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Que lire sur l'histoire de la Guadeloupe ?

Que lire sur l’histoire de la Guadeloupe ?

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L’histoire de la Guadeloupe ne commence ni en 1635, ni en 1493, ni même avec les récits des chroniqueurs européens. Bien avant que Christophe Colomb n’aperçoive les côtes de Karukera — « l’île aux belles eaux » en langue caraïbe —, des peuples amérindiens occupent l’archipel depuis plusieurs millénaires. Les Arawaks, puis les Kalinagos (longtemps appelés « Caraïbes ») y vivent de pêche, d’agriculture et de commerce inter-îles. Mais l’arrivée des Français, en 1635, change tout. La colonisation installe un ordre fondé sur l’exploitation des terres et de ceux qui les travaillent : d’abord les engagés — des Européens pauvres liés par un contrat de servitude de trois ans, soumis à des conditions de travail brutales —, puis, à mesure que la culture de la canne à sucre supplante celle du tabac, des esclaves africains déportés par centaines de milliers pour alimenter les plantations. Pendant plus de deux siècles, la société guadeloupéenne se structure autour de l’habitation, c’est-à-dire l’exploitation agricole coloniale : le maître y possède les terres, les bâtiments, les outils et les êtres humains qui y travaillent ; il y règle tous les aspects de la vie de ses esclaves. L’esclavage n’est aboli une première fois qu’en 1794, sous la Révolution. Mais en 1802, Bonaparte envoie une expédition militaire pour rétablir l’ordre ancien : les soldats noirs et mulâtres menés par Louis Delgrès et Joseph Ignace prennent les armes, mais finissent écrasés. Il faut attendre 1848 pour que l’abolition soit définitive.

L’abolition, cependant, ne met pas fin aux inégalités. Les descendants de colons conservent la propriété des terres, les préjugés de couleur hérités de l’Ancien Régime persistent, et l’économie sucrière décline sans qu’aucune alternative ne prenne le relais. En 1946, la Guadeloupe devient un département français — elle passe du statut de colonie à celui de partie intégrante de la République, avec les mêmes lois et les mêmes droits sociaux qu’en métropole. Cette transformation, la départementalisation, est alors portée par les élus de gauche antillais comme un progrès décisif. Mais elle ne règle pas la question du pouvoir économique, toujours concentré entre les mêmes mains, ni celle de l’identité : du mouvement indépendantiste des années 1960 à la grève générale de 2009 contre la « pwofitasyon » (la vie chère et l’exploitation), la question de savoir ce que signifie être guadeloupéen·ne reste vive.

Voici huit livres pour entrer dans cette histoire et mieux la comprendre.


1. Petite histoire de la Guadeloupe (Lucien-René Abénon, 1993)

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Lucien-René Abénon (1937-2004) a consacré l’essentiel de sa carrière à l’histoire de la Guadeloupe, en particulier à la période coloniale des XVIIe et XVIIIe siècles, sujet de sa thèse de doctorat soutenue à Paris-IV en 1984. Ce livre, malgré son titre modeste, offre une synthèse qui couvre l’ensemble de l’histoire de l’île, depuis la colonisation française de 1635 jusqu’au XXe siècle. On y suit la mise en place de l’économie sucrière, les guerres avec l’Angleterre — qui occupe la Guadeloupe à plusieurs reprises entre 1759 et 1816 —, puis le lent effondrement du modèle sucrier au XIXe siècle, tandis que les populations asservies arrachent, étape par étape, la liberté et l’égalité des droits.

L’ouvrage s’adresse autant aux néophytes qu’à celles et ceux qui souhaitent disposer d’une vue d’ensemble solide avant d’aborder des études plus spécialisées. Quelques lecteur·ices ont regretté un traitement parfois rapide de certains sujets — le fonctionnement des plantations, par exemple, ou les conséquences immédiates de l’abolition de 1848. Mais c’est précisément le mérite d’une « petite histoire » bien construite : elle pose les repères chronologiques essentiels et donne envie d’aller creuser. Les sept bouquins qui suivent sont là pour ça.


2. Histoire des Antilles françaises, XVIIe-XXe siècle (Paul Butel, 2002)

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Professeur émérite d’histoire moderne à l’université de Bordeaux et spécialiste du monde atlantique, Paul Butel (1931-2015) signe ici la seule histoire générale des Antilles françaises à couvrir plus de trois siècles en un seul volume. Le périmètre est large : Guadeloupe, Martinique, mais aussi Saint-Domingue — la future Haïti, « perle des Antilles » jusqu’à son indépendance en 1804 — et les îles mineures. Le récit court de l’installation des premiers colons sous Louis XIII à la départementalisation de 1946.

