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Que lire sur l'histoire des Philippines ?

Que lire sur l’histoire des Philippines ?

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L’archipel des Philippines réunit plus de 7 000 îles entre la mer de Chine méridionale et l’océan Pacifique, à la lisière sud-est du continent asiatique. Avant l’arrivée des Européens, des sociétés austronésiennes s’organisent en barangays — communautés villageoises de quelques dizaines de foyers regroupées autour d’un chef appelé datu —, en lien commercial étroit avec la Chine, le monde malais et les sultanats musulmans installés à Sulu et à Mindanao depuis le XIVe siècle. En 1521, l’expédition de Magellan — navigateur portugais au service de Charles Quint, en quête d’une route occidentale vers les Moluques, les îles aux épices — atteint les côtes de Cebu : le chef Lapu-Lapu y tue le capitaine lors d’un affrontement à Mactan. La conquête véritable commence en 1565, lorsque Miguel López de Legazpi débarque depuis la Nouvelle-Espagne — le Mexique colonial — et installe le premier établissement permanent ; il fonde Manille six ans plus tard. L’archipel devient alors la possession espagnole la plus lointaine, reliée à Mexico et à Madrid par le galion qui traverse chaque année le Pacifique entre Manille et Acapulco — ligne maritime qui fonctionnera de 1565 à 1815.

Pendant trois siècles, les ordres religieux — augustins, franciscains, dominicains, jésuites — convertissent au catholicisme la quasi-totalité des populations des plaines, accumulent de vastes propriétés foncières, et installent une société coloniale fortement hiérarchisée. La fin du XIXe siècle voit naître un nationalisme philippin porté par José Rizal — médecin et romancier fusillé à Manille en 1896, dont les livres dénoncent les abus du clergé colonial — puis par le mouvement révolutionnaire d’Andrés Bonifacio et d’Emilio Aguinaldo. La défaite espagnole face aux États-Unis dans la guerre de 1898 fait passer l’archipel sous tutelle américaine : Madrid cède les Philippines à Washington pour vingt millions de dollars, et la république philippine proclamée par Aguinaldo est aussitôt écrasée par les troupes américaines au cours d’une guerre coloniale meurtrière (1899-1902, plus de deux cent mille morts civils estimés). La tutelle américaine impose ensuite l’anglais, un système éducatif public et un régime parlementaire — projet brutalement interrompu par l’occupation japonaise de 1942-1945.

L’indépendance reconnue en 1946 ouvre une démocratie parlementaire fragile, brisée par la dictature de Ferdinand Marcos : élu président en 1965, il décrète en 1972 la loi martiale, qui suspend la Constitution, dissout le Parlement et concentre tous les pouvoirs entre ses mains ; il dirige le pays jusqu’à la révolution populaire d’EDSA en 1986 (du nom de l’avenue de Manille où des centaines de milliers de personnes se rassemblent pour exiger son départ après une fraude électorale massive). Le retour aux urnes ne résorbe pas les fractures du pays : oligarchies foncières, pauvreté massive, conflit armé à Mindanao où des mouvements indépendantistes musulmans affrontent l’État depuis les années 1970, exode de millions de travailleurs et travailleuses vers l’étranger. L’élection de Rodrigo Duterte en 2016, sa guerre contre la drogue et ses milliers d’exécutions extrajudiciaires, puis le retour au pouvoir de la famille Marcos avec l’élection de Bongbong (fils du dictateur) en 2022, confirment la persistance des forces autoritaires. Le pays subit par ailleurs les pressions de Pékin en mer de Chine méridionale, et son économie repose largement sur l’émigration de travail et sur les services à distance.

Voici les rares livres disponibles en français sur l’histoire des Philippines.


1. Le plus loin du monde — La conquête des Philippines par les hispaniques (XVIe-XVIIe siècles) (Guillaume Gaudin, 2025)

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Professeur d’histoire moderne à l’Université Toulouse Jean Jaurès et spécialiste des mondes ibériques, Guillaume Gaudin retrace dans ce livre publié chez Anacharsis la conquête des Philippines par les hispaniques aux XVIe et XVIIe siècles. Le titre annonce la position géographique de l’archipel : aux antipodes de la péninsule Ibérique, à l’extrémité d’un empire dont les centres de décision se trouvent à Madrid et à Mexico. Gaudin prend les Philippines non comme une simple périphérie de l’Empire, mais comme un point d’observation privilégié pour saisir comment fonctionne — ou peine à fonctionner — un projet impérial qui s’étire sur un demi-globe terrestre.

