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Que lire sur les Vikings ?

Que lire sur les Vikings ?

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En 793, des hommes armés débarquent sur l’île de Lindisfarne, au large de l’Angleterre, et pillent son monastère. Les moines sont tués ou réduits en esclavage, les trésors embarqués. C’est le premier raid viking dont l’histoire a gardé la trace. Ces hommes viennent de Scandinavie — du Danemark, de Norvège et de Suède — et pendant près de trois siècles, de 800 à 1050 environ, ils vont sillonner l’Europe et bien au-delà. Vers l’ouest, ils remontent la Seine, la Loire et la Garonne, s’installent en Angleterre, fondent des comptoirs en Irlande, colonisent l’Islande, le Groenland, et touchent même les côtes de l’Amérique du Nord — cinq siècles avant Christophe Colomb. Vers l’est, ils descendent les grands fleuves russes jusqu’à Constantinople et Bagdad. On les appelle Vikings en Scandinavie, Normands (« hommes du Nord ») en France, Varègues en Russie.

Mais « viking » n’est pas le nom d’un peuple : c’est le nom d’une activité. Le mot désigne celui qui part en expédition maritime, que ce soit pour piller, négocier ou s’établir. La plupart des Scandinaves de l’époque ne sont jamais montés sur un navire de guerre : ils sont fermiers, éleveurs, artisans, pêcheurs. La société dont ils font partie est toutefois loin d’être primitive. Elle repose sur un droit coutumier élaboré (les hommes libres se réunissent en assemblées, les thing, pour trancher les litiges et voter les lois), sur un artisanat naval sans équivalent en Europe, sur une tradition poétique riche — les scaldes, poètes de cour, chantent les exploits des rois et des dieux — et sur des croyances religieuses où Odin, Thor et Loki règnent sur un univers condamné d’avance par le Ragnarök, la destruction du monde, suivie de sa renaissance. Contrairement à l’image tenace du barbare casqué de cornes (une invention du XIXe siècle, au passage), les Scandinaves de l’ère viking sont des commerçants autant que des guerriers — et souvent les deux à la fois.

En trois siècles, leurs expéditions donnent naissance à de nouvelles entités politiques : la Normandie (concédée au chef viking Rollon par le roi de France en 911), le Danelaw (la moitié est de l’Angleterre, sous domination danoise) ou la Rus’ de Kiev (ancêtre de la Russie, fondée par des Vikings venus de Suède). Puis, progressivement, les Scandinaves se convertissent au christianisme, les royaumes de Danemark, de Norvège et de Suède se structurent, et le phénomène viking s’éteint.

Voici onze livres pour comprendre leur histoire. Les neuf premiers couvrent l’histoire et la civilisation — du panorama le plus accessible aux titres de référence —, les deux derniers la mythologie.


1. Les Vikings (Pierre Bauduin, 2004)

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Pierre Bauduin, professeur d’histoire médiévale à l’université de Caen-Normandie et spécialiste reconnu des mondes normands, condense en 128 pages l’essentiel de ce qu’il faut savoir sur le phénomène viking. Publié dans la collection « Que sais-je ? » des Presses Universitaires de France, cet opuscule vise un public curieux à la recherche d’un panorama synthétique et fiable. Bauduin y retrace l’essor des sociétés scandinaves, les causes de leur expansion, les différentes formes que prirent leurs expéditions et la manière dont ils se sont intégrés aux sociétés qu’ils rencontrèrent — par la force, par le commerce ou par le mariage.

La contrainte du format impose des choix : en si peu de pages, impossible de tout couvrir, et certain·e·s lecteur·ice·s en ressortiront avec une légitime frustration. Mais Bauduin a le mérite de la clarté et de la rigueur. Il insiste sur un point trop souvent négligé : les Vikings ne furent pas qu’un phénomène militaire. Partout où ils se sont installés — Normandie, Angleterre, Russie, Islande —, ils ont adopté des coutumes locales, transmis des techniques de navigation et de construction navale, et contribué à redéfinir les structures politiques en place. Ce petit livre, réédité trois fois, reste une excellente entrée en matière — à compléter, pour les plus curieux·ses, par la somme du même auteur parue quinze ans plus tard.


