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Que lire sur la catastrophe nucléaire de Fukushima ?

Que lire sur la catastrophe nucléaire de Fukushima ?

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Le 11 mars 2011, à 14 h 46, un séisme de magnitude 9 frappe la côte nord-est de l’île de Honshū, au Japon — l’un des tremblements de terre les plus puissants jamais enregistrés. Moins d’une heure plus tard, un tsunami dont les vagues atteignent par endroits quinze mètres de hauteur déferle sur le littoral de la région du Tōhoku, ravage des villes entières et fait plus de 18 000 morts et disparus.

Parmi les infrastructures touchées se trouve la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, exploitée par la compagnie TEPCO (Tokyo Electric Power Company). La digue de protection du site, conçue pour résister à des vagues de neuf mètres, est submergée. L’eau envahit les installations et détruit les générateurs de secours qui alimentent les pompes de refroidissement des réacteurs. Or, sans refroidissement continu, le combustible nucléaire monte en température jusqu’à fondre : c’est ce que l’on appelle la fusion du cœur. En quelques jours, trois des six réacteurs de la centrale subissent cette fusion. L’hydrogène produit par la surchauffe s’accumule dans les bâtiments et provoque des explosions qui éventrent les structures de confinement ; des rejets radioactifs massifs se répandent dans l’air, les sols et l’océan Pacifique. Plus de 160 000 personnes sont évacuées des zones environnantes. L’accident est classé au niveau 7 sur l’échelle internationale des événements nucléaires — le degré le plus élevé, partagé avec la seule catastrophe de Tchernobyl (1986).

Quinze ans après les faits, la décontamination des terres et le démantèlement de la centrale — un chantier prévu pour durer au moins trente à quarante ans — sont loin d’être achevés. La catastrophe de Fukushima n’appartient pas au passé ; ses conséquences — sur la santé des populations, sur l’environnement, sur l’économie et la politique du pays — se prolongent encore. Les huit ouvrages présentés ici, ordonnés du récit immédiat de l’accident vers ses ramifications les plus larges — géopolitiques, anthropologiques, scientifiques —, offrent autant d’angles de vue complémentaires.


1. Fukushima : récit d’un désastre (Michaël Ferrier, 2012)

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Professeur de littérature à l’université Chūō de Tokyo, Michaël Ferrier vit au Japon depuis 1994 et se trouve dans la capitale le jour du séisme. Son livre, construit en trois parties qui correspondent aux trois temps de la catastrophe — tremblement de terre, tsunami, accident nucléaire —, relate d’abord la sidération des premières heures dans son appartement tokyoïte, puis son périple vers le nord du pays, en camionnette, pour apporter vivres et médicaments aux réfugiés. Il recueille sur sa route les témoignages de survivants et s’approche de la zone interdite, où il décrit les paysages dévastés : villages rasés, littoral méconnaissable, débris à perte de vue.

La dernière partie du livre, intitulée « La demi-vie, mode d’emploi », joue sur le double sens du terme « demi-vie » : en physique nucléaire, il désigne le temps nécessaire pour qu’un élément radioactif perde la moitié de son activité ; chez Ferrier, il renvoie aussi à l’existence diminuée imposée aux populations des territoires contaminés, contraintes de vivre sous la menace invisible de la radioactivité tandis que les autorités minimisent les risques.

Pour contredire le discours officiel selon lequel le tsunami était imprévisible, Ferrier rappelle que le Japon dispose d’archives sismiques qui remontent à plus d’un millénaire. Il s’appuie sur des chroniques impériales médiévales (les Nihon sandai jitsuroku, qui recensent les tremblements de terre dès le IXᵉ siècle), sur le poète Bashō (XVIIᵉ siècle), ou encore sur le diplomate et écrivain Paul Claudel, lui-même témoin du grand séisme de Tokyo en 1923 — autant de traces qui attestent que l’archipel a toujours vécu sous la menace conjuguée des séismes et des tsunamis. Récompensé par le prix Édouard-Glissant, il est l’un des témoignages de première main les plus éclairants sur le désastre de Fukushima.


