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Que lire sur l'histoire de la Russie ?

Que lire sur l’histoire de la Russie ?

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Au milieu du IXe siècle, des guerriers scandinaves — les Varègues — remontent les fleuves de l’actuelle Russie et fondent un réseau de principautés dont Kiev devient le cœur. Convertie au christianisme orthodoxe en 988 sous le règne de Vladimir, la Rus’ de Kiev entre dans l’orbite spirituelle de Byzance et jette les bases d’une civilisation partagée entre Europe et Asie. L’invasion mongole du XIIIe siècle pulvérise cet ensemble et soumet les principautés russes à plus de deux siècles de domination tatare. C’est Moscou, la plus modeste d’entre elles, qui tire profit de cette sujétion : ses princes se font collecteurs d’impôts pour le compte des khans mongols, ce qui leur confère une autorité croissante sur les autres principautés. Avec Ivan III, au XVe siècle, le grand-prince de Moscou s’affranchit définitivement de la tutelle mongole et s’autoproclame souverain « de toute la Russie ». Son petit-fils Ivan IV, dit le Terrible, prend le titre de tsar en 1547 et inaugure une autocratie brutale qui ne cesse de repousser les frontières de l’empire.

Au début du XVIIe siècle, le « temps des troubles » — une quinzaine d’années de guerres civiles, de famines et d’invasions étrangères au cours desquelles la Russie manque de disparaître en tant qu’État — s’achève avec l’avènement de la dynastie des Romanov en 1613. Celle-ci stabilise le pays, mais c’est surtout Pierre le Grand, au tournant du XVIIIe siècle, qui transforme la Russie en profondeur : il impose une armée moderne, fonde Saint-Pétersbourg comme nouvelle capitale tournée vers l’Europe et contraint la noblesse à se mettre au service de l’État. Catherine II poursuit cette ambition et y ajoute un vernis des Lumières autant qu’un appétit territorial considérable. Pourtant, l’empire reste une immense contradiction : puissance militaire redoutée en Europe, il repose sur le servage — un système de travail forcé qui enchaîne les paysans à la terre de leur seigneur et qui n’est aboli qu’en 1861. Les réformes du XIXe siècle ne suffisent pas à contenir les aspirations révolutionnaires. En 1917, la chute de Nicolas II met fin à trois siècles de règne des Romanov et précipite le pays dans l’inconnu.

L’Union soviétique, née dans la violence de la guerre civile et consolidée par la poigne de Staline, transforme le pays en superpuissance mondiale au prix de répressions de masse, de famines orchestrées (dont le Holodomor ukrainien de 1932-1933) et d’un contrôle total de la société. La victoire sur l’Allemagne nazie en 1945 renforce le prestige du régime, mais le système reste miné de l’intérieur : économie planifiée incapable de se réformer, corruption généralisée, contestation intellectuelle que la censure peine de plus en plus à contenir à partir des années 1960. Après des décennies de stagnation, l’URSS s’effondre en 1991. La Russie de Boris Eltsine hérite d’un État affaibli et chaotique, avant que Vladimir Poutine n’entreprenne, à partir de 2000, une restauration autoritaire adossée à la rente pétrolière et à une rhétorique de grande puissance. L’invasion de l’Ukraine en 2022 rappelle que la Russie, quatre siècles après Ivan le Terrible, n’a toujours pas renoncé à l’idée d’empire.

Pour qui souhaite comprendre cette histoire millénaire, la bibliographie disponible en français est abondante. Voici les principaux ouvrages qui l’abordent sous des angles très différents — synthèses globales, études de période, approches thématiques, cartographie.


