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Que lire sur Charlemagne ?

Que lire sur Charlemagne ?

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En 768, un jeune homme d’à peine vingt-six ans hérite de la moitié du royaume franc. Trois ans plus tard, son frère Carloman meurt : Charles écarte aussitôt ses neveux, s’empare de la totalité du royaume et entame un règne de quarante-six ans qui va refondre la carte politique de l’Occident. Roi des Francs, il intervient en Italie du Nord à l’appel du pape, menacé par Didier, roi des Lombards — qu’il bat, dépose et enferme dans un monastère. Il devient roi des Lombards à son tour. Puis il se tourne vers l’est : il soumet les Saxons, peuple germanique païen installé entre le Rhin et l’Elbe, au prix de trente ans de guerres et de conversions forcées ; il détruit l’empire nomade des Avars, dans l’actuelle Hongrie, dont il pille le trésor accumulé depuis deux siècles ; il impose son autorité de la mer du Nord à Rome. Le 25 décembre 800, dans la basilique Saint-Pierre, le pape Léon III le couronne empereur des Romains. Le geste fait scandale à Constantinople : l’Empire romain d’Orient, qui se considère comme le seul héritier légitime de Rome, y voit une usurpation pure et simple — un roi barbare ose se hisser au rang des Césars.

Mais Charlemagne n’est pas qu’un chef de guerre. Il n’a jamais reçu d’éducation formelle dans son enfance — Éginhard rapporte qu’il gardait des tablettes sous son oreiller pour s’exercer à écrire —, mais il apprend le latin sur le tard, lit le grec et s’entoure des plus grands esprits de son temps : Alcuin, moine anglo-saxon et principal conseiller intellectuel de la cour ; Paul Diacre, historien lombard ; Théodulf, poète et théologien d’origine wisigothe. Avec ceux-ci, il lance ce que l’on appelle la Renaissance carolingienne : réforme de l’écriture avec la création de la minuscule caroline, une graphie ronde et lisible qui remplace le fouillis des écritures mérovingiennes — et dont les typographes de la Renaissance s’inspireront pour concevoir les caractères romains que nous utilisons encore aujourd’hui ; copie systématique des manuscrits antiques, sans laquelle une part considérable de la littérature latine serait perdue ; création d’écoles dans les monastères et les évêchés. Législateur infatigable, il promulgue des capitulaires — des ordonnances royales à force de loi — qui réglementent aussi bien l’administration des comtés que la composition des jardins de ses domaines. Son système monétaire, fondé sur le denier d’argent, perdurera près d’un millénaire.

À sa mort, le 28 janvier 814 à Aix-la-Chapelle, il laisse un empire immense mais fragile. Dès 843, ses trois petits-fils se le partagent au traité de Verdun, qui dessine pour la première fois les contours de ce qui deviendra la France, l’Allemagne et un royaume intermédiaire (la Lotharingie) voué à la dislocation. L’homme, lui, entre aussitôt dans la légende : la Chanson de Roland, les chroniques médiévales, puis les récupérations politiques successives — du Saint-Empire romain germanique à Napoléon, de la IIIe République au prix Charlemagne décerné chaque année à Aix-la-Chapelle — ne cesseront de façonner et refaçonner son image.

Pour démêler le mythe de la réalité, voici les principaux livres à son sujet.


1. Vie de Charlemagne (Éginhard, vers 830)

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Tout commence ici. Éginhard (vers 770–840), intellectuel franc formé à l’abbaye de Fulda puis envoyé à la cour de Charlemagne où il suit l’enseignement d’Alcuin, rédige quelques années après la mort de l’empereur le premier portrait biographique d’un souverain du Moyen Âge. Directeur des bâtiments royaux, chargé de missions diplomatiques, Éginhard a côtoyé l’empereur de près. Son texte, la Vita Karoli Magni, est à la fois un témoignage de première main et un exercice littéraire assumé : l’auteur calque volontairement sa structure sur les Vies des douze Césars de Suétone, en particulier celle d’Auguste. L’intention est limpide : inscrire Charlemagne dans la lignée des grands empereurs romains.

