Publié en 1925, Gatsby le Magnifique est le troisième roman de Francis Scott Fitzgerald. Il se déroule dans le Long Island des années folles, où le narrateur Nick Carraway côtoie le mystérieux Jay Gatsby, un homme qui a bâti sa fortune et réinventé son identité pour reconquérir un amour perdu. Le livre est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands textes de la littérature anglophone du XXe siècle.
Si vous ne savez pas vers quel titre vous tourner ensuite, voici des romans qui en prolongent les thèmes — la richesse et ses mirages, la nostalgie, les années folles, la quête d’une vie à la hauteur de ses rêves.
1. Tendre est la nuit (Francis Scott Fitzgerald, 1934)

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Sur la Côte d’Azur des années 1920, une jeune actrice hollywoodienne, Rosemary Hoyt, fait la rencontre de Dick et Nicole Diver, un couple d’expatriés américains qui semble irradier le bonheur. Derrière la façade glamour se dissimule pourtant une fêlure : Dick, psychiatre, a épousé Nicole alors qu’elle était sa patiente, et leur union repose sur un équilibre précaire entre amour et dépendance thérapeutique.
Dernier roman achevé de Fitzgerald, Tendre est la nuit est aussi le plus autobiographique. L’alcoolisme de Dick, la schizophrénie de Nicole transposent à peine le naufrage de l’auteur et de sa femme Zelda. Le titre, emprunté à un vers de l’Ode à un rossignol de John Keats, condense l’obsession du roman : retenir ce qui, par nature, ne dure pas.
Le livre relate la ruine progressive d’un homme idéaliste, à la fois médecin et malade de son époque. Échec commercial à sa sortie — le roman n’est même plus disponible en librairie à la mort de Fitzgerald en 1940 —, Tendre est la nuit est aujourd’hui reconnu comme son œuvre la plus ambitieuse.
2. L’envers du paradis (Francis Scott Fitzgerald, 1920)

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Premier roman de Fitzgerald, L’envers du paradis s’est vendu à 3 000 exemplaires en trois jours et a fait de son auteur, à vingt-trois ans, la voix d’une génération. Le héros, Amory Blaine, jeune homme vaniteux et égotiste élevé par une mère excentrique, traverse ses années à l’université de Princeton avant de se heurter à la brutalité du monde tel qu’il est : amours rompus, fortune familiale dilapidée, ambitions sans prise sur le réel.
Fitzgerald emprunte son titre à un poème de Rupert Brooke, et le choix est parlant : il dit cette distance qui ne cesse de grandir entre les promesses de la jeunesse et ce qu’il en reste. L’envers du paradis recourt à des formes inhabituelles pour l’époque — passages de théâtre, poèmes insérés dans le récit — et tient autant du manifeste générationnel que de la confession.
À bien des égards, L’envers du paradis est la matrice de tout ce que Fitzgerald écrira ensuite : le désenchantement précoce, la fascination pour la richesse, le sentiment que le meilleur est déjà passé. Qui a aimé Gatsby retrouvera ici les mêmes obsessions, à l’état brut.
3. Le soleil se lève aussi (Ernest Hemingway, 1926)

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Jake Barnes, journaliste américain à Paris, est un vétéran de la Première Guerre mondiale qu’une blessure a rendu impuissant. Autour de lui gravite un groupe d’expatriés en perdition : Lady Brett Ashley, femme libre et insaisissable dont il est amoureux sans espoir, Robert Cohn, écrivain malheureux et importun, et quelques autres vétérans qui n’ont jamais tout à fait quitté les tranchées. Des cafés de Montparnasse aux fêtes de San Fermín à Pampelune, tous cherchent dans l’alcool et la corrida un substitut à la vie que la guerre leur a confisquée.
L’Ecclésiaste fournit le titre — et la clé du livre : « Une génération va, une autre vient, et la terre subsiste toujours. Le soleil se lève, le soleil se couche. » Rien ne change. Hemingway met en scène ce que Gertrude Stein a nommé la « génération perdue » : des hommes et des femmes coincés entre la conscience de la mort et la jouissance féroce de l’instant, entre le nihilisme et un reste d’espoir.
Premier grand succès d’Hemingway, publié un an après Gatsby le Magnifique, ce roman en est l’exact symétrique : là où Fitzgerald contemplait le rêve américain depuis les pelouses de Long Island, Hemingway le décomposait depuis les terrasses de Montparnasse.
4. Le fil du rasoir (W. Somerset Maugham, 1944)