Le livre se déploie en quatre parties chronologiques. Le XVIIe siècle des pionniers, qui acclimatent le tabac puis le sucre, organisent le négoce, évincent les Amérindiens et font venir une main-d’œuvre servile. Le XVIIIe siècle de la prospérité sucrière, où les plantations antillaises deviennent l’un des moteurs de l’économie française — à tel point que la monarchie impose le système de l’Exclusif, c’est-à-dire l’obligation pour les colonies de ne commercer qu’avec la métropole, ce qui provoque d’ailleurs des révoltes de colons. Puis la séquence 1789-1848 : Révolution, abolition, rétablissement de l’esclavage, seconde abolition. Enfin, la longue marche vers la départementalisation. D’un bout à l’autre, le livre relie les logiques économiques transatlantiques aux réalités sociales des îles : hiérarchie raciale, violence de l’esclavage, révoltes, vie quotidienne.

L’ouvrage fait cependant l’impasse sur la période amérindienne : l’histoire commence avec la prise de possession française. Pour celles et ceux qui cherchent une histoire des Antilles depuis les origines, mieux vaut se tourner vers les volumes de Jean-Pierre Sainton.


3. Histoire et civilisation de la Caraïbe (Guadeloupe, Martinique, Petites Antilles). Tome 1 : Le temps des genèses, des origines à 1685 (Jean-Pierre Sainton, dir., 2004)

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Premier tome d’un projet ambitieux prévu en cinq volumes, ce livre est le fruit d’un travail collectif mené par l’historien Jean-Pierre Sainton (1955-2023) avec Raymond Boutin, Richard Château-Degat, Lydie Ho-Fong-Choy Choucoutou et Georges B. Mauvois. Le parti pris est net : l’histoire des Petites Antilles ne débute pas avec l’arrivée des Européens. Elle remonte aux premiers peuplements amérindiens, plusieurs millénaires avant 1492. Le livre retrace cette longue séquence des origines jusqu’au Code noir de 1685, l’édit royal qui fixe le cadre juridique de l’esclavage dans les colonies françaises. Le texte définit le statut des esclaves, les obligations des maîtres et la frontière entre libres et non-libres.

La particularité de ce livre, par rapport à la plupart des histoires coloniales, tient à son point de vue : l’archipel n’est pas un prolongement lointain de la France, mais un espace à part entière. Les auteurs étudient chaque île dans ses spécificités — géographie, peuplement, rapports avec les îles voisines — et l’inscrivent dans les échanges caribéens et atlantiques plutôt que dans le seul regard métropolitain. Le tournant sucrier des années 1640-1685 reçoit un traitement particulièrement approfondi : c’est à ce moment que la culture du sucre remplace celle du tabac, que les engagés européens cèdent la place aux esclaves africains comme force de travail principale, et que se met en place la société d’habitation — ce système qui va structurer les Antilles pour deux siècles.

Le bouquin est dense, exigeant, et ne se lit pas comme un roman. Mais il a fixé l’état des connaissances sur la plupart des sujets qu’il aborde, et aucune étude sur les Petites Antilles ne peut aujourd’hui s’en passer.


4. Histoire et civilisation de la Caraïbe (Guadeloupe, Martinique, Petites Antilles). Tome 2 : Le temps des matrices. Économie et cadres sociaux du long XVIIIe siècle (Jean-Pierre Sainton, dir., 2012)

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Ce deuxième tome entre dans le vif du XVIIIe siècle, la période où le système de la plantation sucrière esclavagiste atteint sa pleine maturité — et dont les effets (concentration foncière, hiérarchies de couleur, dépendance économique vis-à-vis de la métropole) se font sentir bien après l’abolition. Le livre se divise en deux parties. La première, intitulée « Des bateaux, des marchandises et des hommes », étudie les structures économiques : comment fonctionne le commerce entre les îles et la métropole, comment s’organise une habitation sucrière (de la culture de la canne au raffinage), quelle place occupe la traite négrière — le transport forcé de captifs africains vers les Amériques — dans cette économie. La seconde partie se tourne vers les cadres sociaux : démographie, organisation du territoire, et surtout les distinctions de couleur et de statut qui stratifient la population — Blancs, libres de couleur (les personnes d’ascendance africaine ayant obtenu ou hérité de la liberté), esclaves.

L’ensemble permet de comprendre comment la société coloniale fonctionne au quotidien : qui produit quoi, qui vend à qui, qui possède qui, et selon quelles règles. Le découpage en volumes impose cependant quelques limites : l’esclavage est abordé ici sous l’angle de ses structures, tandis que les formes de résistance des esclaves — marronnage (la fuite dans les mornes pour échapper à la servitude), révoltes, sabotages — étaient prévues pour le tome suivant. Celui-ci n’a pas pu voir le jour du vivant de Jean-Pierre Sainton, disparu en 2023. L’entreprise reste inachevée, mais les deux tomes publiés suffisent à en mesurer l’ampleur.


