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Que lire sur l'histoire du Guatemala ?

Que lire sur l’histoire du Guatemala ?

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Coincé entre le Mexique, le Belize, le Honduras et le Salvador, le Guatemala — guère plus grand qu’un tiers de la France — est un pays dont chaque strate historique continue de peser sur le présent. La civilisation maya y érige pendant des siècles des cités monumentales — Tikal, Quiriguá, El Mirador — avant que la conquête espagnole, au XVIe siècle, n’impose un ordre colonial fondé sur l’exploitation des terres et l’assujettissement des populations autochtones. L’indépendance, proclamée en 1821, ne modifie pas cette répartition du pouvoir : les élites créoles et métisses — désignées sous le nom de ladinos — conservent la mainmise sur les terres et la politique, tandis que la majorité maya reste cantonnée au travail agricole forcé ou sous-payé.

Un tournant survient en 1944 : un soulèvement populaire renverse le dictateur Jorge Ubico, au pouvoir depuis treize ans. Des élections libres portent à la présidence Juan José Arévalo, puis, en 1951, Jacobo Árbenz, qui engage une réforme agraire ambitieuse. Celle-ci prévoit d’exproprier les terres non cultivées des grands propriétaires — dont celles de la United Fruit Company, multinationale américaine qui contrôle une part considérable du territoire guatémaltèque — pour les redistribuer à des paysans sans terre. La réforme heurte de plein fouet les intérêts de l’entreprise, dont le directeur de la CIA, Allen Dulles, est alors actionnaire. En 1954, la CIA orchestre un coup d’État (opération PBSUCCESS) : une force paramilitaire entraînée au Honduras, dirigée par le colonel Carlos Castillo Armas, pénètre dans le pays, appuyée par des bombardements aériens américains et un blocus naval. L’armée guatémaltèque, convaincue qu’une intervention directe des États-Unis suivra en cas de résistance, refuse de défendre Árbenz, qui démissionne. Castillo Armas prend le pouvoir, annule la réforme agraire, interdit les partis politiques et les syndicats, et supprime le droit de vote des analphabètes — soit la majorité de la population autochtone.

Ce coup d’État ouvre une ère de régimes militaires autoritaires qui provoque, en retour, l’émergence de mouvements de guérilla à partir de 1960. La guerre civile qui s’ensuit dure trente-six ans. Elle culmine entre 1981 et 1983, sous le régime du général Efraín Ríos Montt, en massacres systématiques contre des communautés mayas — y compris des villages entiers sans lien avéré avec la guérilla —, une campagne d’extermination qualifiée de génocide. La Commission pour l’éclaircissement historique (Comisión para el Esclarecimiento Histórico), mandatée par l’ONU, estime que le conflit a fait plus de 200 000 morts et 45 000 disparu·es, dont 83 % de victimes d’origine autochtone, et que plus de 90 % des exactions ont été commises par les forces gouvernementales. Les accords de paix de 1996 mettent fin aux combats, mais pas à la violence : le Guatemala reste aujourd’hui l’un des pays les plus meurtriers du continent, miné par le crime organisé, l’impunité et les inégalités foncières héritées de la colonisation.

Les sept ouvrages réunis ici vont de l’époque précolombienne à la période contemporaine. Archéologie, histoire coloniale, témoignage, droit, anthropologie, écologie politique : chacun aborde le Guatemala depuis un angle différent, et c’est leur mise en regard qui permet de comprendre comment le passé du pays et ses crises actuelles s’enchaînent et s’éclairent.


1. Le Guatemala. Sur les pas des ancêtres indiens (Caterina Magni, 2017)

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Spécialiste des civilisations mésoaméricaines et maître de conférences en archéologie préhispanique à l’Université Paris-Sorbonne, Caterina Magni consacre cet ouvrage au passé précolombien du Guatemala. Elle y étudie une dizaine de sites archéologiques majeurs — olmèques, mayas, toltèques, aztèques — dont plusieurs sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO, à l’image de Tikal et de Quiriguá. Chaque site est abordé à travers ses vestiges architecturaux et artistiques : stèles sculptées, temples, systèmes d’écriture et de numération.

