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Que lire sur Alexandre le Grand ?

Que lire sur Alexandre le Grand ?

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En 356 avant notre ère, à Pella, capitale du royaume de Macédoine, naît Alexandre. Son père, Philippe II, transforme en quelques années un petit royaume balkanique en puissance militaire dominante de la Grèce : il perfectionne la phalange macédonienne — une formation d’infanterie équipée de longues piques de six mètres, la sarisse —, soumet les cités grecques et prépare une expédition contre l’Empire perse. Sa mère, Olympias, princesse d’Épire, adepte de cultes orgiaques liés à Dionysos, nourrit chez son fils la conviction qu’il descend d’Achille et d’Héraclès. Entre les deux, le jeune prince grandit avec l’Iliade sous l’oreiller — au sens propre, si l’on en croit la tradition — et Aristote pour précepteur.

En 336, Philippe est assassiné lors d’un banquet. À vingt ans à peine, Alexandre monte sur le trône. Deux ans plus tard, il franchit l’Hellespont (le détroit des Dardanelles) à la tête de moins de cinquante mille hommes et se lance à l’assaut de l’Empire perse, qui s’étend de l’Égypte à l’Asie centrale. En une décennie, il écrase le roi Darius III à Issos (333) puis à Gaugamèles (331), s’empare de Babylone, de Persépolis et de Suse, pousse jusqu’en Bactriane (l’actuel Afghanistan), franchit l’Indus et ne s’arrête qu’au bord de l’Hyphase — non par choix, mais parce que ses soldats, épuisés après dix ans de campagne et à des milliers de kilomètres de chez eux, refusent d’aller plus loin.

Il meurt à Babylone en juin 323, à trente-deux ans, probablement emporté par la malaria, même si l’hypothèse d’un empoisonnement n’a jamais été définitivement écartée. Trop vaste et trop récent pour tenir sans lui, son empire éclate aussitôt entre ses généraux. Mais la civilisation hellénistique — ce monde nouveau né de la rencontre forcée entre la culture grecque et les civilisations orientales — perdurera pendant trois siècles, de l’Égypte des Ptolémées aux royaumes gréco-bouddhiques du Gandhara, dans l’actuel Pakistan.

Voici une sélection de huit livres — sources antiques et études modernes — pour vous forger votre propre idée du personnage et de son héritage.


1. Vie d’Alexandre (Plutarque, Ier-IIe siècle)

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Plutarque l’annonce d’emblée : il n’écrit pas de l’histoire, mais des vies. Son projet n’est pas de restituer la chronique militaire de la conquête — batailles, sièges, mouvements de troupes —, mais de saisir le caractère d’un homme à travers ses gestes, ses mots et ses contradictions. C’est ainsi qu’on le voit raconter comment le jeune Alexandre dompte Bucéphale après avoir compris que le cheval a peur de son ombre, ou comment il tranche le nœud gordien d’un coup d’épée plutôt que de se perdre à le défaire. Ces anecdotes ne sont pas là pour décorer : en philosophe platonicien, Plutarque les choisit parce que chacune révèle un trait de caractère — l’intelligence, l’audace, l’impatience — là où une liste de victoires ne dirait rien de l’homme.

La Vie d’Alexandre est construite en parallèle avec la Vie de César, selon la méthode des Vies parallèles : Plutarque met face à face un Grec et un Romain dont les parcours présentent des points communs — ici, deux conquérants morts au sommet de leur gloire — afin de comparer leurs vertus et leurs failles. Si Plutarque se montre globalement favorable à son sujet, il ne lui épargne pas ses égarements : l’ivresse chronique, la colère incontrôlable, le meurtre de Cleitos — un officier qui l’avait sauvé au combat et qu’il tue d’un coup de lance au cours d’un banquet. C’est le texte fondateur de la légende alexandrine. C’est lui qui a fourni sa matière au Roman d’Alexandre, un récit mi-historique mi-fabuleux qui circulera dans toute l’Europe et le monde musulman pendant le Moyen Âge. Et il se lit avec un plaisir intact, ce qui, pour un texte vieux de dix-neuf siècles, mérite d’être salué.