L’ouvrage adopte une démarche à plusieurs échelles. Gaudin articule la grande politique — débats juridiques tenus à Madrid sur le partage du monde après le traité de Tordesillas (qui répartit en 1494 les zones d’influence entre Espagne et Portugal), manœuvres des vice-rois mexicains, rivalités avec les Portugais alors maîtres des routes asiatiques par l’océan Indien — et la matérialité quotidienne de la conquête : régime des vents et des courants du Pacifique, savoirs nautiques empiriques, parcours individuels de soldats, de missionnaires augustins ou franciscains, de marchands d’épices et d’aventuriers de basse condition. Cette manière de jouer sur les échelles sert un propos historiographique précis : défaire l’image d’une expansion européenne planifiée et triomphale. Sur place, la prise de l’archipel est laborieuse et lente ; elle repose sur des alliances locales fragiles. La mainmise reste partielle : contestée dans le sud musulman des sultanats de Sulu et de Maguindanao, incertaine dans les hautes terres du nord.

Le livre tire profit d’une documentation abondante — chroniques, correspondances, archives administratives. Il propose une sorte de contre-récit des Grandes Découvertes, attentif aux facteurs qui rendent possible (ou empêchent) l’implantation d’une puissance européenne dans une Asie déjà densément peuplée : qualité des informations qui parviennent à Madrid, réseaux d’alliances avec des chefferies locales, capacité à ravitailler des garnisons situées à six mois de mer. Le lectorat curieux de l’histoire impériale ibérique y trouvera un point d’entrée solide vers une trajectoire coloniale moins racontée que celle des Amériques.


2. Le Long Remords de la Conquête — Manille-Mexico-Madrid, l’affaire Diego de Ávila (1577-1580) (Romain Bertrand, 2015)

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Directeur de recherche au CERI-Sciences Po et défenseur de l’histoire connectée — l’approche qui étudie les sociétés à travers leurs liens d’échange et d’influence mutuelle plutôt qu’isolément —, Romain Bertrand signe avec ce livre publié au Seuil une enquête micro-historique sur l’affaire Diego de Ávila. Manille, 1577 : un enfant de onze ans, neveu d’un missionnaire augustin du couvent de Cebu, comparaît devant le gouverneur Francisco de Sande. Il a affirmé, lors de visions, avoir vu un siège réservé au gouverneur dans les Enfers. Deux servantes indigènes, Inés Sinapas et Beatriz, sont accusées de l’avoir ensorcelé. La sentence — dix années de galères pour un mineur, pour de simples visions — paraît disproportionnée. Bertrand part de ce dossier judiciaire, conservé en deux copies dans les archives de Mexico et du Conseil des Indes à Séville, pour reconstituer une réalité coloniale que les sources officielles laissent dans l’ombre.

La force du livre tient à sa manière de transformer un fait divers en révélateur des tensions de la Conquête. Les frères augustins de Cebu refusent dès 1574 de confesser les conquistadors, qu’ils accusent de mener des razzias d’esclaves, d’extorquer des tributs et de bafouer le devoir d’évangélisation ; certains soldats, vieillis et inquiets de leur salut, multiplient dans leurs testaments les fondations de messes et les libérations d’Indiens captifs. Pendant ce temps, les rumeurs de sorcellerie circulent dans les arrière-cours d’une Manille où vivent à peine cinq cents vecinos — les Espagnols officiellement enregistrés —, perdus parmi des dizaines de milliers de Philippins et de marchands chinois. Bertrand s’attache aux conflits entre religieux et conquérants, à la circulation entre les magies indigènes et la démonologie chrétienne (les Espagnols voient des démons là où les Philippins voient des esprits ancestraux), à la précarité d’une présence hispanique encore minoritaire dans un univers asiatique cosmopolite. La fiction d’une conquête victorieuse cède la place à une réalité fragmentée, où les Espagnols sont eux-mêmes conquis par le monde philippin autant qu’ils ne le conquièrent.

La critique a salué la rigueur archivistique du livre et sa construction narrative inhabituelle : Bertrand ordonne son matériau autour de figures allégoriques (l’Enfant, le Gouverneur, les Conquérants, les Frères, les Sorcières), à la manière des pièces religieuses du Siècle d’Or espagnol où les personnages incarnaient des concepts plutôt que des individus. Quelques réserves ont aussi été émises : un appareil introductif théorique jugé trop chargé, ou un éloignement épisodique du dossier judiciaire au profit de digressions sur la Conquête en général. Reste un livre essentiel pour qui s’intéresse à l’histoire connectée et à la critique du grand récit colonial. Bertrand y place les Philippines au cœur d’une discussion plus large sur les rapports entre Européens et sociétés asiatiques à la fin du XVIe siècle.


