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Que lire après « Sa Majesté des Mouches » de William Golding ?

Que lire après « Sa Majesté des Mouches » de William Golding ?

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Publié en 1954, Sa Majesté des Mouches (Lord of the Flies) est le premier roman de l’écrivain britannique William Golding, lauréat du prix Nobel de littérature en 1983. On y suit un groupe de garçons issus de la haute société anglaise, échoués sur une île déserte du Pacifique après le crash de leur avion lors d’une évacuation en temps de guerre. Privés de toute présence adulte, les enfants tentent de s’organiser. Ralph est élu chef, soutenu par l’intellectuel Porcinet et le mystique Simon, tandis que Jack, autoritaire et dominateur, prend la tête d’une bande de chasseurs. Ce qui s’annonçait comme une robinsonnade — un récit d’aventure et de débrouillardise à la Robinson Crusoé — bascule peu à peu dans la violence tribale et la superstition, jusqu’à un dénouement sanglant. Fable politique sur la fragilité de la civilisation, le roman reste, plus de soixante-dix ans après sa parution, un classique de la littérature anglaise.

Si vous êtes à la recherche de lectures du même genre, voici quelques recommandations. Des enfants ou des adolescent·es livré·es à eux-mêmes, des huis clos qui dégénèrent, des communautés qui implosent et, toujours, la même question : que reste-t-il de nous quand les règles disparaissent ?


1. Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants (Kenzaburō Ōe, 1958)

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Japon, Seconde Guerre mondiale. Un groupe de garçons issu d’une maison de correction est évacué vers un village isolé de montagne pour échapper aux bombardements américains. Leur éducateur les confie aux villageois, sous l’autorité d’un maire convaincu qu’un mauvais enfant doit être supprimé « dès le bourgeon » — c’est le sens du titre. Mal nourris, humiliés, traités en parias, les jeunes délinquants subissent le mépris d’adultes qui les considèrent comme des bouches inutiles. Lorsqu’une épidémie frappe le bétail puis les habitants, les villageois paniquent, barricadent le seul passage et s’enfuient. Les enfants restent enfermés derrière eux.

Seuls dans un village fantôme, les garçons s’organisent pour survivre : ils chassent, se répartissent les tâches, inventent les règles d’une vie commune où naissent la fraternité, la tendresse et même un premier amour. Un jeune Coréen — membre d’une minorité lourdement discriminée dans le Japon de l’époque — et un soldat déserteur rejoignent leur communauté improvisée. Mais cette parenthèse tient du sursis : quand les villageois reviennent, ils reprennent le pouvoir par la force et exigent des enfants qu’ils nient tout ce qui s’est passé en leur absence. La brutalité de cet écrasement est d’autant plus insoutenable qu’elle s’abat sur un groupe qui avait prouvé qu’il pouvait se gouverner avec décence.

Premier roman de Kenzaburō Ōe — futur prix Nobel de littérature en 1994 —, cette fable sociale est le miroir inversé de Sa Majesté des Mouches : là où Golding montre des enfants qui sombrent dans la barbarie, Ōe montre des adultes incapables de la moindre humanité envers ceux qu’ils étaient censés protéger.


2. Battle Royale (Kōshun Takami, 1999)

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Dans un pays asiatique fictif, la République de Grande Asie — dictature totalitaire qui emprunte jusqu’à ses titres au vocabulaire nazi (son dirigeant porte le titre de « Reichsführer ») —, existe un programme gouvernemental conçu pour terroriser la jeunesse et décourager toute velléité de révolte : le « Battle Royale ». Chaque année, une classe de troisième est sélectionnée au hasard. Les élèves sont conduit·es sur une île coupée du monde, équipé·es d’armes tirées au sort, et sommé·es de s’entretuer jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un·e seul·e survivant·e. Le tout est encadré par l’armée, chronométré, comptabilisé. À la fin de chaque chapitre, un décompte froid rappelle le nombre d’élèves encore en vie.

