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Que lire sur l'histoire de l'Australie ?

Que lire sur l’histoire de l’Australie ?

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L’histoire de l’Australie s’étend sur 60 000 ans au moins — et la colonisation européenne n’en occupe que les deux derniers siècles et demi. Bien avant que les Européens n’en cartographient les côtes, les peuples aborigènes habitent ce continent depuis des dizaines de millénaires, ce qui en fait la plus ancienne civilisation continue de l’humanité. Leurs sociétés développent des systèmes de gestion du territoire (brûlis, cultures d’ignames, pièges à poissons en pierre), une astronomie liée aux cycles agricoles et des structures sociales complexes, dans un environnement qui, sous son apparence aride, abrite des écosystèmes divers — forêts tropicales au nord, récifs coralliens, zones humides fertiles. Tout bascule en 1788, lorsque la First Fleet britannique accoste à Port Jackson — futur site de Sydney — pour y fonder une colonie pénale. La Grande-Bretagne, privée de ses colonies américaines après la guerre d’Indépendance, cherche une nouvelle terre de déportation : l’Australie va remplir ce rôle pendant huit décennies. Entre 1788 et 1868, plus de 160 000 condamnés sont déportés vers les différentes colonies du continent.

Au fil du XIXe siècle, l’afflux de colons libres, les ruées vers l’or (à partir de 1851) et l’essor de l’élevage ovin transforment cette terre d’exil en une société de peuplement à part entière. Le 1er janvier 1901, les six colonies s’unissent au sein du Commonwealth d’Australie. Mais cette fédération s’accompagne d’un verrouillage : la politique dite de l’Australie Blanche (White Australia Policy), en vigueur jusqu’en 1973, interdit de fait l’immigration non européenne ; dans le même temps, les populations aborigènes subissent des politiques d’assimilation forcée dont les Stolen Generations — ces enfants métis ou aborigènes arrachés à leurs familles par les autorités pour être placés dans des institutions ou des foyers blancs — restent la blessure la plus vive.

C’est lors de la Première Guerre mondiale, à Gallipoli en 1915, que la jeune nation forge une conscience collective : les troupes australiennes et néo-zélandaises (les Anzacs), envoyées combattre en Turquie sous commandement britannique, y subissent des pertes considérables dans une campagne vouée à l’échec. Ce sacrifice lointain, vécu comme une épreuve imposée par l’Empire, pousse les Australiens à se définir non plus comme des sujets britanniques mais comme un peuple distinct. Le XXe siècle voit l’Australie s’affirmer comme puissance régionale du Pacifique. Le pays se détache progressivement de la tutelle britannique — un mouvement accéléré par le retrait militaire du Royaume-Uni à l’est de Suez dans les années 1960 — et se tourne vers les États-Unis, puis vers l’Asie. Il abandonne la White Australia Policy en 1973 et s’ouvre à une immigration diversifiée qui transforme sa composition démographique et culturelle. Mais cette modernisation laisse en suspens une question centrale : quelle place accorder aux Premiers Peuples dans une nation bâtie sur leur dépossession ?

Les six livres qui suivent permettent de saisir cette trajectoire, depuis les savoirs millénaires aborigènes jusqu’aux débats contemporains sur l’identité australienne. On part des témoignages de première main pour aller vers les synthèses et les analyses critiques.


1. Expédition à Botany Bay – La fondation de l’Australie coloniale (Watkin Tench, 2006)

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En 1787, onze navires quittent l’Angleterre avec à leur bord près de mille personnes — soldats, officiers et, pour la plupart, condamnés de droit commun. Cette flotte, la First Fleet, met le cap vers une terre dont le capitaine Cook n’a cartographié la côte orientale que dix-sept ans plus tôt. Jeune officier de la Royal Navy, Watkin Tench consigne dans ses journaux chaque étape de cette traversée et de l’installation à Port Jackson, future Sydney, dès 1788. L’édition française, publiée aux éditions Anacharsis, réunit pour la première fois en intégralité deux récits de Tench — le Narrative of the Expedition to Botany Bay (1789) et le Complete Account of the Settlement at Port Jackson (1793) — accompagnés d’une introduction de l’historienne Isabelle Merle, spécialiste de la colonisation dans le Pacifique. Ces textes comptent parmi les tout premiers témoignages directs sur la naissance de l’Australie coloniale.

