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Que lire sur l'histoire de la Savoie ?

Que lire sur l’histoire de la Savoie ?

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Au carrefour des Alpes, entre les influences françaises, italiennes et suisses, la Savoie a connu un destin politique sans équivalent dans l’histoire des régions européennes. Peuplée à l’origine par les Allobroges — un peuple gaulois soumis par Rome au IIe siècle avant notre ère —, elle passe ensuite sous la domination des Burgondes, des Francs, puis des Carolingiens. Au début du XIe siècle, un seigneur du nom de Humbert aux Blanches Mains fonde la dynastie qui va gouverner la Savoie pendant plus de huit cents ans. Le comté, érigé en duché en 1416, s’étend progressivement de Genève à Nice, du Lyonnais au Piémont. Sa puissance repose sur le contrôle des grands cols alpins — Mont-Cenis, Petit et Grand Saint-Bernard —, passages obligés entre la France et l’Italie.

En 1563, après des décennies d’occupation par les armées françaises (guerres d’Italie), le duc Emmanuel-Philibert déplace la capitale de Chambéry à Turin : la Savoie, trop vulnérable aux invasions venues de l’ouest, cède la prééminence au Piémont, mieux protégé par la plaine du Pô. Ce transfert éloigne durablement le pouvoir ducal des populations savoyardes : Turin gouverne, la Savoie subit. Puis la Révolution française change la donne : en 1792, les troupes républicaines envahissent le duché, qui est rattaché à la France jusqu’à la chute de Napoléon en 1815. Rendue au royaume de Piémont-Sardaigne, la Savoie retombe sous l’autorité de Turin pour quarante-cinq ans. Mais en 1860, dans le contexte de l’unité italienne, Napoléon III et le ministre piémontais Cavour concluent un accord : en échange du soutien militaire français contre l’Autriche, le roi Victor-Emmanuel II cède la Savoie et Nice à la France. Un plébiscite — quasi unanime — ratifie l’annexion. Dès lors, la région intègre la République, affronte deux guerres mondiales, voit ses vallées transformées par l’hydroélectricité et le tourisme alpin, et conserve jusqu’à aujourd’hui un attachement singulier à son passé transfrontalier.

Les huit ouvrages présentés ici permettent d’aborder cette histoire sous diverse angles — de la synthèse grand public à l’étude spécialisée, du récit littéraire au dictionnaire critique. Ils sont classés par ordre chronologique de publication.


1. Histoire de la Savoie (Henri Ménabréa, 1933)

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Paru chez Grasset en 1933 et réédité à plusieurs reprises — notamment par La Fontaine de Siloé en 2000 —, ce livre a durablement façonné la manière dont les Savoyards perçoivent leur propre histoire. En six parties et vingt chapitres, Henri Ménabréa retrace le destin de la Savoie des Allobroges à l’entre-deux-guerres. Avocat et bibliothécaire à Chambéry, Ménabréa est aussi romancier — on lui doit plusieurs récits de fiction situés dans les Alpes. Cette vocation littéraire imprègne son travail d’historien : il ne se contente pas d’exposer des faits, il reconstitue des atmosphères, fait vivre les lieux et les personnages. C’est pourquoi on le surnomme parfois le « Michelet de la Savoie ».

Si les méthodes historiographiques ont beaucoup changé depuis 1933, le bouquin demeure l’un des rares à embrasser l’histoire savoyarde dans un récit continu. Il permet surtout de comprendre quel regard les Savoyards du XXe siècle portaient sur leur passé — avec ses fiertés (la dynastie, l’indépendance du duché), ses zones d’ombre (les occupations, la marginalisation politique après le transfert de la capitale à Turin) et ses ambivalences (l’annexion de 1860, vécue à la fois comme une perte d’autonomie et comme une promesse de modernité). Ce n’est donc pas un ouvrage académique au sens strict, mais un texte fondateur qu’il est utile d’avoir lu pour comprendre pourquoi les Savoyards tiennent tant à leur histoire.


