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Que lire sur Charles de Gaulle ?

Que lire sur Charles de Gaulle ?

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Charles de Gaulle naît le 22 novembre 1890 à Lille, dans une famille catholique et patriote, imprégnée du souvenir de la défaite de 1870 contre la Prusse. Élève de Saint-Cyr, il est au front dès 1914, blessé à trois reprises et fait prisonnier à Verdun en 1916 — une captivité de trente-deux mois qu’il vit comme une humiliation. L’entre-deux-guerres le voit mûrir sa pensée stratégique : il publie La Discorde chez l’ennemi, Le Fil de l’épée puis Vers l’armée de métier, où il plaide pour la guerre de mouvement et les divisions blindées. Convaincu que la ligne Maginot suffit à protéger le pays, l’état-major l’ignore. La débâcle de juin 1940 lui donne raison dans les pires conditions. Nommé sous-secrétaire d’État à la Guerre dans un gouvernement à l’agonie, il refuse l’armistice et gagne Londres. Le 18 juin 1940, au micro de la BBC, il lance un appel à poursuivre le combat. Il est alors quasi inconnu, condamné à mort par contumace, et ne dispose d’aucune force militaire. Quatre années durant, il impose la France libre face à des Alliés anglo-saxons qui auraient préféré traiter avec des interlocuteurs plus dociles, rallie les réseaux de Résistance intérieure — ce qui suppose d’imposer son autorité à des mouvements qui ne l’ont pas attendu pour se battre — et ramène le pays dans le camp des vainqueurs. Après la Libération, il dirige le Gouvernement provisoire de la République française, jette les bases de la reconstruction (création de la Sécurité sociale, nationalisation de l’énergie et des grandes banques, droit de vote des femmes), mais démissionne en janvier 1946 : les partis ont repris le pouvoir, et la nouvelle Constitution ne lui accorde pas l’exécutif fort qu’il réclame.

S’ouvre alors une longue traversée du désert de douze ans. De Gaulle fonde le RPF (Rassemblement du Peuple Français), un mouvement conçu pour fédérer les gaullistes et revenir au pouvoir par les urnes ; l’échec est cuisant et le RPF se disloque dès 1953. À Colombey-les-Deux-Églises, il rédige ses Mémoires de guerre. Le retour survient en mai 1958 : la guerre d’Algérie, qui dure depuis quatre ans, a paralysé la IVe République, et une partie de l’armée menace un coup de force depuis Alger. Rappelé au pouvoir comme dernier recours, de Gaulle fonde la Ve République, dont la Constitution donne au président une autorité sans précédent dans l’histoire républicaine. La paix en Algérie, obtenue en 1962 au prix de crises majeures (tentative de putsch de quatre généraux en 1961, attentats de l’OAS, exode des pieds-noirs — les Français d’Algérie, contraints de tout quitter), libère son énergie pour une politique d’indépendance nationale : la France se dote de l’arme nucléaire, quitte le commandement militaire intégré de l’OTAN — c’est-à-dire qu’elle refuse de placer ses troupes sous les ordres d’un général américain en temps de paix —, scelle la réconciliation avec l’Allemagne de l’Ouest et reconnaît la Chine communiste, au grand dam de Washington. En politique intérieure, le pays se modernise à vive allure (autoroutes, nucléaire civil, aéronautique) dans le cadre des Trente Glorieuses. Mais la société française évolue plus vite que le régime ne le perçoit. En mai 1968, une révolte étudiante se transforme en grève générale de dix millions de travailleurs ; le pouvoir gaulliste est ébranlé. De Gaulle reprend la main, puis joue son va-tout sur un référendum consacré à la régionalisation et à la réforme du Sénat : le « non » l’emporte le 27 avril 1969. Fidèle à sa parole, il se retire aussitôt. Il meurt à Colombey le 9 novembre 1970, à 79 ans.

Sur de Gaulle, on peut lire des centaines de livres — et s’y perdre. Les neuf titres réunis ici ont été classés selon un ordre de lecture progressif : la sélection s’ouvre par un essai bref qui propose une vue d’ensemble, se prolonge par les écrits de De Gaulle lui-même (sa pensée théorique, puis ses mémoires), enchaîne avec un témoignage direct issu de la fréquentation quotidienne du pouvoir, avant de proposer les grandes biographies — d’abord un essai thématique, puis les sommes les plus complètes, jusqu’à la référence internationale qui clôt le parcours.


