Né Giulio Mazzarino en 1602 dans les Abruzzes, Jules Mazarin grandit à Rome où son père est intendant de la puissante famille Colonna. Il entre dans la diplomatie pontificale et se fait remarquer en 1630 au siège de Casal, en Italie du Nord, où il s’interpose à cheval entre les armées française et espagnole aux cris de « Pace ! Pace ! » pour arrêter une bataille déjà engagée. Alors principal ministre de Louis XIII, Richelieu repère ce jeune négociateur audacieux et l’attire peu à peu à son service. Naturalisé français en 1639, cardinal sans jamais avoir été prêtre (le titre est alors une dignité ecclésiastique compatible avec les simples ordres mineurs), Mazarin entre au Conseil en 1642 à la mort de Richelieu et devient le parrain du dauphin, ce qui installe entre eux un lien quasi paternel. À la mort de Louis XIII en 1643, la régente Anne d’Autriche le nomme principal ministre au nom de son fils âgé de quatre ans. Les deux gouvernent ensemble près de vingt ans.
Son ministériat est traversé par la Fronde (1648-1653), une série de révoltes d’abord menées par le Parlement de Paris contre la fiscalité de guerre, puis par les grands princes jaloux du pouvoir confisqué par un cardinal étranger : Louis XIV enfant doit fuir la capitale, et Mazarin s’exile deux fois en Rhénanie. Malgré ces crises, il conduit à leur terme deux longues guerres : celle de Trente Ans contre l’Empire, qui s’achève par les traités de Westphalie (1648) et rapporte à la France l’Alsace ; celle contre l’Espagne, conclue au traité des Pyrénées (1659) avec l’annexion du Roussillon et de l’Artois et le mariage de Louis XIV avec l’infante Marie-Thérèse. À sa mort en 1661, il lègue à son filleul un royaume pacifié, des frontières élargies et les hommes qui feront le règne du Roi-Soleil : Michel Le Tellier à la guerre ; Nicolas Fouquet aux finances, que Louis XIV fera arrêter quelques mois plus tard ; et Jean-Baptiste Colbert, longtemps protégé et formé par Mazarin dans l’ombre, qui prendra alors le relais. Mazarin laisse aussi la plus grosse fortune du royaume, qui a fait couler autant d’encre que ses succès diplomatiques. Longtemps malmené par les mémorialistes du Grand Siècle — à commencer par son ennemi juré le cardinal de Retz — et caricaturé par Alexandre Dumas dans Vingt ans après en avare rusé et trouillard, Mazarin est depuis plusieurs décennies réhabilité par les historiens, qui voient en lui le continuateur et, par bien des aspects, l’égal de Richelieu.
Les cinq livres qui suivent sont classés du plus accessible au plus pointu : d’abord deux biographies grand public (une synthèse illustrée, puis un gros récit immersif), ensuite deux biographies savantes, et pour finir une étude thématique plus exigeante qui centre le propos sur les rapports de Mazarin avec l’Italie.
1. Mazarin : l’art de gouverner (Olivier Poncet, 2021)

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Deuxième titre de la collection « Bibliothèque des illustres » co-éditée par Perrin et la BnF, ce volume de 256 pages est le meilleur point d’entrée pour qui veut découvrir le cardinal sans s’attaquer d’emblée à un pavé. Professeur à l’École nationale des chartes et spécialiste reconnu des relations franco-pontificales, Olivier Poncet livre une synthèse biographique appuyée sur une iconographie soignée — portraits, cartes, fac-similés de manuscrits, gravures — puisée dans les fonds de la BnF.
Le livre articule la vie de Mazarin autour d’une question centrale : l’art de gouverner. Comment un étranger sans ancrage dynastique dans la France du XVIIe siècle parvient-il à s’imposer comme principal ministre, à se maintenir au pouvoir malgré la Fronde, et à former lui-même Louis XIV à l’exercice du métier de roi ? Poncet rend particulièrement intelligible la mécanique des deux Frondes (parlementaire puis princière), revient sur le rôle de Mazarin dans les négociations de Westphalie et des Pyrénées, et n’élude ni le volet mécénat (les collections qui deviendront en partie celles du Louvre), ni la bibliophilie (la future bibliothèque Mazarine), ni la question épineuse de la fortune personnelle.
Un format idéal pour une première immersion : assez court pour ne pas décourager, assez solide pour tenir la route face à un lecteur exigeant.
2. Mazarin, le maître du jeu (Simone Bertière, 2007)

