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Que lire sur Franklin Delano Roosevelt ?

Que lire sur Franklin Delano Roosevelt ?

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Franklin Delano Roosevelt naît le 30 janvier 1882 à Hyde Park, domaine familial de la vallée de l’Hudson. Fils unique d’une vieille famille patricienne de souche hollandaise établie en Amérique depuis le XVIIe siècle, il grandit entre précepteurs, voyages en Europe et étés sur l’île canadienne de Campobello. Après des études à Harvard puis à Columbia, il épouse en 1905 sa cousine éloignée Eleanor, nièce du président républicain Theodore Roosevelt. Élu démocrate au Sénat de l’État de New York à vingt-huit ans, secrétaire adjoint à la Marine pendant la Première Guerre mondiale, puis colistier à la présidentielle perdue de 1920, il apparaît comme un espoir du Parti démocrate quand, en août 1921, la poliomyélite le frappe. Paralysé des jambes à trente-neuf ans, il ne remarchera jamais sans aide.

Plutôt que de s’effacer, il apprend à dissimuler son infirmité — presque aucune image officielle ne le montre assis dans son fauteuil — et reprend le combat politique. Élu gouverneur de New York en 1928, il y crée, face à la crise de 1929, le premier grand programme public d’aide aux chômeurs lancé dans un État américain, ce qui lui vaut une notoriété nationale. En novembre 1932, il écrase Herbert Hoover, tenu pour responsable de l’impuissance fédérale face à la Dépression. Le 4 mars 1933, jour de son investiture, un Américain sur quatre est sans emploi, des milliers de banques ont fait faillite, et certains se demandent à voix haute si la démocratie survivra à la crise.

La suite tient du tour de force. En cent jours, Roosevelt fait voter une rafale de lois qui réinvente le rôle de l’État fédéral : régulation stricte des banques, aide massive aux agriculteurs ruinés, grands travaux publics pour donner du travail aux chômeurs, reconnaissance du droit syndical. Suivront la Sécurité sociale (1935) et un impôt fortement progressif sur les plus fortunés. C’est le New Deal, un compromis pragmatique entre capitalisme régulé et protection sociale, inventé au fil des événements par un homme que rien ne prédestinait à la social-démocratie.

Réélu en 1936, en 1940 puis en 1944 — prouesse qui poussera le Congrès, après sa mort, à limiter par amendement les présidents à deux mandats —, il fait basculer un pays farouchement isolationniste vers la guerre : il soutient d’abord matériellement le Royaume-Uni par la loi prêt-bail de mars 1941, puis engage les forces américaines après l’attaque japonaise de Pearl Harbor, le 7 décembre 1941. Il scelle l’alliance avec Churchill et Staline, prépare l’après-guerre et les futures Nations unies. Il meurt le 12 avril 1945 à Warm Springs, en Géorgie, d’une hémorragie cérébrale, à quelques semaines de la capitulation allemande, sans avoir vu la victoire qu’il a tant contribué à rendre possible.

Voici les principaux livres disponibles en français autour de sa personne.


1. Franklin D. Roosevelt (Yves-Marie Péréon, 2012)

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Agrégé et docteur en histoire, professeur à l’université Paris Panthéon-Assas, Yves-Marie Péréon a voulu combler un manque étrange : alors que le trente-deuxième président des États-Unis a inspiré des bibliothèques entières outre-Atlantique, très peu de biographies françaises lui étaient consacrées au moment où ce livre paraît chez Tallandier. L’ouvrage — un peu plus de cinq cents pages — couvre toute la trajectoire de Roosevelt, de l’enfance dorée de Hyde Park jusqu’à la mort soudaine de Warm Springs en avril 1945, sans jamais séparer l’homme du dirigeant.

La réussite tient à l’équilibre. Péréon restitue la complexité d’un personnage à tiroirs — charmeur mondain, patricien rétif aux idées abstraites, croyant sincère, manipulateur politique redoutable — sans chercher à trancher les contradictions qui ont nourri sa légende. Il suit pas à pas la construction du New Deal, s’appuie sur les archives et sur la bibliographie anglo-saxonne, et n’occulte ni les reculs ni les échecs. En 1937, par exemple, furieux contre une Cour suprême qui a invalidé plusieurs de ses lois sociales phares, Roosevelt présente un projet de loi qui lui permettrait d’y nommer jusqu’à six juges supplémentaires : la manœuvre indigne l’opinion, choque jusque dans son propre camp, et lui coûte une part de son autorité politique. Même lucidité sur la politique du président envers les réfugiés juifs chassés par le nazisme : la Maison-Blanche les a très peu aidés.