3. L’empire du soleil couchant — Distance et communication entre Manille, Mexico et Madrid (1565-1609) (Guillaume Gaudin, 2025)

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Publié la même année que Le plus loin du monde, ce livre de Guillaume Gaudin, issu d’une recherche menée à la Casa de Velázquez, examine le fonctionnement administratif et politique de la frontière la plus occidentale de la monarchie hispanique entre 1565 et 1609 — la qualifier d’occidentale peut surprendre puisque les Philippines se situent en Asie de l’Est, mais l’expression renvoie à la perspective madrilène : on les atteint par l’ouest, par-delà l’Atlantique et le Pacifique. La période choisie va de l’expédition de Legazpi en 1565 à 1609, soit les premières décennies de l’Union ibérique (1580-1640) qui réunit les couronnes d’Espagne et du Portugal sous Philippe II et ses successeurs. Ces quatre décennies fondatrices voient s’installer Manille, naître la route du galion entre Acapulco et l’archipel, et émerger une communauté hispanique précaire mais durable.

Le sujet central est la distance. Comment gouverner un territoire situé à plusieurs mois de mer du centre de décision, quand une réponse à une lettre peut mettre deux ans à arriver ? Comment faire circuler les ordres, les requêtes, les plaintes, les témoignages ? Gaudin reconstitue une cartographie des moyens de communication impériale à partir des correspondances de soldats, religieux, magistrats, marchands, et de procureurs envoyés à Madrid pour y plaider la cause de leur ordre ou de leur ville. Les chemins suivis ne se limitent pas aux grands axes officiels — les carreras (routes maritimes) et les caminos reales (routes royales terrestres) — : routes interlopes, détours par la mer de Chine méridionale ou par la Méditerranée, projets de routes alternatives ouverts par l’Union ibérique. L’ensemble dessine un empire moins ordonné qu’il n’y paraît, soumis à l’incertitude, à l’attente, et à l’improvisation constante des fonctionnaires sur place.

L’approche complète Le plus loin du monde du même auteur. Là où celui-ci raconte la conquête, L’empire du soleil couchant en analyse l’infrastructure administrative et la mécanique des liens à distance. Le lectorat universitaire et les amateurs et amatrices d’histoire institutionnelle trouveront dans les annexes une matière précieuse : chronologie, extraits de lettres du premier évêque de Manille fray Domingo de Salazar, répertoires des procureurs religieux envoyés à Madrid. La monographie s’inscrit ainsi dans une historiographie attentive à la manière dont, dès le XVIe siècle, des empires ont tenté de gouverner à l’échelle planétaire.


4. L’archipel des épices — La corruption de l’administration espagnole aux Philippines, fin XVIIIe-fin XIXe siècle (Xavier Huetz de Lemps, 2006)

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Professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Nice-Sophia Antipolis et ancien directeur des études à la Casa de Velázquez, Xavier Huetz de Lemps consacre ce livre à un objet rarement abordé de front : la corruption généralisée de l’administration espagnole aux Philippines entre la fin du XVIIIe et la fin du XIXe siècle. Le titre joue sur un déplacement ironique : trois siècles après les conquistadors venus chercher le clou de girofle et la noix de muscade, les fonctionnaires métropolitains débarquent à Manille pour cueillir d’autres épices — pots-de-vin, détournements de fonds publics, extorsions, prélèvements indus.

L’ouvrage propose une typologie précise des pratiques, du modeste gobernadorcillo (le maire indigène chargé d’administrer une municipalité sous la supervision du curé et du corregidor espagnol) jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir colonial. Huetz de Lemps analyse les défaillances structurelles des contrôlesvisitas (inspections envoyées par la Couronne), residencias (audits obligatoires de fin de mandat), justice administrative — et démontre comment l’attribution clientéliste des emplois publics, alliée à la lenteur des communications et à l’impossibilité de surveiller à distance des fonctionnaires postés à un demi-globe terrestre de Madrid, condamne à l’échec les tentatives de moralisation venues de la métropole. La corruption n’apparaît pas comme un dysfonctionnement marginal : elle constitue un mode de gouvernement à part entière, articulé aux logiques sociales locales et aux intérêts des élites métropolitaines envoyées sur place pour, précisément, se refaire une fortune avant de rentrer en Espagne.

L’enquête s’appuie sur une comparaison constante avec l’Amérique espagnole de l’époque moderne, avec Cuba, et avec d’autres dispositifs coloniaux européens du XIXe siècle. Elle pose une question incommode : la corruption administrative qui ronge encore les Philippines aujourd’hui doit-elle quelque chose à cet héritage colonial, transmis par-delà la recolonisation américaine de 1898 et l’indépendance de 1946 ? Sans répondre directement, Huetz de Lemps livre les éléments d’une généalogie dont la portée déborde largement le XIXe siècle. Référence du champ des études philippines en français, ce travail publié par la Casa de Velázquez continue d’inspirer les recherches sur les corruptions coloniales comparées.


