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Que lire sur Yasser Arafat ?

Que lire sur Yasser Arafat ?

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Né en 1929 au Caire — bien qu’il ait longtemps revendiqué Jérusalem comme lieu de naissance —, Yasser Arafat grandit entre l’Égypte et la Palestine mandataire (le territoire alors administré par les Britanniques). Sa famille paternelle est originaire de Gaza, sa famille maternelle de Jérusalem, ville où il passe une partie de son enfance. La Nakba de 1948 — l’exode forcé de plusieurs centaines de milliers de Palestiniens lors de la création de l’État d’Israël — le pousse, alors étudiant en génie civil à l’université du Caire, à prendre part à des combats près de Gaza et à s’engager dans le militantisme nationaliste. En 1959, il fonde avec une poignée de compagnons le Fatah, mouvement de résistance armée qui devient vite le pilier de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), dont il prend la présidence en 1969.

À partir de cette date, chaque tournant de l’histoire palestinienne passe par Arafat. En Jordanie, les fedayins de l’OLP ont constitué un véritable État dans l’État, au point de menacer la monarchie hachémite : en septembre 1970, le roi Hussein lance son armée contre eux — c’est Septembre noir —, et les force à se replier au Liban. L’OLP y reconstitue ses structures à Beyrouth-Ouest, avec ses propres institutions, sa presse et ses forces armées, jusqu’à ce que l’invasion israélienne de 1982 contraigne Arafat et ses combattants à un nouvel exil, cette fois à Tunis.

En 1987, le soulèvement populaire dans les territoires occupés — la première Intifada — replace la question palestinienne au centre de l’agenda international. Six ans plus tard, les accords d’Oslo (1993) instaurent une reconnaissance mutuelle entre Israël et l’OLP et créent l’Autorité palestinienne : Arafat serre la main d’Yitzhak Rabin sur la pelouse de la Maison-Blanche, reçoit avec ce dernier et Shimon Pérès le prix Nobel de la paix (1994), rentre à Gaza et se fait élire président de l’Autorité en 1996.

Tour à tour fedayin, diplomate et chef d’État, il est accusé par Israël et les États-Unis de prôner la paix tout en tolérant la violence armée, et célébré par les siens comme le père de la nation. Il meurt le 11 novembre 2004 à l’hôpital militaire de Percy, en France, après un déclin brutal de son état de santé dont les causes exactes restent disputées — des analyses menées en 2012 sur ses effets personnels ont révélé des traces de polonium 210, sans que la thèse de l’empoisonnement soit définitivement tranchée.

Pour éclairer un personnage aussi insaisissable, voici trois ouvrages complémentaires : une biographie autorisée dans laquelle Arafat parle en son nom, une enquête journalistique sur ses contradictions, et le regard d’un Israélien engagé pour la paix.


1. Yasser Arafat : Biographie et entretiens (Charles Saint-Prot, 1990)

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Géopolitologue et islamologue, Charles Saint-Prot a mené, depuis les années 1980, plusieurs missions de conseil diplomatique pour le compte de l’État français, notamment auprès de la direction palestinienne. C’est cette fréquentation directe du leader de l’OLP qui donne naissance à la première biographie dite « autorisée » d’Arafat : pour la première fois, celui-ci accepte de répondre longuement à des questions sur sa vie, sa stratégie et les négociations secrètes d’un conflit vieux de plusieurs décennies. Publié aux éditions Jean Picollec, le livre retrace le parcours d’Arafat depuis ses années de formation au Caire jusqu’à son rôle central au Proche-Orient, et restitue les rivalités et alliances entre Palestiniens, Israéliens, États arabes et grandes puissances — le labyrinthe diplomatique dans lequel Arafat a dû se frayer un chemin.

La part d’entretien confère au livre une valeur documentaire particulière : on y entend la voix d’Arafat lui-même, ses justifications, sa façon de raconter l’histoire de son peuple. Par ailleurs auteur d’ouvrages sur Saddam Hussein et sur le parti Baas (le parti nationaliste arabe au pouvoir en Irak et en Syrie), Saint-Prot lit la question palestinienne à travers le prisme du nationalisme arabe et de la « politique arabe de la France » — cette tradition diplomatique, héritée de De Gaulle, qui consiste à maintenir des liens étroits avec les États arabes en contrepoids de l’influence américaine dans la région. Cette grille de lecture colore l’ensemble du récit et explique l’importance que l’auteur accorde aux rapports de force entre États. Le statut « autorisé » du livre implique cependant un cadre de parole négocié : Arafat choisit ce qu’il révèle et ce qu’il tait. Un témoignage de première main autant qu’un exercice d’auto-mise en scène, qui permet de comprendre comment Arafat se percevait et souhaitait être perçu.