Le bouquin se lit comme un récit : on suit la campagne de 1932, on s’installe dans le Bureau ovale pendant les Cent Jours — cette rafale législative des cent premiers jours du premier mandat —, on voyage aux grandes conférences de la guerre : Casablanca (1943) en face-à-face avec Churchill, puis Téhéran (fin 1943) et Yalta (février 1945), où les trois Grands — Roosevelt, Churchill, Staline — tracent les contours du monde d’après-guerre. C’est sans doute la façon la plus agréable d’aborder FDR sans se noyer dans les études universitaires américaines, avec la rigueur factuelle en prime.


2. Franklin D. Roosevelt (André Kaspi, 2012)

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Professeur émérite à la Sorbonne et spécialiste de l’histoire des États-Unis, André Kaspi signe en 1988 chez Fayard la première grande biographie française consacrée à Roosevelt. Rééditée en poche chez Tempus Perrin en 2012, elle compte plus de six cents pages et s’appuie sur un dépouillement massif des archives et de la bibliographie internationale.

Kaspi excelle dans l’analyse politique : la construction du New Deal y est restituée mois par mois, loi par loi, avec un souci constant de rendre intelligibles les arbitrages d’une équipe présidentielle souvent divisée entre libéraux orthodoxes, planificateurs et syndicalistes. Le chapitre consacré aux relations avec la France occupe une place à part. On y comprend pourquoi Roosevelt, persuadé que de Gaulle était un apprenti dictateur et que la France, défaite en 1940, ne redeviendrait jamais une grande puissance, a longtemps misé sur le régime de Vichy puis sur le général Giraud, qu’il jugeait plus malléable, avant de se résoudre, tardivement, à reconnaître l’autorité de la France libre.

L’homme n’est pas non plus sacrifié au politique. On suit l’infirmité, les longs séjours de rééducation à Warm Springs — où Roosevelt avait racheté une station thermale pour en faire un centre de soins destiné aux malades de la poliomyélite —, la vie conjugale compliquée avec Eleanor, le rôle très intime de sa secrétaire particulière Missy LeHand, et l’affaire Lucy Mercer : cette secrétaire d’Eleanor devenue la maîtresse de Franklin, présence que le couple n’a jamais totalement effacée et qui se trouvait à son chevet le jour de sa mort. Plus académique que le Péréon, ce livre demeure la biographie de référence en langue française, celle que recommandent la plupart des historiens et qu’on garde à portée de main pour vérifier une date, une décision, une nuance.


3. Eleanor Roosevelt : First Lady et rebelle (Claude-Catherine Kiejman, 2012)

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Longtemps journaliste à France Culture et collaboratrice du Monde et de L’Express, Claude-Catherine Kiejman a fait des biographies de femmes hors normes sa spécialité — Golda Meir, Svetlana Staline, Clara Malraux. Avec celle-ci, elle s’attaque à une figure que la France connaît mal, alors qu’elle a littéralement inventé la fonction moderne de First Lady : avant Eleanor, l’épouse du président se cantonnait aux mondanités. Après elle, plus aucune ne pourra s’y limiter.

Le livre insiste sur la fabrication de cette personnalité singulière, à partir d’une enfance abîmée : mère distante qui la surnomme « Granny » pour se moquer de sa laideur, père alcoolique mort jeune, orpheline à dix ans, élevée par une grand-mère austère. On suit la jeune fille complexée, le mariage de convenance avec un cousin promis à un grand avenir, la découverte en 1918 de la liaison de Franklin avec Lucy Mercer — la propre secrétaire d’Eleanor —, choc qui transforme leur couple en association politique, puis l’émancipation personnelle : l’engagement pour les droits des Noirs et des plus pauvres, l’amitié passionnée — et peut-être davantage, si l’on en croit les lettres qu’elles ont échangées — avec la journaliste Lorena Hickok, la mainmise discrète sur certains dossiers sociaux de la Maison-Blanche.

