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Que lire sur l'histoire de l'Ukraine ?

Que lire sur l’histoire de l’Ukraine ?

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L’Ukraine est, depuis le IXe siècle, l’un des territoires les plus disputés du continent européen. Son histoire commence avec la Rous’ de Kyiv, une fédération de principautés fondée par des élites scandinaves — les Varègues — qui devient, après sa conversion au christianisme orthodoxe en 988, l’un des grands centres politiques et culturels de l’Europe orientale. Russes, Ukrainiens et Biélorusses revendiquent tous cet héritage, et c’est précisément ce « berceau commun » qui nourrit, aujourd’hui encore, les discours du Kremlin sur l’unité supposée des deux peuples. Après l’invasion mongole du XIIIe siècle, les territoires ukrainiens se retrouvent partagés : l’ouest passe sous domination lituanienne puis polonaise, tandis que la principauté de Moscou s’affirme à l’est. Au XVIIe siècle, les Cosaques zaporogues — des communautés guerrières et paysannes installées dans les steppes du sud — fondent un État autonome, l’Hetmanat, mais leur alliance avec le tsar de Moscovie, scellée par le traité de Pereïaslav en 1654, aboutit à leur absorption progressive par l’Empire russe. À l’ouest, la Galicie et d’autres régions passent sous l’autorité des Habsbourg, source d’une fracture durable entre l’est et l’ouest de l’Ukraine : les deux parties vivent, pendant des siècles, dans des cadres étatiques, juridiques et culturels radicalement différents.

Le XIXe siècle voit naître un mouvement national ukrainien, d’abord littéraire — le poète Taras Chevtchenko en est la figure emblématique —, bientôt politique, que l’Empire russe s’emploie méthodiquement à réprimer — au point d’interdire l’impression d’ouvrages en ukrainien. En 1917-1921, une République populaire ukrainienne tente de s’affirmer dans le chaos des révolutions et de la guerre civile, mais elle est vaincue par les bolcheviks. Intégrée à l’URSS, l’Ukraine subit dans les années 1930 la collectivisation forcée et la Grande Famine — le Holodomor —, qui fait près de quatre millions de morts. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le pays est ravagé tour à tour par l’occupation nazie et la reconquête soviétique. Ce n’est qu’en 1991, à la dissolution de l’URSS, que l’Ukraine accède à l’indépendance. Depuis, elle se construit comme nation souveraine et démocratique, mais les tensions avec la Russie ne cessent de croître : l’annexion de la Crimée en 2014, la guerre dans le Donbass, puis l’invasion à grande échelle lancée par Vladimir Poutine le 24 février 2022 ont replacé ce pays au centre de la conscience européenne.

Les huit ouvrages présentés ici permettent de saisir cette trajectoire sous des angles complémentaires. Ils couvrent, à eux tous, plus d’un millénaire d’histoire — des origines de la Rous’ jusqu’au conflit en cours — : fresque politique, analyse des rapports de domination entre Moscou et Kyiv, étude des violences de masse, portrait sociologique, récit intime d’une révolution.


1. Aux portes de l’Europe. Histoire de l’Ukraine (Serhii Plokhy, 2022)

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Professeur à l’université Harvard et directeur du Harvard Ukrainian Research Institute, Serhii Plokhy propose avec ce livre la synthèse historique la plus complète sur l’Ukraine disponible en français. Le récit va des observations d’Hérodote sur les Scythes jusqu’à la présidence de Volodymyr Zelensky. La moitié du livre est consacrée à la période antérieure à la Première Guerre mondiale, ce qui permet de comprendre combien l’identité ukrainienne s’est forgée dans un paysage politique morcelé : les populations de l’ouest, longtemps intégrées à la Pologne puis à l’Empire austro-hongrois, ont connu des institutions, des traditions religieuses (le catholicisme grec, ou « uniatisme ») et des évolutions culturelles sans rapport avec celles de l’est, soumis à l’Empire russe et à l’orthodoxie moscovite. Plokhy accorde une attention soutenue à ces clivages géographiques, confessionnels et linguistiques — y compris la frontière entre la steppe méridionale, propice aux modes de vie semi-nomades des Cosaques, et la zone forestière du nord, terre d’agriculture sédentaire et de villes marchandes : deux mondes qui ont produit des structures sociales et des formes de pouvoir dissemblables.