2. Histoire d’Alexandre (Quinte-Curce, Ier siècle)

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De Quinte-Curce, on ne sait presque rien : probablement un Romain du Ier siècle, peut-être actif sous l’empereur Claude. Son Histoire d’Alexandre le Grand, en dix livres (dont les deux premiers sont perdus), constitue la seule relation latine d’envergure consacrée à la conquête macédonienne. La situation ne manque pas de piquant : un Romain écrit sur un conquérant grec à une époque où l’Empire romain est censé incarner le sommet de la puissance, et où la gloire d’Alexandre reste un sujet politiquement sensible — César lui-même, dit-on, aurait pleuré devant sa statue, accablé par le sentiment de sa propre médiocrité.

Le récit, qui nous parvient à partir de l’hiver 334, s’appuie sur des historiens aujourd’hui perdus — notamment Clitarque d’Alexandrie, un contemporain d’Alexandre connu pour son goût du spectaculaire — et adopte un ton nettement plus dramatique que celui d’Arrien. Quinte-Curce a le sens du tableau frappant : les banquets qui dégénèrent en meurtres, l’incendie du palais de Persépolis, la lente dégradation d’un roi que le pouvoir absolu finit par corrompre. Son Alexandre bascule de l’héroïsme juvénile à l’hubris — cette démesure que les Grecs considéraient comme le pire des vices : la prétention de se hisser au rang des dieux. Les spécialistes ont longtemps jugé Quinte-Curce peu fiable et lui ont reproché ses approximations géographiques et son goût pour le merveilleux. Cette sévérité est aujourd’hui en partie réévaluée : pour qui veut comprendre comment Rome a reçu, interprété et instrumentalisé la figure d’Alexandre, Quinte-Curce est un passage obligé.


3. Anabase d’Alexandre (Arrien, IIe siècle)

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Grec de Nicomédie et haut fonctionnaire de l’Empire romain sous Hadrien, Flavius Arrien est sans doute le plus rigoureux des historiens antiques d’Alexandre. Son Anabase — littéralement « la montée », terme militaire qui désigne une expédition vers l’intérieur des terres — repose sur les témoignages de deux compagnons directs du conquérant : Ptolémée, général devenu roi d’Égypte après la mort d’Alexandre, et Aristobule, ingénieur militaire. Ptolémée et Aristobule ont vu les événements de leurs propres yeux ; les autres historiens antiques d’Alexandre, eux, travaillent souvent à partir de récits de seconde ou de troisième main. C’est cette proximité avec les faits qui fait de l’Anabase la source antique la plus fiable sur la conquête.

L’édition française de référence, publiée aux Éditions de Minuit en 1984, est accompagnée d’un essai de l’historien Pierre Vidal-Naquet, « Flavius Arrien entre deux mondes ». Vidal-Naquet y pose une question qui éclaire tout le reste : pourquoi un Grec du IIe siècle, citoyen de l’Empire romain, choisit-il de revenir sur une conquête vieille de quatre cents ans ? Sa réponse : parce qu’Arrien écrit à une époque où Rome domine le monde, et où le souvenir d’Alexandre offre aux empereurs romains un modèle auquel se comparer — et un avertissement sur ce qu’il en coûte de se croire l’égal des dieux. Complétée par L’Inde, un traité qui décrit les peuples et les territoires découverts lors de l’expédition, l’Anabase reste le socle sur lequel s’appuie toute étude sérieuse d’Alexandre. C’est aussi, et ce n’est pas rien, un récit qu’on peut lire pour le seul plaisir de l’aventure.


4. Alexandre le Grand (Johann Gustav Droysen, 1833)

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Johann Gustav Droysen a vingt-cinq ans lorsqu’il publie ce livre. L’âge, en somme, auquel Alexandre régnait déjà sur la moitié du monde connu — la comparaison s’arrête là, mais elle vaut d’être signalée. Ce qui saute aux yeux, c’est l’ambition du projet : Droysen ne se contente pas de raconter la vie du conquérant. Avant lui, les historiens du XIXe siècle traitaient la période qui suit la mort d’Alexandre — les royaumes fondés par ses généraux (que l’on appelle les Diadoques, c’est-à-dire les « successeurs »), l’Égypte ptolémaïque, le monde séleucide — comme un simple déclin de la Grèce classique, indigne d’un véritable intérêt. Droysen fait le contraire : il démontre que la conquête macédonienne a engendré une civilisation à part entière, à laquelle il donne un nom resté dans l’usage savant, l’Hellenismus (la civilisation hellénistique). Autrement dit : la mort d’Alexandre n’est pas une fin, c’est un commencement.

