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Que lire sur l'histoire du Qatar ?

Que lire sur l’histoire du Qatar ?

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En bordure du golfe Arabo-Persique, une péninsule désertique grande comme la Corse passe en quelques décennies du statut de modeste protectorat britannique à celui de puissance financière et diplomatique de premier plan. Le Qatar compte aujourd’hui 2,7 millions d’habitants, dont 300 000 Qatariens à peine ; les autres sont des travailleurs étrangers, principalement venus d’Asie du Sud. Pendant des siècles, l’économie du pays repose sur la pêche aux perles dans le Golfe ; cette ressource s’effondre à partir de 1893, quand le Japonais Mikimoto Kōkichi met au point un procédé de production en élevage qui inonde les marchés internationaux de perles bon marché et ruine les pêcheurs traditionnels. La famille Al Thani, qui dirige le pays depuis le milieu du XIXe siècle, voit en Cheikh Jassim ben Mohammed (mort en 1913) son père fondateur. Sous suzeraineté ottomane, puis sous protectorat britannique à partir de 1916, le Qatar accède à l’indépendance le 3 septembre 1971. La même année, des prospections révèlent l’existence du North Field, plus grand gisement de gaz naturel au monde, partagé avec l’Iran (qui l’appelle South Pars). L’exploitation industrielle, lancée à grande échelle dans les années 1990, transforme un État pauvre et faiblement peuplé en l’un des plus riches de la planète.

En juin 1995, l’héritier Hamad ben Khalifa Al Thani profite d’un voyage de son père Khalifa pour prendre le pouvoir sans effusion de sang. Son règne ouvre une période de modernisation accélérée et d’assouplissement politique : la censure d’État est abolie et les femmes obtiennent le droit de vote pour les élections municipales en 1999. L’année suivante, il fonde Al Jazeera, première chaîne d’information en continu du monde arabe, qui invite régulièrement des dissidents et critique sans détour les régimes voisins habitués au contrôle de leurs médias. Son fils Tamim ben Hamad lui succède en 2013. Lors des Printemps arabes de 2011 — vague de soulèvements populaires contre les régimes autoritaires de la région —, Doha soutient ouvertement les Frères musulmans, qui prennent provisoirement le pouvoir en Tunisie et en Égypte. Lu comme une menace par les voisins du Golfe, cet alignement débouche en juin 2017 sur un blocus aérien, terrestre et maritime imposé par l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Bahreïn et l’Égypte. Levé en janvier 2021, ce blocus échoue à faire plier l’émirat. La Coupe du monde de football, organisée fin 2022, expose au monde entier le résultat de trente ans d’une politique d’influence systématique : achat de clubs sportifs européens, prises de participation industrielles, mécénat culturel, financement religieux à l’étranger.

 Voici les principaux ouvrages disponibles en français pour comprendre cette fulgurante ascension.


1. Qatar : Le Lustre et l’Orient (Victor Valentini et Emmanuel Picq, 2022)

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Publiée chez Delcourt dans la collection Encrages quelques jours avant le coup d’envoi du Mondial, cette bande dessinée documentaire de 96 pages tient davantage du manuel d’histoire illustré que de la fiction graphique. Le scénario est signé Victor Valentini, docteur en science politique qui a soutenu en 2017 une thèse à propos de la diplomatie qatarienne sous le règne de l’émir Hamad ben Khalifa. Le dessin et les couleurs sont de l’illustrateur lyonnais Emmanuel Picq, dont le trait réaliste sert le propos documentaire.

Le récit commence à la fin du XIXe siècle, avec la chute de l’industrie perlière qatarienne, puis suit dans l’ordre chronologique l’entrée du pays sous tutelle ottomane, sa mise sous protectorat britannique en 1916, la découverte du pétrole et du gaz, l’indépendance de 1971 et l’affirmation diplomatique progressive de l’émirat. Sont évoqués les soubresauts internes à la famille Al Thani — coups d’État de palais, querelles de succession — et le rôle politique de Cheikha Moza al-Missned, deuxième épouse de l’émir Hamad et mère de l’actuel souverain. À la tête de la puissante Qatar Foundation depuis 1995, elle a fait venir à Doha les antennes locales de plusieurs universités américaines de premier plan (Cornell, Georgetown, Northwestern) et a contribué à la création des grands musées qatariens. La position du Qatar lors de moments clés du Moyen-Orient contemporain est aussi abordée : guerre Iran-Irak (1980-1988), attentats du 11 septembre, Printemps arabes et blocus de 2017.

