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Que lire sur l'histoire de l'Afghanistan ?

Que lire sur l’histoire de l’Afghanistan ?

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L’Afghanistan est un pays que tout le monde croit connaître — et que presque personne ne comprend. Situé au carrefour de l’Asie centrale, du sous-continent indien et du monde iranien, ce territoire est depuis l’Antiquité un lieu de passage, de commerce et de confrontation entre civilisations. Alexandre le Grand y fonde des cités au IVe siècle avant notre ère ; les Kouchans — un empire d’Asie centrale — y font prospérer l’art gréco-bouddhique du Gandhara entre le Ier et le IIIe siècle ; les conquérants arabes y apportent l’islam au VIIe siècle. Mais ce territoire montagneux, hérissé par les sommets de l’Hindou Kouch, refuse de se laisser absorber. Les Moghols, les Perses, puis les Britanniques — à trois reprises au XIXe siècle — en font l’amère expérience. Le « Grand Jeu », cette rivalité sourde entre l’Empire russe (qui pousse vers le sud) et l’Empire britannique (qui veut protéger les frontières nord de son empire des Indes), installe l’Afghanistan dans son rôle d’État tampon, coincé entre deux appétits impériaux.

Au XXe siècle, la monarchie tente de moderniser le pays, avant que le coup d’État communiste de 1978 et l’invasion soviétique de décembre 1979 ne précipitent une décennie de guerre. Le retrait de l’Armée rouge en 1989 ne ramène pas la paix : la guerre civile des années 1990 voit s’entre-déchirer les factions moudjahidines (les combattants de la résistance antisoviétique), jusqu’à ce que les taliban — ces « étudiants en religion » formés dans les madrasas (écoles coraniques) du Pakistan voisin — s’emparent de Kaboul en 1996 et imposent un régime théocratique d’une brutalité sans précédent. Après le 11 septembre 2001, les États-Unis renversent le régime taliban en quelques semaines, mais s’enlisent dans une guerre longue de vingt ans qui s’achève par un retrait chaotique en août 2021 — et le retour au pouvoir de ceux-là mêmes qu’ils prétendaient avoir vaincus. Depuis, les taliban ont interdit aux filles d’aller à l’école après la sixième, banni les femmes de l’espace public et étouffé toute forme de presse libre, entre autres choses.

Voici les principaux ouvrages disponibles en français pour dénouer les fils de cette histoire, chacun par un angle différent : le temps long des civilisations, les guerres, la sociologie du pays, la mécanique du djihadisme ou l’échec des interventions occidentales.


1. Le Djihad contre le rêve d’Alexandre. En Afghanistan, de 330 av. J.-C. à 2016 (Jean-Pierre Perrin, 2017)

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Ce livre part d’une question aussi simple à formuler que difficile à résoudre. Le Gandhara — cette région à cheval entre l’Afghanistan et le Pakistan actuels — a vu naître, entre le IIIe siècle av. J.-C. et le Ve siècle, une civilisation issue de la rencontre entre la culture grecque et les traditions bouddhistes, l’une des plus tolérantes et raffinées de l’Antiquité. Comment ce même territoire a-t-il pu devenir l’épicentre du djihadisme contemporain ? Pour y répondre, Grand reporter à Libération et correspondant de guerre en Afghanistan dès 1982, Jean-Pierre Perrin a refait le chemin d’Alexandre le Grand à travers les montagnes de l’Hindou Kouch. Le livre couvre ainsi plus de deux millénaires d’histoire, des batailles du conquérant macédonien aux guerres anglo-afghanes, de l’invasion soviétique aux échecs de l’OTAN.

Perrin ne se contente pas de dérouler une chronologie. Il a rencontré en personne plusieurs des acteurs de cette histoire — le commandant Massoud, le redoutable Jalaluddin Haqqani — et ces rencontres irriguent chaque page, aux côtés d’anecdotes de terrain et d’une érudition qui va de la poésie persane à la géopolitique des pipelines. Sur le basculement de la région vers le fondamentalisme, il est sans détour : ce n’est pas un phénomène spontané, mais le résultat d’une convergence entre les services de renseignement pakistanais (l’ISI), les financements saoudiens qui ont répandu le wahhabisme — un courant ultra-rigoriste de l’islam sunnite né en Arabie — dans les madrasas de la région, et l’aveuglement des Américains, trop occupés à contrer les Soviétiques pour se soucier de ce qu’ils armaient.

