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Que lire sur Joséphine de Beauharnais ?

Que lire sur Joséphine de Beauharnais ?

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Elle ne s’appelle pas Joséphine de Beauharnais. Baptisée Marie-Josèphe-Rose de Tascher de La Pagerie en 1763 à la Martinique, elle grandit dans une famille de planteurs créoles avant d’être envoyée à Paris, à seize ans, pour y épouser le vicomte Alexandre de Beauharnais. L’union, malheureuse, aboutit à une séparation, mais lui donne deux enfants : Eugène, futur vice-roi d’Italie, et Hortense, future reine de Hollande et mère de Napoléon III. Sous la Terreur (1793-1794), Alexandre est guillotiné ; Rose, elle aussi emprisonnée aux Carmes, n’échappe à l’échafaud que grâce à la chute de Robespierre en juillet 1794 — chute qui met fin à la politique d’exécutions de masse et entraîne la libération de milliers de détenus politiques, dont elle.

Revenue dans la société parisienne du Directoire — le régime qui gouverne la France de 1795 à 1799 —, elle tire parti de ses relations et de sa connaissance des cercles de pouvoir pour s’assurer une position centrale. En 1795, elle rencontre un jeune général corse de six ans son cadet : Napoléon Bonaparte. C’est lui qui décide de la rebaptiser Joséphine. Célébré en 1796, leur mariage accompagne l’irrésistible ascension du futur empereur. Sacrée et couronnée à Notre-Dame le 2 décembre 1804, elle règne à ses côtés pendant cinq ans, tient la cour la plus fastueuse d’Europe et joue un rôle diplomatique réel auprès des souverains étrangers. Mais Napoléon veut un héritier que Joséphine ne peut lui donner : le divorce, prononcé en décembre 1809, la contraint à se retirer au château de Malmaison, près de Paris, où elle se consacre à ses collections d’art, à la botanique et aux jardins. Elle s’éteint le 29 mai 1814, quelques semaines après l’abdication de Napoléon — un an avant Waterloo.

Depuis deux siècles, son image oscille entre la légende noire — femme frivole, dépensière, volage — et une fascination durable pour celle qui, née dans une plantation des Antilles, est devenue la première impératrice des Français. Les huit ouvrages présentés ici permettent de dépasser ces clichés.


1. L’Impératrice Joséphine, 1763-1814 (Françoise Wagener, 1999)

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Couronnée par le Grand Prix de la Fondation Napoléon l’année de sa parution, cette biographie s’est imposée comme une référence. Françoise Wagener, qui a dirigé pendant douze ans la rubrique Lettres étrangères du quotidien Le Monde, replace Joséphine dans le XVIIIe siècle : ses codes de conduite, ses valeurs aristocratiques, sa conception du mariage et de la vie sociale restent ceux de l’Ancien Régime, même quand la Révolution puis l’Empire transforment le monde autour d’elle. C’est cette clé de lecture qui donne au portrait sa cohérence. Wagener montre comment Joséphine, forte de cette éducation, a su adoucir un pouvoir napoléonien souvent brutal — par la bienveillance dans les réceptions officielles, par la médiation dans les conflits de cour, par un sens de l’étiquette qui manquait à Bonaparte.

L’ouvrage couvre l’intégralité de la vie de Joséphine, depuis la Martinique jusqu’à Malmaison, et ne se limite pas à un portrait individuel : Wagener retrace en arrière-plan cinquante ans d’histoire de France, de la chute de la monarchie au premier exil de Napoléon. Elle insiste sur la complémentarité du couple impérial et sur la douleur réciproque du divorce ; elle s’appuie pour cela sur un large corpus de lettres et de mémoires d’époque. Si certain·es lecteurs·ices ont noté un regard parfois favorable à son sujet, la rigueur de la documentation fait de ce livre le point de départ naturel pour quiconque souhaite comprendre Joséphine dans son époque.


