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Que lire sur le ghetto de Varsovie ?

Que lire sur le ghetto de Varsovie ?

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Le 1ᵉʳ septembre 1939, l’Allemagne nazie envahit la Pologne. En quelques semaines, Varsovie tombe. Pour les 380 000 Juifs de la capitale — soit près de 40 % de sa population —, c’est le début d’un étranglement méthodique. Les autorités d’occupation imposent d’abord le port du brassard, puis les interdictions professionnelles, les confiscations de biens, les humiliations publiques. Le 12 octobre 1940, jour de Kippour, un décret ordonne le transfert de tous les Juifs dans un périmètre clôturé de 3,4 km² : le ghetto est né. Le reste de la ville, que les nazis appellent le « côté aryen », leur est désormais interdit.

Derrière les murs de brique et les fils de fer barbelés, on entasse bientôt plus de 400 000 personnes dans des conditions sanitaires effroyables. La famine, le typhus et les exécutions sommaires fauchent des dizaines de milliers de vies avant même que ne débute, à l’été 1942, la grande déportation vers Treblinka, centre d’extermination situé à 80 km au nord-est de Varsovie. En quelques semaines, 300 000 hommes, femmes et enfants sont gazés.

Il ne reste plus que 60 000 Juifs dans le ghetto lorsque, le 19 avril 1943, les troupes du général SS Jürgen Stroop lancent l’assaut final. Contre toute attente, une poignée de résistants — armés de pistolets et de cocktails Molotov — riposte et tient tête à la Wehrmacht pendant près d’un mois. Le 16 mai 1943, Stroop fait dynamiter la grande synagogue de la rue Tłomackie et adresse ce télégramme à Himmler : « Le quartier juif de Varsovie n’existe plus. » 948 jours se sont écoulés depuis la création du ghetto.

De la plus grande communauté juive d’Europe, il ne subsiste presque rien — sinon des ruines, des cendres, et des mots. Car des hommes et des femmes, entre deux rafles, ont écrit : journaux intimes, rapports clandestins, mémoires rédigés à la hâte. Ces textes constituent aujourd’hui le socle de notre connaissance du ghetto.


1. Qui écrira notre histoire ? Les archives secrètes du ghetto de Varsovie (Samuel D. Kassow, 2011)

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En octobre 1939, l’historien Emanuel Ringelblum prend une décision dont il ne mesure probablement pas encore la portée : rassembler, de manière systématique, tous les documents relatifs au sort des Juifs de Pologne. Il réunit autour de lui une soixantaine de bénévoles — historiens, sociologues, économistes, éducateurs, écrivains, rabbins — sous le nom de code Oyneg Shabes (« Joie du Shabbat » en yiddish). Leur mission : que rien de ce qui se passe dans le ghetto ne soit perdu. L’historien américain Samuel D. Kassow reconstitue l’histoire de ce collectif clandestin avec une érudition sans faille. Son livre procède par cercles concentriques : il part d’Oyneg Shabes pour remonter vers l’intelligentsia juive polonaise de l’entre-deux-guerres, ses courants politiques, ses débats culturels, le rôle du yiddish comme langue de ralliement d’une identité juive laïque — tout un monde qui va disparaître.

Mais Kassow ne se contente pas de faire de l’histoire intellectuelle. Il restitue le quotidien du ghetto tel que les archives le documentent : la faim, la contrebande, les comités d’immeuble (ces structures de solidarité auto-organisées, étage par étage, qui servaient à la fois de relais d’entraide et de contre-pouvoir face à l’administration du ghetto), les concerts clandestins, la mort omniprésente. Pour ces femmes et ces hommes, l’acte d’écrire était une forme élémentaire de résistance. Avant la liquidation du ghetto, les archivistes enfouissent des milliers de documents dans des bidons de lait et des boîtes métalliques, puis les enterrent sous des caves d’immeubles. Deux des trois caches seront retrouvées après la guerre, en 1946 et 1950 (la troisième manque toujours à l’appel). Inscrites au registre Mémoire du monde de l’UNESCO depuis 1999, ces archives — quelque 6 000 documents, 35 000 pages — sont aujourd’hui conservées à l’Institut historique juif de Varsovie. Le livre de Kassow est le meilleur point de départ pour comprendre comment elles ont été constituées, ce qu’elles contiennent, et pourquoi elles ont mis si longtemps à être connues du grand public.