L’ambition de l’historien dépasse cependant la chronologie. Il cherche à expliquer comment des populations aux passés si divergents ont fini par se reconnaître dans une identité commune et par se doter d’un État. Nulle apologie ici : Plokhy ne dissimule pas les épisodes les plus controversés du mouvement national ukrainien — notamment la collaboration de certaines de ses franges avec l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale, ou les violences perpétrées par l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) contre les Polonais de Volhynie en 1943 — pas plus qu’il n’esquive les difficultés de l’apprentissage de l’indépendance après 1991 face à une Russie hostile. L’histoire de l’Ukraine racontée ici est indissociable de celle de la Russie : les deux pays se sont construits l’un par rapport à l’autre, et comprendre l’un oblige à comprendre l’autre.


2. Russes et Ukrainiens. Les frères inégaux, du Moyen Âge à nos jours (Andreas Kappeler, 2022)

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Professeur émérite d’histoire européenne à l’Université de Vienne, Andreas Kappeler consacre son analyse à une question précise : comment les Russes et les Ukrainiens, si souvent présentés comme « frères », en sont-ils venus à se faire la guerre ? L’ouvrage, paru en allemand dès 2017 — soit trois ans après la première agression russe —, part d’une métaphore ancienne, celle des « peuples frères », attestée dans les sources depuis le XVIIe siècle, et en fait la critique rigoureuse. Kappeler démontre que cette prétendue fraternité a toujours fonctionné comme un instrument de domination : la Russie a utilisé l’argument de la proximité culturelle et linguistique pour justifier son emprise sur l’Ukraine, de l’intégration de l’Hetmanat cosaque au XVIIIe siècle à l’interdiction de la langue ukrainienne dans l’enseignement et la presse sous Alexandre II, puis à la russification forcée de l’époque soviétique.

La force du livre réside dans la confrontation permanente entre les faits et les récits qu’en ont tiré, au fil des siècles, les pouvoirs russe et ukrainien. Un même événement — le traité de Pereïaslav de 1654, par exemple — est lu comme une « réunification » par Moscou et comme une alliance militaire temporaire par Kyiv. Kappeler met au jour ces lectures antagonistes avec rigueur, et montre comment chaque camp a construit sa propre mémoire nationale. Il met aussi en garde contre le piège inverse : réduire toute l’histoire russo-ukrainienne au seul conflit reviendrait à ignorer des siècles d’échanges, d’influences réciproques et de coexistence. Ce que le livre permet avant tout, c’est de comprendre comment le mythe de l’unité naturelle des deux peuples — aujourd’hui brandi par Vladimir Poutine pour justifier l’invasion — s’est fabriqué et solidifié de siècle en siècle.


3. Terres de sang. L’Europe entre Hitler et Staline (Timothy Snyder, 2012)

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Historien à l’université Yale, Timothy Snyder a profondément renouvelé l’étude des violences de masse du XXe siècle grâce à un cadre géographique inédit. Son concept de « terres de sang » désigne le territoire qui s’étend de la Pologne centrale à la Russie occidentale — Ukraine, Biélorussie et pays Baltes inclus —, une zone où, entre 1933 et 1945, quatorze millions de civils ont été tués par le régime nazi et le régime stalinien. L’Ukraine se trouve au cœur géographique de cette catastrophe : elle est frappée par la famine organisée du début des années 1930, par la Grande Terreur de 1937-1938 (exécutions et déportations massives ordonnées par Staline), par le plan de famine nazi (qui prévoyait d’affamer les populations slaves pour nourrir l’armée allemande), par la Shoah par balles (l’exécution systématique des Juifs par fusillades massives, avant la mise en place des camps d’extermination), puis par les représailles de la reconquête soviétique.

