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Que lire sur l'Afrikakorps ?

Que lire sur l’Afrikakorps ?

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En février 1941, Adolf Hitler ordonne l’envoi d’un corps expéditionnaire en Libye pour empêcher l’effondrement de l’allié italien, bousculé par les forces britanniques du général Wavell. Ce corps, le Deutsches Afrikakorps (DAK), est confié au général Erwin Rommel. Pendant près de trois ans, de 1941 à 1943, cette formation se bat en Afrique du Nord — de la Cyrénaïque (est de la Libye) aux portes d’Alexandrie, puis en Tunisie — dans des conditions extrêmes : chaleur écrasante, pénurie d’eau, lignes de ravitaillement qui traversent la Méditerranée, tandis que les sous-marins et l’aviation britanniques interceptent une part considérable des convois de l’Axe. Rommel y gagne le surnom de « Renard du désert » et une renommée qui dépasse les frontières de l’Axe : les Britanniques eux-mêmes contribuent à forger sa légende, car glorifier leur adversaire rend plus acceptables les défaites humiliantes qu’ils subissent en 1941-1942.

Pourtant, l’Afrikakorps, malgré ses victoires au printemps et à l’été 1942 — la percée de Gazala, la prise de la forteresse de Tobrouk, l’avancée jusqu’en Égypte —, ne parvient pas à surmonter l’impasse logistique qui condamne l’effort de guerre germano-italien. La défaite d’El Alamein à l’automne 1942 marque le basculement : s’ensuit une longue retraite vers la Tunisie, où les forces de l’Axe, prises en tenaille entre les Britanniques venus de l’est et les Américains débarqués à l’ouest (opération Torch, novembre 1942), capitulent en mai 1943. Plus de 250 000 soldats allemands et italiens sont faits prisonniers — des pertes d’une ampleur comparable à celles de Stalingrad. L’Axe perd en Afrique une armée d’élite qui fera défaut deux mois plus tard, lorsque les Alliés envahiront la Sicile. Après la guerre, le souvenir de cette campagne se cristallise autour d’une légende tenace, celle d’une « guerre sans haine » menée avec chevalerie dans le désert. L’historiographie récente a largement invalidé cette version des faits, née de la propagande nazie et du besoin, pour chaque camp, de réécrire cette guerre à son avantage.

Les huit ouvrages qui suivent permettent d’en saisir les enjeux militaires, stratégiques, politiques et mémoriels.


1. Afrikakorps : l’armée de Rommel (Benoît Rondeau, 2013)

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Chercheur à la Fondation pour la Mémoire de la Déportation et spécialiste de la guerre du désert, Benoît Rondeau signe la première synthèse en langue française consacrée à l’Afrikakorps. Des premières offensives en Cyrénaïque (la côte orientale de la Libye) à la capitulation en Tunisie, il retrace l’intégralité du parcours du corps expéditionnaire allemand. Rondeau s’arrête aussi sur le quotidien des soldats dans le désert — chaleur, maladies, soif — ainsi que sur des aspects souvent ignorés de cette campagne : l’endoctrinement nazi au sein de la troupe et le fanatisme idéologique qui persiste jusque dans les camps de prisonniers aux États-Unis, où les soldats restés fidèles au régime menacent et parfois éliminent ceux qui coopèrent avec les Alliés.

Rondeau est aussi le premier historien français à remettre en cause le mythe de la « guerre sans haine ». Comme il le formule : « Le mythe d’une guerre sans haine forgé après guerre ne reposait sur aucune base historique solide. » Il établit que des exécutions de prisonniers, des infractions aux conventions de Genève et des exactions contre les civils ont bien eu lieu sur ce front, même si leur ampleur n’a pas atteint celle du front de l’Est. Il réévalue également la contribution réelle des troupes italiennes, trop longtemps réduites au cliché de soldats incapables : l’Afrikakorps n’a pu mener ses opérations — ni tenir ses positions à El Alamein — sans les divisions italiennes qui composent la majorité des effectifs de l’Axe en Afrique du Nord.