2. Fukushima, chronique d’un accident sans fin (Bertrand Galic et Roger Vidal, 2021)

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Cette bande dessinée publiée chez Glénat se concentre sur les cinq premiers jours de la catastrophe, vécus depuis l’intérieur de la centrale. Le scénariste Bertrand Galic s’est appuyé sur les auditions — rendues publiques en 2014 — de Masao Yoshida, le directeur de Fukushima Daiichi, devant la commission d’enquête gouvernementale. Le récit prend la forme d’un huis clos : Yoshida et ses équipes doivent improviser dans l’obscurité totale (la centrale n’a plus d’électricité), sans instruments de mesure fiables, face à des réacteurs dont la température monte inexorablement. Le directeur prend des décisions contraires aux directives de sa hiérarchie — notamment celle d’injecter de l’eau de mer dans les réacteurs pour tenter de les refroidir, une opération que le siège de TEPCO à Tokyo refuse d’autoriser car elle rendrait les réacteurs définitivement inutilisables.

Un dossier documentaire en fin d’album prolonge le récit par des données factuelles sur l’enchaînement des défaillances techniques et les responsabilités humaines. La commission d’enquête indépendante de la Diète (le Parlement japonais) a d’ailleurs conclu en 2012 que l’accident était d’origine humaine : les risques sismiques et de tsunami avaient été sous-évalués par TEPCO et par les autorités de régulation, et les dispositifs de sécurité, insuffisamment dimensionnés. Souvent comparé dans son approche à la série télévisée Chernobyl (HBO, 2019), cet album rend accessible à un large public la mécanique d’un accident nucléaire majeur — et ce que signifie tenter de reprendre le contrôle d’une installation en perdition.


3. L’accident de Fukushima : le Premier ministre du Japon face à la crise nucléaire (Aurélien Portelli et Franck Guarnieri, 2022)

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Chercheurs au Centre de recherche sur les Risques et les Crises de Mines Paris – PSL, Aurélien Portelli et Franck Guarnieri abordent la catastrophe depuis le sommet de l’État japonais. Leur livre repose sur trois entretiens exclusifs avec Naoto Kan, Premier ministre du Japon au moment de l’accident. Kan y raconte l’isolement dans lequel il s’est trouvé : TEPCO ne lui transmet pas les données sur l’état réel des réacteurs — températures, niveaux de pression, débits d’injection d’eau —, de sorte que le chef du gouvernement prend des décisions vitales sans connaître la situation sur le terrain. Au plus fort de la crise, il envisage le pire scénario : si les dix réacteurs répartis entre Fukushima Daiichi et la centrale voisine de Fukushima Daini venaient à échapper à tout contrôle, les retombées radioactives rendraient inhabitable une zone qui inclurait Tokyo et ses 35 millions d’habitants.

Kan fait alors ce qu’aucun chef de gouvernement n’a fait avant lui : se rendre en personne sur le site d’une centrale en situation d’urgence nucléaire, pour obtenir directement les informations que l’exploitant lui refuse. Le livre analyse cette décision inédite à la lumière du parcours politique de Kan et de ses rapports conflictuels avec Masao Yoshida, le directeur de la centrale, qui voit dans cette visite une intrusion nuisible à la gestion de crise. Il revient aussi sur les conséquences politiques de l’accident : le Japon arrête l’ensemble de ses réacteurs nucléaires après Fukushima (le dernier s’éteint en mai 2012), avant d’en relancer progressivement certains à partir de 2015, non sans de vifs débats publics. Un éclairage rare sur la prise de décision politique en temps de crise nucléaire, là où les protocoles prévus sur le papier se révèlent inopérants face à la réalité du désastre.


4. Au cœur de Fukushima (Kazuto Tatsuta, 2014–2016)

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Kazuto Tatsuta — un pseudonyme emprunté au nom d’une gare de la région, car l’auteur souhaite pouvoir retourner travailler sur le site sans être identifié — est un dessinateur de manga dont les publications ne lui permettent pas de vivre. Après la catastrophe, il se fait embaucher en 2012 comme ouvrier dans la centrale accidentée. Il y travaille six mois, jusqu’à atteindre la dose annuelle limite de radiations autorisée pour un travailleur du nucléaire, puis rentre à Tokyo et met en dessins ce qu’il a vécu. Sa trilogie, prépubliée dans le magazine Morning après avoir remporté un concours, constitue un journal de bord factuel du quotidien des travailleurs de Fukushima Daiichi.