2. Au temps des Vikings (Anders Winroth, 2018)

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Professeur d’histoire médiévale à l’université de Yale et spécialiste de la Scandinavie médiévale, Anders Winroth livre ici une synthèse sur la civilisation scandinave entre 800 et 1100. Le livre s’attaque d’emblée aux idées reçues : non, les casques vikings n’avaient pas de cornes ; non, le mot « drakkar » n’a jamais existé à l’époque (les Scandinaves parlaient de langskip, « navire long ») ; et non, les Scandinaves n’étaient pas plus violents que les armées de Charlemagne — lequel fit décapiter 4 500 Saxons en une seule journée, un score que les Vikings n’ont jamais approché. Mais Winroth ne se contente pas de briser les clichés : il reconstitue une société dans toute sa complexité, de la ferme isolée du Jutland aux routes commerciales qui reliaient la Baltique à Bagdad.

L’un des apports les plus éclairants du livre concerne le rôle économique — et involontaire — des raids. Au haut Moyen Âge, une part considérable de l’or et de l’argent d’Europe occidentale dormait dans les trésors des monastères et des églises, sous forme de reliquaires, de calices et d’objets liturgiques. Les Vikings ont mis la main sur ces trésors, fondu les métaux précieux et les ont réinjectés dans les circuits d’échange — ce qui a eu pour effet de relancer le commerce dans l’ensemble de l’Europe. Winroth s’appuie aussi largement sur les récits des marchands et diplomates arabes évoqués en introduction — des sources négligées par l’historiographie francophone — qui décrivent de l’extérieur les mœurs des Scandinaves, y compris leurs rituels funéraires. On pourrait reprocher à l’auteur un certain parti pris : il tend parfois à minimiser la violence des Scandinaves. Mais cette approche a le mérite de corriger des siècles de diabolisation par les clercs chrétiens, qui avaient le monopole de l’écrit et un intérêt évident à noircir le portrait de ceux qui s’en prenaient à leurs monastères.


3. Les Vikings : histoire et civilisation (Régis Boyer, 1992)

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Régis Boyer (1932-2017) a été pendant des décennies le grand spécialiste français du monde nordique ancien. Fondateur de l’Institut d’études scandinaves à la Sorbonne, traducteur des sagas islandaises pour la Pléiade, il a consacré sa vie entière à faire connaître la culture des peuples du Nord. Publié chez Perrin et réédité en poche dans la collection « Tempus », cet ouvrage est l’une de ses synthèses les plus ambitieuses. Boyer s’appuie sur les sources archéologiques, les textes latins et arabes contemporains des faits, ainsi que la littérature en vieux norrois (la langue commune des Scandinaves médiévaux, ancêtre de l’islandais et du norvégien) pour déconstruire le mythe du Viking sanguinaire.

Le livre se divise en deux grandes parties : l’une consacrée à l’histoire — les causes des migrations, les routes empruntées, les implantations à l’ouest comme à l’est — et l’autre à la civilisation — structures sociales, droit, religion, art, techniques de navigation. Boyer y défend une thèse forte : les Vikings étaient avant tout des commerçants, et leurs raids n’étaient qu’une activité parmi d’autres, dictée par l’opportunisme plus que par une soif innée de violence. Le propos est dense, parfois ardu : les références en vieux norrois abondent, les notes de bas de page se multiplient, et certain·e·s lecteur·ice·s pourront se sentir submergé·e·s par le flot d’informations. Boyer ne cherche pas à séduire : il cherche à convaincre, preuves en main. C’est ce qui fait de son livre un ouvrage de fond, toujours cité dans les bibliographies spécialisées, même si certaines de ses analyses ont depuis été nuancées par les recherches récentes.


