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Que lire sur l'histoire de la Libye ?

Que lire sur l’histoire de la Libye ?

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La Libye occupe, sur la rive sud de la Méditerranée, une position de carrefour entre le Maghreb (l’Afrique du Nord occidentale) et le Machrek (le monde arabe oriental), entre le Sahara et le littoral. Dès l’Antiquité, deux régions distinctes coexistent sans jamais fusionner : à l’est, la Cyrénaïque, colonisée par les Grecs au VIIe siècle avant notre ère, proche de l’Égypte dont elle subit l’influence culturelle et commerciale ; à l’ouest, la Tripolitaine, héritière des comptoirs fondés par Carthage puis transformée par Rome — l’empereur Septime Sévère, né à Leptis Magna, fait de sa ville natale une cité monumentale au IIIe siècle. Le Fezzan, vaste étendue désertique au sud, constitue un troisième ensemble : c’est là que passent les routes transsahariennes qui relient la Méditerranée à l’Afrique subsaharienne. Cette tripartition n’est pas qu’un fait géographique : elle structure, jusqu’à aujourd’hui, les équilibres politiques et tribaux du pays.

Terre berbère islamisée puis arabisée à partir du VIIe siècle, la Libye passe sous domination ottomane au XVIe siècle, puis subit la colonisation italienne à partir de 1912. La résistance est incarnée en Cyrénaïque par Omar al-Mokhtar, chef de guérilla exécuté par les Italiens en 1931, devenu depuis un héros national. L’indépendance, proclamée en 1951, donne naissance à une monarchie dirigée par le roi Idris Ier, chef de la confrérie des Sénoussis — un ordre religieux musulman implanté en Cyrénaïque depuis le XIXe siècle, qui a joué un rôle central dans la résistance à la colonisation et qui fournit au nouvel État sa seule structure d’autorité reconnue sur l’ensemble du territoire. En 1969, un jeune officier issu d’une famille bédouine du désert sirtique, Mouammar Kadhafi, renverse le roi par un coup d’État et instaure un régime d’un genre inédit : la Jamahiriya, « État des masses », fondée sur les principes de son Livre vert — un manifeste politique qui rejette à la fois le capitalisme et le communisme au profit d’une « troisième voie » islamo-socialiste. Pendant plus de quatre décennies, le colonel se maintient au pouvoir par la répression, le clientélisme tribal (distribution de postes et de prébendes aux tribus alliées) et la rente pétrolière, qui lui permet de financer un vaste système de redistribution.

Le soulèvement de 2011, dans le sillage des révoltes arabes, aboutit à la chute et à la mort de Kadhafi. Mais le régime, construit autour de sa personne et de ses réseaux tribaux, ne laisse derrière lui aucune institution capable d’assurer la transition : ni armée nationale unifiée, ni appareil judiciaire indépendant, ni partis politiques structurés. Le pays bascule dans une guerre civile entre factions rivales et milices armées, aggravée par les ingérences de puissances étrangères — Turquie, Émirats arabes unis, Russie, Égypte — qui soutiennent chacune un camp différent. Comprendre cette trajectoire exige de croiser plusieurs angles d’approche. Les sept ouvrages qui suivent s’y emploient.


1. La Libye antique (Claude Sintès, 2004)

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Conservateur en chef du patrimoine et archéologue de terrain — il a dirigé des fouilles sous-marines dans le port antique d’Apollonia de Cyrénaïque —, Claude Sintès consacre ce volume de la collection « Découvertes Gallimard » au patrimoine archéologique gréco-romain de la Libye. Le livre retrace l’implantation grecque en Cyrénaïque, avec la fondation de Cyrène au VIIe siècle avant J.-C., et le développement des comptoirs carthaginois de Tripolitaine — Leptis Magna, Sabratha, Oea (l’actuelle Tripoli) —, qui connaissent un essor considérable sous l’Empire romain.

Sintès revient aussi sur la redécouverte de ces sites par les archéologues italiens après 1911 : ceux-ci remontent pierre par pierre les monuments de Cyrène, Ptolémaïs et Leptis Magna. Ces travaux, poursuivis après l’indépendance par des équipes libyennes et internationales, ont révélé un patrimoine d’une ampleur longtemps insoupçonnée. Abondamment illustré, comme tous les volumes de la collection, ce bouquin couvre treize siècles d’histoire, de la colonisation grecque à la conquête arabe, et rappelle que la Libye abrite certains des sites antiques les mieux conservés du bassin méditerranéen — un patrimoine aujourd’hui menacé par la guerre civile et l’absence d’État capable de le protéger.


2. Histoire de la Libye. Des origines à nos jours (Bernard Lugan, 2022)

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Africaniste, professeur à l’École de Guerre et à Saint-Cyr, Bernard Lugan propose une synthèse historique de longue durée, depuis les premiers peuplements berbères jusqu’à la guerre civile contemporaine. Sa thèse est nette : la réalité politique libyenne repose sur des permanences tribales et régionales que ni la colonisation italienne, ni la monarchie sénoussie, ni le régime de Kadhafi n’ont effacées. Les grandes confédérations — Sa’adi en Cyrénaïque, Saff al-Bahar dans le nord de la Tripolitaine, Awlad Sulayman dans la Tripolitaine orientale — contrôlent depuis des siècles les axes de circulation nord-sud qui relient le littoral méditerranéen au bassin tchadien. Ce sont ces mêmes axes, empruntés jadis par les caravanes, qui servent aujourd’hui au trafic de drogue et de migrants, ainsi qu’aux réseaux jihadistes.

