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Que lire sur la campagne d'Italie ?

Que lire sur la campagne d’Italie ?

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En juillet 1943, les forces anglo-américaines débarquent en Sicile. Deux mois plus tard, elles prennent pied sur le continent italien. L’objectif est double : contraindre l’Italie fasciste à la capitulation et fixer un maximum de divisions allemandes loin des côtes de la Manche, où se prépare le débarquement décisif. L’Italie signe un armistice dès septembre 1943, mais la Wehrmacht ne cède rien : elle occupe la péninsule et y érige une succession de lignes défensives. La plus redoutable, la ligne Gustav, barre la route de Rome à la hauteur de Cassino, où un monastère bénédictin, perché à 520 mètres d’altitude, domine la vallée du Liri — le seul axe praticable vers la capitale. Cinq armées — américaine, britannique, française, polonaise et allemande — s’y affrontent de l’automne 1943 au printemps 1945, dans une guerre d’usure qui fait, entre tués, blessés et disparus, plus de 300 000 victimes côté allié et 430 000 côté allemand.

C’est dans ce théâtre d’opérations que la France retrouve sa place parmi les nations combattantes. Sous le commandement du général Juin, le Corps expéditionnaire français (CEF), constitué en Afrique du Nord à partir de novembre 1942, rassemble plus de 100 000 hommes : tirailleurs algériens et tunisiens — des régiments d’infanterie recrutés en Afrique du Nord —, goumiers marocains rompus au combat de montagne, et cadres européens issus de l’armée d’Afrique ou des Forces françaises libres. En mai 1944, ce sont ces troupes qui débloquent la situation là où Américains et Britanniques piétinent depuis des mois : les soldats du CEF s’infiltrent à travers les monts Aurunci, un massif montagneux que l’état-major allemand jugeait infranchissable, contournent les défenses de Cassino et forcent la Wehrmacht à décrocher. La route de Rome est ouverte ; la capitale tombe le 4 juin 1944. Mais dès le lendemain, le débarquement en Normandie relègue cette victoire au second plan de l’actualité — et, durablement, de la mémoire collective. La campagne d’Italie reste ainsi l’un des épisodes les plus méconnus de la Seconde Guerre mondiale.

Voici les principaux ouvrages disponibles en français qui lui sont consacrés.


1. Vaincre sans gloire : Le Corps expéditionnaire français en Italie (novembre 1942-juillet 1944) (Julie Le Gac, 2013)

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Issu d’une thèse de doctorat, cet ouvrage de Julie Le Gac est devenu dès sa parution la référence sur le Corps expéditionnaire français en Italie. L’historienne y retrace l’intégralité du parcours du CEF, depuis sa création en Afrique du Nord jusqu’à son retrait du front italien à l’été 1944. Elle croise les décisions politiques et diplomatiques des gouvernements alliés, les choix opérationnels des états-majors et le vécu des soldats — Européens et « indigènes » confondus. Car cette armée, reconstituée à la hâte après le débarquement allié en Afrique du Nord (novembre 1942), est traversée par une fracture politique majeure : d’un côté, les cadres de l’armée d’Afrique, longtemps fidèles au maréchal Pétain, qui peinent à rompre avec les valeurs de Vichy ; de l’autre, les Français Libres et les évadés par l’Espagne, pour qui l’esprit de résistance prime sur l’obéissance hiérarchique. Le Gac montre comment cette fracture, aggravée par l’épuration militaire de fin 1943 — les tribunaux militaires jugent alors les officiers soupçonnés de fidélité à Vichy, avec des peines légères mais un retentissement durable dans les rangs —, a pesé sur la cohésion du CEF tout au long de la campagne.

Le Gac aborde aussi les violences perpétrées contre les civils italiens — viols et pillages — qui ont terni l’image du CEF à la fin du printemps 1944, au moment même de ses plus grandes victoires. Là où les récits français avaient tendance à minimiser ces faits et les récits italiens à les imputer exclusivement aux soldats nord-africains, l’historienne identifie des causes multiples : l’épuisement d’une troupe soumise à des combats d’une intensité extrême, l’effondrement des repères disciplinaires, mais aussi le rôle des préjugés raciaux, qui ont permis d’attribuer aux « indigènes » des actes commis par l’ensemble des belligérants. En épilogue, elle prolonge la réflexion jusqu’aux conférences de paix de 1945-1947 et à la mémoire des anciens du CEF — une mémoire d’autant plus douloureuse qu’après la guerre d’Indochine puis la guerre d’Algérie, l’expérience italienne est devenue pour beaucoup le souvenir d’une époque révolue où Européens et Nord-Africains se battaient encore côte à côte.

Si vous ne devez lire qu’un seul bouquin sur le sujet, c’est celui-ci. La rigueur de l’appareil critique — index, bibliographie, sources d’archives françaises, américaines et britanniques — est à la hauteur de l’ambition : restituer cette campagne dans toutes ses dimensions, y compris les plus dérangeantes.