2. Oneg Shabbat — Journal du ghetto de Varsovie (Emanuel Ringelblum, 2017)

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Si Kassow raconte l’aventure collective d’Oyneg Shabes, le Journal de Ringelblum en livre la matière brute. Rédigé en yiddish, de façon intermittente entre 1939 et 1942, ce texte n’est pas un journal intime au sens classique du terme. Les notes sont souvent hachées, elliptiques, parfois sibyllines — celles d’un homme qui écrit à la hâte, entre deux réunions clandestines, sous la menace permanente d’une descente de la Gestapo. Traduite par Nathan Weinstock et Isabelle Rozenbaumas, l’édition française fait le choix de conserver cette rugosité, quitte à rendre la lecture exigeante. Parti pris salutaire : on lit ici un document, pas une reconstitution.

Au fil des entrées, Ringelblum dresse un tableau sans concession de la société du ghetto. Il note la terreur allemande, mais aussi l’égoïsme de classe, la corruption de certains membres du Judenrat — le « conseil juif » imposé par les nazis pour administrer le ghetto (on y reviendra avec Czerniakow) —, la trahison d’une poignée de collaborateurs. Sa colère — froide, contenue — vise aussi les élites juives incapables de protéger les enfants, qu’il voit mourir de faim dans les rues. Pour autant, Ringelblum ne rédige pas un pamphlet : il consigne aussi la solidarité, la résistance culturelle, les gestes d’entraide qui coexistent avec la misère et la lâcheté. Le Journal couvre la période qui précède les grandes déportations de l’été 1942 ; pour la suite, il faudra se reporter aux autres textes de Ringelblum, notamment son essai sur les relations entre Juifs et Polonais, rédigé en 1944 dans un bunker du côté « aryen » de Varsovie. Il y travaille encore lorsque, en mars 1944, la cachette est dénoncée : Ringelblum, sa femme, son fils et les autres occupants du bunker sont arrêtés et exécutés.


3. Carnets du ghetto de Varsovie (Adam Czerniakow, 1996)

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Adam Czerniakow est l’une des figures les plus tragiques — et les plus controversées — de l’histoire du ghetto. Ingénieur de formation, sénateur, il est nommé par les Allemands à la tête du Judenrat de Varsovie. Le Judenrat, c’est l’institution imposée par l’occupant pour administrer le ghetto : gestion des logements, distribution des rations, organisation du travail forcé — le tout sous les ordres directs des autorités nazies, qui peuvent à tout moment modifier les règles ou abattre un de ses membres pour l’exemple. Czerniakow se retrouve donc pris en étau : il est censé obéir aux Allemands, mais aussi protéger — autant que faire se peut — les habitants du ghetto. Entre septembre 1939 et juillet 1942, il consigne dans un journal, avec une précision quasi bureaucratique, ses démarches quotidiennes : négociations sur les rations alimentaires, demandes de médicaments, tentatives pour maintenir un semblant de vie culturelle et religieuse. Préfacé par Raul Hilberg — l’auteur de La Destruction des Juifs d’Europe, la somme de référence sur la Shoah —, ce document est une pièce majeure de ce qu’on a pu appeler « la bibliothèque de la catastrophe ».

Ce qui frappe à la lecture, c’est le décalage entre la sécheresse des notations et la réalité qu’elles recouvrent : pendant que Czerniakow négocie la livraison de cinquante kilos de savon, des gens meurent de faim à quelques rues de là. Il se bat pour maintenir les écoles, les orphelinats, les soupes populaires, alors même qu’il sait — ou refuse de savoir — que l’étau se resserre. Le 22 juillet 1942, lorsqu’il comprend que l’ordre de déportation qu’on lui demande de signer condamne à mort les habitants du ghetto — y compris les enfants dont le sort lui tient particulièrement à cœur —, il avale une capsule de cyanure. Sa note d’adieu tient en deux lignes : « On exige de moi de tuer de mes propres mains les enfants de mon peuple. Il ne me reste que la mort. » Les Carnets posent une question que Primo Levi a formulée dans Les Naufragés et les Rescapés sous le nom de « zone grise » : que peut faire un responsable juif, pris dans un système conçu pour le rendre complice de l’extermination des siens, lorsque la seule marge dont il dispose est dérisoire — et peut-être illusoire ?