5. Philippines contemporaines (William Guéraiche, dir., 2013)

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Spécialiste des relations internationales et auteur d’une biographie de Manuel Quezon (premier président du Commonwealth philippin sous tutelle américaine, 1935-1944), l’historien William Guéraiche dirige ce volume collectif de plus de 600 pages, publié par les Indes savantes et l’IRASEC (Institut de recherche sur l’Asie du Sud-Est contemporaine). L’ouvrage propose une somme sur les Philippines contemporaines — la première de cette ampleur en langue française. Il réunit des contributeurs et contributrices philippins, français et étrangers, autour des grands chantiers du pays : politique, économie, religion, langues, urbanisme, agriculture, insertion régionale.

Le pari du livre est de prendre les Philippines comme un point de croisement entre Asie du Sud-Est, héritage colonial espagnol, américanisation post-1898 et insertion accélérée dans la mondialisation. Plusieurs chapitres reviennent sur la fin de la domination espagnole et la transition entre les deux empires coloniaux ; d’autres examinent la décentralisation administrative, le clientélisme politique, la place de l’Église catholique, le rôle du riz dans la culture quotidienne, ou la question musulmane à Mindanao. Les autrices et auteurs philippins occupent une place importante, ce qui permet une lecture interne, et non seulement externe, de la société.

L’ensemble n’a pas l’unité d’un essai écrit d’une seule plume, mais cette pluralité de voix sert le projet : rendre compte des contradictions d’un pays où les structures sociales semblent à la fois figées depuis l’indépendance de 1946 — quelques dizaines de familles dominent toujours la politique et l’économie — et bouleversées par les flux migratoires, le christianisme populaire et l’économie numérique. Plus de dix ans après sa parution, le volume reste la référence en français pour aborder les Philippines contemporaines, à compléter par des sources plus récentes pour les développements postérieurs à 2013.


6. L’avenir des Philippines — Un archipel dans la mondialisation (Yves Boquet, 2016)

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Professeur de géographie à l’Université de Bourgogne-Franche-Comté, Yves Boquet propose ici un livre plus court que les autres titres de cette sélection (moins de cent pages), paru à la veille des élections présidentielles de 2016 — celles qui portent Rodrigo Duterte au pouvoir. Le livre s’ouvre par une présentation géographique et démographique de l’archipel : sept mille îles, cent millions d’habitants, exposition aux typhons, aux séismes et aux éruptions volcaniques, fortes inégalités entre la grande région métropolitaine de Manille (sur l’île de Luçon, au nord du pays) et les périphéries rurales du sud.

Boquet revient ensuite sur les deux colonisations — espagnole puis américaine — et la vie politique depuis l’indépendance, avec une Église catholique aux pouvoirs encore considérables (qui pèse, par exemple, sur les politiques de contraception) et une concentration du pouvoir entre quelques familles. Le cœur du livre traite de l’insertion philippine dans la mondialisation : industrialisation faible, agriculture dominée par le riz et la noix de coco, inégalités foncières héritées des grandes haciendas coloniales, mais aussi deux dynamiques singulières. D’un côté, l’essor des centres d’appel anglophones de Manille, qui exploitent l’héritage linguistique américain — les Philippins parlent un anglais à l’accent proche du modèle nord-américain, ce qui en fait des interlocuteurs privilégiés pour les entreprises des États-Unis. De l’autre, l’exportation massive de main-d’œuvre vers Hong Kong, le Golfe persique, l’Amérique du Nord ou les navires de croisière (les Overseas Filipino Workers sont près de dix millions), dont les transferts d’argent vers la famille restée au pays soutiennent près de dix pour cent du produit intérieur brut national.

La dernière partie passe en revue les défis qui attendent le pays : pauvreté chronique, mouvement séparatiste musulman à Mindanao, tensions avec la Chine autour des îlots des Spratleys (que Pékin revendique malgré une décision contraire de la Cour permanente d’arbitrage de La Haye en 2016), dégradation environnementale aggravée par le changement climatique. Le format réduit empêche l’exhaustivité, mais Boquet propose une synthèse claire et accessible, particulièrement conseillée aux lecteurs et lectrices qui souhaitent un premier tour d’horizon avant d’aborder des travaux plus volumineux. Les données chiffrées datent du milieu des années 2010 ; elles méritent d’être actualisées par des sources plus récentes.