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Que lire sur Charles Mangin ?

Que lire sur Charles Mangin ?

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Charles Mangin naît le 6 juillet 1866 à Sarrebourg, en Lorraine. La défaite de 1870 et l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Empire allemand contraignent sa famille à choisir la nationalité française et à quitter leur terre natale. Formé à Saint-Cyr, Mangin entre dans l’infanterie coloniale et passe une large part de sa carrière en Afrique et outre-mer : Soudan français, mission Congo-Nil du capitaine Marchand (1898-1900), Tonkin, puis conquête du Maroc aux côtés de Lyautey en 1912. C’est au contact des soldats africains qu’il conçoit le projet qui restera attaché à son nom : la « Force noire », une armée recrutée en Afrique subsaharienne pour compenser la faiblesse démographique de la France face à l’Allemagne.

Général de brigade en 1913, Mangin devient l’un des chefs les plus controversés de la Première Guerre mondiale : artisan de la reprise des forts de Douaumont et de Vaux à Verdun (1916), limogé après l’échec du Chemin des Dames (1917), puis rappelé pour conduire la contre-offensive de Villers-Cotterêts (18 juillet 1918), qui déclenche la retraite allemande et annonce la victoire alliée. Après l’Armistice, il occupe Mayence et soutient les autonomistes rhénans contre les nationalistes prussiens. Il meurt subitement en mai 1925, après un repas entre amis. La rumeur, relayée par l’Action française — journal monarchiste et nationaliste influent dans les milieux militaires —, évoque un empoisonnement, mais aucune autopsie ne sera pratiquée. Adoré de ses partisans, haï par ses détracteurs qui le surnomment « le boucher » ou « le mangeur d’hommes », Mangin reste une figure clivante de l’histoire militaire française.

Voici les rares livres qui lui consacrés.


1. Le Général Mangin : 1866-1925 (Louis-Eugène Mangin, 1986)

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Fils du général, Louis-Eugène Mangin publie en 1986 la seule biographie d’ensemble consacrée à son père. Comme le souligne l’historien Jean-Baptiste Duroselle dans sa préface, l’auteur évite l’hagiographie : il a compris qu’on ne pouvait pas « neutraliser, attiédir, angéliser la vie d’un personnage tout de vigueur et d’énergie ». Le portrait qui en résulte n’épargne rien — ni l’élève médiocre et indiscipliné, perpétuellement mal noté par ses supérieurs, ni le chef de guerre accusé de sacrifier ses troupes.

La première moitié du livre retrace les années africaines de Mangin : les campagnes au Soudan, la lutte contre l’esclavage et contre les troupes de l’Almamy Samory — un puissant chef de guerre ouest-africain —, puis la traversée du continent jusqu’à Fachoda, sur le Haut-Nil, où la France et la Grande-Bretagne se disputent le contrôle de la région. L’auteur y révèle un officier hostile à la discrimination raciale, qui encourage la formation de cadres autochtones dans les colonies — une position rare chez les officiers de l’époque. C’est aussi dans ces pages que l’on voit naître la conviction de Mangin : les soldats africains possèdent des qualités militaires qui en font un réservoir de troupes pour la défense de la métropole — thèse qu’il développera dans La Force noire en 1910.

La seconde moitié est consacrée à la Grande Guerre, et d’abord aux conceptions tactiques de Mangin. Celui-ci rejette à la fois la doctrine dite « d’offensive à outrance » — qui en 1914 consiste à lancer l’infanterie à la baïonnette contre des positions fortifiées, sans préparation d’artillerie, avec des résultats catastrophiques — et le « grignotage » prôné par Joffre, c’est-à-dire une guerre d’usure par attaques locales répétées à gains de terrain minimes. Il leur préfère des offensives brèves, précédées d’un bombardement massif destiné à détruire les défenses ennemies avant l’assaut — une méthode qui fera ses preuves à Verdun lors de la reprise des forts en octobre-décembre 1916.

L’auteur revient aussi longuement sur la rivalité avec Pétain. Celle-ci est à la fois doctrinale — Pétain défend une stratégie défensive, Mangin prône l’attaque — et politique : après l’échec du Chemin des Dames en 1917, Pétain instrumentalise des statistiques de pertes contestables (blessés légers et victimes d’engelures comptés au même titre que les morts) pour discréditer Mangin auprès du pouvoir civil et le faire limoger. Il traite enfin de l’épisode rhénan de 1919, lorsque Mangin, à la tête des troupes d’occupation à Mayence, apporte son appui aux Allemands favorables à un détachement de la Rhénanie — région catholique, historiquement distincte de la Prusse protestante — hors de l’orbite de Berlin, initiative torpillée par les Anglo-Américains.


