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Que lire sur l'histoire de la Lituanie ?

Que lire sur l’histoire de la Lituanie ?

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La Lituanie occupe dans l’histoire européenne une place singulière, et pourtant méconnue. Son nom apparaît pour la première fois dans un texte écrit en 1009, dans les Annales de Quedlinburg, une chronique rédigée dans un monastère saxon. Peuple païen établi sur les rives orientales de la Baltique, les Lituaniens résistent pendant des siècles aux croisades des chevaliers Teutoniques, un ordre militaire et religieux germanique qui entend les convertir par le fer et le feu. Au XIIIe siècle, le prince Mindaugas unifie les tribus lituaniennes et fonde un État dont l’expansion sera fulgurante : après l’invasion mongole, qui a affaibli les principautés slaves voisines, le Grand-Duché de Lituanie s’étend de la Baltique à la mer Noire et constitue, au XVe siècle, le plus vaste ensemble politique du continent. L’union dynastique avec la Pologne, scellée à Krewo en 1385 puis consolidée par le traité de Lublin en 1569, donne naissance à la République des Deux Nations — un État pluriethnique et multiconfessionnel sans équivalent dans l’Europe de son temps, où Polonais, Lituaniens, Ruthènes (populations slaves orthodoxes), Juifs et Allemands cohabitent sous un régime de relative tolérance religieuse et linguistique.

À la fin du XVIIIe siècle, cette République est paralysée par ses institutions — en particulier le liberum veto, qui permet à un seul noble de bloquer toute décision de la diète (le parlement). Ses voisins en profitent : la Russie, la Prusse et l’Autriche se partagent son territoire en trois étapes (1772, 1793, 1795) et la rayent de la carte. La Lituanie échoit à la Russie tsariste, qui va jusqu’à interdire l’usage de l’alphabet latin et tenter d’effacer le nom même du pays. Un réveil national s’amorce au XIXe siècle — porté par des intellectuels, des linguistes et une presse clandestine —, mais c’est l’effondrement des empires russe et allemand lors de la Première Guerre mondiale qui rend possible la proclamation de l’indépendance en 1918. Cette souveraineté retrouvée ne dure que deux décennies : en 1940, l’URSS annexe la Lituanie en vertu du pacte germano-soviétique, avant que l’Allemagne nazie n’occupe le pays dès 1941. La Seconde Guerre mondiale inflige à la Lituanie des pertes irréparables : la quasi-totalité de sa population juive — environ 200 000 personnes — est exterminée. Après la guerre, le retour de l’occupation soviétique s’accompagne de déportations massives vers la Sibérie et l’Asie centrale. En 1990, la Lituanie est la première république soviétique à proclamer le rétablissement de son indépendance.

Membre de l’Union européenne et de l’OTAN depuis 2004, elle demeure un pays dont l’histoire reste à découvrir pour la plupart des lecteur·ice·s francophones. Les sept ouvrages qui suivent en offrent les clés.


1. La Lituanie : un millénaire d’histoire (Suzanne Champonnois et François de Labriolle, 2007)

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Ce livre, paru aux éditions L’Harmattan dans la collection « Mare Balticum », offre une première synthèse accessible de l’histoire lituanienne en langue française. Tous deux spécialistes du monde balte et russe à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco), Suzanne Champonnois et François de Labriolle sont également les auteur·ice·s de dictionnaires historiques de l’Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie.

L’ouvrage suit un fil chronologique : fondation du Grand-Duché, alliance avec la Pologne, incorporation à l’Empire tsariste, bref moment d’indépendance de l’entre-deux-guerres (1918-1940), occupations du XXe siècle, retour à la souveraineté en 1991. Le livre situe constamment la Lituanie dans son environnement régional — en relation avec ses voisins polonais, russe, allemand et biélorusse — et accorde une place significative aux communautés qui ont façonné ce pays aux côtés des Lituaniens : Polonais, Juifs, Allemands, Karaïmes (une petite communauté turque de confession judaïque, établie en Lituanie depuis le XIVe siècle). Pour un·e lecteur·ice francophone qui ne connaît rien ou presque de la Lituanie, c’est le bouquin par lequel commencer.