2. La Savoie au XVIIIe siècle : noblesse et bourgeoisie (Jean Nicolas, 1978)

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Issu d’une thèse de doctorat soutenue en 1976, cet ouvrage en deux volumes — plus de 1 200 pages — constitue la première grande étude universitaire sur la société savoyarde d’Ancien Régime. Chercheur au CNRS puis enseignant à l’université Paris-VII, Jean Nicolas y a consacré des années de dépouillement d’archives. Le livre a reçu le prix d’histoire de l’Académie française en 1978, et une réédition par La Fontaine de Siloé l’a remis en circulation en 2003.

Le premier tome analyse la société savoyarde au tournant du XVIIIe siècle, sous le règne de Victor-Amédée II — le duc qui fait de la Savoie-Piémont un royaume après avoir reçu la couronne de Sardaigne en 1720. Nicolas identifie et dénombre les deux groupes qui dominent le duché : d’un côté la noblesse, de l’autre la bourgeoisie des avocats, notaires et marchands. Il évalue leurs fortunes, scrute leurs stratégies matrimoniales et leurs rivalités. Le second tome suit les transformations de ces élites au fil du XVIIIe siècle : la monarchie piémontaise, depuis Turin, impose des réformes fiscales qui réduisent les privilèges nobiliaires — révision des cadastres, obligation pour les seigneurs de revendre à l’État leurs droits féodaux (péages, corvées, redevances) —, ce qui profite aux notables roturiers et prépare, à terme, les bouleversements de la Révolution.

L’un des grands mérites de cette thèse est d’avoir sorti la Savoie de l’angle mort dans lequel elle se trouvait — trop italienne pour intéresser les historiens français, trop française pour les historiens italiens. Nicolas l’a placée sur un pied d’égalité avec les grandes monographies régionales consacrées à la Provence, au Languedoc ou à l’Auvergne, et a ouvert la voie à toute l’historiographie savoyarde qui a suivi.


3. Nouvelle histoire de la Savoie (Paul Guichonnet, dir., 1996)

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Publiée chez Privat, cette synthèse collective de 367 pages réunit sept spécialistes, chacun·e responsable d’une période : Aimé Bocquet pour la préhistoire, Pierre Broise et Bernard Rémy pour l’Antiquité gallo-romaine, Henri Baud pour le Moyen Âge, Roger Devos et Jean Nicolas pour l’époque moderne, et Paul Guichonnet lui-même pour les XIXe et XXe siècles. L’ensemble couvre l’histoire savoyarde des premières traces néolithiques à l’après-Jeux olympiques d’Albertville (1992).

Géographe et historien né à Megève, Paul Guichonnet (1920-2018) est l’une des grandes figures de l’historiographie savoyarde. Spécialiste de l’annexion de 1860 et de l’unité italienne, il a structuré l’ouvrage autour d’une trame chronologique équilibrée : le Moyen Âge, par exemple, occupe 85 pages et ne se réduit pas à une galerie de comtes — féodalité, vie religieuse et formation territoriale du duché y sont traités à part entière. Les chapitres consacrés à l’époque contemporaine abordent l’intégration de la Savoie dans la nation française, l’industrialisation et le traumatisme de la période 1940-1945 — l’occupation italienne puis allemande, la Résistance dans les massifs alpins —, encore très présent dans la mémoire locale.

Le livre privilégie cependant le récit politique — succession des souverains, des régimes, des guerres — au détriment des dynamiques économiques ou culturelles de longue durée. Le livre ne prétend pas à l’exhaustivité : il vise un large public et lui fournit un cadre chronologique solide, quitte à laisser aux ouvrages plus spécialisés de cette sélection le soin d’approfondir les questions économiques ou culturelles.


4. La Savoie et l’Europe 1860-2010 : dictionnaire historique de l’Annexion (Christian Sorrel et Paul Guichonnet, dir., 2009)

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Conçu pour le 150e anniversaire du rattachement de la Savoie à la France, ce dictionnaire critique de 714 pages a été réalisé sous la direction de Christian Sorrel, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Lyon, et de Paul Guichonnet. Publié par La Fontaine de Siloé, il se concentre sur un événement unique : l’annexion de 1860 et ses répercussions sur un siècle et demi.