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Larry Darrell, jeune Américain traumatisé par son expérience de pilote de chasse durant la Première Guerre mondiale, refuse la vie bourgeoise que lui promet son entourage. Il rompt ses fiançailles avec Isabel Bradley — ambitieuse, mondaine, très attachée au confort matériel — et quitte tout. Ce qu’il cherche n’a pas de nom précis : quelque chose entre la paix intérieure et la compréhension de la mort, une réponse que ni l’argent ni le statut ne peuvent fournir. Son itinéraire le mène de Paris à l’Inde, des mines de charbon aux monastères.
Tout le livre repose sur l’opposition entre deux visions irréconciliables de ce que signifie réussir sa vie : l’ascèse de Larry, qui renonce à tout ce que la société valorise, et l’avidité d’Isabel, qui accumule ce que Larry abandonne. Maugham, qui se met lui-même en scène comme narrateur sous son propre nom, observe ses personnages avec un mélange d’affection et de froideur qui n’appartient qu’à lui.
Le titre est emprunté aux Katha Upanishad : « Le tranchant d’un rasoir est difficile à franchir ; ainsi les sages disent que le chemin du Salut est difficile. » Paru alors que Maugham avait soixante-dix ans, Le fil du rasoir est le livre d’un homme qui a eu le temps de mesurer ce que chaque choix coûte — et ce qu’il rapporte.
5. Retour à Brideshead (Evelyn Waugh, 1945)

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Charles Ryder, jeune étudiant à Oxford issu de la classe moyenne, se lie d’amitié avec Sebastian Flyte, fils charmeur et autodestructeur d’une grande famille aristocratique catholique. Invité au château de Brideshead, il est ébloui par un mode de vie dont il ignorait l’existence. Mais la famille Flyte est minée de l’intérieur par le poids de la foi, de l’alcoolisme et des secrets, et Charles assistera, impuissant, à sa lente désagrégation.
L’action s’étend sur deux décennies, de l’insouciance des années folles à la Seconde Guerre mondiale. La relation ambiguë entre Charles et Sebastian, puis entre Charles et Julia, la sœur de Sebastian, forme le fil rouge d’un récit où chaque forme de bonheur se révèle provisoire. Le dernier chapitre, où Charles, devenu officier, retrouve Brideshead réquisitionné et défiguré par l’armée, donne au livre tout son poids de mélancolie.
Écrit par Waugh pendant une convalescence en plein conflit mondial, Retour à Brideshead est hanté par la nostalgie d’une Angleterre en voie de disparition. Le Time Magazine l’a classé parmi les cent meilleurs romans de langue anglaise.
6. Mrs Dalloway (Virginia Woolf, 1925)

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Par une journée de juin 1923, Clarissa Dalloway, femme de la haute société londonienne, sort acheter des fleurs pour la réception qu’elle donne le soir même. Ce trajet dans Londres déclenche un flux de souvenirs et de regrets sur les choix qui ont orienté sa vie : son mariage avec le respectable Richard Dalloway plutôt qu’avec le passionné Peter Walsh, sa jeunesse révolue, le temps qui file. En contrepoint, Septimus Warren Smith, ancien soldat revenu du front, sombre dans la folie — et sa détresse finira par faire irruption, de façon inattendue, au cœur de la soirée de Clarissa.
Mrs Dalloway repose sur une technique alors inédite dans la littérature anglaise : le flux de conscience, où le récit épouse le mouvement même des pensées. Les frontières entre passé et présent se dissolvent ; on glisse d’une conscience à l’autre au détour d’une phrase. Big Ben rythme les heures, et chaque sonnerie ramène Clarissa et Septimus — qui ne se connaissent pas — à la même question : que vaut une vie quand on sent qu’elle touche à sa fin ?
Publié la même année que Gatsby le Magnifique, Mrs Dalloway en partage l’obsession du temps qui passe et des vies que l’on n’a pas vécues. Mais là où Fitzgerald fixait le rêve, Woolf sondait la conscience elle-même.
7. Jazz (Toni Morrison, 1992)

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Harlem, 1926. Joe Trace, vendeur ambulant de cosmétiques, tue d’un coup de revolver sa jeune maîtresse Dorcas, qui l’a quitté pour un autre. À l’enterrement, sa femme Violette se jette sur le cercueil et taillade le visage de la morte. À partir de ce fait divers — inspiré d’une photographie réelle découverte dans The Harlem Book of the Dead de James Van Der Zee —, Morrison reconstruit les vies de Joe et Violette, depuis le Sud ségrégationniste jusqu’à leur arrivée à New York, portés par la Grande Migration qui a poussé des milliers de Noirs américains vers les villes du Nord.
La Ville — c’est ainsi que Morrison la nomme, toujours avec une majuscule — est un personnage à part entière. Elle promet la liberté mais impose ses propres violences ; elle accueille et elle broie. Le meurtre de Dorcas n’est que le symptôme le plus visible d’un traumatisme collectif hérité de l’esclavage et de la ségrégation, que chaque personnage porte en lui sans toujours le comprendre.
Deuxième volet de la trilogie commencée avec Beloved et achevée avec Paradis, Jazz est construit comme un morceau de musique improvisée : un thème posé dès l’ouverture, puis repris et réinventé par chaque voix narrative. Toni Morrison, prix Nobel de littérature en 1993, restitue ici une facette des années folles que la littérature américaine a longtemps ignorée.
8. Le Temps de l’innocence (Edith Wharton, 1920)