Le format reste volontairement ramassé — environ deux cent cinquante pages — et le livre se lit d’une traite. On pourra regretter que certaines années soient parcourues un peu vite, notamment l’immense carrière d’Eleanor après 1945, lorsqu’elle préside la commission des Nations unies qui rédige la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée en 1948. Reste un portrait juste, incarné, mené sans temps mort, de celle que Truman surnommait « First Lady of the World » — et un contrepoint à toute lecture consacrée à FDR.


4. L’autre Amérique (Judith Perrignon, 2025)

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Journaliste, romancière et productrice pour France Culture, Judith Perrignon a d’abord consacré à Franklin D. Roosevelt une série documentaire radiophonique, diffusée à l’été 2024, avant d’en tirer ce livre paru chez Grasset au printemps 2025 — quelques semaines à peine après le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Ce calendrier n’est pas anodin : l’autrice assume de relire FDR à la lumière du présent, pour rappeler qu’une autre Amérique a existé, bâtie contre les grands intérêts financiers et non à leur service.

Le livre s’appuie principalement sur le journal intime d’Henry Morgenthau Jr., secrétaire au Trésor, ami de trente ans et voisin de Hyde Park, qui a consigné au jour le jour ses conversations avec le président. Ce fil conducteur permet à Judith Perrignon de reconstituer les coulisses du New Deal sans tomber dans la fresque impersonnelle, et de dessiner en creux la relation entre un patricien paralysé et ce conseiller juif qui, à mesure que la guerre avance, multiplie les démarches pour faire prendre à son ami la mesure de la Shoah — jusqu’à obtenir, en 1944, la création du War Refugee Board, organisme d’aide aux réfugiés juifs.

Le livre accorde une place importante aux angles morts de la présidence : le racisme institutionnel que Roosevelt n’a jamais frontalement affronté, l’accueil chichement mesuré aux réfugiés juifs, le poids des démocrates du Sud, dont les voix étaient indispensables au Congrès pour faire adopter le New Deal et qui ont obtenu en échange l’exclusion des travailleurs agricoles et domestiques — c’est-à-dire l’essentiel de la main-d’œuvre noire — de plusieurs dispositifs sociaux. L’ensemble tient du portrait engagé plutôt que de la synthèse neutre, et certains lecteur·ice·s trouveront le parti pris un peu lourd ; d’autres y verront, précisément, la vertu d’un livre qui refuse de statufier FDR et interroge ce qu’il reste, de part et d’autre de l’Atlantique, de cette parenthèse sociale-démocrate à l’américaine.


5. L’Amérique en guerre : 1933-1946 (Christophe Prime, 2024)

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Historien au Mémorial de Caen, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, Christophe Prime a publié en 2024 chez Perrin ce gros volume de plus de six cents pages qui manquait à l’historiographie francophone : un panorama complet des États-Unis en guerre, du tournant de 1933 jusqu’à la démobilisation de 1946. Le choix des bornes chronologiques importe. La guerre américaine ne commence pas à Pearl Harbor : elle se prépare mentalement, diplomatiquement, industriellement dès l’arrivée simultanée de Roosevelt et d’Hitler au pouvoir, à quelques semaines d’intervalle, en 1933.

L’intérêt du livre tient à ses changements d’échelle constants. On passe du Bureau ovale à la chaîne de montage de Willow Run — l’usine Ford du Michigan qui finit par produire un bombardier B-24 par heure au plus fort de la cadence —, d’un état-major stratégique à un sous-marin du Pacifique, d’un plateau hollywoodien au camp d’internement de Manzanar, où l’armée parque, à partir du printemps 1942, plus de dix mille Américains d’origine japonaise sans autre motif que leurs origines. Prime s’intéresse autant aux soldats — leurs motivations, leur quotidien, leurs rapports aux civils étrangers — qu’aux rouages stratégiques et industriels de l’effort de guerre.

