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Que lire sur l'histoire de la Namibie ?

Que lire sur l’histoire de la Namibie ?

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La Namibie est un pays jeune — indépendant depuis 1990 — dont l’histoire remonte à plusieurs dizaines de milliers d’années. Les San, chasseurs-cueilleurs, sont les premiers habitants connus de ce vaste territoire semi-désertique, coincé entre l’océan Atlantique et le désert du Kalahari. Les Namas, peuple de pasteurs semi-nomades d’ascendance khoïkhoï, et les Hereros, éleveurs de bétail d’origine bantoue, s’y installent entre le XVIIe et le XVIIIe siècle. Ces communautés coexistent, se disputent les pâturages, négocient des alliances — jusqu’à l’arrivée des Européens.

En 1884, l’Allemagne impériale proclame un « protectorat » sur le Sud-Ouest africain. Les colons allemands accaparent les terres et le bétail des populations locales. La résistance s’organise et culmine en 1904 avec le soulèvement des Hereros, mené par le chef Samuel Maharero, bientôt rejoint par les Namas d’Hendrik Witbooi. La répression est d’une brutalité sans précédent : le général Lothar von Trotha émet un ordre d’extermination (Vernichtungsbefehl) et fait encercler les Hereros de manière à ne leur laisser qu’une seule issue — la fuite vers le désert du Kalahari, où des milliers d’entre eux meurent de soif. Les survivants sont internés dans des camps de concentration, dont celui de Shark Island, au large de Lüderitz, où la famine, le travail forcé, les viols et les exécutions déciment les prisonniers. On estime que 80 % des Hereros et 50 % des Namas périssent entre 1904 et 1908 — le premier génocide du XXe siècle.

Après la Première Guerre mondiale, la Société des Nations confie le territoire à l’Afrique du Sud, qui y transpose progressivement le régime de l’apartheid : ségrégation raciale, travail forcé, confinement des populations noires dans des réserves. La lutte pour l’indépendance, menée notamment par la SWAPO (South West Africa People’s Organisation) de Sam Nujoma, prend la forme d’une guérilla prolongée et d’un bras de fer diplomatique devant les Nations unies. La Namibie n’accède à la souveraineté que le 21 mars 1990 — l’un des derniers pays africains à obtenir son indépendance. Aujourd’hui encore, les séquelles de la colonisation et de l’apartheid — répartition inégale des terres, fossé économique entre communautés, mémoire du génocide longtemps occultée — structurent la société namibienne.

Voici les rares ouvrages disponibles en français sur l’histoire de la Namibie.


1. Namibie : une histoire, un devenir (Ingolf Diener, 2000)

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C’est le seul ouvrage en français à offrir un panorama complet de l’histoire namibienne, de la période précoloniale jusqu’aux premières années de l’indépendance. Anthropologue à l’université Paris-VIII et spécialiste de l’Afrique australe, Ingolf Diener y retrace la colonisation allemande, puis la tutelle sud-africaine et les batailles diplomatiques et juridiques qu’elle suscite — d’abord devant la Société des Nations, puis devant l’ONU, qui exige dès 1966 le retrait de Pretoria sans jamais l’obtenir avant 1990. D’abord paru en 1986 sous le titre Apartheid ! La Cassure, l’ouvrage a été refondu et actualisé pour rendre compte de la transition vers la démocratie. Spécialiste des économies et des sociétés africaines, Claude Meillassoux le qualifie dans sa préface d’« ouvrage de référence, de lecture facile et pourtant pénétrant ».

Diener ne se contente pas d’un récit chronologique. Il analyse la structure économique héritée de la colonisation de peuplement, où une minorité blanche possède l’essentiel des terres et des moyens de production. L’uranium occupe une place à part dans cette histoire : la mine de Rössing, l’une des plus grandes du monde, fait de la Namibie un enjeu stratégique pendant la Guerre froide. Diener décortique aussi les formes successives de l’apartheid namibien, y compris sa phase tardive, dite « néo-apartheid », où le régime sud-africain crée des structures politiques ségréguées sous un vernis d’autonomie pour tenter de désamorcer la contestation. Là où la plupart des publications francophones sur la Namibie décrivent la situation du pays sans en expliquer les origines, Diener remonte aux causes — coloniales, économiques, juridiques — des fractures qui persistent après 1990. Si vous ne devez lire qu’un seul bouquin pour comprendre ce pays, c’est celui-ci.