Le résultat ? Un texte bref, dense, riche d’anecdotes sur les habitudes alimentaires de l’empereur, ses passions (la natation, la chasse), sa vie familiale mouvementée — cinq épouses, six concubines, dix fils et autant de filles —, mais aussi ses campagnes militaires et son couronnement impérial. Il ne faut toutefois pas lire Éginhard comme un reporter neutre. Il écrit sous le règne de Louis le Pieux, fils et successeur de Charlemagne : en glorifiant le père, il consolide le prestige du fils et la légitimité de toute la dynastie. Le passage le plus révélateur concerne les Mérovingiens, la famille royale que les Carolingiens ont évincée du pouvoir au VIIIe siècle : Éginhard les réduit à des « rois fainéants », incapables de gouverner, pour justifier rétrospectivement le coup de force de Pépin le Bref — le père de Charlemagne — qui s’était emparé du trône en 751 avec la bénédiction du pape.

Lire la Vita Karoli, c’est donc accéder à la source première du mythe carolingien, et comprendre que la fabrication de ce mythe a commencé du vivant même de ceux qui avaient connu l’empereur. L’édition des Belles Lettres, traduite et commentée par Michel Sot et Christiane Veyrard-Cosme (2014, rééditée en 2019), est aujourd’hui la plus complète et la plus à jour sur le plan scientifique.


2. Charlemagne (Arthur Kleinclausz, 1934)

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Publié en 1934 et récompensé la même année par le prix Gobert de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, ce livre est le fruit de plus de trente ans de recherches menées par un médiéviste dont toute la carrière a gravité autour de la période carolingienne. Professeur aux universités de Dijon puis de Lyon, Kleinclausz avait consacré sa thèse à l’Empire carolingien dès 1901 ; il prolongera son travail par deux biographies complémentaires, l’une d’Éginhard (1942), l’autre d’Alcuin (1948). C’est dans ce Charlemagne que cette connaissance s’exprime le mieux : le livre couvre la chronologie du règne, les campagnes militaires, le caractère et le mode de vie de l’empereur, l’organisation de l’État franc, la politique culturelle et religieuse — le tout appuyé sur une exploitation minutieuse des sources latines.

L’apport principal de Kleinclausz, et ce qui donne au livre son intérêt durable, est son refus de trancher la « querelle des nationalités ». Au début du XXe siècle, historiens français et allemands se disputaient l’héritage de Charlemagne : les uns en faisaient un roi de France, les autres revendiquaient Karl der Große comme figure germanique — une querelle d’autant plus vive qu’elle se doublait de tensions politiques entre les deux pays. Kleinclausz écarte cette fausse alternative et montre un souverain qui, maître d’un ensemble territorial vaste et hétérogène — des pays rhénans à l’Italie, de la Bavière à l’Aquitaine —, ne peut se réduire à aucune catégorie nationale moderne. Préfacé par Régine Pernoud dans sa réédition de 2005 (Tallandier), l’ouvrage a vieilli dans certaines de ses analyses — l’archéologie et la numismatique carolingiennes ont beaucoup progressé depuis — mais conserve sa valeur pour qui souhaite comprendre l’histoire même des études sur Charlemagne.


3. Charlemagne (Georges Bordonove, 1989)

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Ce volume s’inscrit dans la vaste collection Les rois qui ont fait la France, série de vingt-cinq biographies royales publiées chez Pygmalion entre les années 1980 et 2000. À la fois romancier et historien, lauréat de l’Académie française et de la Bourse Goncourt du récit historique, Bordonove (1920–2007) s’adresse à un public large et fait le pari de raconter Charlemagne comme on raconterait un personnage de roman : conquêtes, politique législative, diplomatie et Renaissance carolingienne se succèdent dans un récit fluide et bien découpé — logique, pour un auteur qui a publié une quinzaine de romans historiques avant de se tourner vers la biographie.