Le roman suit les 42 collégien·nes d’une classe ordinaire, avec une attention particulière portée à Shūya Nanahara, orphelin idéaliste fan de rock, et Noriko Nakagawa, dont il a juré de protéger la vie. Face à eux se dressent des figures terrifiantes, notamment Kazuo Kiriyama, génie dénué de toute empathie, et Mitsuko Sōma, adolescente brisée devenue impitoyable. L’intérêt du livre tient à la diversité des réactions face à une même situation impossible : certain·es refusent de tuer et cherchent des alliances, d’autres obéissent aux règles du jeu dès les premières minutes, d’autres encore sombrent dans la paranoïa et tirent sur tout ce qui bouge. Takami prend le temps de fouiller l’histoire personnelle de chaque élève — amours de collège, drames familiaux, rancœurs silencieuses — pour montrer comment chacun·e arrive à cette île avec des failles qui vont déterminer ses choix.

Souvent comparé à Hunger Games (qui lui est postérieur d’une décennie), Battle Royale se démarque par son ton plus cru, plus politique et plus désespéré. Là où Suzanne Collins s’adresse à un public jeune adulte, Takami ne ménage ni son lectorat ni ses personnages. Le roman est aussi un réquisitoire contre la société japonaise et sa tendance au conformisme : dans le livre, la population accepte le programme sans broncher, comme elle accepte tout ce qui vient du pouvoir.


3. Troupe 52 (Nick Cutter, 2014)

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Chaque automne, le chef scout Tim Riggs emmène sa troupe de cinq adolescents camper sur Falstaff Island, une île isolée au large de l’Île-du-Prince-Édouard, au Canada. Feu de camp, histoires de fantômes, épreuves de courage : le programme habituel. Jusqu’à ce qu’un inconnu débarque en pleine nuit, émacié, affamé, visiblement très malade. L’homme ne souffre pas d’un simple virus. Il est porteur d’un parasite insatiable qui dévore son hôte de l’intérieur et déclenche chez lui une faim impossible à rassasier — au point de l’amener à ingérer de la terre. Et le parasite est contagieux.

Quand l’épidémie se propage et que les secours ne viennent pas, la dynamique du groupe se fissure à une vitesse alarmante. Le roman oppose des adolescents aux tempéraments contrastés : le leader autoproclamé, le solitaire au regard un peu trop froid, le garçon impulsif, le souffre-douleur… Parmi eux, gamin en apparence effacé, Shelley Gupton révèle une cruauté méthodique qui ferait passer le Jack de Golding pour un enfant de chœur. La dégradation physique des personnages — la faim, l’infection, l’affaiblissement — est décrite avec une précision médicale volontairement éprouvante. Le récit alterne avec des extraits fictifs de rapports militaires, d’articles de presse et de transcriptions judiciaires qui révèlent, par bribes, l’ampleur de la catastrophe vue de l’extérieur.

Nick Cutter — pseudonyme de l’écrivain canadien Craig Davidson — revendique ouvertement la filiation avec Sa Majesté des Mouches, mais y injecte une dose massive d’horreur biologique à la David Cronenberg (le réalisateur de La Mouche et de Faux-semblants). Le résultat est un huis clos où le dégoût physique rivalise avec l’angoisse psychologique, et où la vraie menace n’est pas le parasite mais ce que la peur révèle chez chacun des garçons — avec, en prime, des vers parasites. Beaucoup de vers parasites. Âmes sensibles et estomacs fragiles, vous voilà prévenu·es.


4. La Plage (Alex Garland, 1996)

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Jeune routard britannique fasciné par la guerre du Vietnam et par l’idée de vivre une « vraie » aventure, Richard débarque à Bangkok au milieu des années 1990. Dans une guesthouse miteuse de Khao San Road — la rue des backpackers —, son voisin de chambre, un type instable qui se fait appeler « Daffy Duck », lui remet une carte dessinée à la main avant de se suicider. La carte indique l’emplacement d’une île du golfe de Thaïlande, interdite aux touristes, où se cacheraient un lagon secret et une plage paradisiaque. Richard convainc Étienne et Françoise, un couple de voyageurs français, de l’accompagner. Après une traversée périlleuse — l’île est en partie occupée par des cultivateurs de cannabis armés —, les trois arrivent sur une plage de rêve, occupée par une communauté de routards qui vit en autarcie : pêche, potager, baignades, marijuana à volonté.