Le parti pris de Tatsuta est radical : aucun jugement, aucune dénonciation, aucune dramatisation. Il décrit les séances interminables d’habillage et de déshabillage en combinaison de protection, les contrôles de contamination à chaque entrée et sortie de zone, les repas frugaux — nouilles instantanées, sandwichs — pris dans des salles recouvertes de bâches en plastique, le système opaque de sous-traitance en cascade (jusqu’à cinq ou six niveaux d’intermédiaires entre TEPCO et l’ouvrier sur le terrain, et chacun prélève sa commission sur le salaire). Son dessin, purement informatif et dépourvu d’effets de style, sert cette approche documentaire.

Certaines critiques lui ont reproché une forme de complaisance envers TEPCO : l’auteur ne formule jamais la moindre critique envers l’exploitant. Mais c’est précisément cette neutralité qui confère à ces trois tomes leur valeur : ils donnent à voir, de l’intérieur, la réalité brute d’un chantier où TEPCO contrôle étroitement l’accès et où les visites de presse restent strictement encadrées.


5. Fukushima, le poison coule toujours (François-Xavier Ménage, 2016)

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Grand reporter pour BFMTV, François-Xavier Ménage est envoyé au Japon dès le 11 mars 2011, au plus près de la catastrophe. Il y retourne une dizaine de fois au cours des cinq années suivantes. Son livre est le fruit de cette couverture au long cours, construite autour de portraits croisés : « décontaminateurs » qui risquent leur santé pour gratter, laver et ensacher des tonnes de terre irradiée, souvent sans résultats durables ; habitants qui ont choisi de rester dans le périmètre contaminé contre les recommandations officielles — à l’image de ces éleveurs qui refusent d’abandonner leur bétail ; mères de famille qui, par défiance envers les autorités, achètent des compteurs Geiger et mesurent elles-mêmes la radioactivité des aliments destinés à leurs enfants.

L’enquête donne aussi la parole à des décideurs rongés par les regrets, qui évoquent mensonges et omissions au sommet de l’État. Ménage documente la censure exercée sur certains travaux scientifiques — comme ceux du chercheur en océanographie Michio Aoyama, dont les mesures de contamination du Pacifique par le césium 137 (un élément radioactif dont la demi-vie est d’environ trente ans) ont été bloquées par sa hiérarchie avant leur publication dans la revue Nature. Le livre élargit enfin la perspective hors du Japon : pourquoi la France, pays qui tire environ 70 % de son électricité du nucléaire, est-elle régulièrement pointée du doigt en matière de sûreté ? Comment l’Autorité de sûreté nucléaire française (ASN) envisage-t-elle l’hypothèse d’un accident comparable ? Par ce va-et-vient entre le terrain japonais et les enjeux français, l’ouvrage rappelle que les questions soulevées par Fukushima concernent tout pays doté d’un parc nucléaire.


6. Fukushima, dix ans après : sociologie d’un désastre (Cécile Asanuma-Brice, 2021)

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Sociologue et chercheuse au CNRS, codirectrice d’un programme international de recherche sur les post-Fukushima studies, Cécile Asanuma-Brice réside au Japon depuis 2001 et se trouvait sur place au moment de l’accident. Publié aux Éditions de la Maison des sciences de l’homme, son ouvrage propose une analyse des politiques mises en place après la catastrophe : gestion des refuges et des relogements, incitations au retour dans les zones décontaminées (parfois avant que les niveaux de radioactivité ne soient redescendus à des seuils véritablement sûrs), répercussions sanitaires à long terme et communication officielle sur le risque.

L’autrice s’appuie sur des témoignages recueillis en japonais auprès de résidents, d’associations, d’élus locaux, du Premier ministre Naoto Kan, ainsi que sur les auditions du directeur Masao Yoshida. Sa lecture des faits ne laisse guère de place au doute : les autorités ont géré la crise en fonction d’un calcul coûts-bénéfices qui a systématiquement sacrifié l’intérêt des victimes. Plutôt que de maintenir les aides au relogement, le gouvernement a incité les populations à revenir dans des zones où la contamination résiduelle restait significative — et a présenté ce retour comme un acte de courage et d’autonomie. C’est ce qu’Asanuma-Brice appelle l’instrumentalisation de la notion de « résilience » : un discours qui, sous couvert de valoriser la capacité des individus à « rebondir », reporte sur les victimes la responsabilité de leur propre protection et dédouane l’État de ses obligations.

