En 1328, le dernier Capétien direct, Charles IV, meurt sans héritier mâle. C’est son cousin, Philippe de Valois, qui ceint la couronne et fonde une nouvelle branche dynastique, qui régnera sur la France pendant près de deux siècles et demi. De Philippe VI (1328) à Henri III (1589), treize rois Valois se succèdent sur le trône. Certains héritent d’un royaume en lambeaux ; d’autres le portent à son apogée. La dynastie traverse la guerre de Cent Ans, les famines, la peste noire, la folie de Charles VI, l’occupation anglaise d’une moitié du pays, puis connaît un redressement considérable sous Charles VII et Louis XI. Vient ensuite le temps des guerres d’Italie, de la Renaissance et de ses châteaux, avant que le royaume ne s’enfonce dans les guerres de Religion. La lignée s’éteint en 1589 avec l’assassinat d’Henri III, poignardé par un moine dominicain. Les Bourbons prennent le relais avec Henri IV.
Ces deux siècles et demi ont suscité une production historique considérable. Les neuf livres réunis ici permettent d’en comprendre les grandes dynamiques. D’abord une synthèse courte pour poser les repères, puis trois volumes de la collection Belin qui couvrent l’intégralité de la période en profondeur (de 1328 à 1629), et enfin cinq ouvrages consacrés à des règnes, des figures ou des événements précis.
1. Le temps des Valois, de 1328 à 1515 (Claude Gauvard, 2013)

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Ce petit volume de la collection « Une histoire personnelle de la France » (PUF) est le meilleur point de départ. Professeure émérite à Paris 1 Panthéon-Sorbonne et spécialiste de la société politique médiévale, Claude Gauvard retrace en à peine plus de deux cents pages l’histoire du royaume sous les Valois, de l’avènement de Philippe VI à celui de François Ier. Le format est court, mais le contenu ne sacrifie rien : Gauvard expose les crises — économiques, démographiques, militaires — qui frappent le royaume et montre comment l’État monarchique se construit précisément à travers ces épreuves, et non malgré elles.
Le fil conducteur du livre va à rebours d’une idée reçue tenace. Depuis l’historien néerlandais Johan Huizinga et son célèbre Automne du Moyen Âge (1919), on décrit volontiers les XIVe et XVe siècles comme une longue agonie de la civilisation médiévale. Gauvard renverse cette perspective : la période voit naître une fiscalité permanente (les rois lèvent des impôts réguliers pour financer la guerre, et ces impôts survivent à la guerre), une justice royale qui s’impose face aux justices seigneuriales, et les premières formes d’un attachement collectif au royaume de France — ce que l’on voit poindre, par exemple, dans le ralliement populaire autour de Jeanne d’Arc. Les figures de Du Guesclin, de Jacques Cœur ou d’Étienne Marcel y côtoient des acteurs moins connus — officiers royaux, rebelles, conseillers — qui rendent tangible cette France en pleine transformation.
2. Le temps de la Guerre de Cent Ans, 1328-1453 (Boris Bove, 2009)

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Quatrième volume de la collection « Histoire de France » chez Belin (sous la direction de Joël Cornette), ce livre de Boris Bove, maître de conférences en histoire médiévale à Paris 8, s’attaque à un sujet que l’on croit connaître — et que l’on connaît souvent mal. Le titre dit l’essentiel : il ne s’agit pas de raconter la guerre de Cent Ans bataille après bataille, mais de comprendre le temps de cette guerre, c’est-à-dire la société française des XIVe et XVe siècles dans toutes ses dimensions — politique, économique, religieuse, culturelle.
Bove invite à se méfier des chroniqueurs médiévaux. Nourris de lectures bibliques et persuadés de vivre les derniers temps avant l’Apocalypse, ceux-ci avaient tendance à noircir le tableau pour accuser le camp adverse de tous les maux. L’historien déconstruit cette image d’une décadence généralisée pour mettre en lumière une période paradoxale : certes dévastée par les conflits, la peste et les révoltes, mais aussi féconde en transformations durables. L’exemple le plus frappant : c’est la guerre elle-même qui accélère la construction de l’État monarchique. Pour financer ses armées, le roi obtient le droit de lever des impôts permanents — une nouveauté radicale. Avec cet argent, il entretient non seulement ses soldats, mais aussi une administration royale de plus en plus structurée. Le tout s’accompagne d’un renouveau des arts et de la vie de cour que le mot « crise » ne suffit pas à résumer.
Le volume suit l’architecture commune à la collection : une première partie chronologique qui retrace les événements, des chapitres thématiques qui analysent la société en profondeur, puis un « Atelier de l’historien » qui présente les sources disponibles et les débats entre spécialistes. Le tout est accompagné d’une iconographie abondante et de cartes. Le livre a été salué aussi bien par le public que par les universitaires, ce qui, dans le cas d’un ouvrage de cette densité (environ 700 pages), n’a rien d’évident.
3. Les Renaissances, 1453-1559 (Philippe Hamon, 2009)