Pierre Briant, qui préface l’édition française la plus récente, considère cet ouvrage comme le point de départ d’une « histoire scientifique » d’Alexandre, fondée sur l’examen critique des sources et non sur la seule admiration pour le héros. Si certaines thèses de Droysen ont vieilli — sa vision très idéaliste de la « mission civilisatrice » d’Alexandre reflète le romantisme allemand de son époque, et l’on sent par endroits que le jeune historien prussien projette sur le roi macédonien ses propres rêves d’unification nationale —, le cadre d’analyse qu’il a posé reste valide dans ses grandes lignes. Benoist-Méchin, qui en fut le premier traducteur français, estimait que ce livre pouvait figurer aux côtés des grandes fresques historiques du XIXe siècle. C’est le livre qui a inventé le regard moderne sur Alexandre. On peut le trouver daté ; on ne peut pas le contourner.


5. Alexandre le Grand (Arthur Weigall, 1933)

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Arthur Weigall n’est pas helléniste de formation : c’est un égyptologue britannique, inspecteur des Antiquités à Louxor, qui s’est fait connaître du grand public lors de la découverte de la tombe de Toutânkhamon en 1922 avant de se reconvertir en journaliste et critique de cinéma. Ce parcours atypique explique en partie le caractère de sa biographie d’Alexandre : un récit qui s’appuie scrupuleusement sur les sources antiques — Plutarque, Quinte-Curce, Arrien — mais qui accorde une place centrale au portrait psychologique du conquérant, là où un historien de métier s’en tiendrait peut-être davantage à l’analyse politique ou militaire.

Weigall tente de démêler, derrière la légende, les ressorts d’une personnalité complexe : l’éducation tiraillée entre un père ivrogne et violent (Philippe) et une mère adepte de transes religieuses (Olympias), la tension entre l’intelligence politique et la brutalité, la question de l’homosexualité d’Alexandre — abordée avec les circonvolutions propres aux auteurs britanniques des années 1920, comme si le roi de Macédoine était un sujet du roi George V. Le livre porte les traces de son époque — on ne parlerait plus aujourd’hui de l’homosexualité comme d’une anomalie psychologique —, mais Weigall excelle à restituer l’invraisemblable densité de ces treize années de campagne : le siège de Tyr, où Alexandre fait construire une chaussée de huit cents mètres pour atteindre une île fortifiée ; l’incendie de Persépolis, peut-être déclenché sur un coup de tête après un banquet trop arrosé ; le meurtre de Cleitos, tué par l’homme qu’il avait sauvé au combat. On referme le livre avec la conviction qu’aucun film ne pourra jamais condenser tout cela en deux ou trois heures. Oliver Stone a essayé en 2004 avec Alexander ; le résultat a confirmé le diagnostic.


6. Alexandre le Grand (Jacques Benoist-Méchin, 1964)

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Le livre de Benoist-Méchin est le premier volume de sa fresque en sept tomes intitulée Le Rêve le plus long de l’Histoire, consacrée aux hommes qui ont tenté d’unir l’Orient et l’Occident (les volumes suivants portent sur Cléopâtre, Julien l’Apostat ou Frédéric II de Hohenstaufen). Et c’est là que réside sa singularité : il ne s’agit pas d’une biographie classique. Ne cherchez ni l’enfance d’Alexandre, ni ses premières victoires, ni le séjour en Égypte. Le livre se concentre sur les dernières années du conquérant, celles où la découverte de la civilisation perse — ses palais, son administration, sa culture raffinée — transforme en profondeur sa vision du monde. Alexandre y apparaît moins comme un conquérant avide que comme un rêveur politique, convaincu que Grecs et Perses peuvent fusionner en une seule civilisation.

