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Que lire sur l'histoire de l'Italie ?

Que lire sur l’histoire de l’Italie ?

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Y a-t-il, en Europe, une terre qui ait connu autant de métamorphoses que la péninsule italienne ? Des Étrusques aux empereurs romains, des communes médiévales aux seigneuries de la Renaissance, des guerres d’indépendance du XIXᵉ siècle à la parenthèse fasciste, puis de la reconstruction d’après-guerre aux crises à répétition de la République parlementaire, l’Italie a été, siècle après siècle, un laboratoire politique, artistique et intellectuel d’une fécondité rare. Aucune autre nation européenne n’a compté simultanément une dizaine de capitales rivales — Rome, Florence, Venise, Naples, Milan, Gênes, pour ne citer que les principales — là où la France n’en a jamais connu qu’une seule. Fragmentation qui a alimenté entre ces cités une féroce concurrence qui a produit des résultats spectaculaires : en architecture, en peinture, en droit, en commerce, en ingénierie militaire.

Cette vitalité a cependant un coût. L’Italie est aussi le pays des fractures durables : entre le Nord et le Sud, entre l’Église catholique et les partisans d’un État laïc, entre l’idéal d’unité nationale et des particularismes régionaux coriaces. Quand le royaume d’Italie est proclamé en 1861, l’unité politique ne crée pas pour autant une nation : à peine 2 % de la population parle la langue italienne — le reste s’exprime en dialectes, quand les élites ne préfèrent pas le français. Construire un pays à partir de ce patchwork a pris plus d’un siècle, et le chantier n’est pas terminé. Voici huit ouvrages de référence pour y voir plus clair.


1. Histoire de l’Italie. Des origines à nos jours (Pierre Milza, 2005)

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Avec ses quelque mille pages, le livre de Pierre Milza est la grande synthèse de référence en langue française sur l’histoire de la péninsule. De l’âge du bronze à l’ère Berlusconi, l’historien — qui a dirigé le Centre d’histoire de l’Europe au XXᵉ siècle à Sciences Po — couvre plus de trois millénaires, et l’histoire politique y occupe autant de place que la vie culturelle et spirituelle. La montée des communes au Moyen Âge, les rivalités entre papes et empereurs pour le contrôle de l’Italie, les invasions françaises et espagnoles de la Renaissance, le Risorgimento (le mouvement d’unification nationale au XIXᵉ siècle), le fascisme, le « miracle économique » des années 1950-1960 — quand l’Italie passe en une décennie du statut de pays semi-agricole à celui de puissance industrielle — : tout cela est abordé avec autant de soin que Dante, Michel-Ange ou Verdi.

Ce qui frappe aussi à la lecture, c’est que l’histoire de l’Italie, c’est aussi — et souvent — l’histoire de l’Europe tout entière. Le royaume des Deux-Siciles, par exemple, passe tour à tour sous domination française, germanique et aragonaise ; la papauté négocie, menace et pactise avec les monarchies du continent ; les philosophes des Lumières — Voltaire, Montesquieu — puisent dans les débats juridiques et politiques italiens. Mille pages : ce n’est pas un bouquin qui se lit d’une traite, mais on y revient avec profit dès qu’une question se pose sur tel épisode ou telle période.


2. Histoire de l’Italie (Catherine Brice, 2003)

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Là où Milza offre la somme exhaustive, Catherine Brice propose une synthèse plus ramassée — environ cinq cents pages — qui va à l’essentiel sans tomber dans le survol. Spécialiste de l’Italie contemporaine, élève de l’ENS et membre de l’École française de Rome, elle part de la période préromaine (les Étrusques, les peuples italiques) pour aller jusqu’aux développements politiques les plus récents. Le livre a d’ailleurs été augmenté de nouvelles postfaces au fil des rééditions pour intégrer l’actualité.