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La suite chronologique directe du Bove, toujours dans la collection Belin. Professeur d’histoire moderne à l’université Rennes 2, Philippe Hamon fait un choix fort dès le titre : le pluriel. Il n’y a pas une Renaissance, importée d’Italie en bloc, mais des renaissances — démographique, économique, institutionnelle, religieuse, culturelle — qui se déploient chacune à leur rythme et ne se recoupent pas toujours.
Le découpage chronologique retenu (1453-1559) est lui-même une prise de position. Hamon efface la coupure traditionnelle entre Moyen Âge et époque moderne pour faire coïncider sa période avec le véritable « beau XVIe siècle » : celui de la remise en culture des terres abandonnées pendant la guerre, du boom démographique, de l’essor des villes et de l’imprimerie, de la vénalité des offices (le fait, pour le roi, de vendre les charges publiques à des particuliers — une source de revenus considérable, qui ouvre aussi l’administration à des hommes nouveaux, issus de la bourgeoisie), et des premières fractures religieuses avec la diffusion des idées de Luther puis de Calvin. De Charles VII à Henri II, la monarchie se centralise et le royaume se lance dans les guerres d’Italie, une série de campagnes militaires dans la péninsule — de Charles VIII à François Ier — dont le coût financier et humain sera lourd pour des résultats éphémères.
Le volume privilégie l’approche thématique sur le récit événementiel, ce qui peut dérouter les lecteur·ices en quête d’un fil narratif linéaire. Certains ont pu regretter que les aspects culturels et artistiques — ceux que l’on associe spontanément au mot « Renaissance » — soient traités plus brièvement que l’analyse socio-politique. Mais c’est là que réside l’intérêt du livre : il refuse le cliché d’une Renaissance réduite à ses châteaux et à ses peintres pour en restituer les mécanismes. Les dernières pages sont d’autant plus saisissantes que le royaume y apparaît encore réconciliable sur le plan religieux en 1559 — aucun acte irrémédiable n’a été commis entre catholiques et protestants. Trois ans plus tard, la première guerre de Religion éclate.
4. Les guerres de Religion, 1559-1629 (Nicolas Le Roux, dir. Joël Cornette, 2009)

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Sixième tome de la collection Belin. Professeur d’histoire moderne à Lyon 2 et spécialiste des derniers Valois, Nicolas Le Roux couvre une période de soixante-dix ans au cours de laquelle le royaume de France connaît sa plus grave crise depuis la guerre de Cent Ans : huit guerres civiles entre catholiques et protestants, le massacre de la Saint-Barthélemy (1572), deux régicides — Henri III est poignardé par un moine en 1589, Henri IV est assassiné par Ravaillac en 1610 — et une fracture confessionnelle qui ne sera jamais pleinement résorbée.
La borne terminale choisie — 1629, et non le traditionnel édit de Nantes de 1598 — permet d’intégrer les derniers soulèvements huguenots sous Louis XIII et Richelieu. Ce prolongement éclaire un paradoxe majeur : c’est dans cette violence que la monarchie absolue trouve ses fondements. Face aux divisions confessionnelles, aux complots princiers et à la menace permanente de guerre civile, le pouvoir royal concentre entre ses mains des moyens militaires, fiscaux et juridiques de plus en plus étendus. Henri IV reconstruit l’unité du royaume autour de l’obéissance à la figure du roi ; Louis XIII et Richelieu poussent cette logique plus loin encore : ils prennent les dernières places fortes protestantes et réduisent les grands seigneurs à l’obéissance. Le Roux opte pour un récit chronologique serré (plus de 330 pages) — seul moyen, selon lui, de restituer l’enchaînement vertigineux des conjurations, retournements d’alliance et édits de pacification aussitôt violés. Des chapitres thématiques et le traditionnel « Atelier de l’historien » complètent l’ensemble.
L’un des grands mérites du livre est de redonner leur place à des figures longtemps malmenées par la mémoire collective. Réduite pendant des siècles à l’empoisonneuse italienne des pamphlets de l’époque, Catherine de Médicis retrouve ici son rôle de régente pragmatique, soucieuse de maintenir la paix dans un royaume ingouvernable. Caricaturé en roi décadent par la propagande des Guises (la puissante famille catholique qui lui disputait le pouvoir), Henri III apparaît comme un souverain lucide, qui a tenté de reprendre le contrôle de l’État grâce à un réseau de fidèles — les fameux « mignons » — pour court-circuiter les pouvoirs rivaux des princes du sang et des grands nobles. Le Roux, qui a consacré des travaux antérieurs à ces deux sujets — notamment Un régicide au nom de Dieu (Gallimard, 2006) sur l’assassinat d’Henri III —, s’appuie sur l’historiographie la plus récente pour défaire ces légendes noires. La lecture peut se révéler exigeante — les alliances se font et se défont au fil des chapitres —, mais l’effort est récompensé.
5. Charles VII : Une vie, une politique (Philippe Contamine, 2017)

