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Que lire sur Saint Louis ?

Que lire sur Saint Louis ?

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Louis IX naît en 1214 et meurt sous les murs de Tunis en 1270, emporté par la maladie au milieu de la huitième et dernière croisade. Entre ces deux dates, un règne de quarante-quatre ans en fait le roi de France le plus célèbre du XIIIe siècle. Il monte sur le trône à douze ans en 1226, sous la régence de sa mère Blanche de Castille, qui mate les révoltes des grands barons et préserve l’héritage agrandi par Philippe Auguste. Devenu majeur, Louis consolide l’appareil royal : il fait naître le Parlement (la cour souveraine de justice du roi, à ne pas confondre avec un parlement moderne), envoie des enquêteurs sillonner le royaume pour réparer les torts commis par ses agents, réforme la monnaie, légifère par ordonnances. Il part deux fois pour la Terre sainte : en 1248 d’abord, où il est fait prisonnier en Égypte en 1250 et reste six ans outre-mer ; en 1270 ensuite, vers Tunis, où la mort l’attend. Sa réputation de sainteté lui vaut la canonisation par le pape Boniface VIII en 1297 — il reste le seul roi de France à l’avoir obtenue. Sa mémoire, ensuite, ne cesse d’être disputée : modèle pour Henri IV ou Louis XIV, roi « cruel et imbécile » pour Sade, héros des manuels scolaires de la Troisième République, saint de référence des royalistes du XXe siècle (et notamment de l’Action française).

Les neuf livres présentés ici sont classés selon un ordre de lecture progressif. On commence par une synthèse récente et accessible (Delmas), puis on se penche sur la source médiévale qui fonde toutes les autres (Joinville). Viennent ensuite les trois grandes biographies de référence (Sivéry, Richard, Le Goff), qui proposent chacune un angle distinct sur le règne. On passe enfin aux travaux spécialisés issus de la recherche la plus récente : la croisade de Tunis (Hélary), les enquêtes de réparation (Dejoux), la justice royale (ouvrage collectif de 2024) et, pour refermer l’ensemble, le bilan historiographique dirigé par Marie Dejoux qui dresse l’état de la recherche un quart de siècle après Le Goff.


1. Saint Louis (Sophie Delmas, 2017)

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Paru aux éditions Ellipses dans la collection « Biographies & mythes historiques », ce volume de moins de trois cents pages constitue l’entrée en matière la plus accessible pour découvrir Louis IX. Médiéviste spécialiste des ordres mendiants (les franciscains et dominicains très présents dans l’entourage spirituel du roi), Sophie Delmas y livre d’abord un portrait synthétique du règne qui prend en compte les acquis de la recherche des trois dernières décennies : famille royale, croisades, gouvernement, sentiment religieux. L’exposé reste lisible par un public non spécialiste sans céder sur la rigueur.

La seconde moitié du livre constitue son originalité. Plutôt que de s’arrêter à la canonisation, Delmas entreprend une histoire de la mémoire de Saint Louis du XIVe siècle à nos jours. On y suit le roi passer entre les mains de Voltaire qui le loue, du marquis de Sade qui l’insulte copieusement, des royalistes du XIXe siècle, des manuels républicains, du cinéma et de la bande dessinée. Cette enquête mémorielle, inédite à cette échelle, justifie à elle seule la lecture : elle montre comment chaque époque s’est fabriqué le Saint Louis dont elle avait besoin.


2. Vie de Saint Louis (Jean de Joinville, édition Jacques Monfrin, 1995)

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Impossible de parler de Saint Louis sans lire Joinville. Jean de Joinville (vers 1224-1317), sénéchal de Champagne — c’est-à-dire le plus haut officier laïc du comte de Champagne, chargé de l’administration et de la justice —, accompagne le roi à la croisade d’Égypte en 1248-1254. Il partage sa captivité, ses combats, ses repas, ses confidences. Plus de cinquante ans après ces événements, à quatre-vingt-quatre ans, il achève en 1309 un livre commandé par la reine Jeanne de Navarre, épouse de Philippe le Bel : son mari étant petit-fils de Louis IX, la commande vise à honorer l’ancêtre canonisé. Cela explique la nature double du texte, qui appartient à plusieurs genres à la fois : hagiographie destinée à édifier, chronique des grands événements du règne, mémoires personnels où Joinville raconte le roi qu’il a connu — avec ses colères, ses plaisanteries, ses doutes, sa piété sourcilleuse. C’est ici, et ici seulement, que se trouve l’anecdote du roi qui rend ses jugements sous le chêne de Vincennes.