L’apport décisif de Snyder est de traiter ensemble ces épisodes — famines soviétiques, exécutions de masse, extermination des Juifs, mort programmée des prisonniers de guerre — non pour les confondre, mais pour montrer comment les deux régimes ont agi sur les mêmes populations et se sont renforcés l’un l’autre. La famine ukrainienne de 1932-1933, par exemple, a fourni à la propagande nazie un argument pour dénoncer la barbarie bolchevique et conquérir les opinions ; l’occupation allemande, à son tour, a fourni à Staline le prétexte pour déporter des peuples entiers accusés de collaboration. Snyder soutient que cette interaction a engendré plus de morts que chacun des deux régimes n’en aurait provoqué seul.

L’ouvrage a suscité un vaste débat historiographique : certains historiens ont reproché à Snyder le périmètre géographique retenu (pourquoi exclure le Caucase, lui aussi frappé par la famine ?), d’autres ont interrogé les risques de symétrie entre les deux systèmes. Mais le livre a eu le mérite d’amener le monde académique occidental à penser conjointement les violences nazie et soviétique, là où les historiographies de l’Ouest et de l’Est les avaient longtemps étudiées séparément.


4. Famine rouge. La guerre de Staline en Ukraine (Anne Applebaum, 2019)

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Lauréate du prix Pulitzer pour Goulag : une histoire, Anne Applebaum consacre cet ouvrage au Holodomor — la grande famine qui a frappé l’Ukraine en 1932-1933 et provoqué la mort de près de quatre millions de personnes. Le récit ne commence pas en 1932 : il remonte à la révolution ukrainienne de 1917 et au mouvement national qui en est issu, puis retrace les décisions du Politburo en matière de politique agricole, la collectivisation forcée et la persécution systématique de l’intelligentsia ukrainienne — écrivains, universitaires, cadres politiques. La famine n’est pas un accident ni un simple effet collatéral d’une politique économique aberrante. Applebaum montre qu’elle a été instrumentalisée par Staline pour briser la résistance paysanne — particulièrement forte en Ukraine, où les paysans refusaient de céder leurs terres et leur bétail aux fermes collectives (kolkhozes) — et pour anéantir toute velléité d’autonomie nationale. Le mécanisme est précis : confiscation intégrale des récoltes, inscription de villages entiers sur des « listes noires » qui leur coupent tout approvisionnement, bouclage des frontières de la république pour empêcher les affamés de fuir.

Le livre repose sur une documentation considérable — archives soviétiques ouvertes après 1991, témoignages de survivant·es — et fait suite à l’enquête pionnière de Robert Conquest (The Harvest of Sorrow, 1986), qu’il renouvelle grâce à des sources inaccessibles à l’époque. Applebaum rend tangible l’horreur quotidienne de la famine — les villages désertés, les enfants squelettiques, les files de cadavres le long des routes. Elle inscrit le Holodomor dans le temps long des relations russo-ukrainiennes et souligne que la mémoire de cette catastrophe, que l’URSS a méthodiquement effacée (interdiction d’évoquer la famine, falsification des registres d’état civil, répression de quiconque en parlait), reste un ciment de la conscience nationale ukrainienne et l’un des fondements de la défiance vis-à-vis de Moscou.