4. Les Vikings, vérités et légendes (Jean Renaud, 2019)

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Professeur émérite de langues et civilisations scandinaves à l’université de Caen, Jean Renaud est l’un des meilleurs connaisseurs de la littérature nordique en France. Son ouvrage adopte un format à la fois simple et efficace : trente questions — « Les Vikings portaient-ils des casques à cornes ? », « Ont-ils découvert l’Amérique ? », « Les runes sont-elles des signes magiques ? » — auxquelles il apporte des réponses fondées sur les sources archéologiques, historiques et linguistiques les plus solides. Le résultat est un livre didactique, qui démonte un à un les clichés véhiculés par la bande dessinée, le cinéma et les séries télévisées.

L’approche par questions-réponses donne au livre un rythme agréable et permet de piocher selon ses centres d’intérêt. Jean Renaud dresse un portrait contrasté de ces Scandinaves : marchands d’esclaves et navigateurs hors pair, poètes et magiciens, pillards et bâtisseurs. Il se montre rigoureux dans son usage des sources, et recourt volontiers à la graphie scandinave pour les noms propres (Hásteinn plutôt que Hasting, par exemple) — ce qui peut dérouter au début, mais permet de coller au plus près des réalités linguistiques de l’époque. Seul regret : Renaud s’en tient strictement aux faits avérés et se garde de toute hypothèse, même prudente. L’ouvrage y gagne en fiabilité ce qu’il perd en audace.


5. Les femmes vikings, des femmes puissantes (Jóhanna Katrín Friðriksdóttir, 2020)

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Il n’existe guère d’imaginaire plus viril que celui des Vikings : des guerriers barbus à la hache sanglante, des navigateurs intrépides, et, quelque part entre Asgard et le Valhalla, des dieux qui fomentent des guerres cosmiques. Mais que faisaient les femmes pendant ce temps ? C’est la question à laquelle s’attelle Jóhanna Katrín Friðriksdóttir, chercheuse islandaise spécialiste des textes médiévaux nordiques et des questions de genre. Son essai propose une relecture de la civilisation viking par le prisme féminin, au croisement des sagas islandaises, des sources archéologiques et de la mythologie.

L’autrice organise son propos selon les âges de la vie d’une femme scandinave du haut Moyen Âge : naissance, mariage, maternité, veuvage, mort. Ce découpage révèle des réalités très différentes selon le statut social. Une veuve fortunée pouvait hériter de terres, gérer des exploitations agricoles et jouir d’une autonomie considérable — surtout lorsque les hommes étaient partis en expédition. Une esclave, en revanche, était à la disposition de son maître, y compris sexuellement. Friðriksdóttir aborde la question épineuse des « femmes guerrières » avec une prudence salutaire. La découverte que le squelette de la tombe Bj 581 de Birka était celui d’une femme (voir aussi le livre de Neil Price, plus bas) a fait sensation en 2017, mais la présence d’armes dans une sépulture ne suffit pas à prouver que la défunte se battait — on trouve aussi des épées dans des tombes d’enfants en bas âge. L’autrice ne prétend jamais détenir de réponse définitive — et c’est précisément pour cela qu’on la croit. On en apprend autant sur les hommes que sur les femmes, parce que les rôles des uns ne se comprennent pas sans ceux des autres.


6. Le Monde viking : Portraits de femmes et d’hommes de l’ancienne Scandinavie (Lucie Malbos, 2022)

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Lucie Malbos, maîtresse de conférences en histoire médiévale à l’université de Poitiers et autrice d’une biographie remarquée de Harald à la Dent bleue, choisit un angle original pour aborder le monde scandinave : quatorze portraits individuels. Des figures célèbres — Rollon, le chef viking qui obtint du roi de France la Normandie en 911 ; Éric le Rouge, colonisateur du Groenland — y côtoient des personnages que l’histoire a presque oubliés : des marchandes, un enfant retrouvé dans une tombe de Birka, un esclave affranchi. L’idée est de reconstituer la société scandinave entre le IXe et le XIe siècle non pas par le haut (les grandes batailles, les dynasties), mais par le bas : les vies singulières de celles et ceux que les chroniques n’ont pas jugé bon de retenir.

