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Que lire sur la Commune de Paris ?

Que lire sur la Commune de Paris ?

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Le 18 mars 1871, Paris refuse de se soumettre. La guerre franco-prussienne est perdue, le Second Empire s’est effondré, et une Assemblée nationale à majorité monarchiste, repliée à Versailles, prétend dicter sa loi à une capitale affamée par quatre mois de siège. Ce jour-là, quand le gouvernement d’Adolphe Thiers envoie l’armée récupérer les canons de la Garde nationale sur la butte Montmartre — des canons financés par souscription populaire pendant le siège, et dont la saisie revient à désarmer le peuple parisien —, la population s’interpose. Les soldats fraternisent avec la foule. Thiers ordonne l’évacuation de Paris. En quelques heures, le pouvoir passe aux mains du peuple — ou, plus exactement, du Comité central de la Garde nationale, qui organise des élections municipales dès le 26 mars.

Deux jours plus tard, la Commune est proclamée. Pendant soixante-douze jours, ouvriers, artisans, instituteurs, employés, écrivains et artistes tentent d’inventer une République « vraie », démocratique et sociale. On sépare l’Église de l’État, on vote la remise des loyers, on ébauche un enseignement laïque et gratuit, on rend les ateliers abandonnés par leurs patrons aux travailleurs organisés en coopératives, on proclame l’égalité des salaires entre hommes et femmes. Les communards — ou « communeux », comme ils préfèrent souvent se nommer — ne suivent aucun programme idéologique préétabli : ils improvisent, tâtonnent, se querellent, dans une urgence permanente dictée par la guerre aux portes de la ville.

Car Versailles n’attend pas. Thiers reconstitue son armée avec la bénédiction de Bismarck : le chancelier prussien, qui préfère un gouvernement conservateur à Paris plutôt qu’une révolution susceptible de faire des émules en Allemagne, accepte de libérer par anticipation des dizaines de milliers de prisonniers de guerre français — autant de soldats mis à la disposition de la répression. Le 21 mai, les troupes versaillaises pénètrent dans Paris. La Semaine sanglante commence : en sept jours, entre 10 000 et 20 000 Parisien·nes — les chiffres restent débattus — sont exécuté·es sommairement, fusillé·es contre les murs, abattu·es dans les rues. Des milliers d’autres sont déporté·es, notamment en Nouvelle-Calédonie. La dernière barricade tombe le 28 mai, rue Ramponeau. La Commune s’achève dans le sang, mais son héritage politique ne cesse de ressurgir. Lénine s’en réclame en 1917, les républicains espagnols en 1936, les étudiants de Mai 68 ; plus récemment, les mouvements altermondialistes et les Gilets jaunes y puisent une part de leur vocabulaire et de leurs références.

Voici dix ouvrages — témoignages, analyses, sommes collectives et essais — qui permettent d’en aborder l’histoire sous des angles très différents, du récit de première main à la relecture transnationale.


1. Histoire de la Commune de 1871 (Prosper-Olivier Lissagaray, 1876)

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Prosper-Olivier Lissagaray est journaliste républicain quand il rallie la Commune dès le premier jour. La légende veut qu’il ait été le dernier fédéré à défendre la dernière barricade de la rue Ramponeau — ce qu’il se garde bien de confirmer, trop soucieux de rigueur pour se mettre en scène. Exilé à Bruxelles puis à Londres après la défaite, il consacre vingt-cinq ans à recueillir témoignages, archives et documents auprès des survivants dispersés à travers l’Europe. D’abord publié à Bruxelles en 1876, puis remanié dans une édition définitive en 1896, le résultat est une somme historique colossale, à la fois chronique des combats, tableau des courants politiques et bilan des réalisations sociales de la Commune.

L’ouvrage n’a rien d’un monument poussiéreux. Lissagaray refuse aussi bien la « légende dorée » que la « légende noire ». Il critique les erreurs stratégiques des dirigeants communards avec la même âpreté qu’il dénonce les massacres versaillais — ce qui lui vaut d’ailleurs la méfiance de certains anciens camarades, Jules Vallès en tête. Son principe, posé dès la préface, n’a pas pris une ride : celui qui offre au peuple de fausses légendes révolutionnaires lui rend le même service qu’un géographe qui dresserait des cartes mensongères pour les navigateurs.