Ce qui frappe à la lecture, c’est la lucidité et la curiosité intellectuelle de Tench. Là où la plupart des chroniqueurs coloniaux de cette époque réduisent les Aborigènes à des figures de « sauvages », Tench — imprégné de l’esprit des Lumières — les observe avec une réelle attention : il note leurs pratiques, cherche à comprendre leurs réactions, se lie d’amitié avec certains d’entre eux, dont Bennelong, qui deviendra le premier Aborigène à se rendre en Angleterre. Il décrit aussi, sans fard, les conditions de vie éprouvantes de la colonie : la faim, l’isolement radical, la discipline brutale. Son témoignage restitue la rencontre inaugurale et violente entre l’ordre impérial britannique et les sociétés aborigènes dont les colons ignorent presque tout — la langue, les structures sociales, le rapport au territoire. Le récit mentionne également la visite inattendue des navires de La Pérouse, que les membres de la First Fleet seront les derniers Européens à voir en vie — une coïncidence qui confère au texte une dimension presque romanesque.

Expédition à Botany Bay reste la meilleure introduction qui soit aux conditions de la fondation de l’Australie coloniale : la pénurie alimentaire permanente, les rapports de force entre officiers et condamnés, les malentendus tragiques avec les Aborigènes, et l’écart béant entre les ambitions de l’Empire et le chaos quotidien de la colonie.


2. La Rive maudite – Naissance de l’Australie (Robert Hughes, 1988)

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Critique d’art australien établi à New York, célèbre pour sa série télévisée The Shock of the New (1980), Robert Hughes livre en 1987 avec The Fatal Shore une somme de près de 600 pages sur la transportation pénale britannique en Australie. Le livre retrace l’histoire du système carcéral qui, de 1788 à 1868, a envoyé des dizaines de milliers de condamnés aux antipodes. Hughes part de l’Angleterre géorgienne — ses prisons surpeuplées, sa justice de classe, son obsession de la « classe criminelle » — pour suivre ces hommes et ces femmes jusqu’aux bagnes les plus redoutés du continent austral. L’île de Norfolk, en particulier, fait l’objet de pages glaçantes — la brutalité systématique qui y règne évoque le Goulag soviétique tel que le décrira Soljenitsyne un siècle et demi plus tard.

Le bouquin tire son intensité de l’attention portée aux destins individuels des déportés : femmes, hommes, adolescents souvent condamnés pour des larcins dérisoires — un vol de pain, un tissu dérobé — se retrouvent propulsés à l’autre bout du monde, dans un environnement inconnu et hostile. Hughes s’intéresse aussi à la confrontation avec les peuples aborigènes et aux conséquences de la colonisation sur leurs sociétés. Plutôt que de dérouler une chronologie événementielle, il s’attache aux mécanismes sociaux — comment la peur de la « classe criminelle » justifie la brutalité, comment la honte des origines façonne ensuite l’identité nationale. The Fatal Shore est devenu un best-seller international et reste, près de quarante ans après sa parution, l’un des ouvrages les plus cités sur le sujet.

La traduction française, publiée chez Flammarion, ne reproduit pas les cent pages d’annexes, de notes et de bibliographie de l’édition originale. Malgré cette amputation, La Rive maudite reste un livre indispensable : il a contribué à briser le long silence qui entourait les origines pénitentiaires de l’Australie, un sujet longtemps tabou dans un pays où l’ascendance de bagnard fut source de honte pendant des générations.