2. Afrikakorps : Analyse d’une machine de guerre (Benoît Rondeau, 2026)

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Plus d’une décennie après sa première synthèse, Benoît Rondeau approfondit le sujet grâce à un travail de recherche inédit dans les archives allemandes. Là où Afrikakorps : l’armée de Rommel offrait un récit d’ensemble, ce second ouvrage se concentre sur les rouages internes du corps expéditionnaire : structure des unités, doctrine de combat, chaîne logistique et fonctionnement du commandement. Rondeau y aborde des questions restées sans réponse dans l’historiographie francophone, dont le plan de Rommel pour la conquête de l’Égypte — un projet qui prévoyait de foncer vers le canal de Suez et le delta du Nil, mais dont la faisabilité se heurtait à l’état réel de ses troupes — et les débats au sein de l’état-major germano-italien sur l’opportunité d’évacuer l’Afrique du Nord après El Alamein ou de continuer à s’y battre.

Rondeau consacre une part substantielle de son étude à l’état-major et aux officiers qui entourent Rommel — un cercle de généraux et de chefs de corps dont les rôles et les tensions internes n’avaient guère été étudiés jusqu’alors. Sur la logistique, point faible permanent de l’Afrikakorps, il démontre à quel point l’acheminement du carburant, des munitions et des pièces détachées à travers la Méditerranée a conditionné chaque phase des opérations. Rondeau accompagne son propos de 250 illustrations, dont un grand nombre de clichés inédits. Un bouquin plus technique que le précédent, qui suppose une familiarité préalable avec le sujet.


3. La guerre du désert, 1940-1943 (Nicola Labanca, David Reynolds et Olivier Wieviorka, 2019)

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Fruit d’un programme de recherche international mené en partenariat avec l’École française de Rome et le ministère des Armées, cet ouvrage collectif réunit des spécialistes de plusieurs nationalités autour d’une relecture du théâtre nord-africain. Sous la direction de Nicola Labanca, David Reynolds et Olivier Wieviorka, les contributeurs choisissent de ne pas se limiter au récit des batailles. Les opérations militaires ne fournissent ici qu’un cadre chronologique ; l’essentiel du propos porte sur les pans habituellement négligés de cette guerre : la logistique, le renseignement, la composition plurinationale des armées (Britanniques, Australiens, Sud-Africains, Indiens, Français libres côté allié ; Allemands et Italiens côté Axe), les rapports entre colonisateurs et colonisés — car les combats se déroulent sur des territoires colonisés ou sous tutelle (Libye italienne, Égypte sous influence britannique, Afrique du Nord française).

Les contributeurs croisent les perspectives nationales. Plusieurs reviennent sur les conflits de commandement au sein de l’Axe — Rommel court-circuite ses supérieurs italiens et traite directement avec Berlin — et sur les tensions du côté allié, où les unités du Commonwealth répondent aussi à leurs gouvernements respectifs. D’autres s’attaquent à des légendes solidement ancrées : celle de la faiblesse intrinsèque du soldat italien, par exemple, a été en partie entretenue après-guerre par les Italiens eux-mêmes, car se présenter comme des troupes mal équipées, mal commandées et entraînées malgré elles dans la guerre de Hitler permettait de se distancier des responsabilités de l’Axe et de faciliter la réintégration de l’Italie dans le concert occidental. Les contributions sur les violences — persécutions contre les populations juives en Tunisie, brutalités contre les prisonniers — complètent la déconstruction de la « guerre sans haine » déjà amorcée par Rondeau.


4. Rommel et la stratégie de l’Axe en Méditerranée : février 1941-mai 1943 (Vincent Arbarétier, 2009)

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Saint-cyrien et docteur en histoire, Vincent Arbarétier aborde la guerre du désert sous un angle rarement traité dans l’historiographie francophone : celui de la stratégie de l’Axe à l’échelle du bassin méditerranéen. Issu d’une thèse de doctorat, cet ouvrage ne se cantonne pas aux seules opérations terrestres en Libye et en Égypte. L’auteur embrasse les trois dimensions du conflit — terre, air et mer — et confronte les décisions des états-majors allemand et italien avec les réalités du terrain.

Un exemple central : la question de l’assaut sur Malte. Cette île, base avancée de la Royal Navy et de la RAF, permet aux Britanniques d’intercepter une proportion considérable des convois qui ravitaillent l’Afrikakorps depuis l’Italie. L’Axe envisage à plusieurs reprises de s’en emparer par une opération aéroportée et amphibie, mais le projet est reporté à chaque fois — par manque de moyens, par désaccord entre Allemands et Italiens, ou parce que Rommel, après une victoire tactique, préfère foncer vers l’Égypte plutôt que de sécuriser ses arrières. Arbarétier montre que cette non-décision condamne l’effort de guerre en Méditerranée bien plus sûrement que n’importe quelle défaite sur le champ de bataille.