2. Blue Book (Élise Fontenaille, 2015)

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En 1917, un jeune Irlandais du nom de Thomas O’Reilly, mandaté par les autorités britanniques, recueille des témoignages de première main sur les atrocités commises par l’armée allemande en Namibie. Le rapport qu’il rédige, connu sous le nom de Blue Book, est publié mais disparaît de la circulation dès 1926. L’Allemagne, bien que vaincue en 1918, dispose d’un levier — elle menace de publier un White Book documentant les exactions des puissances alliées dans leurs propres colonies. Le scandale serait réciproque ; les Alliés préfèrent donc détruire les exemplaires du rapport plutôt que de risquer l’exposition de leurs propres crimes coloniaux. Élise Fontenaille-N’Diaye retrouve l’un des derniers exemplaires dans une bibliothèque universitaire de Pretoria et en fait la matière d’un récit paru chez Calmann-Lévy. Arrière-petite-fille du général Mangin — officier controversé de la Première Guerre mondiale, surnommé « le Broyeur de Noirs » pour avoir envoyé des milliers de tirailleurs africains en première ligne —, l’autrice a découvert l’histoire coloniale namibienne en enquêtant sur son propre aïeul.

Fontenaille reconstitue les étapes du génocide en consacrant chaque chapitre à une trajectoire individuelle : un chef herero spolié de son bétail, un soldat allemand photographiant ses propres exactions, une femme internée à Shark Island. L’autrice accorde une place centrale à Eugen Fischer, anthropologue allemand qui se rend en Namibie au début du XXe siècle pour étudier les Basters — descendants métis de pères boers et de mères namas. Fischer en conclut que le métissage provoque une « dégénérescence » de la « race blanche » et qu’il faut l’empêcher par la stérilisation forcée. De retour en Allemagne, il propage ces thèses au sein du mouvement eugéniste, devient recteur de l’université de Berlin sous le régime nazi, forme le docteur Josef Mengele et contribue à l’élaboration des lois raciales de Nuremberg (1935).

L’autrice ne prétend pas écrire en historienne : elle précise qu’elle donne « son point de vue d’écrivain, son point de vue personnel ». Son choix de narration redonne des noms et des visages à des victimes que les historiens ont longtemps réduites à des statistiques — quand ils ne les ont pas tout simplement ignorées. Fontenaille reproduit aussi des extraits du rapport O’Reilly original, les témoignages bruts recueillis en 1917.


3. Votre paix sera la mort de ma nation (Hendrik Witbooi, 2011)

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Ce recueil, préfacé par le prix Nobel de littérature J. M. Coetzee et publié aux éditions Le Passager clandestin, rassemble la correspondance d’Hendrik Witbooi, chef du peuple Nama, adressée entre 1889 et 1905 à ses adversaires allemands, à des chefs hereros, à des marchands d’armes alliés (dont l’Écossais Robert Duncan, qui épouse une femme du clan Witbooi) et à des contacts britanniques. Né vers 1830 et instruit par des missionnaires luthériens, Witbooi est un chef lettré, informé de l’actualité internationale, qui refuse dès le départ la « protection » imposée par le Kaiser. Lorsque le gouverneur Curt von François attaque son campement par surprise en 1893, il se lance dans une guérilla de plusieurs années — tout en maintenant une correspondance soutenue avec les officiers allemands.

Witbooi oppose aux émissaires allemands une lucidité politique constante : là où ceux-ci invoquent la paix et la protection, il perçoit la confiscation de la souveraineté de son peuple. « Je ne parviens pas à saisir pleinement la profondeur de vos motivations », écrit-il au Dr Heinrich Göring — père du futur dirigeant nazi Hermann Göring —, alors premier représentant du Kaiser en Namibie. Witbooi comprend parfaitement les intentions allemandes, mais refuse de leur accorder la moindre légitimité. À Theodor Leutwein, successeur de Göring, il écrit : « Ce n’est ni un péché, ni un crime de ma part que de vouloir rester le chef indépendant de mon pays et de mon peuple. » Vaincu en 1894, Witbooi signe un traité de paix qu’il respecte pendant dix ans, avant de reprendre les armes en 1904 aux côtés des Hereros. Il meurt au combat en octobre 1905, à plus de soixante-dix ans. Son effigie figure depuis 1993 sur les billets de banque namibiens.

Document rare et texte d’une force politique considérable. Rare, parce que l’histoire coloniale africaine est presque toujours racontée du point de vue des colonisateurs — rapports militaires, correspondances administratives, récits de voyageurs européens — et qu’ici, c’est un chef africain qui prend la plume, qui argumente en termes juridiques et moraux, et qui laisse une trace écrite de sa propre vision des événements. D’une force politique considérable, parce que Witbooi, comme le rappelle Coetzee dans sa préface, ne défend pas un principe : il défend sa liberté d’aller et venir sur sa terre, de mener ses troupeaux de pâturage en pâturage selon les saisons, de gouverner son peuple selon ses propres lois.