L’intérêt principal de cet ouvrage tient à son effort de mise en ordre. L’histoire italienne, avec ses multiples royaumes, ses duchés, ses républiques, ses dominations étrangères successives, a de quoi désorienter : Catherine Brice en propose un découpage clair, période par période, sans noyer le lecteur·ice sous l’accumulation de noms et de dates. Les invasions lombardes et normandes du haut Moyen Âge, la constitution des Républiques maritimes (Venise, Gênes, Pise, Amalfi), les trois siècles de domination espagnole, les guerres du Risorgimento — chaque séquence est replacée dans son contexte européen. À noter : l’autrice a été l’élève de Pierre Milza — le monde de l’italianisme français est décidément un village. C’est le bouquin à lire en premier si vous souhaitez vous repérer dans la chronologie avant d’approfondir telle ou telle époque avec les ouvrages plus spécialisés qui suivent.


3. Enfers et Paradis. L’Italie de Dante et de Giotto (Élisabeth Crouzet-Pavan, 2004)

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Le XIIIᵉ siècle italien est un grand méconnu. Coincé dans les mémoires entre la gloire de l’Empire romain et le prestige de la Renaissance, il passe souvent pour une simple période de transition — alors que c’est précisément à cette époque que la péninsule connaît une transformation profonde dans presque tous les domaines à la fois. Les villes grandissent et se couvrent de palais et de tours ; les techniques agricoles se perfectionnent ; les marchands italiens prennent le contrôle des grandes routes commerciales de la Méditerranée ; les communes — ces cités-États qui s’administrent elles-mêmes sans roi ni prince — inventent des formes de gouvernement inédites. Dante écrit la Divine Comédie en toscan (et non en latin), ce qui contribue à fonder une langue littéraire italienne ; Giotto rompt avec la rigidité de la peinture byzantine pour représenter des corps et des émotions plus proches du réel.

Médiéviste à Sorbonne Université, Élisabeth Crouzet-Pavan consacre son livre à cette époque charnière et met en lumière une tension fondamentale : cette inventivité sans précédent coexiste avec une violence politique permanente. Les cités italiennes sont déchirées entre guelfes (partisans du pape) et gibelins (partisans de l’empereur germanique), puis, au sein même du camp guelfe, entre Noirs et Blancs — des factions rivales dont les affrontements conduisent à des exils, des confiscations de biens et des assassinats en série. Dante lui-même est banni de Florence en 1302 pour avoir choisi le mauvais camp. Le titre du livre résume bien le propos : dans l’Italie du XIIIᵉ siècle, on invente avec autant de constance qu’on se bat et qu’on s’entretue.


4. Renaissances italiennes, 1380-1500 (Élisabeth Crouzet-Pavan, 2007)

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Second volet du diptyque italien d’Élisabeth Crouzet-Pavan, ce volume s’attaque à la Renaissance — un sujet que l’on croit connaître, mais dont la réalité est bien plus retorse que la légende dorée. Le pluriel du titre porte toute la thèse du livre : il n’y a pas une Renaissance, mais plusieurs. À côté de la Renaissance « officielle » — celle des humanistes qui redécouvrent les textes grecs et latins, celle des artistes qui révolutionnent la peinture et l’architecture —, il en existe une autre, moins visible : celle des pratiques religieuses populaires, des mémoires locales, des continuités médiévales qui persistent bien après que les élites ont proclamé la rupture avec le Moyen Âge. Un paysan toscan de 1450 ne vit pas dans le même monde que Laurent de Médicis, et pourtant ils sont contemporains.

De Milan à Naples, de Florence à Ferrare, le livre restitue un siècle où les contraires ne cessent de voisiner. L’enthousiasme humaniste pour l’Antiquité coexiste avec la peur du Jugement dernier ; les commandes artistiques les plus ambitieuses — la chapelle Sixtine, le dôme de la cathédrale de Florence conçu par Brunelleschi — sont le fait de mécènes qui redoutent la damnation et achètent leur salut ; la quête de la beauté idéale s’accompagne d’une conscience aiguë de la fragilité de toute chose. Ce livre permet de dépasser l’image convenue d’une Renaissance radieuse — celle de Laurent le Magnifique et de Botticelli — pour saisir ce que cette période a de plus ambivalent.