1. Histoire de la Russie, des origines à nos jours (Nicholas V. Riasanovsky ; postface de Françoise Thom, 2014)

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S’il ne fallait lire qu’un seul livre sur l’histoire de la Russie, ce serait probablement celui-ci. Publié pour la première fois en anglais en 1963, traduit en français dans la collection « Bouquins » en 1987, le livre de Nicholas V. Riasanovsky s’est imposé comme la référence sur le sujet. Professeur à Berkeley pendant quarante ans, Riasanovsky couvre l’ensemble de la chronologie — des migrations slaves aux dernières années de l’URSS — avec une rigueur qui ne sacrifie jamais la clarté. Riasanovsky ne se contente pas d’égrener des dates : il confronte les interprétations, met en balance les jugements des historiens et accorde une place substantielle à l’économie, à la culture et aux relations extérieures. Le tsar n’est pas toujours au centre du propos ; ce qui intéresse Riasanovsky, c’est le fonctionnement d’un État dont le pouvoir repose, d’un règne à l’autre, sur une centralisation extrême et un contrôle étroit de la société.

L’édition de 2014, enrichie d’une postface de Françoise Thom, soviétologue de premier plan, prolonge le récit là où Riasanovsky — mort en 2011 — avait dû s’arrêter. Thom retrace les années Eltsine puis Poutine avec la même exigence analytique : elle démonte les mécanismes par lesquels l’autocratie s’est reconfigurée après l’effondrement communiste — concentration du pouvoir, mise au pas des oligarques, instrumentalisation du nationalisme. Avec ses quelque 800 pages, l’ouvrage est toutefois exigeant.


2. Histoire de la Russie et de son empire (Michel Heller, 1997)

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Michel Heller connaît l’empire russe de l’intérieur, et pas seulement par les archives. Né en Biélorussie en 1922, arrêté et déporté six ans au Kazakhstan pour « propagande antisoviétique », il émigre ensuite en Pologne puis en France, où il enseigne l’histoire et la littérature soviétiques à la Sorbonne. Son Histoire de la Russie et de son empire, achevée quelques mois avant sa mort en 1997, est le fruit de dix années de travail — une fresque de plus de mille pages qui couvre un millénaire, de la Rus’ de Kiev à la chute de l’URSS.

Là où nombre d’historiens voyaient dans l’autocratie tsariste la matrice inévitable du totalitarisme soviétique, Heller soutient l’inverse : c’est le régime né en 1917 qui n’est qu’une forme nouvelle d’un pouvoir impérial vieux de plusieurs siècles. Autrement dit, le bolchevisme n’invente pas la centralisation autoritaire, il en hérite. Ce renversement de perspective jette une lumière différente sur toute la séquence historique : la mainmise de Moscou sur les autres principautés au XVe siècle, l’absolutisme de Pierre le Grand, la bureaucratie impériale du XIXe siècle et le Parti-État soviétique répondent à une même logique de contrôle total du territoire et de la société.

Saluée en son temps par Jean-François Revel comme un travail sans équivalent, l’édition la plus récente est augmentée d’une préface de Marie-Pierre Rey. 


3. Brève histoire de la Russie (Mark Galeotti, 2021)

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Douze siècles en 320 pages : le pari de Mark Galeotti a de quoi susciter le scepticisme. Pourtant, cet historien britannique — l’un des meilleurs connaisseurs actuels de la Russie, auteur de travaux sur le crime organisé à Moscou — réussit le tour de force de produire une synthèse à la fois concise et éclairante. Sa thèse centrale est la suivante : la Russie n’a pas d’identité « naturelle ». Peuple pluriel, héritier des Vikings comme des Mongols, dépourvu de frontières naturelles stables, elle a dû fabriquer son unité à partir d’influences contradictoires — quitte à inventer des légendes fondatrices pour se donner une cohérence rétrospective. Mais cette identité construite de toutes pièces a aussi enfermé le pays dans un rapport anxieux au monde extérieur : si l’on ne sait pas très bien qui l’on est, l’étranger devient vite une menace.

Galeotti ne prétend pas rivaliser avec Riasanovsky ou Heller ; il vise un autre public et joue un autre rôle. C’est le meilleur point de départ pour qui n’a jamais lu d’histoire russe et veut saisir, en quelques heures, les dynamiques politiques, géographiques et culturelles qui travaillent ce pays depuis la fondation de Novgorod jusqu’aux guerres de Poutine. On en sort avec l’envie d’en savoir davantage.