Il faut cependant prévenir le·a lecteur·ice : le livre suppose une certaine familiarité avec la période. Les personnages sont nombreux, les événements se succèdent sans répit, et Lissagaray ne s’attarde guère sur le contexte, qu’il juge sans doute connu de ses contemporains. Pour qui dispose déjà de quelques repères, c’est le texte fondateur, celui auquel tous les historiens de la Commune reviennent, cent cinquante ans plus tard.


2. Paris, bivouac des révolutions. La Commune de 1871 (Robert Tombs, 2014)

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Robert Tombs enseigne à Cambridge et compte parmi les rares historiens britanniques à avoir consacré leur carrière à la France du XIXe siècle. Son livre, d’abord paru en anglais en 1999 sous le titre The Paris Commune 1871, est traduit et augmenté en 2014 chez Libertalia, dans la collection « Ceux d’en bas ». Le titre emprunte une formule de Jules Vallès, qui décrivait Paris comme le « bivouac de la Révolution » le jour de la proclamation de la Commune.

L’apport de Tombs tient à sa distance critique, qui n’est pas froideur mais lucidité. Il ne cherche ni à célébrer ni à condamner : il démonte les mécanismes, interroge les évidences, confronte les sources. Là où d’autres voient une insurrection socialiste, il montre d’abord des républicains, des patriotes humiliés par la défaite, des artisans et des ouvriers qualifiés — pas strictement des prolétaires au sens marxiste — qui refusent d’être chassés de leur ville. Les grands travaux du baron Haussmann, sous le Second Empire, ont en effet éventré les vieux quartiers populaires du centre de Paris pour y percer de larges boulevards, ce qui a repoussé les classes laborieuses vers les arrondissements périphériques. Ce sentiment de dépossession urbaine, aggravé par les privations du siège, nourrit la révolte. Tombs insiste d’ailleurs sur le caractère imprévu et improvisé de la Commune : en août 1870, les partisans de Blanqui — le vieux révolutionnaire professionnel, alors en prison — ne parvenaient à mobiliser que 60 hommes pour un coup de force ; en mai 1871, 80 000 fédérés étaient en armes.

Son travail sur la Semaine sanglante a fait date. Tombs a révisé à la baisse le nombre de victimes — autour de 10 000 — mais il insiste : cette répression reste le dernier grand massacre de civils en France depuis la Révolution. Il démonte également le mythe des pétroleuses, ces femmes accusées d’avoir incendié Paris, et consacre un chapitre entier à la place réelle des femmes dans le mouvement. Par son ampleur et sa clarté, ce livre est la référence internationale sur la Commune, et sans doute la meilleure porte d’entrée pour qui veut en comprendre les ressorts sans se perdre dans l’hagiographie ni dans la légende noire.


3. La Commune de Paris 1871. Les acteurs, l’événement, les lieux (Michel Cordillot, dir., 2021)

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Avec ses 1 440 pages (752 pages au format poche), ce volume coordonné par Michel Cordillot a de quoi impressionner. Paru pour le cent-cinquantième anniversaire de la Commune aux Éditions de l’Atelier, il rassemble les contributions d’une trentaine de chercheurs et chercheuses et s’inscrit dans la lignée du Maitron, le grand dictionnaire biographique du mouvement ouvrier fondé par Jean Maitron dans les années 1960.

Le livre se structure autour de trois axes : environ 500 notices biographiques de communard·es (des figures majeures comme Louise Michel ou Eugène Varlin jusqu’aux anonymes, dont un inconnu identifié par une simple photographie mortuaire sous la lettre X — idée saisissante), des synthèses thématiques sur les mesures sociales, les institutions et les débats politiques, et enfin une géographie de la Commune à travers ses lieux emblématiques. Des cartes interactives accessibles en ligne, sur le site du Maitron, permettent de prolonger la lecture : on peut y repérer les domiciles des communard·es, les barricades, les cafés où se tramaient les réunions.

Les auteur·es n’imposent pas de définition figée du « communard » et reconnaissent la diversité extrême des parcours qui ont mené à l’engagement — de la mémoire de la révolution de 1848 (qui avait instauré une éphémère République sociale) aux grèves de 1870 dans les forges Schneider au Creusot (l’un des plus grands complexes industriels de France), des clubs de quartier aux loges maçonniques. Le livre intègre même le « tiers parti conciliateur » autour de Clemenceau, alors maire du XVIIIe arrondissement, qui tenta en vain de négocier un compromis avec Versailles. C’est l’encyclopédie de référence sur le sujet : on peut la lire de la première à la dernière page, mais aussi la consulter comme un dictionnaire, au gré de ses curiosités.