4. Du fond de l’abîme. Journal du ghetto de Varsovie (Hillel Seidman, 2025)

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Longtemps resté méconnu faute de traduction dans une langue à large diffusion, le journal de Hillel Seidman bénéficie enfin, en 2025, d’une édition française aux Belles Lettres, accompagnée d’un vaste dossier critique — chronologie, glossaire, et une dizaine d’annexes signées Nathan Weinstock et Georges Bensoussan. Seidman n’est ni un historien comme Ringelblum, ni un politique comme Czerniakow : c’est un homme profondément religieux, élevé dans la tradition hassidique, docteur en philosophie, journaliste, directeur des archives de la communauté juive de Varsovie (la Kehilla). Là où Ringelblum observe le ghetto en sociologue et Czerniakow en administrateur, Seidman le vit en croyant : pour lui, la catastrophe n’est pas seulement politique ou militaire, elle met aussi à l’épreuve le rapport de l’homme à Dieu.

Seidman commence à écrire en juillet 1942, au moment précis où les rumeurs de déportation se confirment. Sa chronique couvre les mois les plus meurtriers — la grande Aktion de l’été 1942 (le terme nazi pour désigner les opérations de rafle et de déportation), l’envoi de 300 000 Juifs vers Treblinka — jusqu’à son arrestation en janvier 1943. Il doit alors sa survie à un expédient improbable : des réseaux juifs avaient réussi à se procurer des passeports de pays d’Amérique latine — dont le Paraguay — grâce auxquels leurs détenteurs pouvaient être considérés comme des ressortissants étrangers, donc comme des monnaies d’échange potentielles contre des civils allemands détenus à l’étranger. Muni de ce document, Seidman est transféré au camp d’internement de Vittel, en France, au lieu d’être exécuté. Rédigé en hébreu et publié dès 1946, le texte rend compte de la résistance des Juifs de Varsovie sous toutes ses formes : religieuse, culturelle, humanitaire, armée. L’édition de 2025, avec ses annexes — sur Janusz Korczak (le médecin qui accompagna les orphelins du ghetto jusqu’à Treblinka), sur le suicide à Londres de Szmul Zygielbojm (membre du Bund en exil, qui se donna la mort en mai 1943 pour protester contre l’indifférence des Alliés), sur les relations entre Juifs et Polonais —, fait de ce volume bien davantage qu’un journal personnel.


5. Mémoires du ghetto de Varsovie (Marek Edelman, 2002)

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Marek Edelman a vingt-quatre ans lorsque le ghetto de Varsovie se soulève, le 19 avril 1943. Membre du Bund (le parti socialiste juif), il fait partie de l’état-major de l’Organisation juive de combat (ŻOB). Le 10 mai, alors que le ghetto est en flammes et que les combats durent depuis trois semaines, il est de ceux qui parviennent à s’échapper par les égouts. Le livre se compose de deux textes complémentaires. Le premier, rédigé dès 1945 pour le Comité central du Bund, est un rapport factuel sur la vie et la mort dans le ghetto, des premières mesures antisémites aux derniers jours de l’insurrection. Le second, publié en 1977 sous le titre Prendre le bon Dieu de vitesse, est issu d’une longue conversation avec la journaliste Hanna Krall : Edelman y revient sur ces événements avec le recul d’un homme qui a survécu et qui ne sait pas très bien quoi faire de cette survie — pourquoi lui et pas les autres ?