2. Joséphine. Le paradoxe du cygne (Pierre Branda, 2016)

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Directeur scientifique de la Fondation Napoléon et auteur d’une vingtaine d’ouvrages sur le Premier Empire, Pierre Branda propose ici une biographie qui entend démanteler la légende noire de Joséphine. Depuis deux siècles, royalistes, républicains, clan Bonaparte, déçus de l’Empire et mémorialistes hostiles ont forgé l’image d’une femme frivole et dépensière. Branda reprend chaque accusation — l’infidélité supposée, les caprices, les dettes — et la confronte méthodiquement aux sources d’époque : correspondances, témoignages, archives financières. Formé à l’économie et à la gestion avant de devenir historien, il apporte un éclairage inédit sur le rapport de Joséphine à l’argent. Il analyse en particulier ses opérations d’agiotage — c’est-à-dire de spéculation sur les fluctuations monétaires, une pratique répandue dans la France instable du Directoire — et ses commissions sur les fournitures militaires, des aspects que les biographies antérieures avaient tout au plus survolés.

Le sous-titre renvoie à une double image : celle du cygne gracieux — l’élégance dont Joséphine a fait un instrument d’influence — et celle du « cygne noir » théorisé par Nassim Nicholas Taleb, soit l’événement imprévisible qui renverse toutes les prévisions. Joséphine, fille de planteurs sans fortune, devenue impératrice des Français : voilà le cygne noir. Branda dessine le portrait d’une femme qui sait nouer des alliances, calculer ses intérêts et défendre sa position face à un clan Bonaparte qui n’a jamais accepté cette « étrangère » dans la famille. Il met aussi en lumière le lien indéfectible qui l’unit à Napoléon : elle accompagne son ascension, et sa mort en 1814 lui épargne d’assister à la défaite de Waterloo et à l’exil à Sainte-Hélène — où Napoléon, lui, ne cessera de parler d’elle. Cet ouvrage ne cède ni à la complaisance ni à la condamnation rétrospective — lecteurs et spécialistes le tiennent pour l’une des biographies les plus abouties.


3. Douce et incomparable Joséphine (Bernard Chevallier, 1999)

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Directeur du musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau pendant près de vingt ans, Bernard Chevallier (1943-2024) a consacré l’essentiel de sa carrière à l’étude de Joséphine et de son cadre de vie. Le titre du livre reprend une expression de Napoléon dans l’une de ses toutes premières lettres, en 1795. Mais le portrait que Chevallier dresse contredit cette image tendre et lisse : derrière la « douce Joséphine » se cache une femme volontaire, cultivée, stratège, que la postérité a longtemps réduite à un rôle décoratif.

La singularité du livre tient à l’angle choisi par Chevallier : les objets, les lieux et les pratiques culturelles. Là où d’autres biographes se concentrent sur la politique ou la vie sentimentale, lui s’attarde sur la passion de Joséphine pour la botanique — elle fait venir à Malmaison des plantes rares du monde entier et correspond avec les naturalistes les plus réputés de son temps —, sur sa collection de tableaux et de sculptures, sur son influence dans le domaine des arts décoratifs et de la mode Empire. Chevallier montre que Joséphine se situe à la charnière de deux époques. Elle hérite de la curiosité universelle des Lumières — ce goût du XVIIIe siècle pour les sciences, les collections, le savoir encyclopédique. Mais elle est aussi sensible au romantisme qui s’affirme au tournant du XIXe siècle et qui valorise la nature, l’intériorité, le sentiment. Ce double ancrage éclaire ses choix — des plantes exotiques aux toiles de maîtres, des robes Empire aux décors de Malmaison — mieux que ne le ferait une approche strictement politique ou sentimentale.