1. Charles de Gaulle. Un rebelle habité par l’histoire (Michel Winock, 2019)

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Historien des idées politiques, professeur émérite à Sciences Po et cofondateur de la revue L’Histoire, Michel Winock a consacré sa carrière aux crises et aux courants idéologiques qui traversent la République française depuis 1870. Son de Gaulle n’est ni une biographie exhaustive ni un simple résumé : c’est un essai de synthèse d’un peu plus de 200 pages, centré sur les deux moments où de Gaulle refait la France — 1940 et 1958 — et sur une question qui dépasse le personnage : pourquoi la République, fondée sur le principe de la souveraineté collective, éprouve-t-elle à intervalles réguliers le besoin d’un seul homme pour la tirer d’affaire ?

Le livre tire sa force de sa concision. Winock ne se noie pas dans l’anecdote. Il rapporte le parcours gaullien aux tensions profondes de la vie politique française : la faiblesse chronique de l’exécutif sous les IIIe et IVe Républiques, les divisions entre la gauche et la droite, la difficulté à réformer sans crise. De Gaulle apparaît ici sous ses multiples visages : le rebelle de 1940 qui se mue en législateur en 1958, le nationaliste qui défend le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, le contempteur des partis qui finit par fonder le sien, le chef autoritaire qui soumet chacune de ses grandes décisions au référendum. Si vous n’avez jamais rien lu sur le Général et que vous cherchez une porte d’entrée solide, claire et raisonnablement courte, c’est par là qu’il faut commencer.


2. Le Fil de l’épée (Charles de Gaulle, 1932)

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Avant d’être l’homme du 18 Juin, Charles de Gaulle est un officier qui pense — et qui écrit. Le Fil de l’épée, publié en 1932 alors qu’il n’est encore que commandant, rassemble des conférences prononcées à l’École militaire en 1927. Il y esquisse un portrait du chef idéal : un être qui allie l’instinct à l’intelligence, le caractère à la culture, le prestige à la solitude consentie. Le propos est militaire dans sa forme, mais sa portée le dépasse. Les chapitres sur le caractère, le prestige et l’autorité se lisent aujourd’hui comme un traité de philosophie politique — ou, pour celles et ceux qui le souhaitent, comme un manuel de leadership dont bien des écoles de commerce feraient leur miel.

L’intérêt du livre est double. Il y a d’abord la pensée elle-même. De Gaulle emprunte à Bergson l’idée que l’intelligence abstraite est impuissante face à la réalité mouvante : c’est l’intuition, le flair, qui permet de saisir l’instant décisif. Il reprend à Clausewitz la conviction que la guerre est un prolongement de la politique, et ne saurait être confiée aux seuls techniciens. Il en tire un principe simple : les plans préétablis volent en éclats au premier contact avec le réel ; seul l’homme de caractère, celui qui ose décider dans l’incertitude, peut renverser le cours des événements. Il y a ensuite la dimension rétrospective, presque vertigineuse : huit ans avant la catastrophe de 1940, tout est déjà là. Les formules du commandant préfigurent les actes du général. François Mauriac l’a bien vu : à relire Le Fil de l’épée après la guerre, on comprend que de Gaulle savait déjà, à quarante et un ans, ce qu’il ferait et ce qu’il serait.


3. Mémoires de guerre – Édition intégrale (Charles de Gaulle, 2025)

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Les Mémoires de guerre, rédigés pendant la traversée du désert et publiés en trois tomes entre 1954 et 1959 (L’Appel, L’Unité, Le Salut), constituent le grand récit gaullien de la Seconde Guerre mondiale. De Gaulle y retrace son parcours de juin 1940 à janvier 1946 : l’appel de Londres, la construction de la France libre, les rapports souvent orageux avec Churchill et Roosevelt, l’unification de la Résistance, la Libération, le gouvernement provisoire et le départ du pouvoir. Ce n’est pas un simple témoignage : de Gaulle a voulu écrire un texte littéraire à part entière, avec la ferme intention de fixer lui-même, pour la postérité, le sens de ce qu’il avait vécu. La phrase inaugurale est passée dans la mémoire collective : « Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France. »