Le titre est en partie trompeur : Rommel n’est pas le sujet central, mais le signe le plus visible d’une alliance dysfonctionnelle. Arbarétier, qui maîtrise l’allemand, l’italien et l’anglais, a dépouillé des sources dans les trois langues, ce qui lui permet de restituer les rivalités et les malentendus entre Berlin et Rome. Malgré une cartographie sommaire — un défaut récurrent chez l’éditeur Economica — et une densité qui exige une lecture soutenue, Arbarétier répond à une question rarement posée dans l’historiographie francophone : pourquoi l’Axe, malgré des situations ponctuellement favorables, n’a jamais pu l’emporter en Méditerranée.


5. Erwin Rommel (Benoît Lemay, 2009)

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Spécialiste d’histoire militaire et de l’Allemagne, déjà auteur d’une biographie d’Erich von Manstein — l’un des stratèges les plus redoutés de la Wehrmacht sur le front de l’Est —, Benoît Lemay s’attaque ici à la figure la plus mythifiée de l’armée allemande. Sa démarche est à rebours du mythe. À partir des archives militaires, des correspondances privées de Rommel avec son épouse Lucie et des rapports officiels, Lemay déconstruit l’image du général apolitique, respecté pour son seul talent militaire.

Pour Lemay, il n’y a pas de doute : Rommel a été un partisan convaincu de Hitler, et sa gloire doit autant à la propagande de Goebbels qu’aux Britanniques. Côté nazi, Rommel est instrumentalisé car il incarne le soldat « issu du peuple » — contrairement à la plupart des généraux prussiens, issus de l’aristocratie — et offre donc un héros conforme à l’idéologie du régime, qui prétend abolir les privilèges de naissance. Côté britannique, magnifier les talents de Rommel permet de justifier les revers subis en Afrique du Nord. Après la guerre, cette double légende est consolidée : l’Allemagne en reconstruction a besoin du symbole d’une Wehrmacht « non nazie », et Rommel, contraint au suicide par Hitler en octobre 1944, s’y prête parfaitement — car un général tué sur ordre du Führer passe aisément pour un opposant au régime, même si la réalité est tout autre.

Lemay rétablit les faits : Rommel n’a jamais participé au complot du 20 juillet 1944 contre Hitler. Ce sont d’autres officiers, après leur arrestation, qui l’ont cité sous la torture ou pour tenter de donner au complot une caution plus large — ce qui a suffi à déclencher la vindicte de Hitler. De Rommel, Lemay fait le portrait d’un officier d’un courage physique indiscutable, d’une réelle capacité tactique, mais aussi d’un homme imbu de sa propre légende, piètre logisticien et incapable d’appréhender le conflit à l’échelle stratégique.


6. La Guerre sans haine : Carnets (Erwin Rommel, 2011)

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Les carnets de Rommel, rédigés presque au jour le jour au fil de ses campagnes, constituent l’un des rares témoignages directs d’un commandant de haut rang de la Wehrmacht. D’abord publiés en 1953 sous la supervision du critique militaire britannique Basil Liddell Hart, avec la collaboration de Fritz Bayerlein — chef d’état-major de Rommel en Afrique —, ces textes sont longtemps restés indisponibles en français. L’édition de 2011 (Nouveau Monde Éditions), préfacée par Maurice Vaïsse et annotée par l’historienne Berna Günen, remplace les commentaires de Liddell Hart par un appareil de notes fondé sur les acquis de l’historiographie récente — un renouvellement indispensable, car Liddell Hart avait largement contribué à la mythification de Rommel.

Rommel y retrace sa campagne de France de mai-juin 1940 à la tête de la 7e division blindée, puis les opérations en Afrique du Nord et ses réflexions sur la défense des côtes face à un éventuel débarquement allié. On y suit ses choix tactiques, ses hésitations, ses frustrations face à un ravitaillement erratique et à un allié italien qu’il juge sévèrement. On accède ainsi à la pensée tactique de Rommel au plus près de l’action : comment il évalue le terrain, pourquoi il décide d’attaquer ou de décrocher, ce qu’il pense de ses adversaires. Mais ces carnets sont aussi un document à lire avec précaution : Rommel ne se contente pas d’enregistrer les faits, il cherche souvent à justifier ses décisions — y compris celles qui contrevenaient aux ordres reçus — et à se présenter sous un jour favorable. Le titre même, La Guerre sans haine, véhicule l’idée d’une campagne menée dans le respect de l’adversaire, une vision que les recherches de Rondeau et d’autres ont depuis sérieusement nuancée. Les annotations de Günen, spécialiste de la propagande nazie, aident précisément à distinguer ce qui relève du témoignage de ce qui relève de la mise en scène de soi.