Ce qui rend le témoignage d’Edelman irremplaçable, c’est son refus absolu de toute héroïsation. Comme le rappelle Pierre Vidal-Naquet dans sa préface, les insurgés du ghetto n’avaient aucune chance de vaincre et le savaient parfaitement. Il ne s’agissait pas de gagner, mais de choisir sa mort — et, par ce choix, de forcer le monde à regarder. Les rapports d’Oyneg Shabes sur l’extermination avaient bien atteint Londres via la résistance polonaise, et les Alliés avaient publié en décembre 1942 une déclaration qui condamnait les massacres — mais sans la moindre action militaire pour les stopper. L’insurrection, elle, fut couverte par la presse internationale : trop tard pour sauver quiconque, mais assez pour graver cet épisode dans l’histoire. Après la guerre, Edelman ne cherche pas la lumière. Il fait médecine, devient cardiologue à Łódź, milite au sein de Solidarność, refuse d’émigrer en Israël. Chaque 19 avril, il parcourt à pied les rues qui conduisent à l’ancien ghetto et se recueille devant les monuments aux morts. Il meurt en 2009, à 90 ans, dernier commandant survivant de l’insurrection.


6. L’Ultime Combat (Bernard Goldstein, 2008)

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Le récit de Bernard Goldstein a connu un destin éditorial à l’image de son auteur : tumultueux et longtemps occulté. Publié à New York dès 1947 en yiddish, traduit en anglais, il ne paraît en France qu’en 1962, dans une version abrégée quasi inaperçue, avant d’être réédité en 2008 aux éditions Zones. Goldstein appartient à ce qu’on a appelé le « Yiddishland révolutionnaire » : juif, antisioniste, socialiste, antistalinien — un profil idéologique qui n’a pas facilité sa réception après-guerre, dans un champ de la mémoire dominé par les récits sionistes d’un côté et communistes de l’autre. Ni les uns ni les autres n’avaient intérêt à mettre en lumière un bundiste.

Goldstein est l’un des dirigeants du Bund à Varsovie. Trop connu pour militer à visage découvert dans le ghetto, il est exfiltré vers le côté « aryen » afin de coordonner les liens avec la résistance polonaise. Son récit couvre cinq années, de l’invasion de la Pologne en septembre 1939 à la libération de Varsovie par l’Armée rouge en janvier 1945. Il retrace l’escalade de la terreur nazie : les premières mesures antisémites, la création du ghetto, les rafles, les déportations, puis le moment décisif où des agents du Bund, qui ont réussi à suivre les convois et à interroger des évadés, rapportent la vérité — Treblinka n’est pas un camp de travail, c’est une usine de mort. Dès lors, la question n’est plus de survivre, mais de se battre. Le livre vaut aussi pour son récit de l’après-ghetto : la vie clandestine du côté « aryen », l’insurrection de Varsovie en août 1944, et l’amère découverte que la libération soviétique n’est pas synonyme de liberté — les nouveaux occupants s’emploient à éliminer ou à contrôler les courants non communistes de la résistance polonaise. Un témoignage qui restitue la place — trop souvent effacée — du mouvement ouvrier juif dans la résistance au nazisme.


7. Mémoires d’un combattant du ghetto de Varsovie (Simha Rotem, 2008)

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Simha Rotem, dit « Kazik », est un gamin de dix-neuf ans lorsqu’il rejoint l’Organisation juive de combat en 1942. Son atout : un physique et des manières qui ne correspondent en rien aux stéréotypes antisémites de l’époque — blond, débrouillard, il parle le polonais sans aucun accent yiddish, ce qui lui permet de circuler entre le ghetto et le côté « aryen » sans éveiller les soupçons. Agent de liaison, passeur d’armes et de messages, il participe à l’insurrection d’avril 1943 et accomplit l’un des épisodes les plus célèbres de cette histoire : l’évacuation des derniers combattants survivants par les égouts de Varsovie, dans l’obscurité totale, au milieu des eaux nauséabondes et sous la menace permanente d’une noyade ou d’une asphyxie.

C’est le témoignage de Kazik que Claude Lanzmann choisit pour clore Shoah (1985), son film de neuf heures sur l’extermination des Juifs d’Europe — et la raison en est limpide : Rotem raconte les faits sans aucune pose, sans filtre, avec la crudité de quelqu’un qui avait vingt ans quand tout cela s’est passé. Les mémoires couvrent la guerre mais aussi l’après : la recherche de ses parents dans les décombres de Varsovie, le pillage par des soldats soviétiques, la persistance de l’antisémitisme en Pologne, et finalement l’émigration vers Israël. Dans sa postface, Marek Edelman pose la question que le lecteur·ice se pose aussi : comment un adolescent ordinaire bascule-t-il dans l’action armée ? Décédé en décembre 2018 à Jérusalem, Rotem était le dernier combattant survivant du soulèvement du ghetto de Varsovie.