5. Histoire de l’Italie du XVᵉ au XVIIIᵉ siècle (Delphine Carrangeot, Emmanuelle Chapron et Hélène Chauvineau, 2015)

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Publié dans la collection « U » d’Armand Colin, ce manuel universitaire couvre quatre siècles d’histoire italienne à l’époque moderne — une période que l’on réduit trop souvent au seul éclat de la Renaissance artistique, alors que la péninsule y connaît aussi des bouleversements politiques, religieux et économiques considérables. Toutes trois spécialistes d’histoire moderne, les autrices abordent aussi bien la politique que l’économie, la société, la culture et la religion. L’Italie qui se dessine ici n’est pas seulement la terre de Raphaël et de Palladio : c’est aussi un espace convoité par les grandes puissances européennes. Après les guerres d’Italie (1494-1559) — au cours desquelles la France et l’Espagne s’affrontent à répétition sur le sol italien —, la péninsule passe pour l’essentiel sous influence espagnole, puis autrichienne ; et c’est dans ce cadre de domination étrangère que les Italiens continuent à produire, à commercer et à inventer — du baroque musical napolitain à la commedia dell’arte vénitienne.

Mais le nerf du livre est ailleurs : montrer comment une identité culturelle commune se forge à l’échelle de la péninsule alors même qu’aucune unité politique n’existe. L’Italie est morcelée en une multitude d’États (le duché de Milan, la République de Venise, le Grand-duché de Toscane, les États pontificaux, le royaume de Naples, etc.), mais la langue littéraire — le toscan, fixé par Dante, Pétrarque et Boccace — circule entre les cours et les académies, les artistes passent d’une ville à l’autre, et la conscience d’être italien — avant même qu’un État italien existe — prend forme peu à peu. C’est aussi durant ces quatre siècles que se creusent les écarts économiques entre un Nord intégré aux circuits commerciaux européens et un Sud plus agricole et plus isolé — un déséquilibre dont l’Italie contemporaine hérite directement et que plusieurs des ouvrages suivants abordent de front.


6. Naissance de l’Italie contemporaine, 1770-1922 (Gilles Pécout, 1997)

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Normalien, membre de l’École française de Rome et professeur à l’ENS Ulm, Gilles Pécout s’attaque ici à un lieu commun tenace : celui d’une Italie congénitalement incapable de devenir une nation moderne. Son ambition est de démontrer que le « long XIXᵉ siècle » italien — des Lumières à l’arrivée de Mussolini au pouvoir — invalide bon nombre de poncifs sur la supposée faiblesse de l’État et l’apathie civique des Italiens. Le fil conducteur est la célèbre formule « L’Italie est faite, il reste à faire les Italiens » — attribuée à tort à Massimo d’Azeglio —, qui résume le défi auquel le jeune royaume est confronté après 1861 : transformer une mosaïque de régions, de dialectes et de traditions en un pays fonctionnel.

Pécout refuse de séparer l’histoire politique de ses fondements économiques et sociaux. La « question méridionale » — c’est-à-dire le retard de développement du Sud par rapport au Nord, source de tensions récurrentes depuis l’Unité —, la transformation des hiérarchies sociales dans les campagnes, les débats sur l’extension du droit de vote : Pécout aborde ces questions ensemble, et non isolément, pour reconsidérer l’image d’une nation sans État. L’ouvrage intègre également un guide de recherche à destination des étudiant·e·s, avec un panorama des fonds d’archives et des institutions d’accueil en Italie. Publié à l’origine chez Nathan, il demeure l’une des rares synthèses en français sur l’ensemble du Risorgimento, ce qui, compte tenu de la pauvreté longtemps notoire de la bibliographie francophone sur le sujet, n’est pas un mince service.