7. La bataille d’El Alamein : juin-novembre 1942 (Cédric Mas, 2012)

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Reconnu comme l’un des spécialistes français de la Seconde Guerre mondiale en Méditerranée, Cédric Mas consacre cet ouvrage au tournant décisif de la guerre du désert. Contrairement à l’image souvent répandue d’une victoire britannique obtenue par la seule supériorité matérielle, Mas démontre que la bataille d’El Alamein est un affrontement bien plus complexe, qui se déroule en trois phases distinctes : l’échec de Rommel à percer la dernière ligne de défense avant la vallée du Nil (juillet 1942), la stabilisation du front (août-septembre), puis la contre-offensive de Montgomery (octobre-novembre).

Mas restitue la logique tactique de Montgomery. Le commandant britannique ne cherche pas simplement à percer les lignes ennemies : il veut attirer et détruire les divisions blindées de réserve de l’Axe — les Panzer allemands et les unités de chars italiens que Rommel garde en arrière pour contre-attaquer toute percée alliée. Les assauts britanniques, en apparence laborieux, sont en réalité conçus comme des pièges : chaque attaque d’infanterie est aussitôt consolidée par des canons antichars et des blindés positionnés pour bloquer la contre-attaque adverse. L’objectif n’est pas d’avancer vite, mais d’user méthodiquement les réserves ennemies. Du côté de Rommel, la défaite s’explique d’abord par l’épuisement de son armée : au 30 juin 1942, ses divisions sont réduites à la taille de bataillons, et ses dernières avancées reposent davantage sur le bluff que sur une puissance de feu réelle. Comme le résume Mas : « Rommel perd à Alamein, avant tout parce qu’il ne pouvait pas gagner. » L’auteur accompagne son analyse d’une iconographie abondante — 250 photographies, dont une quinzaine en couleurs — qui illustre les matériels engagés et les conditions de combat dans le désert occidental d’Égypte.


8. Bir Hakeim : Évènement et mémoires (Jean-Marc Largeaud, 2022)

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Maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Tours et membre du conseil scientifique de la Fondation de la France Libre, Jean-Marc Largeaud propose une étude qui tranche avec les récits héroïques traditionnellement associés à Bir Hakeim. Il aborde le sujet sous deux angles : le récit de la bataille elle-même et l’étude de sa postérité mémorielle, de l’immédiat après-guerre jusqu’à nos jours.

Les faits, d’abord. En mai-juin 1942, dans le cadre de la bataille de Gazala — la grande offensive par laquelle Rommel tente de percer les lignes britanniques en Libye —, la 1re brigade française libre du général Koenig, environ 3 700 hommes (légionnaires, tirailleurs, fusiliers marins), tient le point d’appui fortifié de Bir Hakeim, à l’extrémité sud de la ligne de défense alliée. Face aux forces de l’Axe numériquement très supérieures, les Français libres résistent pendant plus de deux semaines avant de se replier de nuit à travers les lignes ennemies. Largeaud ne s’en tient pas là. Il analyse la dimension politique du combat : pour de Gaulle, la résistance de Bir Hakeim est avant tout un argument de légitimité. En 1942, les Alliés anglo-saxons doutent encore de la capacité militaire de la France Libre et la traitent en force d’appoint ; Bir Hakeim leur prouve que les Français sont en mesure de tenir seuls face à l’ennemi et qu’ils méritent d’être considérés comme des partenaires à part entière.

Largeaud met aussi en lumière les distorsions mémorielles qui entourent la bataille. Certains historiens français lui ont attribué une portée militaire décisive — jusqu’à affirmer que Bir Hakeim a « permis » la victoire d’El Alamein. Rondeau conteste fermement cette thèse : la résistance française a certes retardé Rommel de deux semaines, mais elle n’a pas modifié le rapport de forces fondamental qui se jouera quatre mois plus tard en Égypte. À l’inverse, certains historiens anglo-saxons ont minimisé Bir Hakeim au point de frôler la mauvaise foi. Largeaud tranche par un retour aux sources primaires — rapports militaires, témoignages, archives britanniques et françaises — et livre la synthèse la plus rigoureuse sur cet épisode emblématique de la France Libre.