Chaque portrait s’appuie sur des textes médiévaux, des pierres runiques et des découvertes archéologiques, et Malbos prend soin d’exposer à chaque fois les hypothèses en présence ainsi que leurs limites. On y croise Godfred, roi danois qui résista à Charlemagne, les pieuses Frideburg et Catla, riches marchandes du port de Birka (en Suède actuelle), ou encore Estrid, matriarche qui voyagea peut-être jusqu’à Jérusalem. Malbos ne prétend pas faire l’histoire des Vikings au sens guerrier du terme, mais celle des Scandinaves au temps des Vikings — une distinction essentielle, car la grande majorité des Scandinaves de l’époque n’ont jamais mis le pied sur un navire de guerre. Ils étaient fermiers, artisans, commerçants, pêcheurs — et ce livre s’intéresse enfin à eux.


7. Une histoire des Vikings : Les enfants du frêne et de l’orme (Neil Price, 2020)

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C’est l’ouvrage le plus ambitieux de cette sélection. Archéologue britannique installé à l’université d’Uppsala en Suède, Neil Price ne propose rien de moins qu’une refonte de notre compréhension de la période viking. En près de 850 pages (dans l’édition de poche), il embrasse trois siècles d’histoire sur un territoire immense : du Vinland, sur la côte est de l’Amérique du Nord, jusqu’à Constantinople et l’Ouzbékistan, avec des contacts qui s’étendent jusqu’à la Chine. Le titre fait référence au mythe scandinave de la création : les premiers êtres humains, Ask (le frêne) et Embla (l’orme), ont été façonnés par les dieux à partir de bois flotté trouvé sur une plage. Les Vikings ne sont donc pas faits de boue, comme dans la Genèse biblique, mais de bois vivant — ils se conçoivent comme partie intégrante du monde naturel, pas comme ses maîtres.

Là où la plupart des historiens décrivent les Vikings depuis les sociétés qui les ont subis, Price fait le pari inverse : saisir les Scandinaves de l’intérieur, tels qu’ils se percevaient eux-mêmes. Price va plus loin que le récit des raids et des migrations : il reconstitue l’univers mental des Scandinaves, leurs croyances, leur rapport à la mort, à la magie et au destin. Les découvertes archéologiques récentes occupent une place centrale — analyses ADN, études isotopiques (qui permettent de déterminer l’origine géographique d’un individu à partir de ses os), relectures de sépultures qui bouleversent les certitudes. Price consacre par exemple plusieurs pages à la célèbre tombe Bj 581 de Birka (Suède), longtemps attribuée à un guerrier d’élite : les analyses génétiques ont révélé en 2017 que le squelette était celui d’une femme. Que faisait-elle là, entourée d’armes et de chevaux ? Price ne tranche pas, mais pose les bonnes questions : sur la fluidité des rôles dans cette société, sur ce que signifie réellement le mobilier funéraire, et sur les raccourcis que des générations d’archéologues ont pu prendre. Un ouvrage de synthèse majeur, exigeant par sa taille mais porté par un vrai talent de narrateur.


8. Histoire des Vikings : des invasions à la diaspora (Pierre Bauduin, 2019)

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Quinze ans après son « Que sais-je ? », Pierre Bauduin revient au sujet avec un ouvrage d’une tout autre envergure : plus de 650 pages (publiées chez Tallandier) qui couvrent l’ensemble du dossier viking. Là où le format de poche imposait des raccourcis, cette somme permet de déployer chaque aspect du sujet : les sources et leur critique, les sociétés scandinaves de l’âge du fer, l’émergence des royaumes, les croyances, les structures sociales, les expéditions maritimes, les formes de violence, les traités de paix et les influences réciproques — adoption du christianisme, emprunts linguistiques, métissages artistiques — qui ont accompagné l’installation des Scandinaves dans toute l’Europe.

