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Que lire sur l'histoire du Mali ?

Que lire sur l’histoire du Mali ?

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Le Mali porte le nom d’un empire. Lorsque la jeune République proclame son indépendance le 22 septembre 1960, ses fondateurs choisissent de renouer avec la mémoire du sultanat médiéval qui a dominé le Sahel occidental du XIIIe au XVe siècle — un passé que la colonisation française a longtemps relégué au rang de légende. Car avant l’arrivée des Européens, l’espace qui correspond au Mali actuel voit se succéder plusieurs empires dont la puissance repose sur le contrôle des routes commerciales transsahariennes, notamment celles de l’or et du sel. L’empire du Ghana (ou Wagadou), dont l’apogée se situe entre le VIIIe et le XIe siècle, est le premier d’entre eux. Au XIIIe siècle, l’empire du Mali fondé par Soundjata Keïta lui succède ; sa geste, transmise de génération en génération par les griots — ces dépositaires de la mémoire orale en Afrique de l’Ouest, à la fois historiens, généalogistes et musiciens —, reste aujourd’hui l’un des récits fondateurs du continent africain. Au XVe siècle, l’empire Songhay supplante celui du Mali, avec Tombouctou pour capitale intellectuelle et religieuse, jusqu’à sa destruction par une expédition marocaine en 1591. Après cet effondrement, la région se fragmente en royaumes et en chefferies.

Au XIXe siècle, les djihads d’El Hadj Omar Tall et de Samory Touré redessinent la carte politique : ces chefs religieux et militaires soumettent des peuples entiers et fondent de vastes États gouvernés par la loi islamique. C’est une région déjà bouleversée par ces guerres que les Français conquièrent à partir des années 1880 ; ils y tracent de nouvelles frontières, installent une administration centralisée et orientent l’économie vers la métropole. Le « Soudan français », création coloniale, traverse deux guerres mondiales — des conflits au cours desquels des dizaines de milliers de soldats ouest-africains combattent pour la France, ce qui nourrit après 1945 des revendications d’égalité, puis d’autonomie. Le Mali post-colonial connaît ensuite la République socialiste de Modibo Keïta (1960-1968), la dictature militaire de Moussa Traoré (1968-1991) et la révolution de mars 1991 qui ouvre la voie au multipartisme.

Pour comprendre cette histoire, il est nécessaire de croiser traditions orales, chroniques arabes médiévales, archives coloniales et témoignages. Les huit livres présentés ci-après offrent chacun un angle différent pour l’aborder.


1. Le Rhinocéros d’or. Histoires du Moyen Âge africain (François-Xavier Fauvelle, 2013)

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Ce livre ne porte pas exclusivement sur le Mali, mais il constitue un préambule nécessaire pour comprendre le monde dans lequel les empires sahéliens se sont constitués. Professeur au Collège de France et l’un des rares spécialistes mondiaux de l’Afrique ancienne, François-Xavier Fauvelle y reconstitue huit siècles d’histoire subsaharienne (VIIIe-XVe siècle) à partir de traces souvent ténues : le témoignage d’un géographe arabe, une inscription gravée, les ruines d’une cité de sel, une pièce de monnaie, un site récemment fouillé. Le livre parcourt le continent entier — de l’empire du Ghana à l’Égypte, du Kânem (près du lac Tchad) aux royaumes chrétiens d’Éthiopie, des cités marchandes de la côte swahilie aux enceintes de pierre du Grand Zimbabwe — et révèle un fait que l’on a longtemps ignoré ou nié : l’Afrique médiévale fait partie intégrante d’un réseau d’échanges à l’échelle du monde, où circulent l’or, les esclaves, l’ambre de cachalot, les perles venues d’Inde et la porcelaine de Chine.

L’ouvrage se compose de trente-quatre essais brefs, chacun fondé sur une source précise — écrite ou archéologique — et prolongé par un appareil bibliographique rigoureux. Le titre renvoie à une statuette en feuilles d’or, datée du XIIIe siècle, découverte en 1932 sur le site sud-africain de Mapungubwe : un objet minuscule, mais qui suffit à prouver l’existence de circuits commerciaux entre l’Afrique australe, le reste du continent et le monde indien. Fauvelle ne masque jamais la fragilité de ses sources ni les zones d’ombre qui subsistent — une rigueur qui rend le livre d’autant plus convaincant. Couronné par le Grand Prix des Rendez-vous de l’histoire de Blois en 2013, traduit en une dizaine de langues et réédité en 2022 dans une version augmentée (Tallandier), Le Rhinocéros d’or s’est imposé comme une référence.