4. Paris libre 1871 (Jacques Rougerie, 1971, rééd. 2004)

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Jacques Rougerie (1932-2023) a renouvelé en profondeur la connaissance de la Commune à partir des années 1960, en déplaçant le regard : plutôt que de chercher dans l’insurrection la confirmation de telle ou telle théorie politique (marxiste, anarchiste, républicaine), il s’est attaché à comprendre qui étaient concrètement les communards, dans quels quartiers ils vivaient, quels métiers ils exerçaient, quelles solidarités de voisinage les liaient. Paris libre 1871, d’abord paru en 1971 pour le centenaire, prolonge cette approche sous une forme singulière : plutôt qu’un récit linéaire, Rougerie assemble et commente des documents d’époque — articles de journaux, proclamations, lettres, témoignages — pour restituer la parole des acteurs eux-mêmes.

Le véritable protagoniste du livre, c’est Paris en tant que terrain de l’insurrection : ses rues, ses quartiers, ses faubourgs, ses rapports de force géographiques entre l’est populaire et l’ouest bourgeois. Rougerie s’attarde peu sur la chronique événementielle ; il préfère dresser un portrait du « communeux » — le terme qu’il affectionne — et des principes qui animent ce petit peuple des faubourgs. Il montre que les insurgés n’ont pas surgi du néant révolutionnaire : ils ont d’abord tenté de faire valoir leurs droits par les urnes, et c’est la conjonction de circonstances exceptionnelles — la guerre, le siège, l’humiliation de l’armistice — qui a provoqué le basculement.

Dans la réédition de 2004, Rougerie ajoute une préface qui corrige certains angles morts de la première version : le rôle des femmes, longtemps sous-évalué, et une vision moins héroïque de la résistance militaire. Le livre reste d’un abord exigeant — les documents bruts peuvent dérouter — mais c’est précisément son intérêt : il laisse le·a lecteur·ice se forger sa propre interprétation, loin des récits prédigérés.


5. La Commune et les Communards (Jacques Rougerie, 2018)

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Ce volume Folio réunit deux textes de Jacques Rougerie publiés à l’origine séparément : Paris insurgé (1995), récit synthétique de l’insurrection, et Procès des Communards (1964), étude pionnière fondée sur 15 000 dossiers inédits de la justice militaire. L’ensemble forme un diptyque dont la force tient à la complémentarité : d’un côté, l’aventure collective ; de l’autre, les destins individuels broyés par la répression.

La première partie retrace les soixante-douze jours de la Commune avec une attention particulière aux contradictions internes, aux querelles entre factions, à la confusion qui règne dans un mouvement dépourvu de direction centralisée. Rougerie réintroduit le hasard dans l’équation : la Commune ne résulte d’aucun plan préétabli, ni d’aucune fatalité historique. C’est une suite de circonstances imprévues — un ordre militaire mal exécuté le 18 mars, une foule qui s’échauffe, des généraux lynchés — qui fait basculer la situation. Réduire l’événement à une idéologie, quelle qu’elle soit, c’est manquer l’essentiel de sa nature chaotique. Rougerie démonte au passage la légende noire des pétroleuses, née d’un fait divers monté en épingle par la propagande versaillaise.

La seconde partie fait entendre les voix des vaincus. Devant les conseils de guerre, 36 000 détenu·es sont jugé·es : Louise Michel, Courbet, Rossel, Ferré et des milliers d’inconnus dont aucun historien n’avait jusque-là recueilli la parole. Rougerie les écoute sans mythifier ni juger, et restitue leur dignité, leurs contradictions, parfois leur naïveté. C’est la grande originalité de ce livre : donner la parole aux vaincus, non pas pour en faire des héros, mais pour comprendre qui ils étaient.


6. Commune(s), 1870-1871. Une traversée des mondes au XIXe siècle (Quentin Deluermoz, 2020)

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Professeur à l’université Paris Cité, Quentin Deluermoz propose ici un changement radical de focale. Là où la plupart des historiens concentrent le regard sur Paris et ses barricades, il inscrit la Commune dans une histoire globale. Le « (s) » du titre dit tout : il ne s’agit pas d’une Commune, mais d’un événement aux résonances mondiales, de la Kabylie en révolte aux Caraïbes, de l’Espagne à la Roumanie, des exilés de Londres aux débats de l’Internationale.