2. Histoire de la Lituanie : un millénaire (Yves Plasseraud, dir., 2009)

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Dirigé par Yves Plasseraud, juriste et pionnier des études baltes en France, cet ouvrage collectif réunit douze contributeur·ice·s — des historien·ne·s de Lituanie, de France et de Pologne — et paraît en 2009 à l’occasion du millénaire de la première mention écrite du nom « Lituanie ». Il est préfacé par Vytautas Landsbergis, le musicologue qui, devenu chef de file du mouvement indépendantiste Sąjūdis, fut le premier président de la Lituanie post-soviétique.

Chaque grande période fait l’objet d’un chapitre confié à un·e spécialiste. Un historien polonais et un historien lituanien ne racontent pas de la même façon l’Union de Lublin ou les conflits territoriaux du XXe siècle : la confrontation de ces regards est l’un des intérêts du livre. L’une des difficultés majeures de l’historiographie lituanienne tient au fait que l’histoire du pays a longtemps été rédigée dans les langues de ses voisins — en polonais, en russe, en allemand — avec la tentation de confondre dans une même globalité Pologne et Lituanie, ou de fondre les trois pays baltes dans un ensemble indifférencié, alors que leurs histoires antérieures à l’Empire tsariste divergent profondément.

L’ouvrage restitue la singularité du parcours lituanien, de l’État païen médiéval jusqu’à l’entrée dans l’Union européenne, et aborde des questions encore vives aujourd’hui : le rapport de la Lituanie à son passé polonais, la mémoire de la Shoah, le bilan de la période soviétique. Avec ses cartes, sa bibliographie et son index, c’est le livre de référence sur le sujet en français.


3. La reconstruction des nations (Timothy Snyder, 2017)

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Professeur d’histoire à l’université Yale, Timothy Snyder est connu du public francophone pour Terres de sang et Terre noire. Avec La reconstruction des nations, paru en anglais en 2003 et traduit chez Gallimard en 2017, il retrace plus de quatre siècles de construction nationale dans l’Europe du Nord-Est. Son point de départ est le traité de Lublin (1569), qui instaure la République polono-lituanienne. Cet État repose alors sur une conception de la nation fondée sur la citoyenneté et non sur l’ethnie : on est citoyen de la République quelle que soit sa langue, sa religion ou son origine.

La thèse centrale du livre est que ce modèle se fissure à partir du XIXe siècle. L’insurrection polonaise de 1863 contre l’Empire russe échoue, et la répression tsariste qui s’ensuit interdit l’usage public du polonais et du lituanien. Privées du cadre civique de l’ancienne République — abolie depuis des décennies —, les élites locales se redéfinissent autour de la langue, l’ethnie et la confession : on cesse d’être « citoyen de la République » pour devenir « Polonais », « Lituanien », « Ukrainien » ou « Biélorusse ». Ce nationalisme ethnique engendre des violences croissantes, qui culminent pendant et après la Seconde Guerre mondiale dans les nettoyages ethniques réciproques entre Polonais et Ukrainiens en Galicie et en Volhynie — deux régions aujourd’hui situées dans l’ouest de l’Ukraine.

Snyder conclut sur un retournement : après la chute du communisme en 1989, la Pologne a renoncé à ses revendications territoriales sur les terres de l’ancienne République et a misé sur l’intégration européenne — ce qui a rendu possible la réconciliation avec ses voisins. Pour l’historien, c’est la preuve que l’héritage de la vieille République polono-lituanienne n’a pas entièrement disparu. Le livre, traduit dans la « Bibliothèque des histoires » de Gallimard, est devenu un classique de l’historiographie de la région.


