Trouvez facilement votre prochaine lecture
Que lire sur l'histoire des Berbères ?

Que lire sur l’histoire des Berbères ?

Cette page contient des liens affiliés vers Amazon et la Fnac. Si vous achetez un livre en passant par l’un de ces liens, nous touchons une petite commission — sans aucun surcoût pour vous. Une façon simple de nous soutenir. En tant que Partenaire Amazon, nous réalisons un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

Les Berbères — ou Imazighen, « hommes libres » dans leur propre langue — comptent parmi les plus anciennes populations du bassin méditerranéen. Leur présence en Afrique du Nord est attestée depuis la préhistoire, bien avant que les Phéniciens ne fondent Carthage et que les légions de Rome ne s’emparent du littoral. De la Méditerranée au Sahel, de l’Atlantique aux confins du Nil, ils occupent un espace immense : sédentaires dans les montagnes de l’Atlas et du Djurdjura, nomades dans les étendues sahariennes, répartis en une multitude de groupes aux dialectes apparentés mais distincts. Leur histoire est, pour l’essentiel, celle de l’Afrique du Nord — et pourtant elle reste longtemps reléguée à la marge des grands récits nationaux.

Phéniciens, Romains, Vandales, Arabes, Ottomans, puissances coloniales européennes : les Berbères subissent une longue succession de dominations. Tantôt ils adoptent la langue et la religion des conquérants — le latin puis l’arabe, le christianisme puis l’islam —, tantôt ils préservent leurs structures tribales, leur langue et leurs coutumes dans les zones de montagne et de désert que le pouvoir central ne contrôle qu’imparfaitement. L’islamisation et l’arabisation du Maghreb, entre le VIIe et le XVe siècle, transforment en profondeur les sociétés locales, mais les grandes dynasties de cette période — Almoravides, Almohades, Mérinides, Hafsides — sont elles-mêmes berbères, et c’est sous leur autorité que le Maghreb connaît, pour la première fois, une unification politique à grande échelle. Après les indépendances des années 1950-1960, les États du Maghreb font du nationalisme arabe leur doctrine officielle et relèguent la composante amazighe au rang de particularisme régional, voire de résidu colonial. Le printemps kabyle de 1980 en Algérie, la reconnaissance progressive du tamazight au Maroc, puis les soulèvements de 2011 en Tunisie et en Libye font resurgir la question berbère.

Les sept ouvrages présentés ici couvrent cette longue histoire — de l’Antiquité romaine aux débats identitaires les plus récents. Ils sont classés dans un ordre qui suit la chronologie des périodes traitées.


1. Les Berbères. Mémoire et identité (Gabriel Camps, 1980)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Paru en 1980 et réédité en 2007 chez Actes Sud avec une préface du linguiste Salem Chaker, ce livre est le premier à embrasser l’ensemble de l’histoire et de l’identité berbères dans un même ouvrage. Préhistorien né en Oranie et professeur à l’université d’Aix-en-Provence, Gabriel Camps (1927-2002) a consacré l’intégralité de sa carrière aux populations nord-africaines — il est aussi le fondateur de l’Encyclopédie berbère, dont la publication se poursuit après sa mort. Il mobilise ici toutes les disciplines — archéologie, géographie, ethnologie, linguistique, histoire de l’art — et couvre une période qui va des premiers peuplements préhistoriques du Sahara aux communautés berbérophones contemporaines.

Le livre montre ce qui persiste chez les Berbères à travers les millénaires : une famille de langues (le tamazight et ses variantes), une écriture propre (le tifinagh, l’un des plus anciens alphabets d’Afrique), des motifs géométriques que l’on retrouve dans les poteries, les tapis et les tatouages, des structures sociales fondées sur l’assemblée villageoise et la confédération tribale. Camps ne cède pas à l’idéalisation : il relève que les Berbères n’ont jamais constitué d’État unifié et durable avant l’islam, et il s’interroge sur les raisons de cette fragilité institutionnelle — absence d’une tradition monarchique centralisée, fragmentation géographique, rivalités entre confédérations.