L’un des apports majeurs de Bauduin réside dans son refus de réduire les Vikings à un seul rôle — envahisseurs ou commerçants, barbares ou civilisés. Il montre que les relations entre Scandinaves et sociétés d’accueil furent bien plus complexes qu’un simple rapport de prédation. En Normandie, par exemple, Rollon et ses successeurs adoptent la langue française, se convertissent au christianisme et épousent des femmes franques — sans pour autant rompre leurs liens avec la Scandinavie. En Russie, les Varègues (Vikings de l’Est) fondent la dynastie des Riourikides, qui régnera jusqu’au XVIe siècle. En Angleterre, le roi danois Knútr (Canut) gouverne un empire qui s’étend des deux côtés de la mer du Nord. Le concept de « diaspora », emprunté au sous-titre, résume cette approche : les Vikings ne se sont pas contentés de piller et de repartir ; ils se sont installés, adaptés, fondus dans le paysage européen. L’ouvrage est exigeant et s’adresse aux lecteur·ice·s qui possèdent déjà de bonnes bases. Mais c’est aujourd’hui la somme de référence en langue française sur la question.


9. Les Vikings : histoire, mythes, dictionnaire (Régis Boyer, 2008)

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Régis Boyer a consacré tellement de livres aux Vikings qu’on pourrait les regrouper dans une saga à part entière. Celui-ci, publié chez Robert Laffont dans la collection « Bouquins », se veut un ouvrage-somme en deux volets. La première partie retrace l’histoire du phénomène viking et s’emploie — une fois de plus — à démolir les stéréotypes. Boyer y défend sa thèse de toujours : le Viking est d’abord un marchand pragmatique, qui recourt au pillage quand l’occasion se présente, sans en faire un mode de vie. Sa société, loin de se résumer à la violence, reposait sur un droit coutumier élaboré (l’assemblée du thing, où les hommes libres tranchaient les litiges et votaient les lois), un commerce florissant (fourrures, ambre, esclaves contre tissus, armes et argent) et un artisanat naval sans équivalent à l’époque.

La seconde partie — le dictionnaire — est sans doute la plus précieuse. Elle permet de consulter en accès direct des notices sur l’agriculture, l’armement, les berserkir (ces guerriers qui entraient dans une fureur sacrée au combat), les dieux, les rites funéraires, les runes, la poésie scaldique, la magie ou les grands personnages de l’époque. Un outil de travail indispensable pour qui s’intéresse sérieusement au sujet, et un compagnon de lecture idéal pour accompagner la découverte des sagas ou des essais plus récents. On pourra relever chez Boyer une tendance à la répétition d’un livre à l’autre — le couplet sur le casque à cornes revient comme un leitmotiv dans toute sa bibliographie — et un enthousiasme parfois débordant pour ses chers Scandinaves. Mais c’est un défaut que l’on pardonne volontiers à quelqu’un qui a tant fait pour sortir les Vikings de la caricature et les rendre à leur humanité.


10. L’Edda (Snorri Sturluson, ~1220 ; trad. française de François-Xavier Dillmann, 1991)

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Snorri Sturluson est aux Scandinaves ce qu’Homère est aux Grecs : la source primordiale. Homme politique islandais, poète et historien, il rédige son Edda au début du XIIIe siècle — soit plus de deux siècles après la conversion officielle de l’Islande au christianisme. Son projet est double : sauvegarder la tradition poétique des scaldes (les poètes de cour scandinaves), menacée par les nouveaux genres littéraires venus du continent, et consigner les mythes païens avant qu’ils ne tombent dans l’oubli. Le résultat est le recueil de mythologie nordique le plus complet que le Moyen Âge scandinave nous ait légué.