L’historien bouscule quelques idées reçues, notamment celle du Germany First — la stratégie officielle qui donnait la priorité au théâtre européen sur le théâtre asiatique. Dans les faits, c’est la guerre contre le Japon qui a mobilisé le plus de moyens humains et matériels américains, réalité que les Européens continuent de sous-estimer. Prime ne masque pas non plus les ratés et les erreurs, de la bataille de Normandie au désastre de Peleliu (cette petite île du Pacifique prise en 1944 au prix de près de dix mille pertes américaines, pour un intérêt stratégique discuté dès l’époque), ni les contradictions morales d’un pays qui lutte contre le nazisme alors qu’il pratique la ségrégation chez lui. Un livre qui fera date, à lire en regard de toute biographie de Roosevelt pour saisir ce qu’a été réellement son second grand chantier, celui du commandant en chef.


6. Comment j’ai vaincu la crise (Franklin D. Roosevelt, 2014)

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Publié en 2014 aux éditions Les Petits Matins dans la collection « Alternatives économiques », ce court ouvrage rassemble une sélection de discours et de causeries radiophoniques de FDR, établie et préfacée par l’économiste Christian Chavagneux, rédacteur en chef adjoint du mensuel du même nom. Une petite centaine de pages : idéal pour entrer directement dans la parole de Roosevelt avant, éventuellement, de passer à un recueil plus complet.

L’angle choisi est clair : comprendre comment un président d’abord acquis aux principes du laissez-faire, de la libre concurrence et de l’équilibre budgétaire s’est vu contraint par la crise à encadrer la finance, à instaurer un impôt fortement progressif et à bâtir un État providence. Les textes retenus portent sur la crise bancaire de mars 1933 (Roosevelt ordonne alors la fermeture temporaire de toutes les banques pour stopper la panique, puis ne rouvre que celles dont les comptes sont jugés sains), la séparation des banques de dépôt et des banques d’investissement imposée par le Glass-Steagall Act, la régulation de Wall Street, la fiscalité des plus fortunés, la naissance de la Sécurité sociale américaine en 1935. Chaque pièce est brièvement recontextualisée par Chavagneux, ce qui permet au lecteur·ice non spécialiste de comprendre ce qui se joue derrière chaque discours.

La résonance avec le présent saute aux yeux, et c’est ce que revendique l’éditeur : à l’heure où l’on reparle de dette publique, d’inégalités et de régulation financière, les mots de Roosevelt gardent un tranchant inattendu. À consommer comme un apéritif intellectuel avant d’attaquer un bouquin plus ambitieux — ou simplement pour saisir, en moins d’une soirée, la cohérence doctrinale d’un homme souvent présenté comme un pur pragmatique.


7. Causeries au coin du feu, 1933-1944 (Franklin D. Roosevelt, 2013)

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Entre mars 1933 et juin 1944, Franklin D. Roosevelt s’adresse trente fois directement au peuple américain par la radio, le soir, dans un registre familier que la presse baptise aussitôt fireside chats — littéralement « bavardages au coin du feu ». Le président y explique ses réformes, y justifie ses choix de politique étrangère, y mobilise le pays contre le nazisme et le militarisme japonais. Ce sont ces trente interventions que les éditions Bartillat ont publiées en 2013 dans leur intégralité, traduites et préfacées par Denis Griesmar — une première en français, longtemps attendue.

L’intérêt du recueil dépasse largement la figure de Roosevelt. On y suit, en direct, la naissance de la communication politique moderne : le président comprend avant presque tout le monde que la radio autorise un ton nouveau, intime, et qu’un chef d’État peut parler à soixante millions d’Américains comme s’il était assis dans leur salon. Le vocabulaire est volontairement simple, les métaphores domestiques, les chiffres rares ; l’art consiste à donner à un fermier du Kansas l’impression que le président s’adresse à lui personnellement.

Lire ces textes d’un trait, c’est traverser douze années d’histoire américaine au rythme même où les Américains les ont vécues. On passe de la crise bancaire à la reprise, puis à la menace nazie, à l’attaque de Pearl Harbor, au Jour J, aux prémices de Yalta, avec la voix de Roosevelt pour guide — rassurante, parfois pédagogue, parfois grave. Après avoir parcouru les biographies et les analyses historiques, ce contact avec la parole brute du président vient donner chair à l’homme.