L’édition de référence est celle de Jacques Monfrin, parue chez Classiques Garnier en 1995 (rééditée en poche depuis). Il s’agit de la première édition véritablement critique du texte, fondée sur une collation complète des manuscrits connus — les éditeurs précédents, dont Natalis de Wailly au XIXe siècle, en ignoraient deux. Bilingue (ancien français en regard d’une traduction en français moderne), accompagnée d’une introduction substantielle, d’un apparat de variantes et d’un index commenté, elle supplante toutes les éditions antérieures et reste l’outil de travail standard de quiconque aborde le règne.


3. Saint Louis (Gérard Sivéry, 2014)

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Réédité en 2014 chez Tallandier, deux ans après la mort de son auteur, ce volume reprend pour l’essentiel la matière du Saint Louis et son siècle publié en 1983 — l’une des grandes biographies classiques du roi. Longtemps professeur à Lille III, Gérard Sivéry est d’abord un historien de l’économie médiévale, et cela se voit : son Louis IX est replacé dans une peinture globale du XIIIe siècle (mutations démographiques, déséquilibres entre régions, évolutions techniques agricoles, finances royales, fiscalité), là où d’autres biographes se concentrent sur la personne du roi.

Sivéry est aussi l’un des premiers, dès les années 1980, à puiser largement dans les sources administratives et comptables (enquêtes, comptabilités royales, actes de la curia regis — la cour du roi) plutôt que dans les seules chroniques. Le portrait qui en sort est celui d’un roi politique et concret, fin gestionnaire qui confirme à ses frères les fiefs prévus par le testament de leur père (Anjou pour Charles, Poitou pour Alphonse, Artois pour Robert) afin de s’assurer de leur fidélité, qui marie ses enfants pour nouer des alliances, qui sait concilier l’éclat de la majesté et l’austérité personnelle. Pour qui veut un récit chronologique solide ancré dans la matière économique et sociale du règne, c’est un point d’appui précieux.


4. Saint Louis : roi d’une France féodale, soutien de la Terre sainte (Jean Richard, 1983)

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Paru chez Fayard la même année que le Sivéry, ce gros volume est signé par l’un des meilleurs spécialistes français de l’Orient latin (les États chrétiens fondés en Syrie-Palestine par les croisés à partir de 1099) et des croisades, membre de l’Institut, longtemps professeur à Dijon. Le titre dit l’essentiel du propos. Louis IX y est saisi à la fois comme le chef d’une monarchie encore féodale — où le roi commande à ses grands vassaux par des liens personnels d’hommage —, mais qu’il transforme par l’apport du droit romain (qui renforce l’autorité du souverain), l’organisation du Parlement, la réforme de la monnaie royale, l’intégration des grands barons dans l’exercice du pouvoir, et comme le roi qui a mis cette royauté au service de la croisade.

C’est sur ce second versant que Jean Richard apporte un éclairage inégalé. Personne n’a mieux montré comment le souci de la Terre sainte a conduit le roi à passer six années outre-mer après sa défaite en Égypte, à fortifier les places chrétiennes de Syrie-Palestine, à prendre la mesure des enjeux méditerranéens, et à envoyer des ambassades jusqu’aux Mongols (notamment celle de Guillaume de Rubrouck en 1253) dans l’espoir d’une alliance contre les puissances musulmanes. Cette politique orientale donne au règne une dimension presque planétaire pour l’époque. La biographie est de facture classique, plutôt sympathique à son héros mais sans rien dissimuler de ses zones d’ombre, et d’une érudition qui en fait un point de référence durable.


5. Saint Louis (Jacques Le Goff, 1996)

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Près de mille pages publiées chez Gallimard dans la « Bibliothèque des histoires », fruit d’une quinzaine d’années de travail. Le projet est paradoxal : Le Goff, l’une des figures de proue de l’école des Annales — école traditionnellement méfiante à l’égard du genre biographique, qu’elle accusait de réduire l’histoire à la psychologie d’un individu —, s’attaque à la figure la plus mythologique de l’histoire de France. Il pose d’emblée la question provocatrice : « Saint Louis a-t-il existé ? » Autrement dit : peut-on encore atteindre l’homme réel sous les couches de mémoire hagiographique, dynastique et politique qui l’ont enseveli ? Les sources principales (chroniques, vies de saints, témoignages au procès de canonisation) ont toutes été rédigées pour fabriquer une image et non pour décrire un individu.