4. Joséphine : Désir et ambition (Kate Williams, trad. Michel Faure, 2015)

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Docteure en histoire à Oxford, l’historienne britannique Kate Williams a publié en anglais des biographies d’Emma Hamilton et de la reine Victoria avant de se consacrer à Joséphine. La presse anglophone a comparé le résultat à la Marie-Antoinette d’Antonia Fraser — le livre qui a inspiré le film de Sofia Coppola. Williams part de l’enfance martiniquaise de Rose de Tascher de La Pagerie, insiste sur les épreuves qui forgent sa personnalité — un premier mariage avec un époux qui la méprise, l’emprisonnement sous la Terreur, la précarité financière après la mort d’Alexandre de Beauharnais — et montre comment ces traumatismes alimentent chez elle une volonté absolue de ne plus jamais dépendre d’autrui.

Le livre s’adresse à un large public, y compris non spécialiste, et restitue le chaos d’une France en révolution permanente. Williams met l’accent sur les ressorts psychologiques de Joséphine : comment elle apprend à utiliser la séduction pour survivre dans un monde d’hommes, comment l’ambition sociale gouverne chacune de ses décisions, et comment le désir — celui qu’elle inspire autant que celui qu’elle éprouve — devient son principal levier de pouvoir. Cependant, plusieurs spécialistes du Premier Empire ont relevé des erreurs factuelles — notamment des confusions de dates et d’identités — et un tri insuffisant entre sources fiables et anecdotes douteuses. Une première approche accessible pour qui découvre le sujet, à condition de le compléter par des lectures plus rigoureuses comme celles de Branda ou de Wagener.


5. Napoléon et Joséphine. L’intime et le grandiose (Pierre Branda, 2025)

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Près de dix ans après Le paradoxe du cygne, Pierre Branda revient à Joséphine, mais déplace le centre de gravité : il ne s’agit plus d’une biographie individuelle, mais d’une histoire du couple, de leur rencontre dans les salons parisiens en 1795 jusqu’au divorce de 1809 et à la correspondance maintenue jusqu’à la mort de Joséphine en 1814. Le livre repose sur une lecture attentive des lettres échangées entre les deux époux — parmi les correspondances amoureuses les plus commentées de l’histoire de France — ainsi que sur les témoignages de leur entourage.

L’originalité tient à la structure thématique. Branda consacre des chapitres à l’intimité du couple — y compris à leur vie sexuelle, loin de l’image d’une Joséphine passive —, à leurs inspirations littéraires respectives (Napoléon adopte le lyrisme passionné de Rousseau et la mélancolie héroïque des poèmes d’Ossian, un barde gaélique légendaire très lu à l’époque romantique ; Joséphine, elle, emprunte l’ironie mordante de Laclos, l’auteur des Liaisons dangereuses), et à leurs vies avant la rencontre, qu’il qualifie de « jumelles » : tous deux ont connu le déracinement — elle quitte la Martinique, lui la Corse — et la précarité avant de se trouver. Branda rectifie aussi l’image véhiculée par le film Napoléon de Ridley Scott (2023), qui présente Joséphine comme une femme effacée et soumise — le contraire de ce que montrent les sources.

Sélectionné pour le prix « Nos humanités 2026 », ce livre modifie ce que l’on croyait savoir de la relation entre Napoléon et Joséphine : non pas un couple où le grand homme écrase une épouse fragile, mais une alliance entre deux personnalités également déterminées, liées par le désir, l’intérêt et une complicité intellectuelle que les biographies antérieures avaient sous-estimée.


6. Vivre par Joséphine, voilà l’histoire de ma vie : Correspondance (Napoléon Bonaparte et Joséphine de Beauharnais, éd. David Chanteranne, 2021)

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Ce recueil rassemble les lettres échangées entre Napoléon et Joséphine. L’historien David Chanteranne, rédacteur en chef de la revue Napoléon Ier et attaché de conservation au musée Napoléon de Brienne-le-Château, en signe la préface et les notes. Son intérêt premier est de donner directement la parole aux deux correspondants, sans interprétation biographique interposée. Dès les premières missives, écrites en 1795, la passion du jeune officier corse pour la veuve Beauharnais frappe par son intensité — Bonaparte écrit comme il fait la guerre : sans retenue et sans repos.