Préfacée par Jean-Luc Barré, l’édition intégrale publiée par Bouquins restitue pour la première fois depuis des décennies la forme que de Gaulle avait voulue : le récit proprement dit, accompagné de quelque 3 000 documents annexes — notes personnelles, correspondances avec Churchill et Roosevelt, télégrammes, rapports d’entretiens — qui occupaient à l’origine les deux tiers de chaque volume. Après la mort du Général, ces pièces avaient disparu des rééditions successives, et le lecteur ne disposait plus que du récit nu, sans les archives qui permettent de le contrôler. Tout l’intérêt de cette édition est là : on peut confronter ce que de Gaulle écrit en tant que mémorialiste à ce qu’il écrivait sur le vif en tant que chef d’État. Les écarts entre les deux sont instructifs : ici, une hésitation gommée ; là, une improvisation présentée comme une stratégie de longue date ; ailleurs, un échec minimisé. De Gaulle sélectionne, réordonne, dramatise — il construit une épopée autant qu’il la raconte. Avoir les pièces du dossier sous les yeux, c’est pouvoir lire ces Mémoires à la fois comme un chef-d’œuvre littéraire et comme un plaidoyer pro domo — ce qu’ils sont, indissociablement.


4. C’était de Gaulle – Intégrale (Alain Peyrefitte, 2002)

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Député, porte-parole du gouvernement, puis ministre de l’Éducation nationale, Alain Peyrefitte a eu, entre 1959 et 1969, environ 300 entretiens en tête-à-tête avec le général de Gaulle, auxquels s’ajoutent les Conseils des ministres et les rencontres avec des chefs d’État étrangers. Pendant toute cette décennie, il a pris des notes au jour le jour, avec l’accord du Général. Les trois volumes de C’était de Gaulle, parus entre 1994 et 2000 et réunis ici en un seul, livrent la transcription de ces conversations avec une fidélité revendiquée au ton, au style et aux saillies du personnage.

Le résultat est saisissant. On entend de Gaulle penser tout haut, avec une familiarité et une franchise qu’il ne se permettait jamais en public. Sur l’Algérie : pourquoi il s’est résolu à l’indépendance (le coût financier, la crainte d’une submersion démographique, l’impossibilité d’intégrer neuf millions de musulmans). Sur la bourgeoisie française, qu’il accuse d’avoir préféré Pétain en 1940 pour pouvoir « continuer à dîner en ville ». Sur Mitterrand, qu’il qualifie d’« arsouille » — mais pas question, dit-il, de recourir à la « politique des boules puantes ». Sur la télévision, l’Europe, la force de frappe. On y découvre aussi un homme dont les certitudes publiques masquent des hésitations réelles — et des tics de pensée que Peyrefitte relève sans s’en cacher. Le piège de l’exercice est connu : Peyrefitte est un gaulliste convaincu, et ses notes ne sont pas celles d’un observateur neutre. Quelques historiens lui reprochent d’avoir recomposé certains propos pour les rendre plus frappants. Mais cette réserve n’efface pas l’intérêt du témoignage : nulle part ailleurs on n’approche d’aussi près le de Gaulle de l’Élysée, celui qui gouverne au quotidien.


5. Charles de Gaulle : L’angoisse et la grandeur (Arnaud Teyssier, 2024)

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Normalien, énarque, biographe de Richelieu et de Philippe Séguin, président du Conseil scientifique de la Fondation Charles-de-Gaulle — ce qui lui donne un accès privilégié aux archives de la rue de Solférino, ancien quartier général du RPF —, Arnaud Teyssier ne se lance pas dans une biographie classique. Son de Gaulle est un essai construit autour d’une thèse : toute l’action du Général peut se lire comme une tentative de vaincre l’angoisse. L’angoisse du patriote qui, très jeune, perçoit la mécanique du déclin français — des institutions faibles, des élites divisées, un peuple que la guerre peut à tout moment fracturer. Et la grandeur comme réponse : des institutions fortes, un État capable d’entraîner la nation, un chef qui refuse de gérer le déclin.

Teyssier retrace les grandes étapes du parcours gaullien, mais les rapporte à un fil directeur intellectuel. Là où Le Fil de l’épée (voir plus haut) laissait entrevoir l’influence de Bergson et de Clausewitz, Teyssier creuse une autre filiation, moins attendue : celle de Charles Péguy, écrivain catholique et dreyfusard, mort au front en 1914. De Péguy, de Gaulle hérite la conviction qu’une société qui troque ses exigences morales et spirituelles contre le seul confort matériel se condamne à la paralysie — et qu’il faut, face à cela, une « mystique » de l’action collective, un idéal suffisamment puissant pour arracher un peuple à la résignation. Le livre s’appuie largement sur les archives de la Fondation — en particulier le fonds Bernard Tricot, dernier secrétaire général de l’Élysée sous de Gaulle.