Le livre s’organise en trois temps. D’abord, les ramifications internationales : Deluermoz a dépouillé les archives télégraphiques de l’agence Reuters et démontre qu’en mars 1871, Paris est le centre du monde médiatique — les dépêches sur la Commune circulent de Londres à New York, de Bucarest à Mexico, et les gouvernements étrangers suivent les événements avec un mélange d’inquiétude et de fascination. Ensuite, une plongée dans l’expérience quotidienne des communard·es, au plus près du terrain : comment les drapeaux rouges transforment le paysage urbain, comment les barricades redessinent la circulation, comment les clubs politiques installés dans les églises réquisitionnées changent le rapport au sacré et à l’espace public. Enfin, la postérité de l’événement : comment la Commune devient une référence pour les mouvements révolutionnaires à travers le monde, bien avant que le régime soviétique n’en fasse un mythe fondateur après 1917.

L’ambition méthodologique est élevée — Deluermoz croise les échelles d’analyse, du quartier parisien au globe, et mobilise des outils théoriques venus de la sociologie historique —, ce qui peut parfois donner le tournis. Mais la force du livre réside justement dans sa démonstration concrète : la Commune n’a jamais été un événement strictement parisien ni strictement français. Elle a été perçue, commentée, redoutée ou admirée dans le monde entier, et cette dimension globale éclaire en retour ce qui s’est joué dans les rues de la capitale. C’est l’ouvrage qui a le plus contribué à renouveler l’historiographie de la Commune ces dernières années.


7. La Guerre civile en France (Karl Marx, 1871)

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Deux jours après la chute de la dernière barricade, le 30 mai 1871, Karl Marx lit devant le Conseil général de l’Association internationale des travailleurs — la Première Internationale, organisation fondée en 1864 pour fédérer les mouvements ouvriers européens — l’adresse qu’il vient de rédiger à la hâte depuis Londres. Ce texte deviendra La Guerre civile en France : un pamphlet écrit à chaud, sans le moindre recul historique, mais dont les analyses politiques restent d’une précision remarquable.

Marx n’a pas cru à la possibilité de la révolution parisienne — il la jugeait prématurée. Mais la détermination des communards l’impressionne, et la sauvagerie de la répression le révolte. Il dresse un portrait au vitriol d’Adolphe Thiers, qu’il qualifie de « nain monstrueux », et de la « canaille bourgeoise de Versailles ». On est dans le registre du réquisitoire, pas de la nuance académique. Les attaques ad hominem sont parfois féroces (Marx n’épargne ni les vies privées ni les comptes en banque de ses cibles), ce qui a pu agacer — y compris dans le camp des sympathisants.

Mais l’essentiel n’est pas là. Marx tire de l’expérience communarde des leçons théoriques majeures : pour lui, la Commune prouve que la classe ouvrière ne peut se contenter de prendre le contrôle de l’appareil d’État existant — il faut le briser. Cette thèse irriguera toute la pensée révolutionnaire ultérieure, de Lénine — qui la cite abondamment dans L’État et la Révolution — aux partisans de la démocratie ouvrière par les conseils. Texte court, incisif, souvent cité mais rarement lu en entier, La Guerre civile en France reste indispensable pour quiconque veut comprendre comment la Commune a été pensée par ses contemporains — à condition d’en accepter la partialité revendiquée.


8. La Commune (Louise Michel, 1898)

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Louise Michel (1830-1905) est à la fois institutrice, militante anarchiste, féministe, combattante et déportée. Elle passe plus de soixante des soixante-douze jours de la Commune sur le front, le fusil à la main, à se battre ou à secourir les blessés. Arrêtée après la Semaine sanglante, elle se constitue prisonnière en échange de la libération de sa mère, et est déportée en Nouvelle-Calédonie pendant près de dix ans. Vingt-cinq ans plus tard, elle achève ce récit qu’elle ouvre par une phrase devenue célèbre : écrire ce livre, dit-elle, c’est rouvrir la fosse sanglante où, sous le dôme de l’incendie, s’est endormie la Commune.