L’Edda se présente sous une forme singulière : le roi Gylfi, déguisé en vieillard, se rend à Asgard (la résidence des dieux) où trois mystérieux personnages répondent à ses questions sur l’origine du monde, la nature des dieux et la fin des temps. De cette conversation naît un panorama complet de la mythologie nordique, du démembrement du géant primordial Ymir (dont la chair devient la terre, le sang les océans, les os les montagnes) jusqu’au Ragnarök, le crépuscule des dieux. On y rencontre Odin le borgne, Thor le tonnerre, Loki l’imprévisible, Freyja, les nains, les géants, le serpent de Midgard et le loup Fenrir. La seconde partie, le Skáldskaparmál, est un traité de poétique scaldique, plus ardu mais passionnant pour qui veut comprendre les kenningar — ces périphrases codifiées qui sont la marque de fabrique de la poésie nordique. Par exemple, l’or se dit « parole du géant » et un prince se dit « destructeur d’or » (parce qu’un bon chef distribue ses richesses à ses guerriers). Tout l’art du scalde consiste à emboîter ces métaphores les unes dans les autres.

Publiée chez Gallimard dans la collection « L’aube des peuples », la traduction de François-Xavier Dillmann est accompagnée de notes abondantes qui constituent à elles seules une petite encyclopédie de la mythologie nordique. C’est un texte fondateur, qui a irrigué toute la culture occidentale — de l’Anneau du Nibelung de Wagner au Seigneur des Anneaux de Tolkien, lequel a puisé dans l’Edda jusqu’aux noms de ses nains : Bifur, Bofur, Bombur, Thorin, Gandalf… On trouve même le nom « Midgard » (la Terre des hommes) dans l’univers Marvel. Autant dire que vous avez probablement déjà croisé l’Edda sans le savoir.


11. La Mythologie viking (Neil Gaiman, 2017)

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Neil Gaiman n’est pas historien, et ne prétend pas l’être. L’auteur d’American Gods et de Sandman revient ici à la source de son imaginaire : les mythes nordiques qui l’ont fasciné dès l’enfance, lorsqu’il découvrait Odin et Thor dans les comics Marvel de Stan Lee et Jack Kirby. En une quinzaine de récits, il retrace l’histoire du monde selon les anciens Scandinaves — depuis la création des neuf mondes (celui des dieux, celui des humains, celui des géants, etc.) jusqu’au Ragnarök, le crépuscule des dieux. Gaiman s’appuie sur l’Edda de Snorri Sturluson et l’Edda poétique, les deux grandes sources médiévales de la mythologie nordique (voir le livre précédent), mais il les réécrit à sa manière : là où les textes originaux peuvent être elliptiques ou obscurs, il transforme chaque épisode en une histoire limpide, avec un début, un milieu et une fin.

Le résultat est un recueil où les dieux se révèlent étonnamment humains — et pas toujours sous leur meilleur jour. Thor y apparaît comme un colosse au raisonnement limité, Loki comme un manipulateur génial dont les facéties finissent invariablement par se retourner contre lui, et Odin comme un chef de clan obsédé par la connaissance, prêt à sacrifier un œil pour boire au puits de la sagesse. Gaiman a un sens aigu du comique de situation — très britannique — : dans sa version des mythes, les géants sont plus malins que prévu, les banquets tournent au désastre et la ruse l’emporte sur la force brute. Quelques lecteur·ice·s regretteront la brièveté du volume : à peine une dizaine de mythes sur un corpus bien plus vaste. Mais c’est justement un livre conçu pour donner envie de lire — ou de relire — l’Edda, et une manière idéale de refermer ce parcours de lecture : on y retrouve, sous un autre jour, les dieux et les géants croisés au fil des titres précédents.