Prix Pulitzer 2007, La Route de Cormac McCarthy est certainement l’un des romans post-apocalyptiques les plus poignants de la littérature contemporaine. Dans un monde réduit en cendres, un père et son fils marchent vers le sud ; ils portent en eux une fragile flamme d’humanité.
Cette traversée épurée, d’une intensité émotionnelle rare, a profondément touché des millions de lecteur·rice·s à travers le monde. Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même acabit.
1. Le Passager (Cormac McCarthy, 2022)

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Seize ans après La Route, Cormac McCarthy a signé son retour avec ce premier volet d’un diptyque crépusculaire. Bobby Western, ancien physicien devenu plongeur en épaves profondes, est hanté par la mort de sa sœur Alicia, génie des mathématiques qu’il aimait d’un amour impossible.
Lorsqu’il découvre un avion immergé dont un passager a mystérieusement disparu, des agents fédéraux commencent à le traquer. Le roman navigue entre polar métaphysique et tragédie familiale, où dialogues philosophiques et réflexions sur l’héritage maudit de la bombe atomique se côtoient – le père des deux protagonistes a travaillé sur le projet Manhattan.
L’écriture de McCarthy, toujours âpre et elliptique, se teinte ici d’une mélancolie nouvelle. Comme dans La Route, il est question de perte, de survie intérieure et d’une Amérique hantée par ses spectres.
2. Stella Maris (Cormac McCarthy, 2022)

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Second volet du diptyque, Stella Maris se déroule dix ans avant Le Passager et donne la parole à Alicia Western. Le roman se compose exclusivement de dialogues entre cette jeune mathématicienne de vingt ans, diagnostiquée schizophrène paranoïde, et son psychiatre dans l’établissement qui donne son titre au livre.
Aucune narration, aucune description : seulement des échanges bruts où Alicia dissèque sa vision du monde, son amour pour son frère, ses hallucinations et son rapport aux mathématiques. McCarthy pousse ici la littérature dans ses retranchements et livre une réflexion désespérée sur l’existence et l’autodestruction.
Le livre fonctionne comme un miroir sombre de La Route : là où le père tentait de transmettre l’espoir à son fils, Alicia ne voit dans le monde qu’une horreur à peine contenue.
3. Dans la forêt (Jean Hegland, 1996)

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Ce roman américain, tardivement traduit en français en 2017, partage avec La Route le thème de l’effondrement civilisationnel et de la survie familiale. Nell et Eva, deux sœurs adolescentes, vivent isolées dans une maison au cœur d’une forêt de séquoias en Californie. L’électricité a cessé, l’essence s’est tarie, leurs parents sont morts.
Là où McCarthy décrivait un monde de cendres et de violence, Jean Hegland dépeint une apocalypse lente, presque silencieuse, et surtout un retour à la nature.
Le roman raconte la transformation progressive des deux jeunes femmes, qui abandonnent leurs rêves d’avant – Harvard pour l’une, la danse pour l’autre – pour réapprendre les gestes ancestraux de la cueillette et de la subsistance. Un récit initiatique et lumineux, contrepoint féminin et solaire à la noirceur de La Route.
4. Les Dents de lait (Helene Bukowski, 2021)

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Premier roman de cette jeune autrice allemande, Les Dents de lait installe un huis clos inquiétant dans un monde ravagé par le dérèglement climatique. Skalde, adolescente, vit avec sa mère Edith à l’orée d’une forêt, dans une communauté qui a fait sauter le pont la reliant au monde extérieur.
Le brouillard permanent et la sécheresse ont effacé jusqu’au souvenir du ciel bleu. Lorsque Skalde découvre une fillette aux cheveux roux dans une clairière, elle décide de la recueillir – ce qui déclenche une chasse aux sorcières parmi les villageois superstitieux.
Le roman tisse avec finesse les thèmes de la peur de l’autre, de la transmission générationnelle et de l’enfermement collectif. Comme La Route, il interroge ce qui subsiste de notre humanité quand la civilisation s’effondre et que la peur prend le pouvoir.
5. Station Eleven (Emily St. John Mandel, 2014)

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Une pandémie de grippe foudroyante décime 99 % de la population mondiale en quelques semaines. Vingt ans plus tard, la Symphonie Itinérante – une troupe de comédiens et de musiciens – parcourt les campements de survivants pour jouer Shakespeare et Beethoven. « Survivre ne suffit pas » est leur devise, inscrite sur leurs caravanes.
Emily St. John Mandel construit un récit choral qui alterne entre l’avant et l’après, et tisse les destins de personnages liés par un acteur mort sur scène le soir de l’effondrement.
Contrairement à La Route, Station Eleven refuse le nihilisme et affirme la nécessité de l’art comme rempart contre la barbarie. Un roman mélancolique et humaniste, salué par la critique et adapté en série télévisée en 2021.
6. Le Livre de M (Peng Shepherd, 2018)

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Un jour, en Inde, un homme perd son ombre. Puis des millions d’autres. Les « sans-ombres » oublient progressivement leurs souvenirs et acquièrent des pouvoirs surnaturels incontrôlables, capables de modifier la réalité même.
Peng Shepherd associe science-fiction post-apocalyptique et fantasy onirique dans ce premier roman ambitieux. Max et Ory, un couple réfugié dans un hôtel abandonné, voient leur existence basculer quand Max perd son ombre et s’enfuit pour protéger son mari de ce qu’elle pourrait devenir.
Le récit entrecroise plusieurs destins à travers une Amérique en ruines. Le Livre de M est une méditation poignante sur la mémoire, l’identité et l’amour : que reste-t-il de nous quand nous oublions qui nous sommes ? Une question que La Route posait déjà, autrement.
7. La Serre du bout du monde (Kim Cho-yeop, 2023)

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Ce roman sud-coréen s’inscrit dans le courant de la science-fiction écoféministe. Au milieu du XXIe siècle, un nuage de nanoparticules – la Poussière – a rendu l’air irrespirable et décimé l’humanité. Naomi et Amara, deux sœurs éthiopiennes immunisées, errent dans les ruines à la recherche d’un village légendaire protégé de la catastrophe. Cinquante ans plus tard, une biologiste découvre une plante envahissante, la Mosvana, qui pourrait être la clé du mystère.
Kim Cho-yeop, diplômée en chimie, nourrit son récit de connaissances botaniques précises et construit un univers exclusivement féminin. Le roman interroge notre rapport au vivant et la possibilité de reconstruire un monde fondé sur le soin et la coopération, loin des logiques de domination qui ont mené à l’effondrement.
8. American War (Omar El Akkad, 2017)

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En 2074, les États-Unis basculent dans une seconde guerre de Sécession. Le Nord a interdit les énergies fossiles ; le Sud refuse de se soumettre. Sarat Chestnut a six ans quand son père meurt dans un attentat et que sa famille est contrainte de rejoindre un camp de réfugiés.
Omar El Akkad, journaliste d’origine égyptienne, inverse les paramètres habituels du chaos : drones de combat, attentats-suicides, camps surpeuplés, manipulations de puissances étrangères – tout ce que l’Occident associe au Moyen-Orient se déroule désormais sur le sol américain.
Le roman suit la radicalisation de Sarat, transformée en arme de guerre par un mentor aux intentions troubles. Une dystopie glaçante qui, comme La Route, montre comment la violence engendre la violence et détruit l’innocence.