2. Les sept vies de Yasser Arafat (Christophe Boltanski et Jihan El-Tahri, 1997)

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Grand reporter au Nouvel Observateur, Christophe Boltanski s’associe ici à Jihan El-Tahri, journaliste et documentariste franco-égyptienne. Correspondante au Proche-Orient pour le Washington Post, le Financial Times et US News & World Report, El-Tahri s’est ensuite tournée vers la réalisation de documentaires pour Arte, la BBC et PBS — on lui doit notamment La Maison des Saoud et Cuba: An African Odyssey. Cette double expérience — le grand reportage de presse et le documentaire de terrain — nourrit une biographie construite par épisodes : chaque chapitre correspond à l’une des « vies » successives d’Arafat. Le titre renvoie à ses multiples résurrections politiques : chaque fois donné pour mort — au sens propre comme au figuré —, il refait surface sous une autre forme. Du Koweït, où naît le Fatah en 1959, à Damas, où il connaît la prison ; d’Amman, dont il est chassé après Septembre noir, à Beyrouth-Ouest, où l’OLP fonctionne pendant douze ans comme un quasi-État ; de l’exil tunisois aux accords d’Oslo : Arafat se réinvente après chaque défaite.

La force du livre tient au volume de témoignages recueillis et à la manière dont les auteurs restituent les contradictions du personnage sans chercher à les résoudre. Arafat y apparaît comme un homme de guerre — impliqué, selon les auteurs, dans des opérations comme la prise d’otages des athlètes israéliens aux Jeux de Munich en 1972 — mais aussi comme l’artisan du compromis territorial d’Oslo ; comme un ascète qui affiche le célibat au nom de la Palestine, mais aussi comme le mari jaloux de Souha Arafat ; comme un autocrate qui supervise la moindre dépense de l’OLP, mais aussi comme un fin tacticien des équilibres internes d’un mouvement qu’il a lui-même façonné.

L’ouvrage ne verse ni dans l’hagiographie ni dans le réquisitoire : il révèle un homme politique d’une endurance hors norme, dont l’opacité volontaire — sur ses origines, ses identités multiples, ses finances — constitue en soi un instrument de pouvoir. Si vous cherchez à comprendre comment la résistance palestinienne a fonctionné de l’intérieur, des cellules clandestines des années 1960 à l’appareil de l’Autorité palestinienne, c’est sans doute le bouquin le plus accessible des trois.


3. Arafat, l’irréductible (Amnon Kapeliouk, 2004)

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Amnon Kapeliouk (1930-2009) n’a pas d’équivalent parmi les biographes d’Arafat. Journaliste franco-israélien né à Jérusalem, arabophone, cofondateur de B’Tselem (organisation israélienne de défense des droits humains dans les territoires occupés), il a consacré toute sa carrière au conflit israélo-arabe dans les colonnes du Monde, du Monde diplomatique et du quotidien israélien Yediot Aharonot. Son livre Sabra et Chatila : enquête sur un massacre (1982) — sur le massacre de civils palestiniens et libanais par des miliciens chrétiens libanais dans des camps de réfugiés de Beyrouth, alors sous contrôle de l’armée israélienne — a été traduit en neuf langues et reste un texte de référence. Critique résolu de la politique d’occupation israélienne et interlocuteur de confiance des dirigeants palestiniens, Kapeliouk est le seul biographe d’Arafat à porter ce double regard — celui d’un citoyen israélien convaincu que la paix passe par la reconnaissance des droits des Palestiniens.

Préfacé par Nelson Mandela et publié chez Fayard, le livre repose sur une documentation considérable : plus de cent cinquante rencontres avec Arafat échelonnées sur plus de vingt ans, de Beyrouth assiégée en 1982 à la Mouqata’a — le complexe présidentiel de Ramallah, encerclé par l’armée israélienne à partir de 2002. S’y ajoutent des centaines d’entretiens avec des Palestiniens (y compris des opposants) et des Israéliens, dont plusieurs officiers du renseignement militaire. Structuré en dix-huit chapitres chronologiques, l’ouvrage suit l’évolution idéologique d’un homme qui passe de la revendication de la destruction de l’État d’Israël à sa reconnaissance et à l’acceptation d’un partage territorial. Kapeliouk ne dissimule ni les zones d’ombre — la proximité initiale d’Arafat avec les Frères musulmans, le soutien à Saddam Hussein lors de l’invasion du Koweït en 1990, les errements stratégiques — ni les lacunes de sa propre documentation, en particulier sur les années de jeunesse.

Ce qui singularise avant tout cette biographie, c’est le parti pris assumé de faire un récit politique plutôt que psychologique : à la manière dont la vie de De Gaulle ne se comprend qu’à travers l’histoire de la France libre, celle d’Arafat est ici inséparable du mouvement national palestinien, et Kapeliouk la raconte comme telle. Publié quelques mois avant la mort d’Arafat, le livre se lit aujourd’hui comme un dernier état des lieux rédigé alors que son sujet est encore vivant ; Kapeliouk défendra d’ailleurs, dès 2005, la thèse de l’empoisonnement dans les colonnes du Monde diplomatique. Pour qui veut comprendre comment un homme a pu incarner à lui seul, pendant plus de quarante ans, un mouvement national tout entier, Arafat, l’irréductible est la biographie la plus complète disponible en français.