impossibilité de tout quitter. Bloch, qui maîtrise l’argot havanais, montre que dans la société cubaine contemporaine, les mots disent une chose et les pratiques en révèlent une autre. Sa conclusion prend le contrepied de ceux qui voient dans la débrouillardise populaire une forme de résistance : pour Bloch, c’est précisément cette lucha permanente qui perpétue le système, car elle absorbe toute l’énergie des individus et rend impossible toute contestation organisée.


5. Révolutions à Cuba : de 1868 à nos jours. Émancipation, transformation, restauration (Thomas Posado et Jean-Baptiste Thomas, 2020)

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Thomas Posado, maître de conférences en civilisation latino-américaine à l’Université de Rouen, et Jean-Baptiste Thomas proposent une brève histoire populaire de Cuba qui embrasse plus de cent cinquante ans de soulèvements et de transformations sociales. L’ouvrage replace la révolution de 1959 dans un temps long : l’épopée castriste ne surgit pas de nulle part, elle hérite des guerres d’indépendance des mambises (les insurgés des guerres de 1868-1898), de la frustration née d’une indépendance placée sous tutelle nord-américaine, et d’un nationalisme cubain indissociable de la guerre depuis le XIXe siècle.

Chaque chapitre est structuré autour de trois dimensions — émancipation, transformation, restauration — qui permettent de mettre en regard les avancées sociales et les retours en arrière autoritaires : par exemple, les campagnes d’alphabétisation de 1961 à côté de l’interdiction de toute opposition politique. Les auteurs interrogent aussi les contradictions du système actuel, notamment le durcissement des relations avec Washington après le retour de Donald Trump au pouvoir. Le livre assume un parti pris politique : écrit depuis une gauche critique du castrisme, il considère que le bilan de la révolution cubaine ne peut être séparé de la question de la démocratie réelle — la capacité des travailleurs et des classes populaires à peser sur les décisions qui les concernent. Ce positionnement militant, revendiqué dès l’introduction, le différencie des analyses universitaires plus distanciées.


6. Histoire de La Havane (Emmanuel Vincenot, 2016)

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Agrégé d’espagnol et maître de conférences en civilisation latino-américaine, Emmanuel Vincenot signe avec ce volume de près de huit cents pages la première monographie en français consacrée à l’histoire de La Havane, de sa fondation au XVIe siècle jusqu’à l’époque contemporaine. La Havane naît comme port d’escale sur la route des galions chargés de l’or et de l’argent de l’Amérique espagnole — une position stratégique qui fait d’elle une cible permanente pour les pirates et les puissances rivales. Elle connaît un essor spectaculaire après la révolution haïtienne de 1791 : la révolte des esclaves de Saint-Domingue détruit l’industrie sucrière de ce qui était alors le premier producteur mondial, et les planteurs cubains récupèrent ces marchés. La ville prospère comme jamais. Au début du XXe siècle, sous influence nord-américaine, La Havane se couvre de casinos, d’hôtels et de cabarets qui en font une destination prisée du tourisme américain.

Vincenot s’appuie sur une abondante iconographie — gravures anciennes, photographies, cartes d’époque, affiches, images de cinéma — pour montrer comment la ville a été vue, rêvée et représentée du XVIe siècle à nos jours. Les derniers chapitres retracent les conséquences de la révolution castriste sur la capitale : coupée de ses liens historiques avec l’Occident et placée sous la dépendance de Moscou, La Havane renoue paradoxalement avec une situation de soumission à un empire lointain, comparable à l’époque coloniale. Puis vient le traumatisme de la Période spéciale après 1991, dont la ville ne s’est que partiellement relevée. Ce livre relie l’histoire d’une ville à celle de trois continents — l’Europe, l’Afrique et les Amériques — et reste sans équivalent en langue française.


7. Cuba en 100 questions (Michel Faure, 2018)

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Journaliste et grand reporter pour L’Express, correspondant de l’AFP et de Libération en Amérique latine, Michel Faure a conçu ce bouquin comme une introduction accessible à l’histoire et à l’actualité cubaines. Le format en cent questions-réponses couvre un spectre très large : de l’arrivée des premiers navigateurs occidentaux à Cuba jusqu’aux interrogations sur l’avenir du régime après la mort de Fidel Castro en 2016, sans oublier la dictature de Batista, la baie des Cochons, la crise des missiles, la figure du Che Guevara, la Période spéciale et le sort des prisonniers politiques.

Si vous cherchez un ouvrage pour saisir les grandes lignes de l’histoire cubaine sans préparation particulière, celui-ci est le bon point de départ. Chaque réponse tient en quelques pages et va droit au fait. Faure s’attache aussi à décrypter les réalités du quotidien : que mangent les Cubains ? Pourquoi la vie sur l’île semble-t-elle souvent absurde ? Comment fonctionne le système de santé ? On notera toutefois que quelques approximations subsistent ici ou là — inévitables dans un format aussi condensé — et que la complexité de la société cubaine ne se laisse pas toujours enfermer dans le cadre d’une réponse brève. L’ouvrage gagne à être complété par des lectures plus spécialisées.


8. Cuba : une histoire de l’île par sa musique et sa littérature (Marcel Quillévéré, 2022)

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Producteur de radio, chanteur lyrique et spécialiste de la musique latino-américaine, Marcel Quillévéré est le créateur de l’émission Carrefour des Amériques sur France Musique. Ce beau livre, préfacé par l’écrivain Philippe Lançon, en est la version imprimée. L’angle choisi est original : raconter l’histoire de Cuba par le prisme de sa création musicale et littéraire. L’ouvrage parcourt les genres musicaux de l’île — le son (ancêtre de la salsa, né dans l’est de Cuba au tournant du XXe siècle), le danzón (danse de salon héritée de la contredanse française), la trova (tradition de chansons poétiques née à Santiago), le cha-cha-cha — et convoque les écrivains majeurs de la littérature cubaine, d’Alejo Carpentier (romancier du « réalisme merveilleux ») à Leonardo Padura (auteur contemporain de romans noirs situés à La Havane).

Quillévéré puise dans des décennies de séjours sur l’île — son premier voyage date de 1975 — et dans une connaissance intime du milieu musical cubain, de ses studios aux salles de concert. Le livre accorde aussi une attention particulière aux figures féminines souvent négligées de l’histoire culturelle de l’île, comme la soprano María Montes de Giberga, fondatrice de l’institution Pro Arte Musical, qui a joué un rôle décisif dans la diffusion de la musique classique à La Havane au début du XXe siècle. On y découvre également les séjours du poète Federico García Lorca à Cuba dans les années 1930, ou les liens entre les écrivains cubains et les avant-gardes européennes de la même époque — autant d’épisodes rarement traités dans les ouvrages d’histoire politique. Abondamment illustré, ce livre rappelle que l’histoire de Cuba ne se réduit pas à ses révolutions et à ses crises, et que la musique et la littérature en sont des clés de lecture à part entière.