Le bonheur est total — pendant un temps. La vie sur la plage repose sur des règles tacites, une cheffe charismatique nommée Sal, et surtout un secret absolu : personne, à l’extérieur, ne doit savoir que ce lieu existe. Or Richard, avant de partir, a laissé une copie de la carte à d’autres voyageurs. La communauté le découvre, et cette menace — que des étrangers finissent par trouver l’île — va empoisonner les rapports entre ses membres. Quand des incidents surviennent — attaque de requins, blessés que l’on refuse d’évacuer pour ne pas attirer l’attention, menace de nouveaux arrivants —, Sal durcit les règles, les membres du groupe se surveillent mutuellement, et Richard glisse dans un délire hallucinatoire où il converse avec le fantôme de Daffy Duck et rejoue mentalement des scènes de guerre du Vietnam.

Premier roman d’Alex Garland, écrit à vingt-trois ans, La Plage reprend le schéma de Golding — une communauté isolée dont l’organisation sociale se délite face à la pression — et le transpose dans un cadre adulte et tropical. C’est aussi un portrait acide de la culture backpacker des années 1990 et de son paradoxe central : plus un lieu « secret » est partagé, plus il attire de monde, et plus il cesse d’être ce qu’il était. Le film de Danny Boyle avec Leonardo DiCaprio (2000) a rendu l’histoire célèbre, mais le roman est nettement plus sombre et bien plus précis dans la psychologie de son narrateur.


5. Les Enfants de Timpelbach (Henry Winterfeld, 1937)

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Dans le petit village (fictif) de Timpelbach, les enfants enchaînent farces, mauvais coups et désobéissances avec un enthousiasme qui rend leurs parents fous. Excédés, les adultes décident de leur donner une leçon : ils partiront tous en secret à l’aube, pour une seule journée, afin d’effrayer leur progéniture et de la forcer à réfléchir aux conséquences de ses bêtises. Sauf que la sortie tourne mal : les parents se retrouvent bloqués et ne peuvent pas rentrer. Ce qui devait durer vingt-quatre heures s’éternise. Les enfants se réveillent un matin dans un village entièrement déserté.

Deux camps se forment aussitôt. D’un côté, Manfred et Marianne rassemblent les enfants raisonnables et tentent de reproduire le fonctionnement normal du village : corvées, repas, règles de vie commune. De l’autre, le redoutable Oscar et sa bande de Pirates profitent du vide laissé par les adultes pour régner par la fête, le chaos et l’intimidation. La cohabitation tourne vite à l’affrontement, et une bataille rangée sur la place du village finit par mettre un terme à l’expérience — peu avant le retour, penaud, des parents.

Le parallèle avec Sa Majesté des Mouches saute aux yeux — enfants sans adultes, deux factions, un camp démocratique contre un camp autoritaire — mais le ton est ici résolument plus léger. Pas de meurtre, pas de tragédie : Winterfeld raconte cette histoire comme une aventure enlevée, drôle et instructive. L’écrivain allemand publie ce roman en 1937, peu avant de fuir le nazisme pour les États-Unis. Timpelbach, c’est Sa Majesté des Mouches sans le cauchemar : la version où les enfants s’en sortent, avec quelques bosses et quelques leçons apprises. Un classique de la littérature jeunesse, adapté au cinéma par Nicolas Bary en 2008.


6. L’Épreuve – Tome 1 : Le Labyrinthe (James Dashner, 2009)

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Thomas se réveille dans un ascenseur qui monte. Il ne se souvient de rien — ni de son passé, ni de sa famille, rien hormis son prénom. L’ascenseur, que les autres appellent « la Boîte », le dépose au milieu du Bloc : un vaste espace à ciel ouvert, cerné de murs colossaux. Là, une soixantaine d’adolescents, tous amnésiques comme lui, l’accueillent. Ils s’appellent les Blocards et se sont organisés en une société rudimentaire — potager, bétail, hiérarchie, attribution des tâches — car cela fait déjà deux ans que les premiers d’entre eux ont été envoyés ici, à raison d’un par mois. Autour du Bloc s’étend un labyrinthe gigantesque dont les murs bougent chaque nuit : quatre portes s’ouvrent le matin et se referment au crépuscule. Chaque jour, les Coureurs — l’élite du groupe — s’aventurent dans le dédale pour tenter d’en cartographier les passages et trouver une sortie. Mais le labyrinthe est peuplé de Griffeurs, créatures mi-organiques mi-mécaniques dont la piqûre peut tuer — ou pire.

