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Que lire sur les ducs de Bourgogne ?

Que lire sur les ducs de Bourgogne ?

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Au milieu du XVe siècle, la plus grande puissance d’Europe occidentale n’est ni la France, ni l’Angleterre : c’est la Bourgogne. Un siècle plus tôt, rien ne laissait présager un tel destin. En 1363, le roi de France Jean II le Bon cède un modeste duché à son plus jeune fils, Philippe le Hardi. Par des mariages stratégiques, des héritages, des achats et des conquêtes, quatre ducs issus de la maison de Valois — la même famille que les rois de France — rassemblent ensuite sous leur autorité la Flandre, le Brabant, la Hollande, l’Artois, le Luxembourg et la Franche-Comté, en plus de la Bourgogne elle-même. À son apogée, leur domaine s’étend de Dijon à Amsterdam — une mosaïque de provinces aux langues et aux coutumes très différentes, dont le seul point commun est d’obéir au même prince.

Philippe le Hardi, Jean sans Peur, Philippe le Bon et Charles le Téméraire ne sont pas rois, mais ils en ont les moyens. Leur cour est la plus fastueuse d’Europe. Alimenté par les villes marchandes de Flandre — Bruges, Gand, Anvers —, leur trésor rivalise avec celui de la couronne de France. Ils occupent par ailleurs une position politique singulière : vassaux du roi de France pour le duché de Bourgogne, ils relèvent du Saint Empire romain germanique pour presque tout le reste — de la Flandre à la Franche-Comté —, ce qui leur permet de jouer l’un contre l’autre et de gagner en autonomie.

Mais cet édifice repose sur un fragile équilibre. Le dernier des quatre, Charles le Téméraire, veut ériger ses territoires en royaume indépendant. Il meurt le 5 janvier 1477 devant Nancy, vaincu par le duc de Lorraine et les Suisses. Charles ne laisse qu’une fille, Marie. Louis XI, roi de France, en profite pour envahir le duché. Un apanage — un territoire concédé à un fils cadet de roi — ne peut se transmettre par les femmes et doit revenir à la couronne. Le duché de Bourgogne redevient français ; les provinces du Nord, elles, passent aux Habsbourg par le mariage de Marie avec Maximilien d’Autriche — union dont descendra Charles Quint. Bref mais décisif, l’épisode bourguignon redessine la carte de l’Europe pour les siècles à venir.

Voici les principaux livres disponibles sur le sujet.


1. Les Téméraires : Quand la Bourgogne défiait l’Europe (Bart Van Loo, 2020)

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Écrivain belge néerlandophone et francophone, Bart Van Loo est bilingue — comme les ducs de Bourgogne eux-mêmes. Traduit du néerlandais et vendu à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires en Europe, son livre remonte aux origines lointaines de la Bourgogne : les Burgondes, un peuple germanique venu de Scandinavie, qui s’installe au Ve siècle dans la vallée du Rhône et donne son nom à la région. De ce point de départ, Van Loo couvre un millénaire d’histoire avant d’arriver au siècle des quatre grands ducs (1363-1477), puis de poursuivre jusqu’à l’entrée des territoires bourguignons dans l’orbite des Habsbourg. Van Loo ne se contente donc pas d’aligner quatre biographies : il raconte comment un peuple barbare finit par engendrer, mille ans plus tard, les princes les plus puissants d’Europe — et comment tout s’effondre en une décennie.

Ce qui frappe, c’est la place accordée aux « Plats Pays » — Flandre, Brabant, Hollande — dans une histoire souvent racontée depuis Paris ou Dijon. Bruges, Gand, Anvers : Van Loo redonne à ces métropoles marchandes le rôle central qu’elles ont joué dans l’enrichissement du duché — par le commerce de la laine, le tissage, l’orfèvrerie et les échanges avec l’Italie et l’Angleterre — comme dans sa chute, quand les révoltes urbaines ont sapé l’autorité des derniers ducs. La peinture des primitifs flamands — Van Eyck, Rogier van der Weyden, Memling — n’est pas reléguée au rang de décor : Van Loo montre que ces commandes artistiques participent de la puissance du duché, au même titre que ses armées ou ses finances. Le faste des tableaux et des enluminures sert à éblouir les cours rivales et à asseoir la légitimité d’une dynastie qui n’a pas le titre de roi. Seul regret récurrent chez les lecteur·ices : la Bourgogne proprement dite — ses vignobles, ses abbayes — reste un peu dans l’ombre de la Flandre. Mais c’est le privilège d’un auteur belge que de rappeler que l’histoire bourguignonne ne se réduit pas à la France.