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Voici le roi que l’on croit connaître grâce à Jeanne d’Arc — et que l’on ne connaît pas du tout. Professeur émérite à Paris-Sorbonne et membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, Philippe Contamine consacre à Charles VII (1422-1461) une biographie qui est l’aboutissement d’une vie entière de recherche. Sa thèse, publiée en 1972, portait déjà sur l’armée des rois de France aux XIVe et XVe siècles : autant dire qu’il a eu le temps de mûrir son sujet.
Le Charles VII qui se dessine ici n’est pas le prince falot de la légende, porté par le hasard et sauvé par la Pucelle. C’est un homme taiseux, obstiné, instruit, qui affronte trois défis simultanés : se faire obéir alors que la moitié du royaume est aux mains des Anglais et des Bourguignons ; asseoir sa légitimité alors que le traité de Troyes (1420) l’a déshérité au profit du roi d’Angleterre ; et l’emporter militairement avec des moyens limités. Contamine montre comment ce « roi de Bourges » (surnom moqueur que lui donnent ses adversaires) met en place, étape par étape, les instruments d’un État centralisé : des impôts permanents, une armée professionnelle (les compagnies d’ordonnance, ancêtre de l’armée royale permanente), une administration qui couvre le territoire et une diplomatie active avec la papauté et les princes européens. En quarante ans de règne, il passe du statut de souverain contesté à celui de chef d’un royaume réunifié.
La biographie est « résolument politique », au sens que ce mot revêt à l’époque : on y étudie les pratiques concrètes du pouvoir, ses mécanismes de fonctionnement, ses représentations. On y croise Jeanne d’Arc, bien sûr — et Contamine ne cache pas que Charles VII l’a laissée tomber une fois ses prophéties démenties —, mais aussi Agnès Sorel, première favorite officielle de l’histoire de France (l’innovation ne se limite pas toujours aux institutions), Jacques Cœur, Dunois et tout un monde de conseillers, transfuges et princes turbulents. L’ouvrage s’appuie sur des sources abondantes, y compris de longues citations en français du XVe siècle, parfois ardues à déchiffrer pour un·e lecteur·ice non initié·e. C’est la principale difficulté du livre — mais aussi sa vertu : il donne accès à la voix même des contemporains de Charles VII.
6. Louis XI (Joël Blanchard, 2015)