L’arrivée de Thomas bouscule un équilibre déjà fragile. Le lendemain, la Boîte livre Teresa, première et unique fille jamais envoyée, porteuse d’un message sinistre : elle affirme être « la dernière ». Teresa et Thomas découvrent qu’ils peuvent communiquer par la pensée, et que tous deux semblent avoir été impliqués, avant leur amnésie, dans la conception même du piège où ils se trouvent. Qui sont les Créateurs, ces figures invisibles qui envoient les adolescents ici et observent chacun de leurs faits et gestes ? Et quel est le but de cette épreuve ? Les réponses ne viendront qu’au prix de lourds sacrifices.

Le premier tome de la trilogie L’Épreuve repose sur un double ressort : le mystère et l’urgence. Le mystère, parce que ni les personnages ni le lecteur ne savent pourquoi ces adolescents ont été enfermés là ; l’urgence, parce que les luttes de pouvoir entre Blocards — notamment avec Gally, farouchement hostile à Thomas — menacent le groupe autant que les Griffeurs eux-mêmes. James Dashner emprunte à Golding la question de l’auto-organisation entre adolescents isolés, mais la transporte dans un cadre de science-fiction où l’ennemi n’est pas seulement à l’intérieur du groupe, mais aussi au-dessus : quelqu’un les observe, et ce quelqu’un a un plan. L’adaptation cinématographique par Wes Ball (2014) a fait connaître l’univers à un très large public.


7. L’Année de grâce (Kim Liggett, 2019)

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Dans le comté de Garner — un lieu dont on ne connaît ni la localisation ni l’époque (un flou voulu par l’autrice) —, la vie des femmes obéit à un schéma rigide. À seize ans, les jeunes filles sont bannies pendant un an dans une forêt ceinturée d’une palissade. Motif officiel : leur peau dégagerait une « magie » capable d’ensorceler les hommes et de rendre les épouses folles de jalousie. Cette magie doit se dissiper dans la nature avant qu’elles puissent revenir et être affectées à leur destin : épouse, ouvrière dans les maisons de labeur, ou prostituée dans les quartiers extérieurs. Pas d’autre option. C’est l’année de grâce, et personne n’a le droit d’en parler. Celles qui reviennent n’en disent rien. Celles qui n’en reviennent pas n’en diront plus jamais rien.

À seize ans, Tierney James n’a aucune envie de rentrer dans le rang. Élevée par un père qui lui a appris à réfléchir par elle-même — chose rare et mal vue dans cette société —, elle doute de l’existence de cette fameuse magie et rêve de choisir sa propre vie. Mais l’année de grâce met ses convictions à rude épreuve. Dans le camp, les filles se retournent rapidement les unes contre les autres, rongées par la paranoïa, les privations et les effets d’une plante hallucinogène, la silice de ciguë, qu’elles consomment sans en comprendre la nature et qui brouille la frontière entre le réel et le délire. À l’extérieur de la palissade, la menace est plus concrète encore : des braconniers tuent les filles qui s’égarent hors du camp pour prélever leur peau et la revendre aux femmes du comté comme « essence de jeune fille » — un produit censé conserver la jeunesse.

Souvent présenté comme un croisement entre La Servante écarlate, Hunger Games et Sa Majesté des Mouches, le roman de Kim Liggett tient ses promesses sur les trois fronts. La critique du patriarcat y est frontale mais jamais simpliste : les femmes ne sont pas toutes solidaires (certaines tirent profit du système), les hommes ne sont pas tous des bourreaux (certains le subissent aussi), et l’ensemble se maintient moins par la force brute que par un mélange de tradition, de peur et de silence — personne ne pose de questions, donc personne n’obtient de réponses.


8. Hunger Games (Suzanne Collins, 2008)

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La nation de Panem — nom tiré de l’expression latine panem et circenses, « du pain et des jeux » — s’est érigée sur les ruines de l’Amérique du Nord après une série de catastrophes. Métropole technologique et décadente, le Capitole maintient douze districts sous son joug. Chaque année, pour rappeler aux districts le prix d’une rébellion passée, il organise les Hunger Games (les « Jeux de la Faim ») : une fille et un garçon de chaque district, âgé·es de douze à dix-huit ans, sont tiré·es au sort lors de la Moisson, puis envoyé·es dans une arène sauvage pour un combat à mort retransmis en direct à la télévision. Vingt-quatre tributs entrent. Un·e seul·e en ressort. Quand sa petite sœur Prim, douze ans, est appelée lors de la 74ᵉ Moisson, Katniss Everdeen, seize ans, chasseuse aguerrie du district 12 — le plus pauvre de Panem —, se porte volontaire pour prendre sa place. Elle est accompagnée de Peeta Mellark, fils de boulanger, qui des années plus tôt, alors qu’elle fouillait les poubelles de la boulangerie familiale des Mellark à demi morte de faim, lui avait lancé du pain au risque de se faire battre par sa propre mère.