Récompensé par le prix Joseph-Kessel 2017, le livre rappelle entre autres que la destruction des Bouddhas de Bamiyan par les taliban en 2001 n’est pas un acte de vandalisme isolé : elle s’inscrit dans un « djihad contre le passé » qui vise à effacer toute trace des civilisations pré-islamiques de la région.


2. Le Royaume de l’insolence. L’Afghanistan, 1504-2011 (Michael Barry, 2011)

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C’est l’un des grands classiques de l’historiographie afghane en langue française. Paru pour la première fois en 1984, à l’époque de l’occupation soviétique, puis régulièrement mis à jour — la dernière édition couvre les événements jusqu’en 2011 —, ce livre retrace cinq siècles d’histoire politique et militaire de l’Afghanistan. Américain francophone et persanophone, professeur à Princeton, Michael Barry a longtemps vécu en Iran et en Afghanistan — il connaît le pays de l’intérieur, pas seulement par les livres. Le titre renvoie au mot Yâghestân, par lequel les peuples voisins désignaient jadis cette terre de montagnards indomptables.

La thèse centrale du livre est que l’Afghanistan a toujours opposé aux envahisseurs une forme de résistance aussi efficace que déroutante : l’éparpillement tribal et le refus de toute autorité centralisée. Cette fragmentation, qui pourrait passer pour une faiblesse, se transforme en arme redoutable face aux armées conventionnelles : impossible de décapiter un ennemi qui n’a pas de tête. De l’Empire moghol aux Britanniques, des Soviétiques aux Américains, aucune puissance n’a réussi à soumettre durablement ce pays. Barry porte un regard sans complaisance sur les ingérences extérieures — en particulier celles des États-Unis et du Pakistan — et décrypte les mécanismes internes qui rendent la construction d’un État afghan si ardue : rivalités ethniques entre Pachtouns et Tadjiks, rôle des confréries religieuses, et surtout cette logique de redistribution tribale où le pouvoir d’un chef ne repose pas sur des institutions, mais sur sa capacité à distribuer des ressources — ce qui suppose d’en obtenir de l’extérieur, et rend le pays structurellement perméable aux ingérences.

C’est le bouquin que l’on recommande en premier à quiconque veut comprendre l’Afghanistan sur la durée.


3. Les guerres d’Afghanistan (Philippe Sidos, 2025)

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Le général Philippe Sidos ouvre son livre par une phrase qui vaut programme : « L’histoire de l’Afghanistan est une histoire militaire. » Docteur en histoire, diplômé de l’INALCO en russe, attaché de défense en Russie et au Tadjikistan, il a surtout effectué plusieurs séjours opérationnels en Afghanistan, ce qui donne à son propos un ancrage de terrain. En près de 500 pages, il passe en revue trois cycles de guerres : les guerres impériales britanniques du XIXe siècle (dans le cadre du « Grand Jeu » avec la Russie), la guerre soviétique à partir de 1979 et l’intervention américaine lancée après le 11 septembre 2001.

L’un des apports majeurs de ce livre est la rigueur de son analyse stratégique et tactique. Sidos fait bien plus que raconter des batailles : il dissèque les erreurs de planification, les illusions du nation building — cette ambition de construire de toutes pièces un État moderne dans un pays dont les structures sociales n’en veulent pas —, et montre comment, à chaque époque, la puissance étrangère parvient à contrôler Kaboul mais se heurte à l’ingouvernabilité du reste du pays. Il rappelle un fait souvent oublié, tiré des mémoires de Robert Gates, directeur de la CIA : la première directive du président Carter, qui ordonne de soutenir les opposants au régime procommuniste de Kaboul, date du 3 juillet 1979, soit six mois avant l’entrée de l’Armée rouge en Afghanistan. L’objectif, délibéré, est d’attirer Moscou dans un bourbier — ce qui fonctionnera, mais les combattants formés et armés à cette occasion deviendront, une décennie plus tard, le vivier du djihadisme international. Le bilan, sur trois siècles, se résume en une constante : les envahisseurs remportent des batailles, mais jamais la guerre.