3. L’Émeu dans la nuit (Bruce Pascoe, 2022)

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Paru en anglais en 2014 sous le titre Dark Emu: Black Seeds — Agriculture or Accident?, ce livre de Bruce Pascoe a suscité un débat considérable en Australie. Sa thèse centrale est radicale : contrairement à l’image coloniale de « simples chasseurs-cueilleurs » nomades, incapables de transformer leur environnement, de nombreuses sociétés aborigènes pratiquaient des formes élaborées d’agriculture, d’aquaculture et de gestion durable des terres bien avant l’arrivée des Britanniques. Pascoe s’appuie sur les journaux des premiers colons et sur des travaux d’archéologues et de géographes pour documenter des systèmes de piégeage de poissons en pierre (certains vieux d’au moins 8 000 ans), des techniques de brûlis contrôlé et des cultures de graines et d’ignames à grande échelle.

L’enjeu n’est pas seulement historique : il est politique. Parce qu’il rend visible la sophistication de ces pratiques, Pascoe remet en cause le mythe de la terra nullius — cette fiction juridique selon laquelle l’Australie n’appartenait à personne avant la colonisation — et pointe le fait que quelques décennies d’agriculture intensive européenne ont suffi à ravager la fertilité accumulée par des millénaires de soins autochtones. Écrivain, activiste et professeur d’agriculture autochtone à l’université de Melbourne, Pascoe poursuit deux objectifs à la fois : faire reconnaître les savoirs des Premiers Peuples et montrer que ces techniques anciennes — adaptées à un environnement sec et fragile — pourraient inspirer des alternatives agricoles face au changement climatique.

Le livre n’a pas échappé à la controverse. L’anthropologue Peter Sutton et l’archéologue Keryn Walshe ont publié en 2021 Farmers or Hunter-Gatherers? The Dark Emu Debate, un ouvrage dans lequel ils contestent certaines interprétations de Pascoe tout en réfutant, eux aussi, toute vision primitiviste des sociétés aborigènes. Ce débat, parfois âpre, a pris en Australie une ampleur qui déborde largement les cercles universitaires : Dark Emu est entré dans les programmes scolaires de plusieurs États, et la question de savoir si les Aborigènes étaient « agriculteurs » ou « chasseurs-cueilleurs » est devenue un enjeu des guerres culturelles (culture wars) australiennes. La traduction française, publiée aux éditions Pétra avec une préface de l’anthropologue Barbara Glowczewski, donne au lectorat francophone accès à cette controverse et aux questions qu’elle soulève sur la manière dont les savoirs autochtones ont été occultés par l’historiographie coloniale.


4. L’Australie, au-delà du rêve (Georges-Goulven Le Cam, 2011)

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Professeur à l’université Rennes-II et longtemps détaché à l’université de Melbourne, Georges-Goulven Le Cam est l’un des rares universitaires français à avoir consacré l’essentiel de sa carrière à l’étude de la société australienne. Après L’Australie : naissance d’une nation (2000), il propose avec ce second livre un examen critique de l’Australie contemporaine à travers la question centrale : le Lucky Country mérite-t-il encore sa réputation ? L’expression, forgée en 1964 par l’essayiste Donald Horne, était à l’origine ironique — Horne critiquait un pays qui réussissait malgré la médiocrité de ses élites — mais elle a été récupérée au fil du temps comme un slogan flatteur. Le Cam s’empare de ce décalage entre l’ironie originelle et l’autosatisfaction nationale pour poser une question simple : la prospérité australienne profite-t-elle réellement à tous ?

Le livre passe au crible les acquis et les failles de la société australienne. Il revient sur les avancées historiques — le droit de vote des femmes (accordé au niveau fédéral dès 1902, bien avant la plupart des pays européens), le démantèlement de la politique raciste de l’Australie Blanche, la transformation d’une colonie pénale en pôle d’immigration — mais il en expose aussi les limites sans détour. Le Cam s’attarde sur l’absence de charte des droits dans la Constitution australienne (une exception parmi les démocraties occidentales), sur le sexisme structurel d’une culture politique encore marquée par le culte de l’héroïsme viril, et sur la situation dramatique des communautés aborigènes dans les régions reculées du désert central.