Sur plusieurs points, l’auteur prend le contre-pied d’interprétations établies : il rejette l’hypothèse d’une tentation suicidaire après l’échec de Dakar en septembre 1940 (une expédition militaire destinée à rallier l’Afrique-Occidentale française à la France libre, repoussée par les forces fidèles à Vichy) et lit Mai 58 comme un « faux coup d’État qui permet d’en éviter un vrai ». Ces prises de position ne font pas l’unanimité ; certains critiques lui reprochent une indulgence excessive envers les zones d’ombre — notamment la dureté de la répression en Algérie. Il n’empêche : le livre offre une clé de lecture cohérente pour comprendre non seulement ce que de Gaulle a fait, mais ce qui l’a poussé à le faire.


6. Charles de Gaulle (Éric Roussel, 2002)

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Historien, journaliste et membre de l’Institut, Éric Roussel est l’auteur de biographies de référence sur les grandes figures de la Ve République (Pompidou, Mitterrand, Giscard d’Estaing). Couronné du prix Renaudot poche en 2020, son de Gaulle repose sur un travail d’archives considérable — fonds récemment ouverts en France et à l’étranger, rapports des services secrets américains sur de Gaulle pendant la guerre, correspondances diplomatiques britanniques — qui renouvellent la compréhension de plusieurs épisodes, en particulier les relations tumultueuses avec Roosevelt (lequel a longtemps envisagé de traiter la France libérée comme un pays occupé, sous administration militaire américaine).

La force de cette biographie tient à son souci d’équilibre : Roussel ne verse ni dans l’hagiographie ni dans le réquisitoire. Il reconstitue les hésitations, les calculs et les erreurs de jugement d’un homme que la postérité a parfois figé dans le marbre. La Seconde Guerre mondiale occupe une place importante, avec un accent particulier sur les relations avec les Alliés : un de Gaulle tantôt génial dans le bluff — il s’impose face à Roosevelt et Churchill alors qu’il n’a presque aucun moyen de pression réel —, tantôt d’une rigidité qui exaspère ses propres partisans. La présidence (1958-1969), en revanche, est traitée de manière plus ramassée, ce qui peut laisser sur sa faim. L’historien britannique Julian Jackson a par ailleurs reproché à Roussel un portrait « subtilement négatif » du Général — un jugement que d’autres estiment excessif. Quoi qu’il en soit, cette biographie reste l’une des meilleures portes d’entrée pour qui veut un récit rigoureux et accessible de la vie entière de Charles de Gaulle, en un seul volume.


7. De Gaulle, une vie. L’homme de personne (Jean-Luc Barré, 2023)

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Directeur de la collection « Bouquins », artisan de l’édition des Mémoires de guerre dans la Bibliothèque de la Pléiade, biographe de François Mauriac, Jean-Luc Barré a consacré plus de dix ans à ce qui s’annonce comme la grande biographie française de notre siècle — une trilogie dont ce premier volume, récompensé par le prix Renaudot de l’essai, couvre la période 1890-1944. L’ambition est claire : revenir aux sources, contre les récupérations politiques et les légendes accumulées, pour retrouver l’homme derrière le monument.

Barré a eu accès aux archives personnelles du Général — celles de la famille de Gaulle, que nul historien n’avait pu consulter avant lui — ainsi qu’à une masse de correspondances inédites et de manuscrits préparatoires des Mémoires. Le résultat est une biographie d’une densité remarquable. On y suit pas à pas la formation intellectuelle du jeune de Gaulle, sa blessure de la captivité en 14-18, ses combats doctrinaux de l’entre-deux-guerres (le fameux mémorandum sur la force mécanique, envoyé à 80 personnalités et resté sans réponse), sa liaison éphémère avec une princesse polonaise à Varsovie en 1920, et surtout l’extraordinaire trajectoire qui mène un colonel inconnu de juin 1940 au chef reconnu de la France libre.

L’homme intime n’est pas oublié : le rôle capital d’Yvonne, la naissance de leur fille Anne, porteuse de trisomie 21 et décédée en 1948 — l’une des rares occasions où de Gaulle laissera transparaître une émotion profonde. Ce que Barré met en lumière, c’est une cohérence de pensée antérieure à l’entrée dans l’histoire : dès les années 1920-1930, de Gaulle est convaincu que la France a besoin d’un État fort, incarné par un chef placé au-dessus des partis, et que la souveraineté nationale ne se négocie pas — ni face à l’ennemi, ni face aux alliés. L’appel du 18 Juin n’est pas un coup de tête : c’est l’aboutissement logique de trente ans de réflexion.