Le livre a néanmoins les défauts de ses qualités. Bordonove ne cache guère son admiration pour l’empereur : il le peint pieux, visionnaire, bon père et bon vivant, porté par une foi chrétienne sans faille qui dicte chacune de ses décisions. Les aspects les plus brutaux du règne — le massacre de 4 500 prisonniers saxons à Verden en 782, les conversions forcées sous peine de mort — ne sont pas occultés, mais ils sont rapidement absorbés dans le récit d’un destin grandiose. On est plus proche de l’hagiographie que de la biographie critique, et il faudra compléter cette lecture par des travaux plus récents et plus nuancés pour se faire une idée équilibrée du règne.


4. Charlemagne (Jean Favier, 1999)

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Si vous ne devez en lire qu’un — et que les pavés ne vous effraient pas —, c’est sans doute celui-ci. Avec ses quelque 770 pages, le Charlemagne de Jean Favier (1932–2014) est la somme de référence sur le sujet en langue française. Médiéviste de premier plan, membre de l’Institut, directeur général des Archives de France puis président de la Bibliothèque nationale de France, Favier a bâti sa réputation sur de vastes ouvrages historiques — Philippe le Bel, Louis XI, La Guerre de Cent Ans — et même sur la biographie d’un poète, François Villon. Pour Charlemagne, il adopte une approche largement thématique — les guerres, la politique extérieure, la monnaie, l’architecture, la théologie, l’éducation — et couvre un spectre de sujets qui déborde très largement la vie d’un seul homme.

On y trouve un Favier tour à tour économiste, géographe, juriste, stratège et critique d’art. Le livre reconstitue le monde carolingien dans sa totalité : l’organisation des domaines agricoles (les fameux capitulaires de villis, qui prescrivent jusqu’aux espèces de plantes à cultiver), les querelles théologiques avec Constantinople — notamment celle du Filioque, un désaccord sur la place du Saint-Esprit dans la Trinité chrétienne, qui empoisonne les relations entre les Églises d’Orient et d’Occident —, le fonctionnement du système des comtes et des missi dominici (ces envoyés royaux chargés d’inspecter les provinces). Une partie entière est consacrée au Charlemagne construit par la postérité : celui des chansons de geste, du Saint-Empire, de Napoléon, de la IIIe République. Le prix à payer ? Un ouvrage exigeant, parfois ardu pour qui ne maîtrise pas la période. Les amateurs de biographie intime resteront en outre sur leur faim : on ne sait presque rien de la psychologie réelle de l’homme, et Favier, en historien scrupuleux, refuse de combler cette lacune par la fiction.


5. Charlemagne : Un père pour l’Europe (Alessandro Barbero, 2004)

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Professeur d’histoire médiévale à l’Université du Piémont oriental de Vercelli, l’historien piémontais Alessandro Barbero est aussi connu en Italie pour ses conférences diffusées sur Internet que pour ses travaux universitaires. Publié en italien en 2000 sous le titre Carlo Magno, récompensé par le prix Cherasco Storia en 2002 et traduit en français chez Payot en 2004, ce livre prend le parti annoncé par son sous-titre : Charlemagne comme fondateur non pas d’un État-nation, mais d’un espace politique européen.

Barbero reprend une formule d’un poète anonyme du IXe siècle qui qualifiait Charles de rex pater Europae — « roi père de l’Europe » — et en fait le fil directeur de son analyse. Il montre comment, pour la première fois, un territoire s’étend de Hambourg à Naples et de Vienne à Barcelone, doté d’une organisation militaire, d’une division du pouvoir, d’une fiscalité et de circuits commerciaux communs. Contrairement à l’image longtemps dominante d’une économie carolingienne fermée et figée, Barbero insiste sur les fondations posées à cette époque : essor démographique, développement du commerce le long du Rhin et des ports de la mer du Nord, naissance d’une bureaucratie impériale.

Le livre accorde aussi une large place à la vie quotidienne de l’empereur — ses habitudes domestiques, sa famille, ses relations avec la noblesse franque — et reconstitue la manière dont les populations de l’empire se définissaient elles-mêmes : les élites franques se réclamaient des Troyens (comme les Romains), les Aquitains se disaient Romains, les habitants du nord de l’Italie se revendiquaient Lombards. Cette attention aux identités multiples d’un empire mosaïque — où un Franc d’Austrasie et un Lombard de Pavie n’avaient presque rien en commun, sinon un même souverain — est l’un des apports les plus concrets du livre.