L’ouvrage revient sur le moment où, pour la première et la dernière fois, la question savoyarde occupe le centre de la diplomatie européenne. Après un millénaire sous la Maison de Savoie, le duché se retrouve face à trois avenirs possibles : suivre la dynastie dans l’Italie en construction, devenir un canton de la Confédération helvétique — option sérieusement envisagée pour la Savoie du Nord, proche de Genève —, ou se rattacher à la France. Les entrées du dictionnaire couvrent les acteurs clés (Napoléon III, Cavour, Victor-Emmanuel II), les traités (Turin, 24 mars 1860), et les enjeux territoriaux — dont la question des zones franches, ces bandes de territoire frontalier qui bénéficiaient d’exemptions douanières héritées des traités de 1815, et dont le maintien ou la suppression a empoisonné les relations franco-suisses pendant des décennies.

Le format alphabétique fait de ce volume un outil de consultation, mais les articles se répondent et peuvent se lire à la suite. Le livre intéressera autant les spécialistes du XIXe siècle que les lecteurs·ices qui souhaitent comprendre pourquoi l’annexion reste, en Savoie, un sujet de débat — entre ceux qui la célèbrent comme l’entrée dans la modernité républicaine et ceux qui y voient la fin d’une souveraineté millénaire.


5. La Savoie, terre ouverte : occupations, annexions, révolutions, XVIe-XIXe siècle (Sylvain Milbach, dir., 2010)

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Paru dans la collection « L’histoire en Savoie » de la Société savoisienne d’histoire et d’archéologie, ce livre collectif de 227 pages rassemble les contributions de plusieurs universitaires — Alain Becchia, Pierre Judet, Sylvain Milbach lui-même, entre autres. L’idée directrice : bien avant l’annexion de 1860, la Savoie est déjà un territoire pénétré de toutes parts par les influences françaises, suisses et italiennes. Occupations militaires, flux commerciaux, circulations d’idées : sur trois siècles, le duché n’a jamais fonctionné comme un espace fermé.

Les contributions montrent que les frontières officielles du duché ne correspondent pas à la réalité vécue des populations. Les occupations françaises des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles — au gré des guerres d’Italie, de la guerre de Succession d’Espagne ou de la Révolution — ne sont pas de simples parenthèses : elles introduisent des pratiques administratives et juridiques françaises qui, même après le retour à la souveraineté ducale, ne disparaissent pas entièrement. De même, les réformes impulsées par Turin remodèlent la société savoyarde depuis l’extérieur. Le duché apparaît ainsi comme une terre où souveraineté politique et appartenances culturelles ne coïncident pas — un constat qui éclaire la facilité avec laquelle la Savoie basculera dans le giron français en 1860.

Le livre invite donc à reconsidérer l’annexion non pas comme une rupture brutale, mais comme l’aboutissement d’une longue familiarité entre la Savoie et la France.


6. Histoire économique et sociale de la Savoie de 1860 à nos jours (Denis Varaschin, dir., avec Hubert Bonin et Yves Bouvier, 2014)

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Publié chez Droz, ce volume de 652 pages réunit une vingtaine de contributeurs·ices sous la direction de Denis Varaschin, professeur d’histoire contemporaine à l’université Savoie-Mont-Blanc et spécialiste de l’histoire de l’énergie.

L’ouvrage part d’une question nette : comment deux départements alpins, longtemps tenus pour ruraux et enclavés, sont-ils devenus parmi les plus prospères de France en termes d’emploi, de revenu et d’attractivité ? Depuis 1860, la Savoie et la Haute-Savoie ont dû absorber le choc de l’intégration à l’économie française — perte des liens commerciaux privilégiés avec le Piémont, concurrence des industries du reste du pays —, puis la guerre de 1870, les deux guerres mondiales et deux crises économiques majeures. Le livre retrace cette trajectoire à travers l’industrie — en particulier l’hydroélectricité, qui transforme les vallées de Maurienne et de Tarentaise dès la fin du XIXe siècle et y attire la métallurgie et l’électrochimie —, le secteur bancaire, le tourisme (thermal d’abord, puis hivernal avec l’essor des stations de ski) et l’économie tertiaire.