Magni ne s’en tient pas aux seuls sites mayas, les plus célèbres. Elle accorde une place importante à des foyers moins connus, comme Takalik Abaj, site olmèque de la côte Pacifique qui précède l’essor maya de plusieurs siècles. Ce choix fait apparaître un Guatemala précolombien qui n’est pas réductible à une seule civilisation : il est un carrefour où des cultures différentes se sont succédé, ont coexisté et se sont influencées — les Olmèques ont ainsi légué aux Mayas des éléments fondamentaux de leur iconographie et de leur système de notation. Le bouquin, abondamment illustré, ne suppose aucune connaissance préalable en archéologie ; il offre aussi, pour qui souhaite visiter ces sites, un guide du patrimoine préhispanique guatémaltèque.


2. Église et Lumières au Guatemala. La dimension atlantique (1779-1808) (Christophe Belaubre, 2015)

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Christophe Belaubre, docteur en histoire et membre associé du laboratoire CNRS Framespa, poursuit avec ce livre le travail entamé dans Élus de Dieu et élus du monde dans le royaume du Guatemala (1753-1808) (L’Harmattan, 2012). Il s’intéresse ici à la manière dont les idées des Lumières — égalité, opinion publique, libéralisme économique — parviennent jusqu’au Royaume du Guatemala, alors province périphérique de l’empire espagnol, entre 1779 et 1808. Comment circulent les livres et les idées ? Qui les lit, qui les relaye, et à quelles résistances se heurtent-elles ? C’est à ces questions que répond Belaubre, à partir d’un dépouillement d’archives considérable.

L’ouvrage montre en particulier la résistance des milieux conservateurs — clergé, élites terriennes — face à ces idées nouvelles. Ces tensions entre libéraux et conservateurs ne sont pas anecdotiques : comme le souligne l’historien Christopher Lutz dans sa préface, elles annoncent les affrontements qui domineront l’histoire centraméricaine après l’indépendance de 1821, et ce jusqu’aux années 1870. Le Guatemala colonial a longtemps été délaissé par les historiens, en comparaison avec le Mexique ou le Pérou. L’étude de Belaubre contribue à corriger ce déséquilibre : elle établit que, même dans une province marginale de l’empire, la circulation des idées européennes suscite des résistances et des fractures dont les effets se feront sentir pendant des décennies.


3. Moi, Rigoberta Menchú. Une vie et une voix, la révolution au Guatemala (Rigoberta Menchú, Élisabeth Burgos-Debray, 1983)

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Publié en 1983, ce livre naît d’une série d’entretiens entre Rigoberta Menchú, alors âgée de vingt-trois ans et en exil à Paris, et l’ethnologue vénézuélienne Élisabeth Burgos-Debray. Maya Quiché originaire des hautes terres du département d’El Quiché, Menchú y retrace d’abord la vie quotidienne de sa communauté — ses rites, ses croyances, son rapport à la terre et à la nature —, puis raconte comment sa famille s’engage dans la résistance face à la répression militaire. Son frère est assassiné par l’armée. Son père, Vicente Menchú, meurt en janvier 1980 dans l’incendie de l’ambassade d’Espagne à Guatemala Ciudad : des militants paysans et étudiants avaient occupé le bâtiment pour dénoncer les massacres commis dans les campagnes ; les forces de sécurité y ont mis le feu, tuant trente-sept personnes. Sa mère est enlevée, torturée et assassinée peu après. Le témoignage de Menchú dépasse le cadre autobiographique : il dresse le portrait d’une société où les communautés autochtones sont exploitées dans les fincas (grandes plantations de café, de sucre et de coton) pour des salaires dérisoires, privées d’accès à l’éducation et traitées par les ladinos comme une population inférieure. Traduit dans plus d’une douzaine de langues, le livre a reçu le prix Casa de las Américas en 1984. En 1992, Rigoberta Menchú a obtenu le prix Nobel de la paix.

Le statut de ce texte a fait l’objet d’une vive controverse à la fin des années 1990. L’anthropologue nord-américain David Stoll, après une contre-enquête de huit ans sur le terrain, a contesté la véracité de certains épisodes du récit — les circonstances de la mort du frère de Menchú, son niveau d’éducation, la nature du conflit foncier dans son village — et a soutenu que le témoignage constituait une construction idéologique alignée sur le discours de la guérilla. Menchú a répondu que son récit n’entendait pas restituer sa seule expérience individuelle, mais condenser celle de nombreuses communautés mayas victimes des mêmes violences. La polémique, relayée notamment par le New York Times, a ouvert un débat de fond : un témoignage doit-il être jugé à l’aune de sa stricte exactitude factuelle, ou sa valeur tient-elle aussi à la vérité politique et collective qu’il porte ? La question reste ouverte — mais le livre demeure, plus de quarante ans après sa publication, l’un des rares récits de la guerre civile guatémaltèque porté par la voix des communautés qui en ont été les premières victimes.