Le livre de Louise Michel n’est pas un travail d’historienne, et il ne prétend pas l’être. C’est un témoignage de première main, nourri de documents, de paroles d’anonymes, d’analyse politique et de souvenirs personnels. Le récit avance jour par jour, charrie des dizaines de noms — camarades fusillés, emprisonnés, exilés — et ne fait aucune concession à la neutralité. Les versaillais y sont dépeints sans nuance, et le manichéisme peut déconcerter. Mais c’est aussi ce qui donne au texte sa force : Louise Michel ne reconstitue pas les événements depuis un bureau — elle écrit à partir de ce qu’elle a vu, entendu, subi, et refuse d’accorder le moindre crédit à ceux qui ont tué ses camarades.

La lecture requiert une connaissance préalable de la période — Louise Michel suppose beaucoup de choses acquises. En revanche, si vous cherchez à comprendre ce que signifie, concrètement, vivre une révolution de l’intérieur, avec ses moments d’exaltation et ses heures de terreur, ce livre est irremplaçable.


9. La Commune de 1871 expliquée en images (Laure Godineau, 2021)

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Maîtresse de conférences à l’université Sorbonne Paris Nord et spécialiste de la Commune, Laure Godineau a eu une idée aussi simple qu’efficace : répondre aux questions de son fils adolescent qui, après avoir vu un « Vive la Commune » tagué sur un mur, voulait savoir de quoi il retournait. Le résultat est un beau livre — au sens éditorial du terme — qui déroule l’histoire de la Commune depuis ses origines jusqu’à ses mémoires contemporaines, à travers un jeu de questions-réponses accompagné d’une iconographie considérable : gravures, photographies, affiches, photomontages d’époque, le tout largement commenté.

Le procédé aurait pu paraître artificiel. Il fonctionne pourtant très bien, car la naïveté assumée des questions permet à l’historienne de ne rien laisser dans l’ombre : les origines du conflit, la vie quotidienne sous la Commune, le rôle des femmes, la signification du drapeau rouge, la violence de la répression. Le récit est clair, les explications sont accessibles à un public non spécialiste, et le commentaire des images apporte une dimension que les ouvrages strictement textuels ne peuvent offrir.

C’est l’ouvrage idéal pour entrer dans le sujet si vous n’y connaissez rien, mais aussi un bel objet à feuilleter si vous en savez déjà beaucoup. Et à 29 euros pour un livre de cette qualité éditoriale, il serait dommage de s’en priver.


10. La Commune au présent (Ludivine Bantigny, 2021)

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Historienne des mouvements sociaux à l’université de Rouen, Ludivine Bantigny a choisi une forme radicalement inhabituelle pour un livre d’histoire : soixante-deux lettres adressées à des communard·es — célèbres ou inconnu·es — comme s’ils et elles étaient encore en vie. Louise Michel, Jules Vallès, Eugène Pottier, Nathalie Le Mel, mais aussi Pélagie Daubain, qui eut le cran de déclarer devant le conseil de guerre : « Je suis communeuse, moi. » Ou Léontine Suetens, combattante de la barricade de la rue de Bellechasse, condamnée à mort. Ou encore une certaine Amélie Defontaine, dont la seule trace dans les archives est une requête pour récupérer son matelas au mont-de-piété — preuve que la révolution n’empêche pas les soucis domestiques.

L’autrice tutoie ses destinataires, comme on le fait entre camarades de lutte, et reconstitue leurs parcours à partir d’un vaste travail d’archives — correspondances, procès-verbaux, dossiers de la justice militaire. Chaque lettre est aussi l’occasion de relier 1871 aux luttes d’aujourd’hui : les Gilets jaunes, Nuit Debout, Notre-Dame-des-Landes, le Chiapas. Le livre est ponctué de plus de cent photographies — portraits de communard·es d’époque et images de manifestations contemporaines — qui rapprochent 1871 de notre présent.

On pourra discuter la démarche, qui assume pleinement la subjectivité de l’historienne et son engagement en faveur des luttes sociales. Mais c’est précisément ce qui fait l’originalité du livre : il ne s’agit pas de raconter la Commune de l’extérieur, mais de montrer en quoi elle nous concerne encore. Rimbaud, qui avait dix-sept ans en 1871 et rêvait de rejoindre les insurgés, écrira deux ans plus tard dans Une saison en enfer cette injonction devenue célèbre : « changer la vie ». C’est ce fil que tire Ludivine Bantigny, de barricade en barricade, jusqu’à nos jours.