8. De Gaulle, une vie. Le premier des Français (Jean-Luc Barré, 2025)

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Le deuxième volet de la trilogie couvre la période 1944-1958 : de la Libération de Paris au retour au pouvoir. C’est, paradoxalement, la phase la moins connue du grand public — et la plus riche en tensions. De Gaulle doit gouverner un pays en ruines, mener l’épuration des collaborateurs sans basculer dans la guerre civile, contenir un Parti communiste qui contrôle une large part de la Résistance armée, échouer à imposer ses vues constitutionnelles, démissionner en janvier 1946, fonder le RPF puis le voir s’effondrer, endurer douze années de retrait à Colombey, et enfin orchestrer son retour au pouvoir en mai 1958 dans des circonstances que l’historiographie n’a cessé de discuter — entre sédition militaire et légalité républicaine.

Barré renouvelle la lecture de cette période grâce aux mêmes archives familiales et privées qui fondaient le premier tome. Il éclaire d’un jour neuf les procès de l’épuration, le massacre de Sétif en mai 1945 (la répression sanglante d’une manifestation nationaliste algérienne par l’armée française, qui fait des milliers de morts et annonce les guerres de décolonisation), le fonctionnement interne du RPF et la stratégie — non dénuée de machiavélisme, admet l’auteur — par laquelle de Gaulle précipite la chute de la IVe République sans paraître la pousser. On retrouve aussi l’homme privé, frappé par la mort de sa fille Anne, partagé entre rage, exaltation et mélancolie, prodigue en formules cinglantes dans l’intimité. Le troisième et dernier volume, Le Dernier Souverain, consacré à la période 1958-1970, est annoncé pour 2027. D’ici là, ces deux premiers tomes, par la richesse de leurs sources et la précision de leur récit, s’imposent comme la biographie française la plus aboutie depuis celle de Jean Lacouture dans les années 1980.


9. De Gaulle. Une certaine idée de la France (Julian Jackson, 2019)

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Professeur d’histoire à l’université Queen Mary de Londres, spécialiste de la France au XXe siècle — on lui doit notamment La France sous l’Occupation —, Julian Jackson signe avec ce pavé de près de mille pages ce que la critique a salué, en Grande-Bretagne comme en France, comme la biographie de référence. L’ouvrage a été couronné du Duff Cooper Prize et a bousculé, des deux côtés de la Manche, quelques certitudes bien établies.

La première force du livre tient au regard extérieur de son auteur. Ni gaulliste ni antigaulliste, Jackson ne partage pas les passions françaises liées au personnage. Il peut donc se permettre ce qu’un biographe national hésite souvent à faire : épouser les paradoxes sans chercher à les résoudre. Son de Gaulle est un homme d’une intelligence politique redoutable, doté d’un sens du possible et d’un goût de la tactique qui confinent au génie — mais aussi un être d’une ingratitude glaçante, incapable de reconnaître une dette ou d’admettre qu’il s’est trompé, et dont l’absence d’empathie a déconcerté jusqu’à ses plus fidèles lieutenants. Jackson nuance aussi l’image d’un visionnaire de la décolonisation : de Gaulle est resté longtemps attaché à l’Empire, et sa politique algérienne a connu de coûteux atermoiements — plusieurs années d’hésitation entre intégration, association et indépendance — avant d’aboutir.

L’autre force de cette biographie tient à la masse d’archives mobilisées — françaises, britanniques, américaines — et à la manière dont Jackson les met en perspective. Les propos rapportés sont souvent drôles, parfois féroces — ceux de de Gaulle lui-même, mais aussi ceux de Churchill, de Roosevelt, des résistants et des hommes politiques de la IVe République, qui tous ont leur mot à dire sur cet allié impossible. Le chapitre consacré au 29 mai 1968 — le jour où de Gaulle disparaît de l’Élysée pour se rendre à Baden-Baden, auprès du général Massu, sans prévenir son premier ministre, et où la France entière se demande s’il a abdiqué — se lit comme un roman d’espionnage. Au terme de la lecture, on referme le livre avec le sentiment d’avoir rencontré un personnage plus complexe, plus contradictoire et plus intéressant que la statue officielle — ce qui, pour un homme qui détestait qu’on le prenne pour un monument, n’est peut-être pas le moindre hommage.