2. La grande geste du Mali. Des origines à la fondation de l’Empire (Youssouf Tata Cissé et Wâ Kamissoko, 1988)

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Ce livre est né d’une rencontre improbable entre un chercheur et un traditionniste du Mandé. De 1959 à 1975, l’ethnologue malien Youssouf Tata Cissé a recueilli la parole de Wâ Kamissoko, griot de Krina — le village même où Soundjata Keïta a vaincu Soumaoro Kanté au XIIIe siècle. Wâ Kamissoko, mort prématurément en 1976, maîtrisait les systèmes de calcul du temps propres aux griots du Mandé, c’est-à-dire les méthodes orales qui permettent de dater un événement grâce au décompte des règnes, des générations et des cycles astronomiques. Le cinéaste Jean Rouch, qui signe la préface, rapporte que le traditionniste pouvait situer un événement à l’année, au mois, au jour près — sans recourir à aucun support écrit.

L’ouvrage, bilingue malinké-français, restitue les débuts de la lignée des Keïta, les petites royautés qui se disputent le pays mandingue, les conquêtes de Soundjata et — fait capital — l’abolition de l’esclavage et de la traite telle que la tradition la rapporte. Le texte a une particularité rare pour un document de tradition orale : il a été présenté lors de colloques internationaux à Bamako en 1975 et 1976, où des historiens, des linguistes et d’autres traditionnistes ont pu interroger Wâ Kamissoko, contester certains points et demander des précisions. Ce travail de confrontation confère au récit une fiabilité que l’on ne retrouve pas dans la plupart des transcriptions de traditions orales. La grande geste du Mali livre ainsi des informations absentes de toute source écrite sur l’organisation administrative de l’empire, et conserve un savoir dont les dépositaires se font de plus en plus rares.


3. Soundjata ou l’épopée mandingue (Djibril Tamsir Niane, 1960)

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Publié en 1960 — l’année où la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest accèdent à l’indépendance —, ce court récit est devenu un classique de la littérature africaine. L’historien guinéen Djibril Tamsir Niane y transcrit la parole du griot Mamadou Kouyaté, dont la famille se dit descendante de Balla Fasséké Kouyaté, le propre griot de Soundjata. Le livre retrace la vie du fondateur de l’empire du Mali au XIIIe siècle : la prophétie de sa naissance, son enfance infirme, son exil, son retour et sa victoire sur le tyran Soumaoro Kanté, roi de Sosso. Niane se présente comme un simple « traducteur » et fait intervenir la voix du griot à trois reprises — au début, au milieu et à la fin du texte — pour rappeler que la parole transmise ne relève pas de l’invention littéraire, mais d’un savoir hérité.

Le récit frappe par la place qu’y occupent la magie et le merveilleux : le devin gaucher, la femme-buffle, l’enfant débile devenu conquérant, les sortilèges et les fétiches sont omniprésents. La religion, en revanche, reste en retrait, ce qui singularise cette épopée par rapport aux traditions épiques européennes comme l’Iliade ou les récits arthuriens. Mais le livre n’est pas qu’un récit mythique. Il a aussi une portée politique immédiate : à l’heure où les États africains naissent sur des frontières dessinées par la colonisation, il rappelle l’existence d’un empire antérieur, bâti par des Africains, et dont l’héritage reste vivace dans la mémoire collective. Inscrit au programme de nombreux collèges et lycées d’Afrique de l’Ouest, Soundjata ou l’épopée mandingue est souvent le premier bouquin par lequel des millions de lecteur·ices découvrent l’histoire précoloniale du continent.