7. Faire une nation. Les Italiens et l’unité (Elena Musiani, 2018)

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Si le livre de Pécout s’adresse d’abord à un public universitaire, celui d’Elena Musiani, chercheuse en histoire contemporaine à l’université de Bologne, est publié en poche chez Gallimard (collection « Folio histoire ») et vise un lectorat plus large. Sa thèse centrale : le Risorgimento ne se réduit pas à une série de dates et de batailles, mais constitue un phénomène de longue durée dont les effets se prolongent jusqu’à nos jours. Le Statuto de 1848 (la première constitution octroyée par le roi de Piémont-Sardaigne, qui servira de loi fondamentale au futur royaume d’Italie), l’expédition des Mille en 1860 (le coup de force de Garibaldi et de ses volontaires en chemise rouge, qui conquièrent le royaume des Deux-Siciles en quelques mois), la prise de Rome en 1870 (qui met fin au pouvoir temporel du pape et achève l’unification territoriale) — ces épisodes, transformés en mythes fondateurs, ont nourri une véritable « fabrique des Italiens ».

Le livre tire une bonne part de sa force du regard comparatif qu’il porte sur les trajectoires française et italienne. Là où la France dispose d’un récit national construit au fil des siècles par un État centralisateur puissant — de la monarchie capétienne à la République jacobine —, l’Italie doit forger son unité à partir d’un héritage de fragmentation : des dizaines de dialectes mutuellement incompréhensibles, des économies régionales tournées les unes vers l’Espagne, les autres vers l’Autriche, des traditions juridiques et administratives différentes d’une ville à l’autre. L’unification de 1861-1870 a créé un cadre institutionnel, mais pas une communauté nationale : il a fallu ensuite construire une langue partagée (par l’école et la conscription militaire), des symboles communs et un sentiment d’appartenance — un chantier toujours pas achevé.


8. L’Italie fasciste (Philippe Foro, 2006)

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Maître de conférences à l’université de Toulouse et spécialiste de l’Italie contemporaine, Philippe Foro consacre cette synthèse au Ventennio — les vingt années du régime mussolinien (1922-1943). Le point de départ est la crise de la démocratie libérale italienne au lendemain de la Première Guerre mondiale. L’Italie, bien que dans le camp des vainqueurs, s’estime flouée par le traité de Versailles, qui ne lui accorde pas tous les territoires promis (notamment la Dalmatie). À cette frustration — que l’on surnomme la « victoire mutilée » — s’ajoutent une inflation galopante, des grèves massives, des occupations d’usines dans le Nord et une instabilité parlementaire chronique. Le mouvement fasciste, fondé par Mussolini en 1919, recrute dans ce climat de désordre : anciens combattants déçus, petits-bourgeois apeurés par la menace révolutionnaire, grands propriétaires terriens soucieux de mater les revendications paysannes.

Philippe Foro insiste sur un point essentiel : le fascisme italien ne se résume pas à un régime autoritaire classique. Mussolini ambitionne de refondre l’État et la société de fond en comble — contrôle de la presse, encadrement de la jeunesse dans des organisations de masse, instrumentalisation du passé romain pour légitimer des ambitions impériales en Méditerranée et en Afrique (invasion de l’Éthiopie en 1935). Foro intègre les avancées historiographiques issues du renouvellement inauguré dans les années 1960-1970 par l’historien Renzo De Felice, qui fut le premier à étudier le fascisme comme un phénomène historique à part entière — avec ses causes sociales, ses bases de soutien populaire, ses dynamiques internes — plutôt que comme une parenthèse pathologique qu’il suffirait de dénoncer. L’alliance avec l’Allemagne nazie précipite la chute : après les défaites militaires en Afrique du Nord et le débarquement allié en Sicile, Mussolini est renversé en juillet 1943. S’ouvre alors la période la plus sombre de l’histoire italienne depuis l’Unité : le pays se retrouve coupé en deux, entre un Sud libéré par les Alliés et un Nord occupé par les Allemands, où Mussolini, remis en selle par Hitler, dirige la République fantoche de Salò. La Résistance, la guerre civile et la libération de 1945 poseront les fondations de la République démocratique proclamée en 1946.