Coédité par les éditions Perrin et le ministère des Armées, ce livre est à ce jour le plus complet sur la dimension proprement militaire de l’histoire afghane.


4. Afghanistan (Firouzeh Nahavandi, 2019)

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Pour qui cherche une première prise sur le sujet, ce petit bouquin de 128 pages remplit parfaitement son office. Firouzeh Nahavandi, sociologue belge d’origine iranienne et professeure émérite à l’Université libre de Bruxelles, spécialiste de l’Iran et de l’Afghanistan, y propose un tour d’horizon du pays — histoire, société, politique, économie, religion, culture — dans un format condensé qui va droit à l’essentiel.

Nahavandi insiste sur ce qui empêche l’Afghanistan de fonctionner comme un État ordinaire : un pays enclavé, sans accès à la mer, dont la position stratégique n’a cessé d’attiser les convoitises ; une économie ravagée par les conflits et gangrenée par le narcotrafic (l’Afghanistan a longtemps fourni plus de 80 % de l’opium mondial) ; une société fragmentée par les clivages ethnolinguistiques entre Pachtouns, Tadjiks, Hazaras et Ouzbeks. Elle montre aussi l’impasse dans laquelle se trouve le pays après 2001 : les Américains, venus chasser les taliban et combattre le terrorisme, finissent par négocier avec ceux qu’ils sont censés combattre.

Le livre, certes plus bref que les sommes de Barry ou de Sidos, a le mérite d’être clair et à jour — et de pouvoir se lire en un week-end.


5. Si l’Afghanistan m’était conté. Les réalités d’un pays complexe (Alain Coppolani, 2024)

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Le parcours d’Alain Coppolani ne ressemble à aucun autre dans le monde universitaire. Alain Coppolani est un militaire des forces spéciales de la Marine nationale, blessé de guerre en Afghanistan, reconverti en chercheur à l’INALCO et au Centre de recherche sur le monde iranien (CeRMI). Il parle le dari et le pachto — les deux langues officielles du pays —, et sa thèse de doctorat porte sur les enjeux socioéconomiques des denrées agricoles afghanes. On est loin du commentateur en chambre.

Ce parcours — du terrain militaire au laboratoire de recherche — donne au livre une profondeur documentaire rare dans la littérature francophone. Coppolani s’appuie sur des sources en français, en anglais, mais aussi en dari et en pachto — des travaux académiques internationaux aux communiqués officiels du régime afghan, sans oublier les textes scripturaires de l’islam. Il aborde des sujets souvent négligés par les autres ouvrages : la manière dont fonctionnent les communautés rurales au quotidien, les circuits économiques locaux, la place réelle de la musique et de la poésie dans une société que l’on réduit trop vite à la guerre.

Le livre qui en résulte est une monographie pluridisciplinaire saluée par la revue Les Champs de Mars comme une référence sur le sujet. On peut le lire dans l’ordre ou y picorer selon ses centres d’intérêt — sa construction thématique le permet.


6. L’ombre des taliban (Ahmed Rashid, 2001, édition augmentée 2022)

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Traduit en 22 langues, vendu à plus de 1,5 million d’exemplaires et numéro un des ventes du New York Times après le 11 Septembre, ce livre a imposé Ahmed Rashid comme la référence mondiale sur le sujet. Journaliste pakistanais basé à Lahore, Ahmed Rashid suit les affaires afghanes depuis l’invasion soviétique de 1979 comme correspondant du Daily Telegraph, de la Far Eastern Economic Review, de la BBC et de CNN. Il est considéré comme l’un des meilleurs spécialistes mondiaux du mouvement taliban — et son livre, paru en anglais sous le titre Taliban quelques mois avant le 11 Septembre, avait déjà décrit avec une précision troublante la menace que ce mouvement faisait peser sur le monde.