2. Les Grands Ducs de Bourgogne (Joseph Calmette, 1949)

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Joseph Calmette est un médiéviste de la vieille école : formé à l’École des chartes (l’institution qui forme les spécialistes des archives et des documents anciens), professeur à Toulouse, auteur d’une thèse sur Louis XI. Il publie en 1949 une somme sur les quatre ducs de Valois, à une époque où rares sont les historiens universitaires à écrire pour le grand public. Son ambition : démontrer que la Bourgogne a failli devenir un véritable État européen, une nouvelle Lotharingie — du nom de ce royaume éphémère né en 843 du partage de l’empire de Charlemagne entre ses petits-fils, coincé entre ce qui deviendrait la France à l’ouest et l’Allemagne à l’est. Chaque duc fait l’objet d’un portrait selon un plan strictement chronologique. Philippe le Hardi, le politique souple et le mécène ; Jean sans Peur, l’ambitieux prêt au crime ; Philippe le Bon, le prince fastueux à deux doigts de ceindre une couronne ; Charles le Téméraire, le joueur impétueux face à Louis XI, « l’universelle araignée ».

Le livre a les qualités de son époque : un sens aigu du portrait, une érudition solide, un goût prononcé pour le récit. Il en a aussi les limites. Calmette croit au pouvoir des princes et à la force des destins individuels ; les structures sociales, les villes et les populations passent au second plan. Surtout, il interprète chaque décision des ducs comme une étape vers la construction d’un État — comme si Philippe le Hardi, dès 1363, avait en tête un plan que Charles le Téméraire devait simplement achever. Les historiens ultérieurs ont largement corrigé cette vision rétrospective. Mais le livre reste précieux pour ses portraits de princes, et il se lit encore avec un plaisir réel — ne serait-ce que pour constater, par comparaison avec les travaux récents, à quel point l’historiographie a évolué en trois quarts de siècle.


3. L’État bourguignon, 1363-1477 (Bertrand Schnerb, 1999)

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Bertrand Schnerb est sans doute le meilleur connaisseur français de la Bourgogne des Valois. Professeur émérite à l’université de Lille, vice-président du Centre européen d’études bourguignonnes, il a consacré l’essentiel de sa carrière aux institutions, à l’armée, à la noblesse et à la cour des ducs. L’État bourguignon constitue la première synthèse en langue française sur le sujet parue depuis plus de vingt ans au moment de sa publication, et elle fait encore référence aujourd’hui.

Malgré un titre qui pourrait laisser craindre un traité aride sur les rouages administratifs, le livre suit un fil chronologique. L’ensemble bourguignon s’est constitué par à-coups : le duché de Bourgogne d’abord, puis la Flandre et l’Artois (par mariage), la Hollande et la Zélande (par héritage), le Luxembourg (par achat), la Lorraine (par conquête) — autant de provinces aux langues, aux coutumes et aux traditions politiques très différentes. Schnerb montre que cette mosaïque ne peut se comprendre qu’à travers les personnalités des quatre ducs et l’évolution de leurs rapports avec la couronne de France : d’abord princes français parmi d’autres, ils s’en éloignent peu à peu à la faveur de la guerre de Cent Ans et de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, sans jamais rompre tout à fait les amarres. L’ouvrage fait aussi le point sur les débats entre spécialistes et s’appuie sur des documents d’archives en partie issus des propres recherches de l’auteur — un livre qui fonctionne à la fois comme un récit et comme un état des lieux de la recherche.


4. Armagnacs et Bourguignons : La maudite guerre, 1407-1435 (Bertrand Schnerb, 1988)

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Toujours Schnerb, mais cette fois sur un terrain plus resserré et plus sanglant. Le terme de « maudite guerre » vient des chroniqueurs du XVe siècle eux-mêmes : à leurs yeux, tous les maux du royaume de France découlent de l’affrontement entre les deux factions. Tout commence en novembre 1407 : duc de Bourgogne, Jean sans Peur fait assassiner Louis d’Orléans, frère du roi Charles VI et son principal rival pour le contrôle du gouvernement royal — le roi étant régulièrement frappé de crises de démence. En représailles, le parti des Orléans (bientôt rebaptisé « Armagnacs », du nom du comte d’Armagnac, allié par mariage à la famille d’Orléans) jure de venger le meurtre. Ce qui devait être une querelle de princes dégénère en guerre civile totale, qui déchire la France pendant près de trente ans. Les Anglais saisissent l’occasion : c’est parce que la France est divisée qu’Henri V remporte Azincourt (1415), conquiert la Normandie et finit par occuper Paris.