Petit rappel pour situer le contexte : l’expédition d’Alexandre est partie de Grèce en 334 comme une guerre de revanche — il s’agissait de punir les Perses pour leurs invasions de la Grèce un siècle et demi plus tôt, sous Darius Ier et Xerxès. Ce que Benoist-Méchin raconte, c’est comment cette expédition punitive se métamorphose, au contact de l’Orient, en un projet de fraternité universelle : Alexandre épouse la princesse bactriane Roxane, oblige ses généraux à prendre des femmes perses, constitue une armée mixte gréco-perse. On a pu reprocher à Benoist-Méchin d’idéaliser son sujet et de projeter sur le IVe siècle avant notre ère un universalisme anachronique. L’absence de bibliographie a aussi fait tiquer les historiens de métier. Mais le livre rend palpable l’évolution intérieure d’Alexandre, et c’est ce qui lui vaut sa réputation. On peut noter, sans y insister, que Benoist-Méchin savait quelque chose des rêves brisés : condamné à mort en 1947 pour collaboration avec le régime de Vichy, il fut gracié et consacra le reste de sa vie à écrire sur le dialogue entre les civilisations. Le livre se dévore comme un roman, et c’est à la fois sa force et sa limite.


7. Alexandre le Grand (Pierre Briant, 1974)

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Professeur émérite au Collège de France et spécialiste mondial de l’Empire perse achéménide (l’empire fondé par Cyrus le Grand au VIe siècle et détruit par Alexandre), Pierre Briant prévient d’entrée : son livre n’est pas une biographie. C’est une étude thématique, publiée dans la collection « Que sais-je ? » et régulièrement mise à jour depuis sa première édition en 1974 (la dixième date de 2023). En 128 pages, Briant pose les questions fondamentales : quels étaient les véritables objectifs d’Alexandre ? Quelle résistance l’Empire perse a-t-il opposée à la conquête ? Comment s’est organisée l’administration des territoires conquis ? Quels rapports se sont noués entre vainqueurs et vaincus ?

L’originalité de Briant tient à un renversement de perspective. Depuis l’Antiquité, l’histoire de la conquête est racontée du point de vue des Macédoniens : Alexandre part, Alexandre vainc, Alexandre fonde des villes. Briant insiste pour qu’on regarde aussi du côté des Perses : quel était l’état réel de l’Empire achéménide au moment de l’invasion ? Était-il aussi décadent que les sources grecques le prétendent ? Quelles formes de résistance locale Alexandre a-t-il rencontrées ? En replaçant la conquête dans l’histoire longue du Proche-Orient ancien, Briant refuse de tout expliquer par le génie d’un seul homme et accorde une place centrale à des facteurs que les biographies traditionnelles relèguent au second plan : l’héritage militaire de Philippe II, l’état des finances perses, les révoltes locales en Sogdiane ou en Bactriane.

Le format « Que sais-je ? » impose une concision qui pourra frustrer — certains lecteur·ice·s regretteront le manque de développement sur les successeurs d’Alexandre —, mais c’est précisément cette densité qui fait du livre un point d’entrée idéal pour qui veut aller droit à l’essentiel sans sacrifier la rigueur scientifique.


8. Alexandre le Grand (Joël Schmidt, 2009)

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Historien et romancier spécialisé dans l’Antiquité, Joël Schmidt est un habitué des biographies de ce type — on lui doit aussi celles de Jules César et de Cléopâtre dans la même collection Folio chez Gallimard. Son Alexandre le Grand se veut une biographie accessible et complète, qui suit le conquérant de sa naissance en Macédoine à sa mort à Babylone.

Schmidt s’appuie largement sur les historiens antiques — Plutarque, Arrien, Diodore de Sicile — pour reconstituer le parcours d’un roi capable de clémence envers les vaincus un jour et de violence terrible le lendemain. Le portrait qui en ressort est celui d’un homme pétri de contrastes : élève d’Aristote et ivrogne notoire, visionnaire politique et meurtrier de ses proches, bâtisseur de villes et destructeur de Persépolis. Le livre ne prétend pas rivaliser avec les travaux de Briant ou de Droysen sur le plan de l’analyse historique ; il vise plutôt à offrir un récit clair et bien construit de la vie d’Alexandre, avec suffisamment d’anecdotes pour donner chair au personnage et suffisamment de contexte pour qu’on ne se perde pas dans la géographie de l’Empire.