Les auteurs adoptent un ton accessible mais sans complaisance. Le dossier des droits humains revient à plusieurs reprises : conditions de travail des ouvriers migrants employés sur les chantiers du Mondial, statut subordonné des femmes (qui doivent obtenir l’autorisation d’un tuteur masculin pour de nombreuses démarches), criminalisation de l’homosexualité passible de la peine de mort selon le Code pénal, même si les exécutions sont rares. Ils reviennent aussi sur le soutien apporté par Doha aux Frères musulmans et sur la convention fiscale signée avec la France en 2008 : ce dispositif, négocié sous Nicolas Sarkozy, exonère les investisseurs qatariens d’impôt sur les plus-values immobilières dans l’Hexagone et a alimenté des achats massifs de palaces et d’hôtels particuliers parisiens. Pour qui découvre le sujet, c’est un panorama complet et illustré en moins de cent pages.


2. Le Qatar en 100 questions : Les secrets d’une influence planétaire (Christian Chesnot, 2022)

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Grand reporter à la rédaction internationale de Radio France et arabophone, Christian Chesnot publie ce bouquin dans la collection « 100 questions » des éditions Tallandier, à quelques semaines de l’ouverture du Mondial. Il a déjà cosigné avec Georges Malbrunot plusieurs enquêtes sur la péninsule arabique, dont Qatar, les secrets du coffre-fort (2013), Nos très chers émirs (2016) et Qatar Papers (2019).

Le format question-réponse permet de balayer en cent entrées tous les sujets sensibles. Qui sont les Al Thani ? Comment est née la chaîne Al Jazeera ? Combien a coûté la Coupe du monde ? Pourquoi la rivalité avec les Émirats arabes unis est-elle si vive ? Quels sont les investissements du Qatar en France ? Le Qatar finance-t-il l’islam de France ? Christian Chesnot décrit un pays passé en moins de vingt ans du statut d’émirat gazier inconnu à celui de puissance régionale et de banquier mondial, doté d’un fonds souverain dix fois plus volumineux que celui de la France et qui consacre près de 5 % de son PIB à sa défense — soit deux fois et demi la moyenne mondiale.

Il restitue les paradoxes du pays : un wahhabisme moins puritain que celui de l’Arabie saoudite voisine, qui tolère l’alcool dans certains hôtels et restaurants ; un moratoire de fait sur la peine de mort, doublé d’un appareil de surveillance massif ; une économie ultra-moderne où 90 % des actifs sont des étrangers sans accès à la nationalité. Le journaliste consacre aussi plusieurs entrées à la diplomatie du « carnet de chèques » — la pratique qui consiste à acheter amitiés et services par des dons, des contrats et des investissements — et aux liens noués avec les présidents français successifs, de Nicolas Sarkozy à Emmanuel Macron. Ces cent entrées tiennent lieu de tour d’horizon avant la lecture des enquêtes plus ciblées.


3. Qatar. Les secrets du coffre-fort (Christian Chesnot et Georges Malbrunot, 2013)

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Avec cette première grande enquête française consacrée au sujet, publiée chez Michel Lafon en 2013, Christian Chesnot et Georges Malbrunot ouvrent une longue série d’investigations sur l’émirat. Le premier officie à France Inter, le second au Figaro. Les deux journalistes ont vécu un épisode décisif en 2004 : enlevés en Irak par un groupe armé, ils restent quatre mois aux mains de leurs ravisseurs avant que le Qatar joue un rôle de médiateur dans leur libération. Cette dette explique en partie l’intérêt qu’ils portent ensuite à l’émirat.

Les auteurs s’attaquent aux coulisses financières d’un pays qu’ils surnomment « le nain à l’appétit d’ogre ». Au fil de l’enquête, ils retracent l’achat de clubs sportifs européens (Paris Saint-Germain en tête), les prises de participation dans des fleurons industriels (Lagardère, Vinci, Total), les acquisitions de palaces parisiens, le mécénat culturel et l’attribution controversée de la Coupe du monde 2022. Ils racontent aussi les opérations les plus discrètes : tentative d’achat d’un veto russe au Conseil de sécurité de l’ONU, prise d’influence à l’UNESCO et à la Ligue arabe, négociations secrètes avec des mouvements islamistes, livraison d’armes aux opposants à Mouammar Kadhafi en Libye et à Bachar el-Assad en Syrie après le déclenchement des Printemps arabes en 2011.

Une question traverse l’ensemble du livre : l’émirat sert-il une cause idéologique par le financement des courants islamistes, ou cherche-t-il avant tout à acheter sa sécurité face à des voisins beaucoup plus puissants ? Plus de dix ans après la parution, les analyses des deux journalistes restent valables pour comprendre le tournant des années 2010, période où Doha quitte une diplomatie discrète pour devenir un acteur actif des crises régionales. À lire avant les enquêtes plus récentes des deux journalistes, dont il pose les premières briques.