2. La Force noire (Charles Mangin, présentation d’Antoine Champeaux, 2011)

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Réédité pour la première fois en 2011 chez L’Harmattan, dans la collection « Autrement mêmes », cet essai publié à l’origine en 1910 est le texte fondateur du projet d’armée africaine au service de la France. Le lieutenant-colonel Mangin y formule une thèse démographique, militaire et coloniale. Son point de départ est arithmétique : la natalité française décline, tandis que la population allemande croît rapidement ; dans les années qui viennent, l’armée française accusera un déficit d’environ 80 000 fantassins par rapport à son adversaire. Sa solution : recruter en masse des soldats dans les colonies d’Afrique subsaharienne, les « tirailleurs sénégalais » — appellation qui recouvre en réalité des combattants recrutés dans tout l’Ouest africain, et non dans le seul Sénégal — pour constituer une force apte à combattre sur un théâtre européen. L’essai se divise en quatre parties : le dépeuplement de la France, l’histoire de l’emploi de soldats noirs dans les armées depuis l’Antiquité, le bilan des tirailleurs sénégalais lors des conquêtes coloniales, et l’organisation pratique de cette armée nouvelle.

Lieutenant-colonel d’infanterie de marine, docteur en histoire et conservateur du musée des troupes de marine à Fréjus, Antoine Champeaux accompagne cette réédition d’une présentation nourrie. Il y resitue le propos de Mangin dans son contexte : les débats parlementaires de 1910, au cours desquels les députés s’interrogent sur les effets d’un recrutement massif en Afrique ; la réception mitigée de l’état-major, qui n’a formé que 30 000 soldats africains à la veille de la guerre alors que Mangin en réclamait bien davantage ; et les travaux de l’historien Marc Michel, qui a mesuré l’écart entre le projet initial et sa réalisation — près de 190 000 soldats africains effectivement mobilisés entre 1914 et 1918.

Car c’est bien la controverse sur la « chair à canon » qui domine la postérité de La Force noire : ces hommes, souvent envoyés au front dans des conditions extrêmes — un climat glacial auquel rien ne les avait préparés, des tranchées où les maladies pulmonaires décimaient les rangs —, ont-ils été délibérément placés en première ligne pour épargner les soldats métropolitains ? Les historiens restent partagés : certains voient en Mangin le promoteur d’une forme d’égalité militaire entre Africains et Européens, puisqu’il défend la valeur de ses tirailleurs avec conviction ; d’autres estiment qu’il a fourni la justification intellectuelle d’un recrutement massif qui a coûté des dizaines de milliers de vies africaines au profit de la métropole. Le texte, lu dans sa langue d’époque avec ses présupposés raciaux et son vocabulaire colonial, donne accès aux arguments qui ont rendu cette politique possible — et dont les conséquences, jusqu’à la question toujours sensible des pensions des anciens combattants africains, se prolongent bien après les indépendances.


3. Comment finit la guerre (Charles Mangin, 1920)

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Publié chez Plon en 1920, accompagné de onze cartes, ce livre de 330 pages est le récit et l’analyse de la Première Guerre mondiale par l’un de ses principaux généraux. Mangin y retrace, depuis les plans de campagne de 1914 jusqu’aux conséquences de la victoire, l’enchaînement des opérations qui ont conduit à la défaite allemande. Le texte est structuré en six parties : les plans de campagne initiaux, la bataille des Frontières et la Marne, Verdun et la Somme, les offensives de 1917, la campagne de 1918, et enfin une réflexion sur les causes et les conséquences de la victoire alliée. D’abord paru en feuilleton dans la Revue des Deux Mondes, l’ouvrage connaît un tel succès que sa quatorzième édition paraît dès les années 1920.

Mangin écrit ici en stratège autant qu’en mémorialiste. Il revient d’abord sur les erreurs du haut commandement en 1914 — la doctrine d’offensive frontale et l’incapacité à coordonner les manœuvres entre armées alliées. Vient ensuite Verdun, où il perfectionne le « feu roulant » : un barrage d’artillerie qui, au lieu de précéder l’assaut de plusieurs heures (ce qui laisse à l’ennemi le temps de se préparer), progresse mètre par mètre en même temps que l’infanterie, de sorte que les défenseurs ne peuvent se réorganiser à mesure qu’ils reculent. Mangin s’arrête aussi sur l’échec du Chemin des Dames en 1917 et conteste la responsabilité qu’on lui a imputée ; il rappelle que la commission d’enquête parlementaire a conclu qu’il avait « parfaitement commandé son armée ».

C’est sur la contre-offensive de juillet 1918 — sa bataille — que Mangin se fait le plus précis. Il y décrit comment il concentre secrètement ses troupes dans la forêt de Villers-Cotterêts, à l’abri des reconnaissances aériennes allemandes, et lance à l’aube du 18 juillet une attaque sans bombardement préparatoire — pour préserver l’effet de surprise —, appuyée par des centaines de chars Renault et le feu simultané de 2 000 canons. L’effondrement des lignes allemandes est immédiat.

Mangin expose enfin sa vision de l’après-guerre : la France doit, selon lui, favoriser le détachement de la Rhénanie — la rive gauche du Rhin, région catholique, industrielle et historiquement distincte de la Prusse protestante — afin de créer un État tampon sur sa frontière et d’empêcher toute résurgence du militarisme prussien. Le traité de Versailles ne retiendra pas cette option et se contentera d’une occupation temporaire de la zone. La remilitarisation de la Rhénanie par Hitler en 1936 — sans réaction militaire de la France ni de la Grande-Bretagne — confirmera les craintes de Mangin, mais trop tard pour que l’avertissement serve encore.