4. Histoire de la Russie des tsars (Pierre Gonneau, 2016)

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Professeur à Sorbonne Université et spécialiste de la Russie médiévale et moderne, Pierre Gonneau propose ici une approche originale : raconter quatre siècles d’histoire russe à travers la figure du tsar. Autocrate par essence, le tsar tient son pouvoir de Dieu seul et ne saurait le partager. De 1547 à 1917, qu’il s’appelle Ivan IV, Pierre le Grand, Catherine II ou Nicolas II, le souverain règne et gouverne. Gonneau fait revivre chacun de ces monarques dans sa réalité humaine — ambitions, faiblesses, coups d’éclat et fiascos — et montre que la nature du pouvoir, malgré les changements de titulature et même l’accession des femmes au trône au XVIIIe siècle, reste fondamentalement la même : un seul individu décide de tout, sans contre-pouvoir institutionnel.

L’ouvrage ne se réduit pas pour autant à une galerie de portraits. Derrière les biographies individuelles, Gonneau interroge le rapport entre autocratie et construction nationale : comment un régime fondé sur l’obéissance absolue a-t-il pu tenir si longtemps ? Comment les imposteurs — les faux Dimitri (des aventuriers qui prétendaient être le fils assassiné d’Ivan le Terrible), le cosaque Pougatchev (qui se faisait passer pour Pierre III sous Catherine II) — ont-ils ébranlé le système sans jamais le renverser ? Et la chute de Nicolas II, loin d’apparaître comme une fatalité, se lit ici comme l’aboutissement de tensions accumulées sur plusieurs générations : un tsar qui refuse de moderniser l’autocratie face à une société en pleine mutation industrielle et politique.


5. Histoire de l’Union soviétique (Nicolas Werth, 2021)

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Ancien élève de l’ENS et agrégé d’histoire, Nicolas Werth a occupé le poste d’attaché culturel à l’ambassade de France à Moscou pendant la perestroïka (1985-1989), ce qui lui a permis d’observer de près les dernières années du régime. Directeur de recherche au CNRS et contributeur du Livre noir du communisme, il consacre son Histoire de l’Union soviétique aux trois quarts de siècle qui séparent les dernières années de l’Empire tsariste de la dissolution de l’URSS en 1991.

Werth ne verse ni dans l’apologie ni dans la dénonciation systématique : il restitue la complexité d’une société où coexistent adhésion sincère et résistance passive, terreur d’État et solidarités informelles. Nourri par l’ouverture des archives soviétiques — un événement qui, dans les années 1990, a mis à disposition des historiens des millions de documents jusqu’alors inaccessibles —, l’ouvrage révèle des mécanismes de pouvoir plus subtils que le schéma totalitaire classique ne le laissait supposer. Contrairement à l’image d’un Parti-État omnipotent qui dicterait sa loi sans rencontrer d’obstacle, Werth montre que le régime a dû, à plusieurs reprises, reculer devant les résistances de la société — paysans qui sabotent la collectivisation, ouvriers qui freinent la production, cadres locaux qui détournent les directives du centre. Le « système soviétique » n’a jamais été un bloc monolithique : il a changé de visage à chaque génération de dirigeants, de Lénine à Gorbatchev.


6. La Russie face à l’Europe (Marie-Pierre Rey, 2002)

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Faut-il imiter l’Europe pour la dépasser, ou s’en protéger au nom de la spécificité russe ? Ce dilemme, qui traverse l’histoire de la Russie depuis le XVIe siècle, constitue le fil conducteur du livre de Marie-Pierre Rey, professeure d’histoire russe et soviétique à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. De Pierre le Grand — qui déplace sa capitale à Saint-Pétersbourg pour rapprocher la Russie de l’Occident — aux slavophiles du XIXe siècle (ces intellectuels convaincus que la Russie possède une civilisation propre, enracinée dans l’orthodoxie et la communauté paysanne, et n’a rien à apprendre de l’Europe), l’ouvrage retrace cinq siècles d’allers-retours entre fascination et rejet.