5. L’avenir se joue à Kyiv. Leçons ukrainiennes (Karl Schlögel, 2024)

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Karl Schlögel est l’un des plus importants historiens allemands de l’Europe orientale. Il a écrit ce livre en 2014-2015, sous le choc de l’annexion de la Crimée et de la guerre du Donbass. L’édition française, parue dix ans plus tard chez Gallimard dans une version élargie et actualisée, porte la marque de cette urgence initiale. Schlögel ne propose pas un récit chronologique de l’Ukraine : il entre dans le pays par ses villes — Lviv, Odessa, Kharkiv, Donetsk, Kyiv — et lit dans leurs rues, leurs bâtiments, leurs cimetières et leurs marchés les traces des populations qui s’y sont succédé. Lviv conserve l’empreinte de ses siècles polonais, autrichiens et juifs ; Odessa porte celle de l’Empire russe et de ses ports cosmopolites ; Donetsk est le produit de l’industrialisation soviétique. Chacun de ces portraits urbains met en évidence ce que les cartes politiques ne montrent pas : l’Ukraine n’est pas un bloc homogène, mais un pays où ont coexisté — parfois harmonieusement, parfois violemment — des populations ukrainiennes, russes, polonaises, juives, tatares, grecques.

Schlögel avoue dans ses préfaces son propre aveuglement : spécialiste de la Russie soviétique, il a longtemps regardé l’Ukraine à travers le prisme de Moscou, comme un simple appendice de l’Empire. La crise de 2014 l’a contraint à renverser sa perspective. Il en tire une leçon politique sans ambiguïté : c’est parce que les Européens — intellectuels, diplomates, opinions publiques — ont ignoré l’Ukraine, l’ont laissée dans un angle mort de leur carte mentale, que la Russie a pu estimer que personne ne réagirait à une agression. La dernière partie du livre, rédigée après le 24 février 2022, fait de Marioupol — ville rasée par l’armée russe après un siège de plusieurs mois — le symbole de cette destruction urbaine que Schlögel avait redoutée.


6. La nuit ukrainienne. Une histoire intime de la révolution (Marci Shore, 2024)

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Marci Shore, historienne à l’université Yale et spécialiste de la mémoire du XXe siècle en Europe de l’Est, a écrit ce livre en 2017 sur la révolution de Maïdan — le soulèvement populaire qui, entre novembre 2013 et février 2014, a renversé le président Viktor Ianoukovytch après son refus de signer un accord d’association avec l’Union européenne. La traduction française, parue en 2024 avec un nouvel avant-propos, relie ces événements à l’invasion russe de 2022, dont ils constituent le déclencheur indirect : c’est en réponse à Maïdan que la Russie a annexé la Crimée et armé les séparatistes du Donbass. Shore choisit un angle tout autre que celui des autres ouvrages de cette sélection : elle donne la parole aux individus qui ont vécu la révolution de l’intérieur — étudiant·es, intellectuel·les, militant·es, écrivain·es — et suit le fil de leurs témoignages, recueillis avant, pendant et après les journées décisives.

Ces voix croisées révèlent la diversité de la société ukrainienne : russophones et ukrainophones, catholiques, orthodoxes, juifs et uniates (chrétiens de rite oriental rattachés à Rome) se côtoient dans ses pages. L’un des témoins centraux, l’essayiste et traducteur Jurko Prokhasko, uniate de Galicie, incarne un rapport à l’Ukraine qui ne se réduit pas au nationalisme ethnique : il est patriote tout en étant profondément attaché à la culture européenne et aux valeurs libérales. Shore montre que Maïdan n’est pas le coup d’État fomenté par l’Occident que dénonce la propagande russe, mais un mouvement citoyen, né du refus d’un pouvoir corrompu et oligarchique et du désir d’un ancrage européen. Cet ouvrage permet de comprendre pourquoi la société ukrainienne a su résister à l’invasion de 2022 : la mobilisation de Maïdan a forgé des réseaux de solidarité, des réflexes d’auto-organisation et une conscience politique qui se sont révélés décisifs huit ans plus tard.