Le livre est construit en trois parties. La première raconte la vie du roi dans l’ordre chronologique. La deuxième passe au crible les grandes catégories de sources — chroniques hagiographiques des ordres mendiants, chroniques dynastiques de l’abbaye royale de Saint-Denis, témoignage de Joinville lui-même — pour en démonter les biais et les intentions. La troisième réinterroge les thèmes majeurs du règne : le roi de justice, le roi de paix, le roi de croisade, le rapport à l’argent, au corps, à l’image. Le résultat dépasse la biographie pour devenir une somme sur le XIIIe siècle entier.

Le ton n’est pas neutre : Le Goff ne dissimule ni son attirance ni ses réserves pour son personnage, et l’on voit l’historien se faire l’ami parfois critique du roi qu’il poursuit. C’est un livre long et exigeant, qu’on ne lit pas d’une traite. On peut sauter de chapitre en chapitre selon ses curiosités. Mais c’est, depuis sa parution, la référence à laquelle toute la recherche ultérieure se mesure.


6. La dernière croisade. Saint Louis à Tunis, 1270 (Xavier Hélary, 2016)

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Professeur à Lyon III, Xavier Hélary consacre ce livre à l’épisode par lequel tout se termine : l’expédition vers Tunis, soldée par un désastre complet et la mort du roi devant les ruines de l’antique Carthage le 25 août 1270. Pour la première fois, cette campagne fait l’objet d’une étude entière, depuis la prise de croix de 1267 (la cérémonie publique au cours de laquelle le roi et ses compagnons font vœu de partir en croisade) jusqu’au retour piteux des survivants au printemps 1271.

Hélary montre que l’affaire fut d’abord un projet personnel et solitaire du roi, conçu contre l’avis presque unanime de son conseil et de ses barons. L’Église elle-même rechigna à reconnaître Tunis comme une vraie destination de croisade, de sorte que les participants, rentrés au pays, n’eurent pas leurs vœux tenus pour accomplis — ce qui en dit long sur la réception du projet en haut lieu. Pourquoi Tunis plutôt que la Terre sainte ? L’auteur pèse les hypothèses sans en trancher abusivement.

La principale tient au rôle de Charles d’Anjou, frère du roi devenu en 1266 roi de Sicile, qui avait des intérêts économiques et politiques dans le détroit séparant l’Italie de l’Afrique du Nord et qui aurait orienté son frère vers cette cible — sans qu’on puisse parfaitement le démontrer. L’énergie déployée dans la préparation logistique (flotte, armée, financement) contraste avec l’improvisation diplomatique sur place, l’impréparation sanitaire et l’échec militaire quasi immédiat : chaleur, dysenterie, mort du roi, puis tempête qui acheva de disperser la flotte au retour. Un récit serré et nourri des sources, qui fait de cette ultime expédition non pas le couronnement d’un règne, mais son énigme.


7. Les enquêtes de Saint Louis. Gouverner et sauver son âme (Marie Dejoux, 2014)

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Issu d’une thèse soutenue à la Sorbonne en 2012, publié chez PUF dans la collection « Le Nœud gordien », ce livre est la première étude intégrale consacrée à un massif documentaire considérable mais longtemps délaissé. À partir de 1247, à la veille de son premier départ en croisade, Louis IX envoie des « enquêteurs-réparateurs » — souvent des frères mendiants — sillonner le royaume pour recueillir les plaintes des sujets contre lui-même et contre ses agents (baillis et sénéchaux qui administrent les grandes circonscriptions du domaine royal, prévôts qui les relaient à l’échelon local), vérifier les faits et faire restituer financièrement ce qui avait été pris injustement. Plus de dix mille de ces plaintes ont été conservées. Personne avant Marie Dejoux ne les avait étudiées de manière systématique.

Le livre commence par démystifier la source elle-même. Érigée en « monument » par l’édition qu’en avait donnée l’érudit Léopold Delisle en 1904, la documentation est en réalité un ensemble fragmentaire et lacunaire, parvenu jusqu’à nous de manière aléatoire. La démonstration méthodologique occupe les premiers chapitres. Suivent la procédure d’enquête, le profil des enquêteurs, les territoires couverts, les catégories de plaignants (notables, pauvres, juifs du roi), la nature des griefs et les décisions rendues.