4. Les Pays baltiques (Yves Plasseraud, 2020)

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Yves Plasseraud élargit ici le cadre à l’ensemble de la région baltique — Estonie, Lettonie et Lituanie — pour retracer l’histoire des peuples qui se sont installés au fil des siècles sur les rives orientales de la mer Baltique. Le point de départ du livre est un constat : le multiculturalisme, souvent perçu en Europe occidentale comme un phénomène récent lié aux migrations contemporaines, constitue dans cette partie du continent un héritage ancien. Pendant des siècles, populations baltes, germaniques, slaves, juives et scandinaves y ont cohabité, chacune avec ses institutions, ses langues et ses pratiques religieuses.

Le livre défait un amalgame courant : les trois pays baltes, trop souvent confondus, possèdent des histoires et des cultures très différentes. La Lituanie a été un grand État médiéval lié à la Pologne ; l’Estonie et la Lettonie ont vécu pendant des siècles sous la domination des barons baltes, une noblesse germanophone qui contrôlait l’essentiel des terres et de la vie politique locale. Ce que ces trois pays partagent, c’est d’avoir connu au XIXe siècle la tutelle de l’Empire tsariste, puis, après 1940, l’annexion soviétique — et d’en avoir conservé d’importantes minorités russophones dont l’intégration constitue aujourd’hui encore un défi politique et social. Le livre aborde également les menaces démographiques (émigration, vieillissement) et les tensions géostratégiques avec la Russie.

Enrichi de cartes et d’illustrations, complété par un essai comparatif entre la Bretagne et l’Estonie — deux petites nations qui ont dû préserver leur langue et leur culture au sein d’un État plus vaste —, il constitue l’une des synthèses les plus complètes en langue française sur la région.


5. Les Litvaks (Henri Minczeles, Yves Plasseraud et Suzanne Pourchier-Plasseraud, 2008)

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Sur le territoire de l’ancien Grand-Duché de Lituanie s’est développée pendant des siècles une civilisation juive originale. Ses membres, les Litvaks — ou « Juifs lituaniens » — se réclamaient d’une identité distincte au sein du judaïsme. Leur tradition intellectuelle s’est structurée sous l’influence du Gaon de Vilna (Eliyahu ben Shlomo Zalman, 1720-1797), un rabbin et érudit qui s’est opposé au hassidisme — un courant mystique et populaire né en Europe de l’Est — et qui a défendu la primauté de l’étude rationnelle du Talmud. Son héritage a fait de Vilnius un pôle majeur du savoir juif et a donné aux Litvaks leur réputation d’intellectuels rigoureux. Avant la Seconde Guerre mondiale, plus d’un million et demi de Juifs vivaient en « Litvakie » — une aire géographique qui ne correspond à aucune frontière étatique et qui s’étend de la Lituanie à la Biélorussie et à certaines régions de Pologne. Religieux ou laïques, souvent engagés sur le plan culturel et politique, ils ont compté dans leurs rangs des personnalités d’envergure internationale : Marc Chagall, Emmanuel Levinas, Chaïm Soutine, Golda Meir, Sergueï Eisenstein.

Journaliste et auteur de Vilna, Wilno, Vilnius. La Jérusalem de Lituanie, Henri Minczeles retrace avec Yves Plasseraud et Suzanne Pourchier-Plasseraud l’histoire de cette civilisation, de ses origines médiévales à sa destruction quasi totale lors de la Shoah. Mais l’originalité du livre est de ne pas s’arrêter au désastre. Avant la guerre, plus d’un million de Litvaks avaient quitté l’Europe pour s’établir sur les cinq continents. Ils ont emporté avec eux une tradition de débat intellectuel, un attachement particulier au yiddish et un sens aigu de l’engagement collectif — que ce soit dans le sionisme, le socialisme ou le mouvement ouvrier. L’ouvrage suit cette diaspora à New York, Melbourne, Paris, Tel Aviv et au Cap, et montre combien elle a imprégné le judaïsme contemporain dans son ensemble. C’est un livre indispensable pour qui veut comprendre la composante juive de l’histoire lituanienne, trop souvent absente du récit national.