7. Jamais frères ? Ukraine et Russie : une tragédie postsoviétique (Anna Colin Lebedev, 2022)

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Maîtresse de conférences en science politique à l’université Paris-Nanterre, Anna Colin Lebedev dresse un portrait croisé des sociétés russe et ukrainienne depuis la dissolution de l’URSS en 1991. Le livre, écrit dans l’urgence des premiers mois de l’invasion de 2022, oppose un démenti ferme à l’assertion de Vladimir Poutine selon laquelle Russes et Ukrainiens formeraient un seul et même peuple. L’époque soviétique a certes engendré une proximité réelle entre les deux sociétés — modes de vie standardisés, bilinguisme répandu (de nombreux Ukrainiens parlent russe au quotidien), mariages mixtes, familles à cheval sur les deux pays. Mais ces similitudes, pour l’essentiel, sont le produit de décennies d’uniformisation imposée par Moscou — et non la preuve d’une identité commune spontanée.

Colin Lebedev montre comment, après 1991, les deux pays ont emprunté des voies politiques opposées. L’Ukraine a adopté une démocratie parlementaire certes imparfaite — corruption endémique, mainmise des oligarques —, mais portée par une société civile capable de renverser ses dirigeants lorsqu’ils trahissent leurs promesses, comme en 2004 (révolution orange) et en 2014 (Maïdan). La Russie, après la relative libéralisation des années 1990, a basculé dans l’autoritarisme sous Poutine. L’autrice montre aussi comment le Kremlin instrumentalise la question linguistique : le fait que des millions d’Ukrainiens parlent russe est présenté par Moscou comme la preuve qu’ils sont « en réalité » russes — un raisonnement que Colin Lebedev récuse : la langue parlée ne détermine ni l’identité nationale ni les choix politiques.

Par sa dimension sociologique, fondée sur des recherches de terrain et une connaissance de première main des deux pays, Jamais frères ? donne à voir ce que les rapports diplomatiques et les cartes du front ne racontent pas : comment les gens vivent, pensent, se souviennent, et pourquoi deux sociétés en apparence si proches ont fini par diverger à ce point.


8. La guerre russo-ukrainienne. Le retour de l’histoire (Serhii Plokhy, 2023)

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Second ouvrage de Serhii Plokhy dans cette liste, La guerre russo-ukrainienne est né dans l’urgence. En février 2022, l’historien se trouve à Vienne pour des recherches sur la catastrophe de Tchernobyl lorsque l’invasion de son pays natal le rattrape. Il est alors l’un des premiers à prédire la résistance ukrainienne face à ce que le Kremlin présente comme une « opération militaire spéciale » vouée à s’achever en quelques jours. L’ouvrage retrace le conflit depuis son véritable point de départ — l’annexion de la Crimée et le début de la guerre dans le Donbass en 2014, qui a fait quatorze mille morts en huit ans dans une relative indifférence internationale — et en analyse les racines profondes, qui remontent à l’effondrement de l’Empire russe au XIXe siècle et aux tensions post-soviétiques.

Plokhy applique à l’histoire immédiate la même rigueur qu’à ses travaux sur le temps long. Il déconstruit les arguments historiques avancés par Vladimir Poutine pour justifier l’invasion — notamment la thèse selon laquelle l’Ukraine ne serait pas une « vraie » nation et n’aurait jamais eu d’existence étatique propre, ou l’idée que l’élargissement de l’OTAN aurait « provoqué » la Russie. Plokhy montre, sources à l’appui, que ces arguments relèvent de la falsification historique et que la décision d’envahir l’Ukraine procède d’une logique impériale bien antérieure à la question de l’OTAN. Il analyse aussi la dimension mondiale du conflit : ses répercussions sur les marchés de l’énergie, sur l’ordre de sécurité européen, sur les rapports entre les États-Unis, l’Europe et la Chine. Enfin, il souligne un paradoxe : la Russie a cherché à soumettre l’Ukraine, mais elle a consolidé un patriotisme ukrainien qui transcende désormais les clivages linguistiques et régionaux et soudé une société que le Kremlin croyait pouvoir diviser.