Rey montre comment la perception de l’Europe par les élites russes a constamment infléchi la politique étrangère du pays. Le sentiment d’insécurité hérité de l’occupation mongole pousse les dirigeants à rechercher une profondeur stratégique — c’est-à-dire à conquérir des territoires-tampons pour protéger le cœur du pays. La quête obsessionnelle d’un accès à des ports libres de glace (la Baltique gèle en hiver, d’où les guerres contre la Suède ; la mer Noire est verrouillée par l’Empire ottoman, d’où les guerres russo-turques) dicte une bonne part de la politique étrangère pendant trois siècles. Et la volonté de reconnaissance comme grande puissance européenne alterne en permanence avec un repli identitaire où l’Europe devient l’ennemi à tenir à distance.

Rey permet ainsi de comprendre ce qui se joue encore aujourd’hui : de l’idéalisme de Gorbatchev — qui rêvait d’une « maison commune européenne » — au nationalisme agressif de Poutine, la Russie n’a jamais tranché la question de ce qu’elle veut être par rapport à l’Europe.


7. La guerre russe ou le prix de l’Empire (Pierre Gonneau, 2023)

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Après son Histoire de la Russie des tsars, Pierre Gonneau s’attaque à un sujet complémentaire : le rôle de la guerre dans la construction de l’identité et de la puissance russes. De la prise de Kazan en 1552 — quand Ivan le Terrible s’empare de ce khanat tatar sur la Volga et ouvre la voie à l’expansion vers l’est — à l’invasion de l’Ukraine en 2022, le livre déroule cinq siècles de conflits à travers lesquels la Russie s’est agrandie, modernisée, brisée, relevée. L’URSS, qui se proclame championne de la paix et de l’amitié entre les peuples, n’accède pourtant au rang de superpuissance que par la guerre — avant de s’épuiser dans le bourbier afghan des années 1980.

Gonneau pointe un phénomène central : le discours national russe a fait de la guerre et de l’orthodoxie deux piliers inséparables. L’idée est la suivante : le soldat russe ne se bat pas seulement pour son pays, il se sacrifie pour une cause sacrée — et ce sacrifice lui confère une supériorité morale sur ses adversaires. La canonisation de Nicolas II en 2000, la réhabilitation de figures militaires tsaristes, l’instrumentalisation de la victoire de 1945 — devenue sous Poutine la pierre angulaire du patriotisme officiel : tout converge vers un récit national selon lequel la Russie est toujours en guerre défensive, même lorsqu’elle envahit ses voisins. Le paradoxe le plus saisissant tient au régime actuel, qui refuse encore de se déclarer formellement « en guerre » — mais qui mobilise les ressources du pays comme s’il l’était.


8. Atlas historique de la Russie (François-Xavier Nérard et Marie-Pierre Rey, 2024)

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Certaines réalités de l’histoire russe se comprennent mal sans carte : l’immensité du territoire, le déplacement des frontières au fil des guerres, la mosaïque des peuples soumis au pouvoir central. Avec plus de 90 cartes et infographies, cet atlas codirigé par François-Xavier Nérard (maître de conférences à Paris 1, spécialiste d’histoire sociale de l’URSS) et Marie-Pierre Rey donne à voir ce qu’un récit en prose peine à rendre sensible — la démesure d’un territoire et la vitesse de son expansion. On y mesure comment la petite principauté de Moscou, au XVe siècle, finit par absorber un espace qui couvre onze fuseaux horaires — et à quel prix humain et politique.

L’atlas se déploie en trois temps — Russie impériale, Russie soviétique, période postsoviétique — et met l’accent sur les réalités régionales, souvent négligées dans les synthèses classiques. Comment le centre moscovite administre-t-il la Sibérie ? Quels sont les effets de l’industrialisation stalinienne sur la géographie urbaine du pays ? Où se concentrent les goulags ? Comment les frontières de l’empire se redessinent-elles après chaque conflit ? La troisième édition, parue en 2024, intègre les bouleversements liés à l’invasion de l’Ukraine et aux sanctions internationales. À consulter en regard des ouvrages précédents — idéalement avec une loupe et un bon café.