Un fil conducteur traverse l’ensemble : la capacité des Savoyards à tirer profit de leur position de carrefour entre quatre pôles urbains — Lyon, Grenoble, Genève et Turin. Les apports de main-d’œuvre étrangère (suisse, italienne), l’esprit d’entreprise local et les réseaux de solidarité villageoise — entraide entre familles, accès facilité au crédit, transmission des savoir-faire d’une génération à l’autre — ont permis une trajectoire économique rare pour une région de montagne. C’est le seul ouvrage de cette sélection à traiter spécifiquement de l’économie savoyarde, et il est indispensable pour comprendre la Savoie d’aujourd’hui.


7. Histoire de la Savoie (Jean-Pierre Leguay et Thérèse Leguay, 2019)

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Publiée aux éditions Gisserot, cette synthèse de 128 pages est la plus concise de notre sélection — et la plus accessible. Jean-Pierre Leguay, professeur émérite d’histoire médiévale spécialiste des Burgondes et de la vie urbaine au Moyen Âge, et Thérèse Leguay, professeure agrégée d’histoire, proposent un condensé chronologique qui couvre l’ensemble de l’histoire de la Savoie, depuis l’installation des Burgondes au Ve siècle — c’est d’eux que vient le nom latin Sapaudia, qui désigne alors le territoire — jusqu’au XXIe siècle.

Là où la Nouvelle histoire de la Savoie de Guichonnet développe chaque période sur plusieurs dizaines de pages, le bouquin des Leguay se concentre sur les articulations : les moments de bascule (la fondation du comté, le transfert de la capitale, l’annexion), les logiques de longue durée (la position frontalière, l’émigration saisonnière, le rapport à la montagne) et les institutions clés. La monarchie sarde du XIXe siècle, par exemple, est présentée à travers ses efforts de modernisation — ce que les historiens appellent le buon governo, littéralement le « bon gouvernement » : réforme de l’administration, développement des routes, soutien à l’instruction publique.

Le format court suppose des raccourcis : certaines périodes sont à peine esquissées. Pour les lecteurs·ices qui découvrent le sujet, cette concision est un avantage : le livre offre une vue d’ensemble rapide et claire avant d’aborder les ouvrages plus volumineux de cette liste.


8. Histoire de la Savoie en 50 images (Christian Sorrel, 2025)

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Dernière parution en date de cette liste, ce livre édité par La Fontaine de Siloé adopte un parti pris original : raconter l’histoire de la Savoie à travers cinquante documents iconographiques, chacun associé à une date clé. Professeur émérite d’histoire contemporaine aux universités de Savoie et de Lyon 2, Christian Sorrel relève un défi posé par son éditeur : comment retenir seulement cinquante jalons dans sept mille ans d’histoire, et quelles images choisir pour les incarner ?

Le parcours va des premières traces néolithiques à l’époque contemporaine — l’arc de Campanus à Aix-les-Bains (vestige romain du Ier siècle), la fondation de la dynastie par Humbert Ier, le départ du Saint Suaire de Chambéry vers Turin en 1578, le vote de 1860, les Jeux olympiques de Chamonix en 1924 ou la mise en eau du barrage de Tignes en 1952, qui a englouti le village sous les eaux d’un lac artificiel. Chaque image — dessin, photographie, document d’archives, fresque — donne lieu à un commentaire qui éclaire un pan de l’histoire savoyarde. La couverture elle-même met en scène un dresseur de marmotte : ces colporteurs savoyards, souvent de très jeunes garçons, parcouraient l’Europe avec un animal dressé pour gagner quelques sous — figure emblématique de l’émigration saisonnière dont dépendait la survie de nombreuses familles de montagne.

L’auteur ne se limite pas aux batailles et aux grands personnages. Il retient aussi des documents rares — comme une fresque florentine où le comte Amédée VI, dit le « Comte Vert », apparaît aux côtés du pape et de l’empereur germanique, signe que la Savoie du XIVe siècle, malgré sa taille modeste, pesait dans les affaires du continent. Le bouquin se feuillette autant qu’il se lit, et ouvre sur l’histoire savoyarde un regard par l’image qui n’a pas d’équivalent dans la bibliographie régionale.