4. Le sultanat du Mali. Histoire régressive d’un empire médiéval (XXIe-XIVe siècle) (Hadrien Collet, 2022)

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Historien arabisant et membre de l’Institut français d’archéologie orientale du Caire, Hadrien Collet aborde l’empire médiéval du Mali par une méthode originale : l’histoire régressive. Au lieu de commencer par les origines de l’empire pour avancer vers notre époque, il fait le chemin inverse : il commence par la manière dont on parle du Mali aujourd’hui (dans les manuels scolaires, les discours politiques, les recherches universitaires), puis recule de siècle en siècle pour comprendre comment chaque époque a construit sa propre image de cet empire. Le livre remonte ainsi jusqu’aux premières sources du XIVe siècle. La raison de cette démarche tient à un problème documentaire : à la différence de l’Éthiopie médiévale ou du Borno (dans l’actuel Nigeria), le sultanat du Mali n’a produit aucun document écrit. Tout ce que l’on sait de lui provient de regards extérieurs — chroniqueurs mamelouks du Caire, géographes maghrébins, voyageurs comme Ibn Battûta ou al-‘Umarî, puis administrateurs coloniaux et historiens modernes — et chacun de ces regards est tributaire de ses propres présupposés.

Issu d’une thèse primée (meilleure thèse d’histoire de Paris 1, prix Cornevin 2023 de l’Académie des sciences d’outre-mer), l’ouvrage décortique en trois parties et neuf chapitres la façon dont les savants arabes du XIVe siècle, les orientalistes européens du XIXe siècle et les historiens africains du XXe siècle ont chacun fabriqué « leur » Mali. Collet montre, par exemple, comment le célèbre pèlerinage de Mansa Musa au Caire en 1324 — au cours duquel le souverain malien a distribué tant d’or que le cours du métal s’en est trouvé perturbé pendant des années — a été raconté, déformé et réinterprété à chaque époque selon des logiques différentes. Le résultat est moins un récit de l’empire qu’une histoire de ce que l’on a cru savoir de lui, et c’est ce qui en fait la référence scientifique actuelle sur le sujet.


5. Tombouctou et l’empire Songhay. Épanouissement du Soudan nigérien aux XVe-XVIe siècles (Sékéné Mody Cissoko, 1975)

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Historien malien et président de l’Association des historiens africains, Sékéné Mody Cissoko (1932-2012) a publié ce livre en 1975 aux Nouvelles Éditions Africaines de Dakar. Il porte sur l’empire Songhay et sur Tombouctou, sa capitale économique, religieuse et intellectuelle, durant les XVe et XVIe siècles — soit la période qui suit le déclin du sultanat du Mali. Pour les siècles antérieurs, l’histoire de la région repose en grande partie sur des sources extérieures (voyageurs arabes, géographes maghrébins). Ici, Cissoko dispose d’un avantage de taille : les deux chroniques de Tombouctou, le Tarikh el-Fettach et le Tarikh es-Sudan, rédigées au XVIIe siècle par des lettrés locaux en langue arabe. Ce sont les sources écrites les plus anciennes et les plus complètes produites dans la région même.

À partir de cette documentation, Cissoko retrace l’essor de Tombouctou, ville située à la lisière du Sahara et du Sahel, à proximité du fleuve Niger. Il en décrit l’organisation politique, la diversité ethnique de la population, les activités artisanales et marchandes, et surtout le rayonnement de l’université de Sankoré, qui attire des étudiants et des savants de toute l’Afrique de l’Ouest. L’ambition du livre est formulée dès l’avant-propos : offrir une synthèse écrite par un historien africain sur un sujet que les travaux coloniaux — notamment ceux de Maurice Delafosse au début du XXe siècle — avaient abordé sous un angle partiel, où la fondation des empires, le développement des villes et la diffusion du savoir étaient souvent attribués à des influences extérieures, arabo-berbères, plutôt qu’aux populations locales. Cinquante ans après sa parution, l’ouvrage n’a pas été remplacé.


6. Histoire contemporaine du Mali. Des guerres saintes à l’indépendance (Vincent Joly, 2024)

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Professeur émérite à l’Université Rennes 2 et spécialiste des colonisations et décolonisations en Afrique, Vincent Joly couvre ici un siècle et demi d’histoire : des djihads qui bouleversent le Soudan occidental au XIXe siècle jusqu’à la proclamation de l’indépendance en 1960. L’ouvrage s’organise en trois parties. La première revient sur les guerres saintes menées par El Hadj Omar Tall et Samory Touré. Joly ne se contente pas de résumer les campagnes militaires : il analyse les sociétés que ces djihads transforment, la manière dont l’islam se diffuse et s’enracine, et les résistances qu’il suscite. La deuxième analyse la conquête française — longue de plus de vingt ans, violente, marquée par une résistance farouche dont les dernières manifestations armées se produisent encore pendant la Première Guerre mondiale — et la construction du « Soudan français », cette entité coloniale découpée en circonscriptions administratives et encadrée par des frontières artificielles.