Le livre se clôt sur une interprétation forte. Les enquêtes relèvent à la fois d’une « économie du salut » — dans la théologie du temps, le pécheur ne peut être sauvé qu’après avoir restitué les biens mal acquis, et le roi qui part risquer sa vie veut donc partir l’âme nette — et d’une entreprise de communication politique inédite : en allant écouter les sujets jusque dans les villages, les enquêteurs font connaître et aimer le roi. Ni cahiers de doléances avant la lettre, ni simple administration, ces enquêtes éclairent un moment-clé dans la construction de l’État français, qui se fait à la fois par la contrainte d’en haut et par le consentement obtenu d’en bas.


8. La justice de saint Louis. Dans l’ombre du chêne (Marie Dejoux, Pierre-Anne Forcadet, Vincent Martin et Liêm Tuttle, 2024)

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Quatre auteurs — une historienne médiéviste et trois historiens du droit — signent cette synthèse parue chez PUF, fruit du renouvellement considérable des études sur la justice capétienne depuis quinze ans. Le chêne de Vincennes, mentionné par une seule phrase de Joinville, a occupé tant de place dans l’imaginaire scolaire qu’il a fini par occulter l’essentiel : l’exercice quotidien et institutionnel de la justice royale. C’est sous Louis IX que se met en place le Parlement, c’est-à-dire la cour souveraine qui juge en dernier ressort les affaires civiles et criminelles du royaume — institution qui fonctionnera jusqu’à la Révolution.

L’ouvrage démontre que la justice fut l’un des principaux leviers par lesquels la Couronne forgea sa souveraineté au XIIIe siècle. Plutôt que d’écraser militairement les justices seigneuriales concurrentes (les tribunaux que les grands seigneurs féodaux tenaient sur leurs terres), le roi attire à lui les justiciables en offrant une justice réputée plus impartiale et plus efficace : on préfère porter sa cause devant le tribunal du roi parce qu’on a plus de chances d’y obtenir gain de cause. Le livre traite tour à tour de la naissance du Parlement, des procédures pénales, de la justice des méfaits (les crimes graves), de la paix du royaume, des rapports entre juridictions royales et seigneuriales. Plus technique que les biographies générales, il s’adresse à un lecteur déjà familier des grandes lignes du règne, mais il donne la mesure d’un chantier historiographique qui a renouvelé notre compréhension du saint roi comme roi-juge — un roi-juge moins arboricole et plus institutionnel qu’on ne l’imaginait.


9. Saint Louis après Jacques Le Goff. Nouveaux regards sur le roi et son gouvernement (dir. Marie Dejoux, 2025)

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Publié aux Presses universitaires de Rennes, ce volume collectif rassemble les actes d’un colloque tenu en 2022, à l’occasion du double anniversaire de la mort du roi et de la parution du Saint Louis de Le Goff. La question directrice est simple : quoi de neuf sur Saint Louis depuis Le Goff ? Comment la recherche française et internationale — anglophone en particulier, avec des contributions de médiévistes britanniques et américains comme Lindy Grant, Cecilia Gaposchkin ou Sean Field — a-t-elle travaillé dans l’ombre portée de cette somme ?

L’ouvrage est organisé en trois parties. La première mesure l’impact de Le Goff et identifie ses angles morts (les écrits de gouvernement qu’il avait peu utilisés, le culte du saint après sa mort qu’il n’avait pas traité). La deuxième propose de nouvelles approches du roi et de son entourage : Blanche de Castille, son frère Alphonse de Poitiers, sa sœur Isabelle de France, sa spiritualité au miroir des enquêtes, sa pratique de la guerre. La troisième est consacrée aux renouvellements sur le gouvernement : justice, Parlement, paix anglo-française signée à Paris en 1259, expulsions ponctuelles de juifs, convertis de l’islam.

Le constat général mérite attention : après Le Goff, presque plus personne n’a osé réécrire une biographie intégrale du roi. La recherche s’est déplacée vers les membres de son entourage, vers les pratiques administratives, vers les sources de la pratique (actes royaux, comptes, registres administratifs) plutôt que les sources narratives (chroniques, vies de saints). Ce que Marie Dejoux appelle un « Saint Louis polyphonique et collectif » prend ainsi le relais. C’est le point final logique d’un parcours de lecture : une fois les grandes biographies assimilées, ce volume permet de voir où en est la recherche aujourd’hui.