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New York, années 1870. Le jeune Newland Archer, avocat de bonne famille, s’apprête à épouser la très convenable May Welland. Mais l’arrivée de la comtesse Ellen Olenska, cousine de May revenue d’Europe après avoir quitté un mari brutal, vient tout ébranler. Archer se découvre attiré par cette femme libre et anticonformiste, dont chaque geste défie les codes de son milieu — un milieu où un divorce est un scandale, une opinion personnelle une inconvenance.
Edith Wharton, elle-même née dans cette haute bourgeoisie new-yorkaise, en connaît chaque rouage. Elle en restitue les rituels — les dîners, les loges à l’opéra, les villégiatures codifiées — avec une ironie d’autant plus redoutable qu’elle est feutrée. Le Temps de l’innocence est le récit d’une libération manquée : Archer pressent qu’une autre vie est possible, mais il n’aura jamais le courage de la saisir.
Premier prix Pulitzer décerné à une femme en 1921, Le Temps de l’innocence partage avec Gatsby le Magnifique — publié cinq ans plus tard — la conviction que la respectabilité est un masque. Wharton connaissait ce monde de l’intérieur ; Fitzgerald, fasciné de l’extérieur, l’a sublimé.
9. Une tragédie américaine (Theodore Dreiser, 1925)

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Clyde Griffiths, fils d’évangélistes itinérants, grandit dans la pauvreté et la dévotion forcée. Devenu jeune homme, il découvre le luxe en travaillant comme chasseur dans un grand hôtel de Kansas City, puis est employé dans l’usine de son riche oncle à Lycurgue, dans l’État de New York. Là, il séduit Roberta, une ouvrière modeste, tout en courtisant Sondra, une héritière fortunée qui lui ouvre les portes d’un monde inaccessible. Quand Roberta tombe enceinte, l’ambition de Clyde se mue en piège mortel.
Inspiré de l’affaire réelle du meurtre de Grace Brown en 1906, Une tragédie américaine est à la fois un thriller judiciaire et une autopsie sociale. Dreiser y démonte pièce par pièce le mécanisme d’une société qui glorifie l’ascension individuelle mais en verrouille l’accès pour ceux qui partent de rien. Le puritanisme et le matérialisme, loin de s’opposer, fonctionnent ici de concert pour écraser Clyde.
Publié la même année que Gatsby le Magnifique, Une tragédie américaine en est le négatif. Là où Gatsby est un self-made-man mythifié, Clyde Griffiths est un self-made-man broyé. Dreiser ne laisse aucune place au lyrisme : le rêve américain, chez lui, est une machine à fabriquer des coupables.
10. Z : le roman de Zelda (Therese Anne Fowler, 2013)

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En 1918, à Montgomery, Alabama, Zelda Sayre, dix-sept ans, rencontre un jeune soldat qui rêve de gloire littéraire : Francis Scott Fitzgerald. Elle défie les conventions du vieux Sud pour l’épouser à New York, quelques jours après la parution de L’envers du paradis, qui fait de Scott une célébrité instantanée. Le couple se retrouve propulsé dans la spirale des Années folles — fêtes à Manhattan, séjours sur la Riviera, nuits parisiennes, dépenses insensées.
Mais l’alcoolisme de Scott, les humiliations répétées et la folie de ce rythme de vie finissent par détruire le couple. Zelda lutte pour exister en dehors de l’ombre de son mari, qui s’approprie ses écrits, publie sous son propre nom des textes qu’elle a rédigés, et finit par lui interdire de publier son propre roman. Zelda n’est pas seulement une muse : c’est une artiste à qui l’on a volé sa voix.
Therese Anne Fowler, qui a fondé son récit sur la correspondance du couple et de nombreux documents d’époque, donne à Zelda le premier rôle dans une histoire jusqu’ici racontée par Scott ou par ses biographes. Le livre offre l’envers exact des romans de Fitzgerald — non plus le regard de l’écrivain sur le monde, mais le regard du monde sur l’écrivain, et surtout sur celle qui a vécu à ses côtés.