5. Esclavage, métissage, liberté. La Révolution française en Guadeloupe, 1789-1802 (Frédéric Régent, 2004)

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Issu de la thèse de doctorat de Frédéric Régent, soutenue à l’université Paris-I, ce livre a été réécrit pour être accessible à un large public — et c’est une réussite. L’ouvrage couvre la période la plus tumultueuse de l’histoire guadeloupéenne : la décennie où la Révolution française met à bas un ordre social vieux de cent cinquante ans. Quand les idées révolutionnaires parviennent aux colonies, chaque groupe social tente de les tourner à son avantage : les colons blancs se déchirent entre « patriotes » et « royalistes », les libres de couleur réclament l’égalité des droits, les esclaves voient s’ouvrir une brèche vers la liberté. En moins de dix ans, la Guadeloupe connaît l’abolition de l’esclavage (1794), l’intégration d’anciens esclaves dans l’armée républicaine, leur participation active aux guerres contre les Anglais dans les Caraïbes, puis le brutal retour en arrière ordonné par Bonaparte en 1802.

L’une des contributions majeures de Régent est d’avoir remis en lumière le rôle des libres de couleur, c’est-à-dire les personnes d’ascendance africaine — souvent métisses — qui, avant même la Révolution, avaient obtenu la liberté par affranchissement ou par naissance. Ces libres de couleur possèdent parfois eux-mêmes des esclaves, accèdent à la propriété foncière et occupent une place de plus en plus importante dans le commerce urbain. Mais ils subissent des mesures discriminatoires qui se durcissent au cours du XVIIIe siècle — interdiction d’exercer certaines professions, obligation de porter des vêtements spécifiques —, mesures qui n’existaient pas dans le Code noir de 1685. La Révolution fait éclater toutes ces contradictions. Régent s’appuie sur des archives jusqu’alors inexploitées — actes notariés de Guadeloupe, fonds du Centre des archives d’outre-mer à Aix-en-Provence — pour reconstituer cette période.

Le livre s’achève sur l’épisode le plus tragique : la résistance de Delgrès et d’Ignace face aux troupes du général Richepance, envoyées par Bonaparte pour restaurer l’esclavage. Pendant dix-neuf jours, en mai 1802, les rebelles se battent au cri de « vivre libre ou mourir ». Delgrès se fait sauter avec ses hommes à l’habitation d’Anglemont plutôt que de se rendre. Un épisode longtemps occulté de l’histoire napoléonienne, que ce livre tire de l’oubli.


6. Les maîtres de la Guadeloupe. Propriétaires d’esclaves, 1635-1848 (Frédéric Régent, 2019)

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Après avoir étudié les esclaves et les libres de couleur dans ses travaux précédents, Frédéric Régent se tourne ici vers ceux qui se trouvent de l’autre côté de la relation esclavagiste : les maîtres. Issu de son habilitation à diriger des recherches (soutenue à la Sorbonne en 2018), l’ouvrage suit le parcours de quatre familles de propriétaires — les Caniquit, les Douillard, les Paviot et les Ruillier — sur huit générations, de leur arrivée en Guadeloupe en 1635 jusqu’à la seconde abolition de 1848.

Ce qui ressort de cette enquête généalogique, c’est à quel point le monde des maîtres est loin de l’image figée du grand planteur blanc. L’idée reçue veut qu’il y ait d’un côté les riches sucriers européens, de l’autre la masse des esclaves. La réalité est beaucoup plus fragmentée. Régent montre qu’il n’existe pas de solidarité entre grands et petits propriétaires, que la mobilité sociale est réelle sur plusieurs générations, et surtout — c’est l’un des apports les plus frappants du livre — qu’une partie des propriétaires d’esclaves ont eux-mêmes une ascendance africaine. Certains parviennent à franchir la « barrière de couleur » : par des alliances matrimoniales et des stratégies patrimoniales, le souvenir de l’origine africaine s’efface en quelques générations. D’autres se retrouvent rattrapés par des dispositions discriminatoires apparues au XVIIIe siècle, comme le montre l’affaire Caniquit de 1768 : des adversaires de la famille produisent des documents pour prouver son ascendance africaine et lui faire perdre les privilèges réservés aux Blancs.