Les lettres de la campagne d’Italie (1796-1797) comptent parmi les plus ardentes jamais adressées par un général en pleine guerre : Bonaparte y réclame des nouvelles de Joséphine avec une impatience qui confine au désespoir. Puis le ton change. Les lettres se font plus courtes, plus sèches ; l’ambition politique prend le pas sur la fièvre amoureuse ; les soupçons d’infidélité s’insinuent ; la correspondance finit par refléter les tensions d’un couple devenu consulaire puis impérial, jusqu’à la rupture. L’édition de Chanteranne fournit pour chaque lettre les repères chronologiques et historiques nécessaires à la compréhension. Là où les biographies reconstituent et interprètent, les lettres permettent d’entendre directement la voix de Napoléon et de Joséphine.


7. Mémoires sur l’impératrice Joséphine, ses contemporains, la cour de Navarre et de la Malmaison (Georgette Ducrest, éd. Christophe Pincemaille, 2004)

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Publié pour la première fois en 1828, ce texte est l’un des rares témoignages de première main sur la vie quotidienne de Joséphine après le divorce. Georgette Ducrest (1789-1882) est la nièce de Mme de Genlis, femme de lettres célèbre et gouvernante des enfants du duc d’Orléans. Jeune aristocrate, elle fait la connaissance de l’impératrice déchue à Genève en 1810, puis séjourne à sa cour pendant l’hiver 1810-1811. Elle entreprend ensuite de consigner ce qu’elle a vu et entendu : les conversations de Joséphine, ses regrets, ses habitudes, l’atmosphère d’une cour qui conserve toutes les apparences de la grandeur — les dîners, les réceptions, les promenades — sans en posséder la substance politique, puisque l’impératrice, répudiée, n’est plus qu’une souveraine de façade, privée de tout pouvoir réel.

L’édition établie par Christophe Pincemaille, spécialiste de Malmaison, restitue le texte dans une version annotée qui permet de situer chaque épisode dans son contexte et de séparer les faits vérifiables des souvenirs embellis. Car Ducrest n’est pas une historienne : c’est une observatrice franche, parfois naïve, dont le récit a la valeur d’un témoignage pris sur le vif. On y perçoit à la fois le quotidien de Navarre et de Malmaison — les menus, les visiteurs, les toilettes — et les moments où affleurent l’amertume de la répudiation et la conscience d’un pouvoir perdu. Un document irremplaçable pour qui veut accéder à la Joséphine des dernières années, celle que les grandes biographies ne peuvent qu’entrevoir à travers les archives officielles.


8. Joséphine impératrice (Amaury Lefébure, 2014)

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Publié dans la collection Gallimard Découvertes / RMN-Grand Palais à l’occasion de l’exposition « Joséphine » au musée du Luxembourg (mars-juin 2014, bicentenaire de sa mort), cet ouvrage adopte une approche différente de toutes les biographies précédentes : il raconte Joséphine à travers les objets. Conservateur général du patrimoine et alors directeur du musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau, Amaury Lefébure, qui a assuré le commissariat général de l’exposition, en signe le texte. Tableaux, sculptures, robes, bijoux, mobilier, pièces de vaisselle : chaque objet présenté est un fragment de la vie de Joséphine et témoigne du style consulaire et impérial qu’elle a contribué à définir — ce mélange d’héritage antique, de luxe ostentatoire et de raffinement français qui caractérise l’époque napoléonienne.

Le livre accorde une place particulière au rôle de Joséphine comme commanditaire et collectionneuse : elle passe des commandes aux meilleurs artistes et artisans de son temps, se passionne pour la musique, fait de Malmaison un jardin botanique de premier plan où elle acclimate des espèces venues du monde entier, et y cultive ses célèbres roses — dont le peintre Pierre-Joseph Redouté a immortalisé les variétés. Abondamment illustré et accessible sans connaissances préalables, ce livre conviendra aux néophytes comme aux passionné·es d’art et d’histoire du Premier Empire. Il donne surtout envie d’aller voir : le château de Malmaison, aujourd’hui musée national, conserve l’essentiel de ce que Joséphine y a rassemblé.