Lugan soutient que l’intervention militaire franco-otanienne de 2011 a renversé Kadhafi sans tenir compte de cette architecture tribale et, par là même, provoqué l’effondrement du pays. Il considère que la démocratie représentative, telle qu’elle a été promue par les puissances occidentales, est inadaptée à une société structurée par des logiques confédérales. Cette lecture, qui donne la priorité aux facteurs ethniques et tribaux sur les dynamiques sociales et économiques, suscite des controverses parmi les spécialistes — certains lui reprochent de minimiser le rôle de la dictature elle-même dans la destruction des institutions. Le livre n’en fournit pas moins des repères historiques solides sur un pays dont la trajectoire est rarement traitée sur le temps long en langue française.


3. La Libye, des Ottomans à Daech (André Martel, 2016)

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André Martel est l’un des rares universitaires français à avoir consacré l’essentiel de sa carrière à la Libye. Ce livre est la réédition augmentée de son essai de géopolitique historique paru aux PUF en 1991 : le cadre chronologique, qui s’arrêtait à 1990, couvre désormais la chute de Kadhafi et l’irruption de Daech à Syrte, où l’organisation jihadiste tente, à la faveur de l’effondrement de l’État, de créer une base d’expansion au Maghreb. La question n’est plus seulement de comprendre comment un officier putschiste a pu imposer sa dictature, mais de saisir pourquoi le soulèvement de 2011 a débouché sur une destruction aussi radicale.

L’ouvrage adopte une approche de longue durée — à la manière de l’historien Fernand Braudel, qui subordonnait l’étude des événements immédiats à celle des structures profondes : géographie, démographie, mentalités. Martel croise ainsi histoire militaire, histoire diplomatique et analyse politique. Il montre que ce sont les Ottomans qui, à partir de 1835, ont façonné le cadre territorial d’où naîtra la Libye — un pays que les Italiens nommeront ainsi et qui conservera ce nom après l’indépendance.

L’essai revient aussi sur l’isolement diplomatique du régime après la fin de la Guerre froide. Kadhafi, impliqué dans le terrorisme international dès les années 1970-1980 (soutien à des mouvements armés, attentat contre la discothèque La Belle à Berlin en 1986), s’expose aux frappes américaines de 1986. Les attentats de Lockerbie (1988) et du DC-10 d’UTA (1989) parachèvent sa mise au ban. Tant que durait la Guerre froide, le colonel pouvait jouer les deux blocs l’un contre l’autre ; la fin de cet équilibre le prive de cette marge de manœuvre et aggrave son isolement, jusqu’au rapprochement tactique avec l’Occident dans les années 2000.


4. Au cœur de la Libye de Kadhafi (Patrick Haimzadeh, 2011)

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Arabisant et diplomate français en poste à Tripoli pendant plusieurs années, Patrick Haimzadeh publie cet essai en 2011, au moment même où le soulèvement éclate. Le livre repose sur un travail de terrain prolongé : l’auteur ne se contente pas de retracer l’histoire du pays, il restitue la société libyenne telle qu’il l’a observée, grâce à de nombreux entretiens avec des Libyens de toutes conditions et de toutes régions, ainsi qu’à des amitiés nouées sur place.

Le livre dissèque les rouages du système kadhafien. Le régime fonctionne selon une logique d’allégeance/rétribution : les tribus fidèles reçoivent postes, passe-droits et accès aux ressources pétrolières ; les autres sont marginalisées ou réprimées. Les Comités révolutionnaires — structures parallèles au gouvernement officiel — surveillent la population ; les confréries soufies sont tantôt instrumentalisées, tantôt combattues. Haimzadeh dresse le portrait de Tobrouk, ville de l’est délaissée par le pouvoir central — un exemple de l’échec du régime à développer le pays hors de Tripoli — et celui d’un jeune entrepreneur de la capitale, pris dans les contradictions d’un État à la fois autoritaire et défaillant. Un chiffre éclaire à lui seul la nature du système : un Libyen sur sept est fonctionnaire, souvent « virtuel » (c’est-à-dire rémunéré sans occupation réelle), mal payé mais bénéficiaire de passe-droits.

L’ouvrage se referme sur les origines de la révolte de 2011 et sur le système prédateur mis en place par les fils Kadhafi, qui accaparent les secteurs économiques les plus lucratifs et achèvent de discréditer le régime aux yeux de la population — y compris des tribus jusque-là alliées.