La troisième partie suit l’émergence, dans l’entre-deux-guerres, d’une élite formée dans le moule colonial — instituteurs, commis, interprètes — qui rompt avec les hiérarchies traditionnelles et porte une revendication d’égalité avec les citoyens de la métropole. Après 1945, ces hommes et ces femmes prennent en main les organisations politiques et syndicales désormais autorisées. Le mot « indépendance » ne s’impose qu’à partir de 1956, et l’horizon initial est celui de l’unité africaine, non celui de l’État-nation. La Fédération du Mali, qui devait rassembler le Soudan, le Sénégal, la Haute-Volta et le Dahomey en un seul État, éclate en août 1960 sous l’effet de rivalités politiques entre Bamako et Dakar ; cet échec contraint les dirigeants soudanais à bâtir un pays dans les seules frontières héritées de la colonisation. Avant la parution de cet ouvrage, il n’existait pas de synthèse de cette ampleur sur la période coloniale malienne : Joly en propose la première.


7. Le genre de la lutte. Une autre histoire du Mali contemporain (1956-1991) (Ophélie Rillon, 2022)

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Chargée de recherche au CNRS et membre de l’Institut des mondes africains, Ophélie Rillon propose ici une histoire politique du Mali contemporain relue sous l’angle des rapports entre hommes et femmes. L’ouvrage, issu d’une thèse soutenue en 2013, couvre quatre décennies décisives : de l’arrivée de Modibo Keïta à la tête du mouvement anticolonial en 1956 jusqu’à la révolution populaire de mars 1991 qui renverse la dictature de Moussa Traoré. Le récit s’appuie sur des archives publiques maliennes et françaises, des archives privées, des fonds de presse et quarante-cinq entretiens pour poser une question rarement formulée : comment les hiérarchies entre les sexes, mais aussi entre les générations et les classes sociales, ont-elles structuré la vie politique du Mali en construction ?

Le livre montre que le nouvel État indépendant valorise un modèle de citoyen bien précis : l’homme militant, viril, libéré du joug colonial, figure centrale de la nation nouvelle. Les femmes, pourtant actives dès les premières mobilisations, sont cantonnées à des rôles subalternes. Rillon retrace leurs luttes pour se faire entendre — création d’associations féminines, tensions avec les dirigeants au pouvoir, échanges avec des militantes d’autres pays d’Afrique de l’Ouest. Elle s’intéresse aussi aux étudiants qui contestent le régime de Moussa Traoré et aux militaires qui participent à sa chute : dans chacun de ces groupes, les rapports de genre jouent un rôle déterminant. Au fil des chapitres, ce sont les femmes qui retrouvent leur place dans l’histoire politique malienne, là où les récits habituels ne retiennent que des figures masculines.


8. Les grandes dates du Mali. Des origines à la fin de la IIe République (Alpha Oumar Konaré et Adame Ba Konaré, 2019)

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Alpha Oumar Konaré, professeur d’archéologie devenu président de la République du Mali (1992-2002) puis président de la Commission de l’Union africaine (2003-2008), et Adame Ba Konaré, historienne de l’Afrique subsaharienne et féministe engagée, ont conçu cet ouvrage comme un outil de repérage chronologique qui embrasse près de deux mille ans d’histoire. La première édition, publiée en 1983 aux Éditions-Imprimeries du Mali, s’arrêtait au début des années 1980. Cette seconde édition, rénovée et prolongée (Cauris Livres, 2019), intègre la fin du régime de Moussa Traoré et la transition vers la IIe République.

Le principe est celui de l’événement strict : chaque entrée correspond à une date, un fait, un repère, sans narration continue. Du IVe siècle et la naissance du Ghana aux crises politiques de la fin du XXe siècle, environ deux mille dates sont rassemblées, accompagnées d’une iconographie abondante qui fait de l’ouvrage un instrument à la fois scientifique et pédagogique. On peut bien sûr discuter la notion de « valeur intrinsèque de l’événement » revendiquée par les auteur·ices — le choix d’inclure ou d’exclure un fait relève toujours d’une décision d’écriture. Mais cette chronologie rend un service irremplaçable : elle offre un cadre de référence stable à qui souhaite situer dans le temps les épisodes évoqués par les autres livres de cette sélection.