8. Les 948 jours du ghetto de Varsovie (Bruno Halioua, 2018)

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Après les témoignages de première main, il est précieux de disposer d’une synthèse historique qui replace les événements dans leur contexte et leur chronologie. C’est ce que propose Bruno Halioua, médecin et historien de la médecine à l’université Paris-Sorbonne — un double profil qui n’est pas anodin : les questions sanitaires (famine organisée, épidémies de typhus, conditions d’hygiène) sont centrales dans l’histoire du ghetto. Son livre retrace les 948 jours qui séparent la création du ghetto (12 octobre 1940) de sa destruction complète (16 mai 1943), à partir de l’ensemble des sources disponibles : journaux des contemporains, rapports clandestins, archives allemandes, témoignages d’après-guerre.

L’ouvrage procède de façon chronologique et claire. Il passe en revue la multiplication des mesures antijuives, les conditions de vie dans le ghetto (la faim, le typhus, la surpopulation — 7 à 8 personnes par pièce en moyenne), les stratégies de survie des habitants, les réseaux de contrebande, la vie culturelle et religieuse maintenue envers et contre tout, les grandes déportations de l’été 1942, et enfin le soulèvement d’avril 1943. Pour qui souhaite se forger une vision d’ensemble avant de lire les récits individuels — ou, à l’inverse, pour remettre en perspective des témoignages déjà lus —, c’est le livre à ouvrir en premier (ou en dernier). Il n’a d’ailleurs pas d’équivalent en langue française sur le sujet, ce qui le rend d’autant plus nécessaire.


9. Le Pianiste (Władysław Szpilman, 2001)

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C’est sans doute le livre le plus connu de cette liste, grâce au film de Roman Polanski — qui, enfant, a survécu au ghetto de Cracovie — il s’en est échappé avant sa liquidation — récompensé par la Palme d’or à Cannes en 2002, trois Oscars et sept César. Mais le texte de Szpilman a sa propre histoire. Rédigé dès 1946 sous le titre Une ville meurt, publié en Pologne au lendemain de la guerre, il est presque aussitôt retiré de la circulation par la censure communiste. La raison : Szpilman raconte avoir été sauvé par un officier de la Wehrmacht, ce qui contredisait le récit officiel du régime — selon lequel seule l’Armée rouge avait libéré les Juifs, et tous les Allemands sans exception étaient des bourreaux. Il faudra attendre plus de cinquante ans pour que le livre soit republié, en 1998, à l’initiative du fils de l’auteur.

Władysław Szpilman est pianiste à la Radio polonaise lorsque la guerre éclate. Le 23 septembre 1939, il interprète le Nocturne en ut dièse mineur de Chopin : une bombe allemande interrompt l’émission. Lorsque la radio rouvrira, six ans plus tard, c’est le même morceau qu’il jouera — achevé, cette fois. Entre ces deux instants, il y a le ghetto, la déportation de toute sa famille vers Treblinka (ses parents, son frère, ses deux sœurs — aucun ne reviendra), la fuite, des mois de réclusion dans des appartements vides, la faim, le froid, la solitude d’un homme qui, pour ne pas sombrer dans la folie, rejoue mentalement toutes les partitions qu’il connaît. Et puis il y a cette rencontre improbable avec Wilm Hosenfeld, officier de la Wehrmacht qui, au lieu de le dénoncer, lui apporte de la nourriture et le protège. Hosenfeld a été reconnu à titre posthume « Juste parmi les nations » en 2009 — un titre décerné par le mémorial de Yad Vashem, à Jérusalem, aux non-Juifs qui ont risqué leur vie pour sauver des Juifs durant la Shoah. Il n’a pas vécu pour le savoir : fait prisonnier par les Soviétiques, il est mort en captivité en 1952. Szpilman l’avait cherché en vain pendant des années. Le livre est complété par des extraits du journal de cet officier allemand, où celui-ci consigne sa honte et sa révolte face aux crimes commis par son propre pays.