6. Déportés pour l’éternité (Alain Blum et Emilia Koustova, 2024)

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Publié en coédition par les Éditions de l’EHESS et Ined Éditions, cet ouvrage porte sur les déportations de masse qui ont frappé les territoires d’Europe de l’Est annexés par l’URSS pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Alain Blum, démographe et historien à l’INED, et Emilia Koustova, historienne et professeure de civilisation russe à l’université de Strasbourg, concentrent leur enquête sur la Lituanie et l’Ukraine occidentale. Dans ces régions, à partir de 1940-1941 puis de nouveau après 1944, le régime soviétique a déporté des dizaines de milliers de familles — paysans jugés trop aisés, anciens fonctionnaires, résistants réels ou supposés — vers des « zones de peuplement spécial » en Sibérie et en Asie centrale. L’objectif était de briser toute opposition à l’intégration forcée de ces territoires dans l’espace soviétique.

Le livre fonctionne sur deux plans. Il reconstitue d’abord la mécanique de la répression vue d’en haut : les décisions politiques, les opérations policières, l’organisation des convois. Puis il restitue l’expérience des déporté·e·s eux-mêmes grâce à un corpus de sources rares : des centaines de lettres interceptées par la censure soviétique et retrouvées dans les archives, ainsi que des entretiens réalisés auprès des derniers témoins. Ces documents racontent la violence de l’arrachement, la survie dans des conditions extrêmes, puis un retour vers les terres d’origine — parfois impossible, toujours douloureux — qui s’est étalé sur des décennies.

L’ouvrage ne se limite pas au récit des déportations : il en suit les effets jusqu’en 1991 et montre comment cette mémoire de l’exil reste aujourd’hui un élément central des identités lituanienne et ukrainienne — ce qui éclaire, entre autres, les rapports actuels de ces deux pays avec la Russie.


7. Vilnius (Tomas Venclova, 2016)

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Poète, essayiste et traducteur, Tomas Venclova est l’une des grandes figures littéraires lituaniennes. Né à Klaipėda en 1937, il quitte l’URSS en 1977 après des années de dissidence et enseigne ensuite la littérature aux États-Unis. Dans cet essai, traduit du russe par André Cabaret et publié aux éditions Circé, il compose le portrait historique et personnel de Vilnius, la ville de sa jeunesse.

Venclova retrace les métamorphoses d’une cité que se sont disputée, au fil des siècles, Lituaniens, Polonais, Russes et Biélorusses, et dont aucune nation ne peut revendiquer la propriété exclusive. Vilnius a été surnommée la « Jérusalem du Nord » en raison de l’importance de sa population juive, qui constituait avant la Seconde Guerre mondiale près de la moitié des habitants de la ville. Elle a aussi été une cité d’une remarquable diversité linguistique — en 1911, soixante-neuf journaux y paraissaient en cinq langues. Les grands-ducs Mindaugas, Gediminas et Jagellon côtoient dans ces pages les écrivains Czesław Miłosz — poète polonais né en Lituanie, prix Nobel de littérature — et Juozas Kėkštas, dont la biographie résume à elle seule les fractures du XXe siècle : communiste emprisonné à Vilnius sous la Pologne, puis emprisonné en Russie sous les Soviets, soldat dans l’armée polonaise entre les deux.

Sur la Vilnius contemporaine, Venclova se garde de toute analyse définitive : elle relève selon lui du présent, non de l’histoire. Mais il observe, avec un optimisme prudent, que le nationalisme n’y a pas triomphé et que la capitale lituanienne est restée une ville à multiples couches, irréductible à toute uniformisation ethnique ou culturelle. Un essai qui donne envie de s’y rendre.