Nourri de dix ans d’enquête sur le terrain, ce livre montre comment, derrière les discours rassurants sur la reconstruction, la gestion d’une catastrophe nucléaire peut elle-même devenir une forme de violence institutionnelle.


7. Ce territoire qui, comme une pulsation… (Sophie Houdart, 2026)

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Anthropologue et directrice de recherche au CNRS, Sophie Houdart a consacré plus de dix ans à une question : que signifie, au quotidien, vivre dans un environnement contaminé par de faibles doses de radioactivité ? Pour y répondre, elle a mené une enquête ethnographique à Tōwa, petite ville située à une cinquantaine de kilomètres de la centrale. Tōwa se trouve dans une situation paradoxale : trop éloignée du site pour être classée en zone d’évacuation et recevoir des aides, mais suffisamment proche pour que ses sols, ses cours d’eau et ses cultures soient contaminés. L’autrice a suivi une famille d’agriculteurs, les Ōno, pionniers de l’agriculture biologique dans la région, qui ont fait le choix de rester et d’apprendre à composer avec la radioactivité plutôt que d’abandonner leur terre.

Le livre restitue, année après année, la transformation des gestes les plus ordinaires : faut-il continuer à cultiver tel légume ? À quelle profondeur retourner la terre pour atteindre une couche vierge de césium ? Peut-on encore cueillir des champignons en forêt, où les radioéléments se concentrent dans les sols riches en matière organique ? On y voit les Ōno collaborer avec des agronomes et des physiciens pour mesurer, saison après saison, la migration du césium dans les sols et les végétaux. L’autrice ne se place jamais en surplomb : elle se montre elle-même désorientée et restitue la perplexité d’un monde où les repères sensoriels ne valent plus rien — la radioactivité est inodore, invisible, insipide, et seuls les instruments de mesure permettent de la détecter.

Publié aux Éditions des mondes à faire, l’une des enquêtes de terrain les plus longues jamais consacrées à ce que la catastrophe de Fukushima a fait — et continue de faire — à la vie ordinaire.


8. De Hiroshima à Fukushima : guerre, nucléaire et politique au Japon (Philippe Pelletier, 2025)

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Géographe, professeur émérite à l’université Lumière Lyon 2 et spécialiste du Japon, Philippe Pelletier relie dans une même analyse deux événements généralement traités séparément : les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki en 1945, et l’accident nucléaire de 2011. Si ces catastrophes sont de nature différente — acte de guerre d’un côté, défaillance industrielle de l’autre —, elles partagent selon lui des racines communes. Pelletier met en lumière l’existence de ce que les Japonais appellent le genshiryoku mura (原子力村), littéralement le « village nucléaire » : une alliance informelle mais durable entre hauts fonctionnaires, industriels, universitaires et militaires qui, depuis les années 1930, oriente les choix énergétiques et stratégiques du pays en lien étroit avec les États-Unis. C’est ce réseau d’intérêts qui a facilité l’adoption du programme nucléaire civil japonais dès 1955 — soit dix ans seulement après Hiroshima et Nagasaki — et qui a contribué à sous-estimer les risques sismiques et de tsunami auxquels les centrales étaient exposées.

L’essai s’appuie sur de nombreuses sources japonaises peu traduites et peu connues en France pour retracer cette continuité historique. Pelletier analyse les collusions entre pouvoir politique et industrie, les liens entre nucléaire civil et nucléaire militaire — le Japon, bien que signataire du Traité de non-prolifération des armes nucléaires, ne l’a ratifié qu’en 1976 et a longtemps entretenu une ambiguïté stratégique sur la question de l’arme atomique. L’auteur forge par ailleurs le concept de « guerre de Fukushima » pour désigner la propagande, le déni institutionnel et les dégâts durables infligés à une population et à un territoire au nom d’intérêts économiques : une guerre sans combats, mais avec ses victimes, ses mensonges d’État et ses territoires sacrifiés.