L’un des grands mérites de ce livre est de refuser la simplification. Armagnacs et Bourguignons ne sont pas deux camps féodaux qui se disputent les restes d’un pouvoir royal en ruine. Schnerb montre que deux visions de l’État s’affrontent : d’un côté, les Armagnacs veulent renforcer l’autorité royale et centraliser le pouvoir ; de l’autre, les Bourguignons défendent l’autonomie des princes et des villes, un modèle plus décentralisé. Le conflit est aussi social et urbain : les Parisiens changent de camp au gré des événements, et le Journal d’un bourgeois de Paris — chronique anonyme rédigée par un clerc parisien entre 1405 et 1449 — donne à entendre la voix d’une population prise en étau. L’épisode de Jeanne d’Arc retrouve ici sa place : née dans un village lorrain fidèle au roi Charles VII, la Pucelle forge ses convictions — sa fidélité au dauphin, sa haine des Anglais et des Bourguignons — dans cette guerre civile avant d’en devenir l’héroïne. Le traité d’Arras (1435), qui réconcilie Charles VII et Philippe le Bon, referme cette parenthèse terrible — mais le roi doit payer cher la paix : excuses publiques pour l’assassinat de Jean sans Peur en 1419 sur le pont de Montereau, cession de villes en Picardie, exemption du duc de tout hommage à la couronne. Un livre dense, mais d’une clarté remarquable.


5. Charles le Téméraire (Georges Minois, 2015)

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Georges Minois, normalien et auteur d’une quarantaine d’ouvrages traduits en quinze langues (dont des biographies de Charlemagne, Philippe le Bel et Charles VII), s’attaque ici au dernier et au plus controversé des quatre ducs. Charles le Téméraire est un homme de contradictions : intelligent, cultivé, organisateur infatigable (un chroniqueur le surnomme « Charles le Travaillant »), il est aussi colérique, obstiné et d’une ambition si démesurée qu’elle finit par lui faire perdre tout contact avec la réalité. Minois retrace les dix années de règne (1467-1477), depuis les premières crises — en 1467, les bourgeois de Gand, excédés par la pression fiscale, se soulèvent et manquent de peu de capturer le nouveau duc — jusqu’à la catastrophe finale devant Nancy.

Minois accorde une place centrale au portrait psychologique du duc. Il voit en Charles un personnage « indéniablement antipathique » : sa violence sanguinaire — en 1468, il rase la ville de Liège après une révolte, dans un déchaînement de brutalité qui choque même ses contemporains — ne peut être excusée par les mœurs de l’époque. Mélancolique, dévot, probablement paranoïaque sur la fin, le duc est aussi un piètre stratège : trois batailles rangées contre les Suisses et le duc de Lorraine, trois déroutes (Grandson, Morat, Nancy). Mais Minois ne s’arrête pas au seul caractère du personnage. Il pose une question plus large : l’État bourguignon était-il viable ? Sa réponse est non. Cet agrégat de provinces, à cheval sur le royaume de France et le Saint Empire, sans unité linguistique ni géographique, ne pouvait se maintenir que par la force d’un prince — et le Téméraire, à force de guerres et d’intransigeance, a retourné contre lui à peu près tous ses alliés potentiels. L’échec n’est pas seulement celui d’un homme ; c’est celui d’un projet politique.


6. Le Royaume inachevé des ducs de Bourgogne : XIVe-XVe siècles (Élodie Lecuppre-Desjardin, 2016)

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Médiéviste à l’université de Lille et spécialiste des cérémonies bourguignonnes, Élodie Lecuppre-Desjardin propose ici de repenser ce qu’a réellement été la Bourgogne des Valois sur le plan politique. Sa thèse centrale renverse une longue tradition historiographique : les ducs n’ont jamais véritablement cherché à construire un État au sens moderne du terme. La « Grande Principauté de Bourgogne » — l’expression qu’elle préfère à celle d’« État bourguignon » — est un assemblage de territoires sans capitale fixe, sans langue commune, sans nom unifié, dont le seul dénominateur commun est la personne du prince.

Plutôt que de dérouler la chronologie, le livre procède par « feuilletage » thématique. Premier volet : la communication du pouvoir — les fêtes, les « Joyeuses Entrées » (ces cérémonies solennelles où le duc fait son entrée dans une ville et où, en échange de la soumission des habitants, il confirme leurs privilèges), les banquets, les tournois. Deuxième volet : les rapports entre le prince et les puissantes villes flamandes, jalouses de leur autonomie. Troisième volet : la question d’une hypothétique « nation » bourguignonne — a-t-il existé un sentiment d’appartenance commun entre un bourgeois de Dijon et un drapier de Gand ? Lecuppre-Desjardin démontre que la magnificence de la cour fonctionne souvent comme un trompe-l’œil : le prince véhicule des valeurs chevaleresques et dynastiques, mais les bourgeoisies urbaines, elles, veulent la paix, la stabilité fiscale et le respect de leurs libertés. Ce décalage entre les aspirations du prince et celles de ses sujets explique en grande partie la fragilité de l’ensemble — et la rapidité de son effondrement après 1477.

Si vous ne deviez lire qu’un seul ouvrage d’historien·ne sur le sujet, celui-ci déploie la réflexion la plus neuve sur ce que la Bourgogne des Valois a réellement été.