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Que lire sur Soliman le Magnifique ?

Que lire sur Soliman le Magnifique ?

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En septembre 1520, à la mort de son père Sélim Ier, un prince de vingt-cinq ans devient le dixième sultan de la dynastie ottomane. Il s’appelle Soliman. L’empire qu’il reçoit s’étend déjà sur trois continents — Balkans, Anatolie, Proche-Orient, Égypte — et vient à peine de doubler de superficie : Sélim a conquis en huit ans la Syrie, l’Égypte mamelouke et les villes saintes de La Mecque et Médine, ce qui confère au sultan ottoman une autorité religieuse qui dépasse les frontières de son empire et en fait une figure centrale du monde musulman.

Pendant quarante-six ans — un règne d’une durée hors norme pour le XVIe siècle —, Soliman pousse les frontières dans toutes les directions. Belgrade tombe en 1521, verrou du Danube que Mehmed II n’avait pas su forcer soixante ans plus tôt. Rhodes suit en 1522, d’où sont chassés les chevaliers de l’ordre de Saint-Jean installés là depuis les croisades. À Mohács, en 1526, l’armée hongroise est anéantie en une après-midi et son roi tué sur le champ de bataille, ce qui ouvre aux Ottomans la plaine hongroise et les mène, trois ans plus tard, sous les murs de Vienne — siège raté qui marque la limite extrême de leur avancée en Europe centrale. À l’est, Bagdad est enlevée aux Safavides d’Iran en 1534 ; en Méditerranée, la flotte du corsaire Khayr al-Din Barberousse, rallié à Istanbul, fait de la mer un espace où les ports chrétiens vivent sous la menace permanente d’un raid.

Ébahis par le faste de la cour d’Istanbul, les Européens surnomment Soliman « le Magnifique » ; ses sujets retiennent plutôt « Kanuni », le Législateur, en hommage aux grands codes juridiques (les kanun) qu’il fait rédiger pour régir la fiscalité, la propriété et l’administration, en complément de la loi religieuse. Sous son règne, Istanbul devient la plus grande ville du monde, l’architecte Sinan couvre la capitale de mosquées — dont la Süleymaniye, qui domine toujours la Corne d’Or —, la céramique d’Iznik, la miniature et la poésie ottomanes connaissent leur moment le plus intense.

Son principal adversaire s’appelle Charles Quint : empereur du Saint Empire romain germanique, roi d’Espagne, maître de Naples, des Pays-Bas et d’une bonne partie du Nouveau Monde, l’Habsbourg cerne la France de toutes parts. Ce face-à-face structure la diplomatie européenne du siècle et pousse François Ier, à la recherche d’un contrepoids, vers une alliance officielle avec le sultan — fait sans précédent entre un roi chrétien et un souverain musulman, qui scandalise la chrétienté mais maintient la France hors de la tutelle impériale.

Les trois livres présentés ici suivent un ordre de lecture progressif : on part d’une biographie courte pour saisir l’essentiel du personnage, on enchaîne avec une biographie ample pour entrer dans le détail du règne, et on referme le parcours sur l’étude rapprochée d’un épisode diplomatique précis — l’alliance scandaleuse entre François Ier et Soliman contre Charles Quint.


1. Soliman le Magnifique : Sultan flamboyant (Frédéric Hitzel, 2022)

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Chercheur au CNRS, spécialiste de l’histoire et des arts ottomans, Frédéric Hitzel propose aux éditions Calype une courte biographie d’une centaine de pages. Le volume constitue la meilleure entrée en matière possible pour qui veut prendre la mesure du personnage sans se noyer d’emblée dans la somme. Il tient dans une poche, se lit d’une traite, et pose les bons repères chronologiques.

Hitzel replace Soliman dans le quatuor des jeunes princes réformateurs qui arrivent au pouvoir dans les années 1510-1520 : François Ier, Charles Quint, Henri VIII et lui-même. Cinq chapitres découpent le règne selon ses grandes inflexions. Parmi elles, la bascule entre les deux figures qui dominent successivement l’entourage du sultan : d’un côté Ibrahim Pacha, grand vizir et favori de Soliman depuis l’enfance, puissant au point d’inquiéter la cour et exécuté sur ordre du sultan en 1536 ; de l’autre Roxelane (Hürrem), captive slave devenue épouse officielle, première femme du harem à peser directement sur la politique ottomane, y compris dans la succession dynastique.

L’intérêt du volume tient aussi à la place qu’il fait aux arts, domaine de spécialité de l’auteur : les cartes de l’amiral Piri Reis, les tapis, la céramique, la miniature, la poésie de cour. On referme le livre avec une idée claire de ce qui rend le règne exceptionnel — non seulement la conquête, mais un moment de raffinement culturel qui n’aura pas d’équivalent dans l’histoire ottomane ultérieure.


