Le 7 décembre 1941, à 7 h 49 heure locale, une première vague de chasseurs et de bombardiers japonais fond sur la base navale américaine de Pearl Harbor, sur l’île d’Oahu, dans l’archipel d’Hawaï. Les services de renseignement américains savent depuis des mois que le Japon prépare une offensive, mais ils s’attendent à un coup de force en Asie du Sud-Est — aux Philippines, en Malaisie, peut-être à Bornéo — et non à une frappe directe au cœur de leur flotte du Pacifique, stationnée à des milliers de kilomètres des côtes japonaises. En à peine deux heures, les pilotes de la marine impériale coulent ou endommagent huit cuirassés, détruisent près de 200 avions au sol et tuent 2 403 militaires et civils américains. Pourtant, l’amiral Yamamoto, architecte de l’opération, manque sa cible la plus précieuse : les trois porte-avions de la flotte du Pacifique, partis en mission ce week-end-là, ne se trouvent pas dans la rade. Ce sont précisément ces porte-avions qui, six mois plus tard, permettent aux États-Unis de remporter la bataille de Midway (juin 1942), un affrontement aéronaval au centre du Pacifique au cours duquel le Japon perd quatre de ses six grands porte-avions — et, dans le même temps, sa supériorité sur mer.
Dès le lendemain de l’attaque, le président Franklin D. Roosevelt prononce devant le Congrès son célèbre discours sur « un jour qui restera à jamais frappé d’infamie » et obtient la déclaration de guerre au Japon. Pearl Harbor met fin à l’isolationnisme qui domine la politique étrangère américaine depuis la fin de la Première Guerre mondiale — cette conviction, alors majoritaire dans l’opinion, que les États-Unis doivent se tenir à l’écart des conflits européens et asiatiques. En une journée, le pays passe d’une posture de neutralité armée à une mobilisation totale qui ne prend fin qu’avec les capitulations de l’Allemagne (mai 1945) et du Japon (septembre 1945).
Voici les principaux livres disponibles en français pour comprendre l’événement.
1. Pearl Harbour : 7 décembre 1941 (Walter Lord, 1957)

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Journaliste et historien originaire de Baltimore, Walter Lord se fait connaître en 1955 avec A Night to Remember, chronique du naufrage du Titanic fondée sur des centaines de témoignages directs. Il applique la même méthode à Pearl Harbor : pour écrire Day of Infamy (titre original), il parcourt plus de 22 000 kilomètres, interroge ou correspond avec quelque 500 témoins (marins, officiers, infirmières, civils hawaïens, mais aussi des aviateurs japonais qui ont survécu à la guerre), et dépouille 25 000 pages de dépositions officielles, journaux intimes, lettres et archives militaires. Paru en 1957, Day of Infamy s’impose d’emblée comme la référence sur le sujet.
Lord se concentre sur les vingt-quatre heures du 7 décembre et ne s’attarde pas sur les causes géopolitiques profondes du conflit nippo-américain. Ce resserrement délibéré lui permet de restituer la journée minute par minute — du calme de l’aube hawaïenne jusqu’au chaos des premières ripostes — et de laisser toute la place aux scènes vécues par les témoins. On y retrouve les musiciens de l’USS Nevada qui terminent The Star-Spangled Banner avant de se mettre à couvert, les hommes piégés dans la coque retournée de l’USS Oklahoma qui votent à main levée pour décider de la meilleure voie d’évacuation, ou encore ce marin qui confie, avec une candeur qui en dit long sur l’impréparation générale : « Je ne savais même pas qu’ils nous en voulaient. »
Traduite par Bernard Ullmann, l’édition française est parue dès 1958 chez Robert Laffont, dans la collection « Ce jour-là », avant d’être reprise chez Pocket en 2001. Elle reste disponible sur le marché de l’occasion. Si vous ne devez lire qu’un seul bouquin sur Pearl Harbor, c’est celui-ci : la somme de ces centaines de témoignages restitue ce qu’aucune analyse stratégique ne saurait transmettre — la confusion, la peur, les réflexes de survie et l’héroïsme improvisé d’hommes et de femmes pris dans une attaque qu’ils n’ont pas vue venir.
2. Pearl Harbor : 7 décembre 1941 (Hélène Harter, 2011)