4. Les violences génocidaires au Guatemala, une histoire en perspective (Sébastien Jahan, 2012)

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Historien moderniste à l’Université de Poitiers et spécialiste de l’Amérique coloniale espagnole, Sébastien Jahan signe ici un ouvrage collectif qui cherche à comprendre pourquoi la violence au Guatemala ne se réduit pas à la guerre civile : elle lui préexiste et lui survit. Les contributions réunies — celles de chercheurs, de juristes, de militants et d’acteurs de terrain — remontent aux fondements coloniaux de l’oppression : la spoliation des terres indigènes, le travail forcé, la hiérarchie raciale instaurée par la colonisation espagnole puis prolongée par les élites ladinas après l’indépendance. C’est cette violence inscrite dans les structures mêmes de la société — inégalités foncières, exclusion politique, racisme institutionnel — que le livre éclaire, et dont il retrace la continuité jusqu’aux massacres de 1980-1983. Sophie Thonon-Wesfreid y retrace l’histoire juridique du concept de génocide ; José Morales analyse la conquête coloniale et la « révolution » libérale du XIXe siècle comme matrices de la violence d’État.

D’autres chapitres portent sur les séquelles contemporaines du conflit. Patrick Bard analyse le féminicide — le meurtre de femmes en raison de leur genre — comme un phénomène endémique dans le Guatemala d’après-guerre, où l’impunité héritée du conflit armé protège les auteurs de violences. Bernard et Concepción Doray examinent les traumatismes psychiques des survivants et la notion de génocide culturel — la destruction délibérée des langues, des rites et des structures communautaires mayas. Fernando Bermúdez apporte le regard d’un missionnaire et théologien sur la théologie de la libération, ce courant né en Amérique latine dans les années 1960 qui défend l’engagement de l’Église catholique aux côtés des opprimés. Le livre paraît en 2012, l’année même où le général en retraite Otto Pérez Molina — responsable des renseignements militaires pendant les massacres du début des années 1980 — accède à la présidence de la République, ce qui donne aux analyses rassemblées ici une actualité crue.


5. La présence d’un passé de violences. Mémoires et identités autochtones dans le Guatemala de l’après-génocide (Karine Vanthuyne, 2014)

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Anthropologue à l’Université d’Ottawa, Karine Vanthuyne livre ici les résultats d’une enquête de terrain de plusieurs années, menée à la fois au sein des associations de défense des droits humains qui ont initié la poursuite juridique contre le général Ríos Montt, et auprès de survivants du conflit armé dans le département de Huehuetenango. Le point de départ de l’ouvrage est un événement judiciaire sans précédent : le 10 mai 2013, la juge Jazmín Barrios reconnaît Ríos Montt coupable de génocide et de crimes contre l’humanité et le condamne à quatre-vingts ans de prison — une première dans l’histoire de l’Amérique latine, un chef d’État jugé pour génocide par les tribunaux de son propre pays. Mais le jugement est cassé dix jours plus tard par la Cour constitutionnelle, sous la pression des milieux militaires et économiques.

La force du livre tient à ce que Vanthuyne appelle une « double ethnographie ». Elle analyse deux mondes qui sont censés collaborer, mais dont les logiques divergent profondément. D’un côté, les militants des droits humains — souvent formés par des ONG internationales ou des institutions comme la Commission interaméricaine des droits de l’homme — qui manient les catégories du droit international (justice transitionnelle, réparation, réconciliation) et sont convaincus que le procès est un instrument de démocratisation. De l’autre, des paysans mayas qui n’ont jamais bénéficié d’un État de droit, pour qui la justice est un concept abstrait et la survie quotidienne une préoccupation autrement plus immédiate. Vanthuyne montre comment les catégories de « victime », de « Maya » et de « citoyen » prennent des significations très différentes selon qu’elles sont formulées par un avocat de la capitale ou par un paysan de Huehuetenango. Ce décalage révèle les limites des politiques mémorielles conçues depuis les capitales et les organisations internationales, puis appliquées dans des communautés rurales où la marginalisation économique et politique n’a pas pris fin avec les accords de paix.