4. Qatar Papers (Christian Chesnot et Georges Malbrunot, 2019)

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Six ans après Les secrets du coffre-fort, les deux journalistes reçoivent une clé USB qui contient des centaines de documents internes à Qatar Charity, principale ONG de l’émirat. Ces pièces livrent le détail des financements accordés depuis Doha à des associations musulmanes en Europe. Le titre du livre fait écho aux Panama Papers (2016) et aux fuites du même genre : il s’agit d’une enquête à charge construite à partir de documents authentiques.

L’enquête de terrain se déroule dans six pays européens et une douzaine de villes françaises. Les auteurs recensent 140 projets de financement de mosquées, d’écoles et de centres islamiques au profit d’associations liées aux Frères musulmans, mouvement politico-religieux né en Égypte en 1928 qui prône l’application de la loi islamique dans la vie publique. Parmi les dossiers passés au crible figurent la mosquée-cathédrale de Mulhouse, le lycée Averroès de Lille — premier établissement musulman privé sous contrat avec l’État français —, l’Institut européen des sciences humaines de Château-Chinon (qui forme des imams), ainsi que des implantations à Marseille, Poitiers, Le Havre et Décines. Les ramifications dépassent la France : Belgique, Italie, Allemagne, Suisse, Royaume-Uni et Balkans figurent au tableau. Les journalistes révèlent aussi le salaire que Qatar Charity a versé pendant des années à Tariq Ramadan, théologien suisse petit-fils de Hassan al-Banna (fondateur des Frères musulmans en 1928) et longtemps figure dominante de l’islam politique en Europe.

À la parution, les révélations provoquent des remous politiques importants : auditions parlementaires, ouverture d’enquêtes administratives, démarches diplomatiques françaises au plus haut niveau auprès de Doha. La lecture demande de la patience — la matière documentaire est dense et le récit avance dossier après dossier — mais elle reste indispensable pour comprendre comment une politique d’influence religieuse pilotée depuis Doha a pu se déployer pendant des années à la faveur du silence de nombreux élus locaux et de la complaisance des autorités centrales.


5. Qatar, dominer par le sport : Géopolitique d’une ambition (Jean-Baptiste Guégan, Alexandre Buzenet et Mourad El Bouanani, 2023)

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Dans ce livre à six mains paru aux éditions Bréal en juin 2023, quelques mois après la finale de la Coupe du monde de football remportée par l’Argentine, les trois auteurs établissent à froid le bilan de la stratégie sportive qatarienne. Journaliste et enseignant, Jean-Baptiste Guégan est l’un des spécialistes français de la géopolitique du sport ; Mourad El Bouanani, géographe diplômé de Paris IV-Sorbonne, travaille sur les pays du Golfe depuis plus de dix ans ; Alexandre Buzenet, analyste des risques pays, complète l’équipe.

Selon les auteurs, le sport, et le football en particulier, est devenu pour Doha un instrument de puissance à part entière, au même titre que le gaz ou la diplomatie. Ils retracent la mise en place méthodique de cet appareil — rachat du Paris Saint-Germain par le fonds public Qatar Sports Investments en 2011, lancement de la chaîne beIN Sports en 2012 (héritière de Al Jazeera Sport), sponsoring du FC Barcelone, organisation des Mondiaux d’athlétisme à Doha en 2019 et de divers championnats du monde, sans oublier l’attribution disputée de la Coupe du monde 2022. L’émirat inconnu des années 1990 se transforme ainsi en marque planétaire, présente sur les maillots, les écrans et dans les stades des plus grandes compétitions.

Les auteurs reviennent sur les critiques adressées au Qatar : accusations de sportwashing — pratique qui consiste à utiliser de grands événements sportifs pour redorer l’image d’un État —, mortalité des ouvriers migrants sur les chantiers du Mondial (entre quelques dizaines selon les autorités qatariennes et plusieurs milliers selon une enquête du Guardian), soupçons de corruption autour de l’attribution de la Coupe du monde par la FIFA, prise d’influence dans les fédérations sportives internationales. La stratégie sportive est replacée dans son contexte régional : l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis investissent désormais le même terrain, avec le rachat de Newcastle United par le fonds souverain saoudien (PIF) en 2021 et celui de Manchester City par le fonds émirati ADUG. À lire pour comprendre comment un État grand comme la Corse a fait du sport l’un des piliers de sa diplomatie.