2. La campagne d’Italie : 1943-1945. Les victoires oubliées de la France (Jean-Christophe Notin, 2002)

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Paru en 2002, cet ouvrage de Jean-Christophe Notin a été le premier à raconter de manière exhaustive l’engagement français en Italie. Récompensé par le prix Maréchal-Foch de l’Académie française, il couvre l’ensemble de la campagne sur une chronologie plus large que les études ultérieures : là où la plupart s’arrêtent au départ du CEF à l’été 1944, Notin poursuit jusqu’en 1945 et la prise de Turin — une avancée qui permettra à la France d’obtenir, lors du traité de paix de 1947, la cession de quelques communes frontalières italiennes. Pour nourrir ces plus de six cents pages, l’auteur a exploité des archives françaises et américaines alors inédites et recueilli de nombreux témoignages directs, ceux de généraux comme de simples soldats.

Assauts contre la ligne Gustav, percée du Garigliano en mai 1944, prise de l’île d’Elbe en juin (opération Brassard) — tous les épisodes militaires importants y figurent. Mais l’ambition de Notin dépasse le strict cadre de l’histoire-bataille. Il s’attache à reconstituer le quotidien des combattants : le froid des montagnes italiennes en hiver, la boue qui engloutit les pistes de ravitaillement, l’épuisement physique et nerveux après des semaines de combat ininterrompu. Un journaliste britannique, cité dans le livre, donne la mesure de l’élan du CEF lors de la percée de mai 1944 : « Ils avancent si rapidement, les communiqués ne peuvent suivre leur rythme. »

Notin éclaire aussi les relations souvent tendues entre Alliés — les frictions entre commandements français et américain sur la conduite des opérations — et l’attitude ambivalente des populations italiennes, qui accueillent les Français en libérateurs, non sans méfiance. L’auteur a par ailleurs consulté les dossiers confidentiels de la police militaire pour aborder la question des exactions imputées aux tirailleurs, un sujet sur lequel il adopte une position plus nuancée que celle des associations d’anciens combattants. Par ce travail pionnier, Notin a ouvert la voie aux travaux d’historiennes comme Julie Le Gac.


3. Campagne d’Italie 1943-1944 : Cassino-Rome-Sienne. L’affrontement des cinq armées (François de Linares, 2009)

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François de Linares n’est ni historien de formation ni universitaire : fils aîné du général de Linares — qui, alors colonel, commandait en 1944 le 3ᵉ Régiment de tirailleurs algériens (3ᵉ RTA), l’un des régiments d’infanterie de l’armée d’Afrique au sein du CEF —, il a consacré plus de quinze ans à recueillir plusieurs centaines de témoignages d’anciens combattants et de civils à travers la France. Ce travail de collecte patient, enrichi des notes personnelles de son père, a préservé des témoignages qu’aucune étude universitaire n’aurait pu obtenir. Les voix qui s’y font entendre sont celles de soldats de toutes origines — Algériens, Marocains, Tunisiens, Français d’Afrique du Nord — et d’officiers qui ont vécu au plus près les combats de Cassino, la percée vers Rome et la progression jusqu’à Sienne.

L’affrontement des cinq armées, annonce le sous-titre. De Linares ne se limite pas au seul prisme français : il reconstitue les opérations à l’échelle de l’ensemble du front italien et traite l’action des forces américaines, britanniques, polonaises et allemandes aux côtés de celle du corps français. Si le 3ᵉ RTA et l’armée d’Afrique occupent le premier plan, les manœuvres d’ensemble, les erreurs de commandement et les décisions tactiques qui ont pesé sur le sort des batailles ne sont pas éludées. Sur quelque cinq cents pages, de Linares fait surtout entendre la parole brute des témoins, avec ce qu’elle charrie de peur, de fatigue et de camaraderie.


4. La campagne d’Italie : septembre 1943-août 1944 (ouvrage collectif présenté par Julie Le Gac, 2024)

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Publié dans la collection « Images de » de l’ECPAD, l’établissement audiovisuel du ministère des Armées, cet ouvrage collectif rassemble 136 photographies issues des archives de l’armée française, présentées et commentées par l’historienne Julie Le Gac. Les clichés sont organisés selon la progression géographique et chronologique des troupes, de Naples — où le CEF débarque à l’automne 1943 — aux montagnes du Latium, puis de Rome libérée à la campagne toscane, jusqu’à Sienne.

Outre les scènes de combat, ces photographies, prises sur le terrain par des photographes militaires qui accompagnaient le CEF, documentent aussi le quotidien des troupes, les destructions urbaines, la vie de la population civile au milieu des ruines, les moments de répit et les célébrations qui suivent la libération des villes. Le Gac souligne aussi le rôle, trop souvent négligé, de ces photographes eux-mêmes, engagés dans un travail de documentation et de contre-propagande face aux images diffusées par l’ennemi. Ce livre ne remplace pas les études écrites : il les prolonge par l’image. Visages des soldats sur les lignes de crête, files de réfugiés sur les routes défoncées, ruines des villages pilonnés par l’artillerie — la campagne d’Italie, telle que les photographes militaires l’ont fixée.