L’analyse de la dépendance économique envers la Chine, déjà perceptible au moment de la rédaction, prend aujourd’hui un relief particulier : depuis 2020, les relations sino-australiennes se sont fortement dégradées, entre sanctions commerciales chinoises et virage stratégique de Canberra vers le pacte AUKUS (alliance militaire avec les États-Unis et le Royaume-Uni). Ce livre s’adresse à celles et ceux qui connaissent déjà les grandes lignes de l’histoire australienne et veulent en comprendre les contradictions — sociales, politiques, environnementales.


5. Australie : histoire, société, culture (Maïa Ponsonnet avec Pierre Grundmann, 2008)

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Publié aux éditions La Découverte dans la collection « Les guides de l’état du monde », ce livre en format poche s’adresse à un public non spécialiste sans verser dans la simplification. Maïa Ponsonnet, philosophe et anthropologue spécialisée dans la culture aborigène, apporte une connaissance de terrain des communautés autochtones ; Pierre Grundmann, journaliste qui a vécu dix ans en Australie, y ajoute un regard ancré dans le quotidien du pays.

L’ouvrage adopte une structure thématique qui couvre la géographie, l’histoire, la vie politique, l’économie, la société et la culture. Il écarte d’emblée les clichés habituels — le surf, le kangourou, l’opéra de Sydney — pour traiter de questions rarement abordées dans les guides classiques : pourquoi l’Australie, alliée militaire des États-Unis, reste-t-elle si profondément marquée par l’héritage britannique ; comment un pays d’urbanisme résolument moderne coexiste avec un arrière-pays (outback) rude et dépeuplé ; ou encore comment les Aborigènes, dont l’art est célébré dans les musées du monde entier, vivent dans des conditions souvent précaires. Chaque chapitre fonctionne de manière autonome, ce qui permet une lecture libre et non linéaire.

L’un des atouts du livre est le double regard de ses auteur·ices : celui de l’anthropologue, qui éclaire les logiques culturelles et les rapports de pouvoir hérités de la colonisation, et celui du journaliste, attentif aux réalités du quotidien — le prix du logement à Sydney, la culture sportive, le rapport des Australiens à l’alcool. Si vous cherchez une première approche de l’Australie qui dépasse le simple guide de voyage, cet ouvrage est un excellent candidat.


6. L’Australie : idées reçues (Xavier Pons, 2007)

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Professeur à l’université de Toulouse-Le Mirail, agrégé d’anglais et président de l’Association européenne d’études australiennes, Xavier Pons est l’un des spécialistes européens les plus reconnus de la civilisation australienne. Dans ce petit bouquin de la collection « Idées reçues » du Cavalier Bleu, il prend pour point de départ les stéréotypes les plus répandus sur l’Australie — « Les Australiens descendent de bagnards », « C’est le pays des grands espaces », « Les Australiens sont des ploucs incultes », « L’Australie est un eldorado » — et les soumet à un examen méthodique.

Chaque chapitre part d’un cliché pour en démêler la part de vérité et d’erreur. Pons montre, par exemple, que la filiation pénale ne concerne en réalité qu’une fraction de la population et que la stigmatisation des origines de bagnard relève davantage d’une construction culturelle que d’une réalité statistique. De même, il nuance l’image d’un pays « neuf » : il rappelle l’ancienneté de la présence aborigène et déconstruit la vision d’une fidélité sans faille à la couronne britannique à travers les crises d’identité qui jalonnent l’histoire politique australienne.

L’intérêt du livre tient à sa capacité à rendre intelligible un pays souvent réduit, en Europe, à une poignée de clichés. Le format court (128 pages) et la structure par entrées thématiques en font une lecture fluide, idéale pour qui veut se défaire de ses préjugés sans avoir à se plonger dans un ouvrage académique. Si vous ne deviez lire qu’un seul titre de cette sélection pour vous familiariser avec l’Australie, celui-ci est sans doute celui qui vous en apprendra le plus en le moins de pages.