6. De l’ouragan à la catastrophe au Guatemala. Nourrir les montagnes (Julie Hermesse, 2016)

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Docteure en anthropologie de l’Université de Louvain et chargée de recherches au FRS-FNRS, Julie Hermesse change ici de terrain et de sujet : il ne s’agit plus de la guerre civile ni de ses séquelles directes, mais de ce que les catastrophes dites « naturelles » révèlent d’une société et de son rapport au territoire. Son terrain est la commune de San Martín Sacatepéquez, un territoire rural et montagneux de la Sierra Madre, au sud-ouest du pays, peuplé à 85 % de Maya Mam. En octobre 2005, la tempête tropicale Stan frappe le Guatemala pendant quatre jours et provoque, dans cette région au relief accidenté, des glissements de terrain, des inondations et des destructions massives. Hermesse, qui a séjourné sur place entre 2006 et 2010, part d’un constat devenu classique en sciences sociales mais qu’elle met ici à l’épreuve du terrain : les catastrophes dites « naturelles » ne le sont jamais entièrement. Leur ampleur dépend de la manière dont une société organise — ou échoue à organiser — son territoire.

Elle met ainsi en évidence que les destructions causées par Stan s’expliquent aussi par les inégalités foncières héritées de la colonisation : privés des meilleures terres, les paysans mam cultivent des parcelles de plus en plus pentues et fragiles, vulnérables aux glissements de terrain. Mais le bouquin ne s’arrête pas à cette lecture socio-économique. Il intègre la manière dont les habitants de San Martín interprètent eux-mêmes la catastrophe. Pour les Mam, les montagnes sont des entités protectrices qu’il faut entretenir par des rituels coutumiers — d’où le sous-titre, Nourrir les montagnes. Dans cette perspective, Stan n’est pas seulement le produit de la déforestation ou de la mauvaise gestion des sols : il est aussi le signe que les rites ont été négligés. Hermesse prend au sérieux cette interprétation sans la réduire à une croyance exotique ; elle la met en regard avec l’analyse scientifique des causes du désastre, et fait apparaître que ces deux manières de comprendre la catastrophe — l’une fondée sur la physique des sols, l’autre sur le lien rituel avec le territoire — coexistent et se renforcent au sein de la même communauté.


7. La rumeur du silence. Violences, subjectivités et vivre-ensemble au Guatemala (Saskia Simon, 2021)

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Issu de la thèse de doctorat de Saskia Simon à l’Université catholique de Louvain, ce bouquin nous transporte dans le nord-est du Guatemala, une région qui aurait pu lui donner un tout autre titre : « Bananes et cocaïne ». Bananes, parce que les entreprises nord-américaines — la United Fruit Company puis Del Monte — s’y sont immiscées dans la vie politique locale et nationale pendant des décennies. Cocaïne, parce que les caciques du crime organisé y règnent, héritiers d’élites blanches et métisses dont le pouvoir repose, depuis l’époque coloniale, sur des activités paramilitaires et le commerce illégal. Mais ces deux forces ne sont ici que la toile de fond. Au premier plan se trouvent les habitants de la région de Quiriguá, celles et ceux qui vivent au quotidien dans cet environnement de violence économique et criminelle.

L’enquête ethnographique, conduite sur plusieurs années, s’intéresse moins aux causes de la violence — déjà abondamment documentées — qu’à ce qu’elle fait aux personnes qui la subissent. Comment vit-on quand on sait qui sont les trafiquants de son village, mais qu’on ne peut pas le dire ? Comment maintient-on des liens de voisinage quand la peur imprègne chaque interaction ? Le silence du titre désigne un mode de survie : une manière de cohabiter avec des réalités que tout le monde connaît mais que personne ne nomme — ce que l’anthropologue Michael Taussig a appelé le « secret public ». Mais Simon ne réduit pas ses interlocuteurs au statut de victimes passives. Elle donne aussi à voir comment ils inventent, au quotidien, des formes de solidarité et de résistance discrètes, parfois infimes — une entraide entre voisins, un refus silencieux de coopérer avec les réseaux criminels, des tentatives de réorganisation communautaire. Le livre tient ensemble ces deux dimensions — la violence subie et la capacité d’agir — sans sacrifier l’une à l’autre.