6. Charlemagne (Georges Minois, 2010)

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Agrégé et docteur en histoire, auteur d’une trentaine d’ouvrages chez Perrin — dont des biographies de Bossuet, Charles VII et Du Guesclin —, Georges Minois livre ici une biographie de synthèse à jour des recherches de son époque. La structure du livre suit un plan en trois temps. D’abord, une introduction historiographique qui démonte une à une les images d’Épinal accumulées au fil des siècles : l’empereur à la barbe fleurie, l’inventeur de l’école — autant de légendes dont Minois retrace la genèse et les usages politiques. Vient ensuite une biographie chronologique classique : les campagnes militaires annuelles, les rapports avec les papes successifs qui aboutiront au couronnement de l’an 800, et — détail que Minois ne néglige pas — le défilé des conquêtes sentimentales d’un empereur qui eut cinq épouses et six concubines. Enfin, une dernière partie, thématique, aborde la vie de cour à Aix-la-Chapelle, l’économie domaniale, l’organisation du territoire et les rapports entre le pouvoir royal et l’Église.

Minois garde une distance critique constante avec son sujet et ne cède jamais à la tentation du panégyrique. Il ne s’agit ni de glorifier Charlemagne ni de le noircir, mais de le replacer dans son contexte — celui d’un souverain du haut Moyen Âge qui gouverne avec les moyens de son temps, c’est-à-dire des moyens extrêmement limités : pas de capitale fixe, pas de véritable administration centralisée, un pouvoir qui repose presque entièrement sur des liens personnels avec une noblesse restreinte. Le tout en un peu plus de 670 pages — un format plus maniable que le Favier —, complétées par des annexes : chronologie, chronologie comparée, cartes, tableaux généalogiques et index nominatif.


7. Charlemagne (Bruno Dumézil, 2024)

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Dernier venu — et le plus court de cette sélection, avec ses 228 pages aux PUF —, ce Charlemagne de Bruno Dumézil est aussi le plus actuel. Dumézil, professeur d’histoire médiévale à Sorbonne Université et à l’École polytechnique, spécialiste du haut Moyen Âge (on lui doit notamment Le Baptême de Clovis, Gallimard, 2019, et L’Empire mérovingien, Passés Composés, 2023), livre ici une biographie concise qui va droit à l’essentiel sans sacrifier la nuance. L’ouvrage est d’ailleurs sélectionné pour le Prix lycéen du livre d’histoire 2025.

Le fil rouge du livre est la question de la légitimité. Le grand-père de Charlemagne, Charles Martel, n’était pas roi : il gouvernait le royaume franc comme « maire du palais » (une sorte de premier ministre héréditaire) au nom de souverains mérovingiens réduits à un rôle de figuration. C’est le père de Charlemagne, Pépin le Bref, qui a franchi le pas : en 751, il a déposé le dernier roi mérovingien, Childéric III, et s’est fait sacrer roi par le pape. Ce coup de force posait un problème redoutable à ses héritiers : si un roi peut être déposé, qu’est-ce qui empêche que le même sort frappe les Carolingiens ? Dumézil montre comment Charlemagne a dû consolider cette légitimité fragile — contestée en Aquitaine, fragilisée par un début de règne chaotique — à coups de guerres victorieuses et d’alliance étroite avec l’Église.

Le livre aborde également la « Renaissance carolingienne » avec une prudence bienvenue : Charlemagne a favorisé la copie des manuscrits et l’uniformisation de l’écriture, mais cette politique a bénéficié à une élite lettrée très restreinte et sa portée réelle ne doit pas être surestimée. La dernière partie, consacrée à la postérité du personnage, montre que le mythe de Charlemagne en dit souvent plus sur l’époque qui le convoque que sur l’empereur lui-même : la barbe fleurie, l’épée Joyeuse, l’invention de l’école — autant de constructions dont Dumézil retrace les origines et les transformations successives, du Moyen Âge à nos jours.