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On passe du père au fils. Louis XI (1461-1483) est peut-être le souverain européen qui a le plus profondément transformé la fin du Moyen Âge, mais sa réputation reste plombée par des siècles de légende noire : l’« universelle araignée » qui piège ses ennemis dans ses toiles, le tyran aux « fillettes » (ces cages de fer où il aurait enfermé ses prisonniers), le manipulateur sans scrupules — bref, une sorte de Machiavel sur le trône, à ceci près qu’il précède Machiavel d’une génération. Walter Scott en a fait un personnage inquiétant dans Quentin Durward, Victor Hugo l’a mis en scène dans Notre-Dame de Paris — et ces fictions ont durablement remplacé l’homme réel dans la mémoire collective.
Joël Blanchard, professeur émérite à l’université du Mans et l’un des meilleurs connaisseurs de Philippe de Commynes — le mémorialiste qui fut à la fois le conseiller et le chroniqueur de Louis XI, et dont Blanchard a édité les Mémoires —, propose un portrait débarrassé de ces clichés. Son approche est thématique et non chronologique : justice, diplomatie, armée, finances, rapport à l’écrit. Chaque chapitre éclaire une facette du « métier de roi » tel que Louis XI le concevait — avec un pragmatisme redoutable. Quand il repère un adversaire compétent, il préfère l’acheter plutôt que le combattre. Sa diplomatie est incessante, ses réseaux de renseignement étendus, sa correspondance colossale. En 1461, il hérite d’un royaume encore menacé par le puissant État bourguignon, qui s’étend de Bruges aux portes de Lyon. À sa mort en 1483, la Bourgogne, la Picardie, le Maine, l’Anjou et la Provence ont rejoint le domaine royal, et Charles le Téméraire, son grand rival, est mort depuis six ans.
Ce choix thématique suppose une bonne connaissance préalable de la période : sans repères chronologiques, on risque de s’y perdre. Mais pour qui sort de la lecture du Bove ou du Contamine, le livre de Blanchard offre un complément précieux. On y découvre un roi omniprésent, à la fois souple et inflexible, visionnaire et parfois prisonnier de son temps — un personnage autrement plus intéressant que la caricature à laquelle on l’a réduit pendant des siècles.
7. François Ier (Didier Le Fur, 2015)

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Avec Henri IV et Louis XIV, François Ier (1515-1547) est sans doute le roi préféré des Français·es. Marignan, les châteaux de la Loire, Léonard de Vinci : le roman national en a fait le symbole de la Renaissance française. Docteur en histoire et spécialiste des XVe et XVIe siècles, Didier Le Fur s’est attelé pendant plus de dix ans à un travail colossal en archives pour produire cette biographie de plus de mille pages — et le résultat est sans appel. L’image d’Épinal ne résiste pas à l’examen des sources.
Le François Ier qui émerge de ce livre est avant tout un roi de guerre, obsédé par la conquête de l’Italie — un héritage de ses prédécesseurs Charles VIII et Louis XII — et par sa rivalité avec Charles Quint, l’empereur habsbourgeois qui règne à la fois sur l’Espagne, les Pays-Bas, l’Autriche et une bonne partie de l’Italie. Toute la politique de François Ier — y compris ses hausses d’impôts et son activité législative — est subordonnée à ce gouffre financier qu’est la guerre. Le mécénat, les lettres, la protection de la langue française ? Des réalités, certes, mais considérablement gonflées par la propagande royale de l’époque, puis reprises sans recul par les historiens du XIXe siècle et les manuels scolaires. Didier Le Fur démonte cette fabrique mythologique pièce par pièce : la mort de Léonard de Vinci dans les bras du roi, par exemple, est une scène inventée par le peintre et biographe italien Giorgio Vasari, reprise ensuite par Ingres dans un tableau célèbre — et gravée dans les mémoires comme si elle était un fait avéré.
Le livre se divise en deux parties : un récit chronologique d’environ 800 pages, suivi d’un bilan critique d’une centaine de pages qui reprend un à un les éléments de la légende (le roi-chevalier, le prince galant, le père des lettres) pour les confronter aux documents d’époque. Certains lecteur·ices ont pu trouver la première partie longue et la seconde trop courte. Mais l’ensemble constitue la biographie de référence sur François Ier, saluée à l’unanimité lors de sa parution. Il en ressort un roi moins héroïque que dans nos souvenirs, mais plus humain et, paradoxalement, plus attachant : on ne lui connaît que deux maîtresses officielles, lui que la postérité a dépeint en séducteur insatiable.
8. Les reines de France – Vol. 1 : Le siècle des Valois (Simone Bertière, 2022)