5. Kadhafi (Vincent Hugeux, 2017)

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Grand reporter au service monde de L’Express, spécialiste de l’Afrique et du Moyen-Orient, Vincent Hugeux signe une biographie de Mouammar Kadhafi de près de quatre cents pages. Des dizaines d’entretiens — souvent inédits — avec des témoins directs (diplomates, proches, opposants, responsables politiques français) nourrissent un récit qui couvre la totalité de la vie du dictateur, de sa naissance dans une famille de bergers du désert sirtique jusqu’à sa mise à mort en octobre 2011.

Hugeux s’attache à rendre intelligibles les paradoxes du personnage : francophile et admirateur de Montesquieu et de Napoléon, Kadhafi bâtit pourtant un régime qui étouffe toute liberté intellectuelle ; théoricien d’une « démocratie directe » dans son Livre vert, il gouverne par la terreur policière ; il se rêve champion de l’unité arabe puis « roi des rois d’Afrique », mais finit isolé et haï. Le livre revient sur les relations troubles entre Kadhafi et la France — la complaisance de certains intellectuels et responsables politiques, les rapports ambigus avec Nicolas Sarkozy — et sur la dérive du dictateur vers la paranoïa et la mégalomanie, telle que la décrivent ses collaborateurs.

Mais Hugeux ne s’en tient pas au seul portrait du dictateur : il reconstitue son entourage — conseillers, membres de sa famille, chefs tribaux, intermédiaires étrangers — et montre comment ce réseau de fidélités, de rivalités et de compromissions a rendu le régime possible. Pour cela, l’auteur a lu les écrits de Kadhafi lui-même, ce qui lui permet de confronter le discours idéologique de la Jamahiriya à la réalité du pouvoir.


6. Libye, géopolitique d’un chaos (Ali Bensaâd et Béatrice Giblin, dir., Hérodote n°182, 2021)

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Ce numéro de la revue Hérodote — revue française de géographie et de géopolitique —, codirigé par Ali Bensaâd et Béatrice Giblin, paraît dix ans après la chute de Kadhafi, alors que le cessez-le-feu signé à Genève en octobre 2020 peine à produire des effets. Dix articles composent un état des lieux de la crise libyenne : fragmentation armée du territoire, bipolarisation politique entre le gouvernement de Tripoli (reconnu par l’ONU) et les forces du maréchal Khalifa Haftar (basées dans l’est du pays), rôle des puissances étrangères.

Dans son article introductif, Bensaâd inscrit la crise dans l’impasse globale des révoltes arabes : à l’exception fragile de la Tunisie, toutes ont débouché soit sur un retour à l’autoritarisme (Égypte), soit sur des guerres civiles aggravées par des interventions extérieures (Syrie, Yémen). Ce qui singularise la Libye, c’est l’absence quasi totale de structures étatiques héritées du régime précédent — là où l’Égypte ou la Syrie disposaient d’une armée et d’une bureaucratie solides, fût-ce au service d’un dictateur, la Libye de Kadhafi avait systématiquement empêché l’émergence de toute institution autonome. Le vide a été comblé par des milices locales dont les alliances se font et se défont au gré des intérêts immédiats.

Le numéro analyse aussi les ingérences étrangères : la Russie (via le groupe Wagner), la Turquie, l’Égypte, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite soutiennent militairement et financièrement des camps opposés. Ce dossier rappelle enfin que la Libye concerne directement l’Europe : le pays est un corridor migratoire majeur vers les côtes italiennes — les passeurs opèrent depuis les côtes libyennes faute de tout contrôle étatique — et un fournisseur de gaz et de pétrole dont la production est régulièrement interrompue par les combats.


7. Géopolitique de la Libye (Kader A. Abderrahim, 2024)

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Politologue, maître de conférences à Sciences Po Paris et spécialiste du Maghreb, Kader A. Abderrahim propose dans ce court essai une analyse des rapports de force qui structurent la Libye contemporaine. Le point de départ de l’analyse : le rôle central de Kadhafi dans l’histoire récente du pays a masqué un pan entier des réalités libyennes. Tant que le dictateur concentrait le pouvoir, les rivalités tribales et régionales restaient contenues ; sa disparition les a libérées d’un coup.

L’ouvrage passe en revue les fractures qui paralysent le pays : rivalités entre milices — pour la plupart financées par des États étrangers — et division persistante entre les deux pôles de pouvoir, Tripoli à l’ouest et le tandem Benghazi-Tobrouk à l’est. Abderrahim analyse les stratégies des acteurs extérieurs et les rend lisibles : l’Algérie privilégie la non-ingérence et craint une déstabilisation à ses frontières ; l’Égypte soutient Haftar pour contenir les mouvements islamistes ; la Turquie appuie le gouvernement de Tripoli dans l’espoir de sécuriser des contrats gaziers en Méditerranée orientale ; le Qatar, les Émirats arabes unis, les États-Unis et la Russie avancent chacun leurs pions. L’essai aborde enfin les enjeux pétroliers — la Libye détient les plus grandes réserves prouvées d’Afrique — et la manière dont le contrôle des terminaux d’exportation est devenu un levier de pouvoir pour les factions armées.

Dernier paru de cette liste, ce court essai permet de saisir l’état actuel d’un pays où chaque tentative de réunification politique se heurte à la conjonction d’intérêts contradictoires, internes comme externes.