À travers ces trajectoires familiales, Régent reconstitue une société coloniale où les frontières entre catégories raciales sont bien moins étanches qu’on ne le croit d’ordinaire — ce qui ne rend pas le système moins violent, mais autrement plus complexe. Le livre s’appuie sur des sources primaires abondantes : registres paroissiaux, actes notariés, recensements, enquêtes administratives.


7. La décolonisation improbable. Cultures politiques et conjonctures en Guadeloupe et en Martinique (1943-1967) (Jean-Pierre Sainton, 2012)

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Jean-Pierre Sainton aborde ici une période charnière et longtemps ignorée par les historiens : les deux décennies et demie qui séparent la Libération aux Antilles françaises de la tragédie de mai 1967 en Guadeloupe. Ce jour-là, à Pointe-à-Pitre, un conflit entre ouvriers du bâtiment et leur employeur dégénère en affrontements avec les forces de l’ordre, qui tirent sur la foule. Le bilan — jamais officiellement établi de façon définitive — fait plusieurs morts, peut-être des dizaines. Le titre du livre résume la thèse : la décolonisation des Antilles françaises, bien qu’envisagée, discutée et parfois ardemment souhaitée par une partie de la population, n’a finalement pas eu lieu.

Pourquoi ? Sainton — dont le père, militant indépendantiste au sein du GONG (Groupe d’organisation nationale de la Guadeloupe), a été arrêté lors de ces événements — avance une réponse en deux temps. D’un côté, la départementalisation de 1946 apporte des avancées sociales réelles (sécurité sociale, droits du travail, accès à l’éducation) qui rendent la rupture avec la France coûteuse à envisager pour la majorité de la population. De l’autre, elle ne modifie pas la structure du pouvoir économique — les descendants de colons conservent leurs terres et leurs entreprises — et ne crée pas les conditions d’un développement autonome. Ces frustrations alimentent les mouvements indépendantistes et autonomistes, mais ceux-ci se heurtent à la fois à la répression de l’État français et à l’attachement d’une large part de la population aux acquis sociaux de la départementalisation. Sainton étudie ce blocage sur deux plans : celui des cultures politiques locales et celui du contexte international — guerre froide, indépendances africaines et asiatiques, positions du PCF et du gaullisme sur l’outre-mer.

Préfacé par l’historienne Michelle Zancarini-Fournel, l’ouvrage éclaire les racines de tensions qui continuent de travailler la Guadeloupe et la Martinique. Il aide à comprendre pourquoi, en 2009, des dizaines de milliers de Guadeloupéen·nes pouvaient encore scander dans la rue que « la Guadeloupe n’est pas à eux ».


8. Peuple de Guadeloupe. Dire « nous » après l’esclavage et la colonisation (Ary Gordien, 2025)

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Le livre le plus récent de cette sélection prend pour point de départ cette même grève générale de 2009 et le slogan du collectif Liyannaj Kont Pwofitasyon (LKP) : « La Guadeloupe est à nous, la Guadeloupe n’est pas à eux. » Mais qui est ce « nous » ? Et qui sont « eux » ? C’est toute la question du livre.

Chercheur en anthropologie au CNRS, Ary Gordien a mené entre 2009 et 2015 une enquête de terrain au sein de trois types d’organisations : des partis et syndicats indépendantistes, des associations de Guadeloupéen·nes d’origine indienne (les descendant·es de travailleurs engagés arrivés après l’abolition de l’esclavage pour remplacer la main-d’œuvre servile), et un syndicat patronal composé en grande partie de Békés — les descendant·es des colons blancs, qui conservent un poids économique considérable sur l’île. Cette enquête à trois entrées lui permet de montrer que la Guadeloupe n’a pas un seul récit identitaire, mais plusieurs, et qu’ils se contredisent. Nationalisme anticolonial noir, créolité — l’idée que ce qui unit les Guadeloupéen·nes, c’est la culture et la langue communes nées du brassage colonial, quelle que soit la couleur de peau —, afrocentrisme qui revendique une filiation africaine, revendications culturelles et religieuses des Guadeloupéen·nes d’origine indienne, identité blanche créole : chacun de ces courants propose une définition différente du « nous » guadeloupéen, et donc des frontières différentes pour dire qui en fait partie et qui en est exclu.

Gordien ne se contente pas d’analyser les discours des militant·es et des responsables politiques. Il observe aussi comment, dans la vie de tous les jours — au marché, en famille, dans les conversations ordinaires —, ces idéologies sont reprises, transformées, contestées ou simplement ignorées par les habitant·es de l’archipel. Le livre affronte ainsi une question aussi vieille que la colonisation elle-même : comment « faire peuple » dans une société où cohabitent les descendant·es des esclaves, des colons, des travailleurs immigrés et de tous les métissages qui en ont résulté ?