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Après les rois, les reines. Ou plus exactement : les mères, les épouses, les sœurs, les favorites — toutes ces femmes qui ont exercé un pouvoir réel dans l’ombre (et parfois en pleine lumière) du trône, mais que l’historiographie a longtemps reléguées au second plan. Normalienne, agrégée de lettres classiques et spécialiste de l’Ancien Régime, Simone Bertière leur a consacré six volumes publiés entre 1994 et 2002 aux éditions de Fallois. Ce premier tome, réédité chez Perrin en 2022 dans une édition revue et augmentée, rassemble les deux volets initiaux — Le beau XVIe siècle et Les années sanglantes — et couvre l’ensemble du siècle des Valois, de la fin du XVe siècle à l’extinction de la dynastie.
D’Anne de Bretagne, riche héritière qui négocie pied à pied pour préserver l’autonomie de son duché, à Catherine de Médicis, régente confrontée au déchaînement des guerres de Religion, sans oublier la discrète Claude de France (qui donne sept enfants à François Ier en huit ans — un rythme qui laisse peu de temps pour les loisirs) ou la flamboyante Marguerite de Valois (la fameuse « reine Margot »), dix femmes traversent ces pages. Le livre ne juxtapose pas des biographies indépendantes : il reconstitue des destins imbriqués, pris dans les logiques dynastiques, les calculs diplomatiques et les contraintes d’une condition féminine rude — car être reine, c’est d’abord donner des héritiers mâles, et supporter en silence les maîtresses du roi.
Le XVIe siècle est sans doute la période où le poids politique des femmes a été le plus déterminant dans l’histoire de France : régences, négociations de paix, alliances matrimoniales — elles sont partout, y compris là où on ne les attend pas. Ce qui a valu à la série un succès aussi bien auprès du public que de la critique — un cas peu fréquent dans l’édition d’histoire — tient au fait que Bertière ne se contente pas d’accumuler les faits : elle les organise en récit, ce qui donne au lecteur·ice le sentiment de traverser le siècle aux côtés de ces femmes. On entre dans ce volume par la politique et on en ressort avec une compréhension bien plus nette de ce que signifiait être reine au XVIe siècle — ou, plus souvent, y survivre.
9. La Saint-Barthélemy : Les mystères d’un crime d’État (Arlette Jouanna, 2007)

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Le 18 août 1572, Paris célèbre avec faste le mariage de Marguerite de Valois et d’Henri de Navarre, le chef du parti protestant. Cette union doit sceller la réconciliation entre catholiques et réformés après des années de guerre civile. Six jours plus tard, les chefs protestants venus à Paris pour les noces sont exécutés sur ordre du Conseil royal, et des bandes catholiques massacrent par milliers hommes, femmes, vieillards et nourrissons. On estime le nombre de morts à environ 3 000 à Paris et jusqu’à 10 000 dans les villes de province où le massacre se prolonge pendant des semaines. Comment passe-t-on de la noce au carnage en six jours ? Professeure émérite à l’université de Montpellier et grande spécialiste de la noblesse du XVIe siècle, Arlette Jouanna s’efforce de répondre à cette question dans ce livre publié chez Gallimard, dans la collection « Les journées qui ont fait la France ».
L’enquête procède avec la rigueur d’une instruction judiciaire. Jouanna écarte un à un les suspects habituels : les Guises (la grande famille catholique qui a des comptes à régler avec les protestants depuis l’assassinat du duc François de Guise en 1563), Catherine de Médicis, Philippe II d’Espagne, le pape. Elle s’appuie sur des sources souvent inédites — les archives espagnoles de Simancas, les rapports des ambassadeurs de Florence, Venise et Rome — pour démontrer qu’il n’y a pas une Saint-Barthélemy mais deux événements distincts : d’abord l’élimination ciblée des chefs huguenots, décidée par le Conseil dans un contexte de panique politique après une tentative d’assassinat ratée contre l’amiral de Coligny, le principal chef protestant ; puis le massacre généralisé, perpétré par une population parisienne galvanisée par la haine confessionnelle et que le pouvoir royal ne parvient plus à contenir. La seconde n’était pas préméditée par les auteurs de la première — et c’est cette distinction qui permet de comprendre l’événement.
La thèse centrale déplace le sens du massacre du terrain religieux au terrain politique : Charles IX, roi fragile, a voulu affirmer la souveraineté monarchique face à des chefs protestants que le Conseil percevait comme des rebelles prêts à constituer un « État dans l’État ». Les conséquences sont immenses et durables : la Saint-Barthélemy garantit que la France restera un pays catholique (le protestantisme ne s’en remettra jamais en tant que force politique majeure), accélère la concentration du pouvoir entre les mains du roi, et nourrit une réflexion — toujours vivante — sur les limites de l’obéissance au souverain. Ce livre se lit presque comme un thriller politique — à ceci près que les victimes, elles, ne se relèvent pas au chapitre suivant.