L’entrée dans l’arène marque le début d’une lutte où l’intelligence compte autant que la force. Katniss doit composer avec les tributs de carrière — les adolescent·es des districts riches, entraîné·es depuis l’enfance pour les Jeux —, avec les pièges des Juges qui manipulent le terrain en temps réel (feux de forêt artificiels, mutations génétiques lâchées sur les concurrent·es), et avec la nécessité de séduire les sponsors : des spectateurs fortunés du Capitole dont les cadeaux parachutés — nourriture, médicaments — peuvent faire la différence entre la vie et la mort. Sa stratégie la plus redoutable ? Feindre une histoire d’amour avec Peeta pour attendrir le public. À moins que les sentiments ne soient pas si feints que ça.

Hunger Games s’est écoulé à plus de cent millions d’exemplaires pour l’ensemble de la série. Fille d’un militaire spécialiste de l’histoire des guerres, Suzanne Collins s’est inspirée à la fois du mythe de Thésée (où quatorze jeunes Athénien·nes étaient livrés au Minotaure en tribut) et des images de la guerre en Irak qu’elle voyait à la télévision. Le résultat est une critique frontale de la téléréalité, du spectacle de la violence et de l’instrumentalisation politique de la peur. Si le roman s’adresse en premier lieu à un public adolescent, la question morale qu’il pose — tuer pour survivre ou refuser de jouer le jeu quitte à y laisser sa vie — n’a pas de réponse simple.


9. Marche ou crève (Richard Bachman, 1979)

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Chaque 1ᵉʳ mai, dans des États-Unis devenus une dictature militaire, se tient la Longue Marche : cent adolescents volontaires, tous âgés de moins de dix-huit ans, s’élancent depuis la frontière canadienne pour une marche vers le sud. Les règles sont d’une simplicité meurtrière : maintenir une vitesse minimale de 6,5 km/h, ne jamais s’arrêter — ni pour dormir, ni pour se reposer, ni pour quelque raison que ce soit (on mange et on boit sans ralentir). Trois avertissements, puis c’est « le ticket » : une balle tirée par les soldats qui escortent le convoi. Le dernier marcheur encore debout remporte le Prix — tout ce qu’il désire pour le restant de ses jours. Les quatre-vingt-dix-neuf autres ne désirent plus rien du tout.

Le récit suit Ray Garraty, adolescent du Maine, et les liens qu’il noue avec d’autres marcheurs : McVries, le sarcastique au visage balafré ; Stebbins, le garçon énigmatique qui ferme toujours la marche ; Barkovitch, l’insupportable provocateur que personne ne pleurera. À mesure que les heures, puis les jours défilent, les corps lâchent, les esprits craquent, et les conversations nocturnes entre survivants virent aux confessions brutes — sur la peur, le regret, les raisons (souvent absurdes) pour lesquelles chacun s’est porté volontaire. Tout autour, la foule massée le long de la route hurle, acclame, brandit des pancartes — spectacle obscène d’une société qui a érigé la mort de ses enfants en divertissement national.

Écrit en 1966-1967 alors que Stephen King n’avait que dix-neuf ans — en pleine guerre du Vietnam, et le parallèle entre les jeunes soldats envoyés mourir et les jeunes marcheurs n’a rien de fortuit —, publié en 1979 sous le pseudonyme de Richard Bachman, Marche ou crève est son tout premier roman achevé. Pas de monstre surnaturel ici, pas de clown maléfique ni de chien enragé : l’horreur vient du dispositif lui-même, de sa logique implacable (marcher ou mourir, sans troisième option) et de la foule qui en redemande. Le roman préfigure, d’une bonne trentaine d’années, le filon des jeux de survie — de Battle Royale à Hunger Games — et n’a rien perdu de sa force : il suffit de regarder le succès des émissions de téléréalité pour constater que l’appétit du public pour la souffrance en spectacle, que King décrivait à dix-neuf ans, n’a fait que se confirmer.