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Professeure d’histoire contemporaine à l’université Rennes-2, Hélène Harter est spécialiste de l’histoire des États-Unis et vice-présidente de l’Institut des Amériques. Son Pearl Harbor, paru chez Tallandier en 2011 dans la collection « L’Histoire en batailles » puis réédité en poche (collection « Texto », 2021, moins de 10 €), constitue la meilleure synthèse disponible en langue française sur l’attaque. En moins de 200 pages, l’historienne condense l’essentiel : le contexte diplomatique qui rend l’attaque intelligible, le déroulement militaire de l’assaut et ses répercussions immédiates sur l’entrée en guerre des États-Unis.
À la différence de Walter Lord, Hélène Harter inscrit l’attaque dans un cadre chronologique plus large. Elle revient sur la dégradation des relations entre Washington et Tokyo au cours des années 1930 : la radicalisation du gouvernement militariste japonais, l’invasion de la Chine à partir de 1937, puis l’embargo pétrolier décrété par les États-Unis en juillet 1941 — une décision cruciale, car le Japon importe alors 80 % de son pétrole d’Amérique. Privé de carburant à moyen terme, l’état-major japonais se retrouve devant un dilemme : céder aux exigences américaines (et renoncer à ses conquêtes en Chine) ou frapper le premier pour neutraliser la flotte du Pacifique et conquérir sans opposition les champs pétrolifères d’Indonésie néerlandaise. C’est cette logique d’escalade que l’historienne retrace avant de passer au récit de la bataille proprement dite, heure par heure, dans les deux camps.
3. Pearl Harbor : une histoire illustrée (Dan van der Vat, 2001)

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Journaliste néerlandais formé en Grande-Bretagne, Dan van der Vat a longtemps collaboré au Times et au Guardian. Spécialiste d’histoire navale, il est l’auteur de plusieurs ouvrages de référence sur la guerre en mer, dont The Atlantic Campaign (1989) et The Pacific Campaign (1992). Son Pearl Harbor: An Illustrated History, publié en 2001 par Basic Books avec une préface du sénateur John McCain — dont le grand-père commandait les forces aéronavales du Pacifique pendant la guerre —, a été traduit en français en 2011 aux éditions Pierre de Taillac sous le titre Pearl Harbor : une histoire illustrée.
Un fonds photographique exceptionnel : plus de 250 clichés, pour beaucoup inédits, en noir et blanc comme en couleur, issus des archives officielles américaines et japonaises, mais aussi de collections privées de militaires et de civils. Des peintures de l’artiste Tom Freeman, commandées spécialement pour l’ouvrage, reconstituent les moments-clefs de l’assaut — en particulier l’embrasement de Battleship Row, la rangée de cuirassés amarrés le long de l’île de Ford, au cœur de la rade, qui constitue la cible principale de l’attaque. S’y ajoutent des cartes, des diagrammes tridimensionnels et des reproductions d’objets d’époque — le sabre d’un sous-marinier japonais capturé, le brassard calciné d’une secouriste de la Croix-Rouge.
Sur le plan historique, van der Vat ne se limite pas au récit de la bataille. Il remonte jusqu’à l’expédition du commodore Perry en 1853-1854, lorsque la marine américaine, par la menace de ses canons, contraint le Japon à mettre fin à plus de deux siècles d’isolement et à s’ouvrir au commerce occidental. Cette humiliation inaugure la modernisation accélérée du pays sous l’ère Meiji, puis la construction d’un empire colonial japonais dont l’expansion dans le Pacifique finit par se heurter aux intérêts américains. Van der Vat couvre aussi les suites immédiates du 7 décembre : les commissions d’enquête qui mettent en cause les commandants américains d’Hawaï (l’amiral Kimmel et le général Short, accusés de négligence face aux signaux d’alerte), et le raid de Doolittle d’avril 1942, première frappe aérienne américaine sur le sol japonais. Si les dégâts matériels de ce raid sont minimes, son effet est double : il prouve aux Américains qu’une riposte est possible et il convainc l’état-major japonais que l’archipel nippon n’est plus hors d’atteinte — ce qui précipite la décision d’attaquer Midway et la défaite qui s’ensuit. L’ouvrage s’accompagne enfin d’une liste nominative des soldats tués ou portés disparus, navire par navire.
La revue Armées d’aujourd’hui souligne que la plupart de ces photographies étaient jusqu’à alors inédites en France. Quelques maladresses subsistent dans la traduction française (des termes de marine incorrects, signalés notamment par l’Aérobibliothèque), sans rien retirer à la force d’une iconographie qui reste, à ce jour, sans équivalent en langue française.