Rashid retrace l’histoire du mouvement depuis son apparition soudaine à l’automne 1994 dans le sud de l’Afghanistan. Ces « moines guerriers » issus des madrasas pakistanaises, où des milliers de jeunes réfugiés afghans ont été endoctrinés dans un islam ultra-rigoriste, financés par Islamabad et par des réseaux privés du Golfe, ne sont pas surgis de nulle part : l’auteur en démonte les racines historiques, idéologiques et géopolitiques pièce par pièce. Il analyse leur vision du monde, leur organisation politique et militaire, mais aussi l’économie souterraine qui les soutient — opium, contrebande, et jusqu’aux projets de gazoducs américains (la compagnie Unocal a tenté dans les années 1990 de faire passer un pipeline du Turkménistan au Pakistan à travers le territoire taliban). C’est sur le rôle trouble du Pakistan que Rashid est le plus incisif : il montre comment Islamabad a vu dans les taliban un instrument pour étendre son influence vers l’Asie centrale, et les a soutenus en conséquence — financièrement, militairement et diplomatiquement.

L’édition de 2022, enrichie après le retour des taliban au pouvoir en août 2021, confirme que ce livre n’a rien perdu de sa pertinence — et c’est bien ce qui inquiète.


7. Afghanistan : autopsie d’un désastre, 2001-2021. Quelles leçons pour le Sahel ? (Serge Michaïlof, 2022)

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Le titre ne laisse guère de place au suspense : il s’agit bien d’une autopsie, et le patient est bel et bien mort. Directeur opérationnel de la Banque mondiale puis de l’Agence française de développement (AFD), Serge Michaïlof a travaillé dans plus de soixante-dix pays sur tous les continents. Il pose ici une question brutale : comment la première puissance militaire du monde a-t-elle pu être vaincue par une guérilla inspirée par un islam d’un autre âge ?

Sa réponse tient en une dissection méthodique de l’échec occidental en Afghanistan, domaine par domaine : conduite des opérations militaires (frappes aériennes qui aliènent la population civile, rotation trop rapide des troupes qui empêche toute continuité), dévoiement de l’aide internationale (dont une part considérable a été siphonnée par la corruption locale et par les frais des ONG elles-mêmes), fiasco du nation building déjà disséqué par Sidos. Michaïlof ne se limite pas au constat : il montre que ces erreurs ne sont pas propres à l’Afghanistan et les met en regard de l’intervention française au Sahel, dont l’enlisement, à l’époque de la rédaction du livre, suscite des craintes légitimes. La question qui traverse tout l’ouvrage dépasse le seul cas afghan : pourquoi les grandes puissances reproduisent-elles les mêmes schémas d’échec — supériorité militaire sans stratégie politique, aide massive sans contrôle, construction institutionnelle hors sol — d’un théâtre d’opérations à l’autre ?


8. Le Cri afghan. Les racines du drame afghan (Michael Barry, 2021)

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Avec ce livre paru quelques semaines après la chute de Kaboul en août 2021, Michael Barry pousse un cri d’alarme au nom des Afghans et des Afghanes. L’homme qui a consacré sa vie à ce pays — il a enseigné à l’Université américaine de Kaboul, traduit le poète persan Nezâmi, reçu le prix Femina de l’essai en 2002 pour son livre sur le commandant Massoud — assiste, impuissant, au retour de ceux dont il avait documenté la barbarie. Le ton est plus personnel, plus urgent que dans Le Royaume de l’insolence : il ne s’agit plus de faire l’histoire à froid, mais de lancer une alerte.

Barry reprend, étape par étape, les décisions et les erreurs qui ont conduit à la débâcle. Il passe au crible les différentes tendances de l’islamisme afghan — des courants les plus anciens aux ramifications d’al-Qaïda et de Daech —, décortique l’illusion qu’a représentée l’instauration d’un État laïque et communiste dans les années 1980, et surtout pointe le rôle central du Pakistan dans la tragédie afghane. Ce dernier point constitue le fil rouge du livre : pour Barry, il est impossible de comprendre le drame afghan sans saisir ce que les stratèges pakistanais appellent la « profondeur stratégique » — l’idée que le Pakistan a besoin d’un Afghanistan docile dans son dos pour pouvoir concentrer ses forces face à son ennemi principal, l’Inde. D’où le soutien constant d’Islamabad aux factions islamistes afghanes, des moudjahidines des années 1980 aux taliban d’aujourd’hui. Un bouquin qui ne cherche pas à plaire, et dont on sort avec plus de colère que de réconfort.