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Prix de la meilleure biographie 2007 du magazine Lire, cet ouvrage de près de 700 pages a connu un grand succès de librairie et constitue la biographie grand public de référence sur le cardinal. Spécialiste du XVIIe siècle déjà connue pour sa série sur les reines de France, Simone Bertière assume d’emblée son parti pris : réhabiliter un personnage que trois siècles de mémorialistes hostiles et le roman de Dumas Vingt ans après ont réduit à la caricature de l’Italien cupide et retors.
Le récit se lit comme un roman, plaisir rare pour une biographie historique de cette densité. Bertière suit le petit Giulio depuis les Abruzzes jusqu’au sommet de l’État français, restitue les intrigues de cour, la relation exceptionnellement étroite avec Anne d’Autriche (les chuchotements sur une liaison, voire un mariage secret, sont pesés sans être tranchés), la formation du jeune Louis XIV par son parrain, et consacre des pages limpides aux deux Frondes, dont elle démonte les mécanismes avec pédagogie. L’admiration de l’autrice pour son sujet transparaît sans jamais céder sur la rigueur documentaire.
Certains lecteurs trouveront le volume un peu long, voire par endroits un brin partisan ; d’autres y verront l’équilibre exact entre l’érudition et la narration. C’est le titre à privilégier pour qui veut un récit complet, vivant, mené jusque dans les coulisses.
3. Mazarin (Claude Dulong, 1999)

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Chartiste et première femme élue à la section Histoire de l’Académie des sciences morales et politiques, Claude Dulong a consacré une grande partie de sa carrière au cardinal — notamment à travers La Fortune de Mazarin (1990) et Mazarin et l’argent (2002). Cette biographie de 1999 publiée chez Perrin condense plus de vingt ans de dépouillement d’archives, souvent inédites, et constitue la référence savante la plus équilibrée sur le personnage.
L’apport principal de Dulong tient à son travail de première main. Elle éclaire la rencontre fondatrice de 1630 avec Richelieu, restitue la relation politique (et peut-être intime) entre Anne d’Autriche et le cardinal à partir de documents jusque-là inexploités, et suit de près les négociations de Westphalie et des Pyrénées. Surtout, elle pose sans fard la question de la fortune du cardinal — la plus grosse de France à sa mort —, fortune que l’intéressé avait pris soin de rendre opaque à coups de prête-noms et de montages financiers pour égarer les curieux. Les mazarinades — ces pamphlets anti-Mazarin diffusés par milliers pendant la Fronde — y sont lues comme le signe qu’une culture de la propagande, et de la contre-propagande, naît alors en France.
Moins narrative que Bertière, plus resserrée que Goubert, la biographie de Dulong s’impose pour qui veut aller plus loin que la vulgarisation sans pour autant s’engager dans une lecture strictement universitaire.
4. Mazarin (Pierre Goubert, 1990)

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Pierre Goubert, l’un des grands historiens français du XVIIe siècle, pionnier de la démographie historique et auteur du célèbre Louis XIV et vingt millions de Français, aborde Mazarin sur le tard, en 1990, à l’âge de soixante-quinze ans. Le résultat, publié chez Fayard, se présente moins comme une biographie classique que comme une plongée dans la France mazarine : le cardinal y apparaît au centre d’un tableau plus vaste, qui embrasse l’économie, la société, la guerre et la diplomatie du royaume.
La thèse centrale est nette : il n’y eut pas un grand cardinal (Richelieu) mais deux — et sans le second, l’héritage du premier n’aurait sans doute pas survécu. Goubert insiste sur le rôle décisif de Mazarin dans l’achèvement des guerres contre l’Espagne et l’Empire, sur les gains territoriaux définitifs (Alsace, Artois, Roussillon, Cerdagne, sud du Luxembourg) et sur la formation politique reçue par Louis XIV dans le secret du cabinet de son parrain, où il apprend que tout homme, fût-il roi, a un prix.
Certains lecteurs reprochent à Goubert d’avoir écrit « la France au temps de Mazarin » plutôt qu’une biographie du cardinal lui-même. Le reproche est en partie fondé, mais c’est aussi la force du livre : on y trouve moins l’homme intime que le ministre pris dans son époque, avec la profondeur d’analyse d’un historien rompu à l’Ancien Régime.
5. Mazarin l’Italien (Olivier Poncet, 2018)

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Antérieur de trois ans à sa synthèse pour la BnF, cet ouvrage publié chez Tallandier (en coédition avec l’École française de Rome et la Casa de Velázquez) n’est pas une biographie générale mais une étude thématique : Mazarin vu depuis ses racines italiennes et depuis ses rapports avec Rome pendant l’ensemble de son ministériat. Poncet y mobilise sa connaissance fine de la papauté et de l’Italie du XVIIe siècle (le Seicento) pour renouveler la lecture du personnage.
La thèse bouscule l’image d’un Mazarin infaillible. Dans ses rapports avec l’Italie, il se révèle audacieux mais souvent défait, tantôt gauche, tantôt passionné, parfois déraisonnable. Presque aucune de ses initiatives diplomatiques dans la péninsule ne rencontre un succès durable : l’Espagne reste la première puissance en Italie jusqu’à la fin du siècle. Poncet montre aussi un cardinal plus belliqueux qu’on ne l’imagine, partisan de pousser l’offensive militaire contre les Habsbourg jusqu’à la victoire complète, sur terre comme sur mer.
L’ouvrage s’adresse à des lecteurs déjà familiarisés avec la période — les citations sont laissées dans leur langue d’origine, italien, espagnol ou latin — mais il ouvre une perspective qu’aucun des titres précédents n’avait approfondie : Mazarin non plus comme Français d’adoption sans faille, mais comme Romain dans l’âme, jamais tout à fait chez lui en France.