2. Soliman le Magnifique (André Clot, 1983)

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Publié chez Fayard en 1983, le livre d’André Clot reste aujourd’hui encore la biographie française de référence sur le sujet. Historien et journaliste qui a longtemps séjourné dans les anciennes terres de l’empire, l’auteur livre un portrait complet, dense, parfois un peu indigeste par la quantité d’informations mobilisées. C’est aussi sa force : on y trouve à peu près tout.

Le volume se divise en deux parties. La première suit la vie de Soliman au fil de ses campagnes militaires : la défaite hongroise à Mohács, le siège manqué de Vienne, l’affrontement continu avec les Habsbourg, la guerre contre les Safavides d’Iran (rivaux chiites des Ottomans sunnites) qui aboutit à la prise de Bagdad en 1534, la course de Barberousse en Méditerranée — c’est-à-dire la piraterie d’État pratiquée par les corsaires ralliés à Istanbul — et l’alliance diplomatique avec François Ier. La seconde partie dresse un tableau de l’empire au temps de son apogée : administration, vie d’Istanbul, finances, armée, sérail (les appartements privés du sultan, harem inclus) et intrigues qui s’y nouent, renouveau artistique. On y trouve en particulier une description du devşirme, cette « collecte » périodique d’enfants chrétiens des Balkans, convertis à l’islam et formés soit pour servir dans le corps des janissaires — l’infanterie d’élite du sultan —, soit pour la haute administration : système qui fait du pouvoir ottoman une méritocratie d’esclaves d’État, curiosité sans équivalent en Europe.

Ce découpage en deux parties peut surprendre. Certain·es lecteur·ices jugeront la seconde moitié plus aride, car elle cède volontiers au plaisir de la liste et du chiffre. Mais le livre reste indispensable pour comprendre la mécanique interne de l’État ottoman au XVIe siècle. Clot restitue aussi la relative tolérance du sultan envers juifs et chrétiens, pragmatique plus que doctrinale, qui contraste avec une Europe qui brûle ses hérétiques et vient à peine (1492) de chasser les juifs d’Espagne — lesquels, pour la plupart, ont précisément trouvé refuge dans les terres du sultan.


3. L’Alliance impie : François Ier et Soliman le Magnifique contre Charles Quint, 1529-1547 (Édith Garnier, 2008)

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Diplômée d’histoire maritime et lauréate en 2007 du prix Diane Potier-Boès de l’Académie française pour L’Âge d’or des galères de France, Édith Garnier consacre ce livre paru aux éditions du Félin à un épisode précis : les deux décennies qui voient le roi Très Chrétien (titre officiel des rois de France) et le padichah d’Istanbul (« grand roi », titre d’origine persane donné au sultan ottoman) s’entendre contre l’empereur Charles Quint. Jugée scandaleuse par les contemporains — « impie, infâme, contre nature », entend-on dans les chancelleries européennes —, l’affaire mérite un livre pour elle seule.

Le récit couvre les années 1529-1547 et restitue l’imbroglio diplomatique dans lequel François Ier, défait et capturé par Charles Quint à Pavie en 1525 (puis emmené prisonnier à Madrid) et battu de nouveau à Landriano en 1529, cherche une puissance capable de desserrer l’étau que les possessions Habsbourg dessinent autour de la France. Les négociations impliquent la papauté, Venise, les princes allemands gagnés à la Réforme, Henri VIII d’Angleterre, et jusqu’aux corsaires barbaresques — ces flibustiers d’Afrique du Nord ralliés à Istanbul qui pilonnent les côtes chrétiennes depuis leurs repaires d’Alger et de Tunis. Trois moments forts émergent du récit : le siège conjoint de Nice en 1543, mené par Barberousse et le comte d’Enghien contre le duc de Savoie, allié de l’empereur ; l’hivernage de la flotte ottomane à Toulon en 1543-1544, cas unique d’installation prolongée d’une armée musulmane en terre chrétienne, avec évacuation d’une partie des habitants pour loger les équipages ottomans ; et le projet, failli de peu, d’un partage pur et simple de l’Italie entre Paris et Istanbul.

Le livre plaide pour une réhabilitation de François Ier, moins « roi chevalier » protecteur des arts que souverain machiavélien acculé, qui joue l’ennemi lointain contre l’ennemi proche pour préserver l’indépendance du royaume. On pourra reprocher à l’ensemble de s’appuyer surtout sur des sources européennes et de sous-pondérer le point de vue ottoman. Mais comme conclusion d’un parcours de lecture sur Soliman, il remplit parfaitement son rôle : montrer, dans le concret des chancelleries et des galères, comment naît la relation diplomatique franco-ottomane qui durera trois siècles, et comment s’installent les Capitulations — ce régime de privilèges octroyés par le sultan aux marchands français, qui les dispense des taxes ottomanes et les soustrait à la justice locale au profit de celle du consul de France, et dont d’autres puissances européennes obtiendront à leur tour le bénéfice jusqu’à la chute de l’empire en 1923.