Certaines de ses thèses, notamment celle d’une origine orientale des Berbères (qui seraient venus du Proche-Orient au néolithique), sont aujourd’hui contestées par la recherche, comme le signale Salem Chaker en préface. Cela n’invalide pas l’ouvrage, qui reste la référence fondatrice sur l’identité berbère.


2. Histoire de l’Afrique romaine. 146 avant J.-C. – 439 après J.-C. (Yann Le Bohec, 2005)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Professeur émérite de l’université Paris-Sorbonne, spécialiste de l’armée romaine, Yann Le Bohec consacre ce livre aux six siècles de domination romaine en Afrique du Nord — de la destruction de Carthage en 146 avant J.-C. jusqu’à la prise de la province par les Vandales en 439 après J.-C. L’ouvrage est organisé en deux grandes parties — Haut-Empire (jusqu’en 284) et Bas-Empire (284-439) —, chacune traitée selon un plan thématique : organisation politique et militaire, vie économique et urbaine, religions et culture.

L’intérêt du livre, pour qui s’intéresse aux Berbères, est double. D’une part, Le Bohec montre que l’Afrique romaine est loin d’être un territoire passif, simple grenier à blé de l’Empire. C’est une région qui produit des figures intellectuelles de premier plan — le romancier Apulée, le théologien Tertullien, saint Augustin —, qui voit naître la dynastie impériale des Sévères et qui connaît une urbanisation intense, de Carthage à Timgad. D’autre part, l’ouvrage pose une question qui reste vive chez les historiens : pourquoi l’Afrique chrétienne et latinisée a-t-elle disparu presque sans traces après l’arrivée de l’islam, alors que d’autres communautés chrétiennes d’Orient — Coptes en Égypte, Maronites au Liban — ont survécu ?

Le Bohec avance que l’Afrique romaine était plus fragile qu’il n’y paraît : la romanisation, réelle dans les villes du littoral, n’a jamais pénétré en profondeur les campagnes ni les populations tribales de l’intérieur, qui ont conservé leurs langues et leurs structures sociales berbères. Le passage des Vandales (Ve siècle), puis la reconquête partielle par les Byzantins (VIe siècle), ont successivement affaibli l’armature administrative et ecclésiastique héritée de Rome. Quand les armées arabes arrivent au VIIe siècle, il ne reste pas de base sociale assez solide pour maintenir le christianisme latin.


3. Histoire du Maghreb médiéval. VIIe-XIe siècle (Philippe Sénac et Patrice Cressier, 2012)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Ce manuel, publié chez Armand Colin dans la collection « Cursus », couvre l’une des périodes les moins connues de l’histoire nord-africaine : les quatre siècles qui vont de la conquête arabe (à partir des années 640) à l’arrivée des tribus arabes hilâliennes au XIe siècle — ces nomades venus de Haute-Égypte dont l’installation au Maghreb a accéléré l’arabisation linguistique de la région. Philippe Sénac, professeur d’histoire médiévale à la Sorbonne, et Patrice Cressier, archéologue au CNRS, organisent le livre en trois volets : un récit événementiel, des dossiers thématiques et une sélection de documents iconographiques (photographies de monuments, plans, reproductions de monnaies).

Le récit événementiel suit la conquête arabe, les révoltes berbères du VIIIe siècle — à une époque où nombre de tribus, converties à l’islam, refusent la domination politique et fiscale des gouverneurs arabes —, puis la formation d’entités politiques autonomes : les principautés kharidjites (du nom d’un courant dissident de l’islam, hostile au pouvoir califal), l’émirat idrisside au Maroc, l’émirat aghlabide en Ifrîqiya (l’actuelle Tunisie et l’est de l’Algérie) et le califat fatimide.

Les dossiers thématiques abordent des sujets que les ouvrages généralistes laissent souvent de côté : le fonctionnement du système tribal (comment les confédérations se forment, se défont et négocient avec le pouvoir central), la figure de la Kâhina — cette cheffe de guerre berbère qui a résisté à la conquête arabe à la fin du VIIe siècle —, la persistance de communautés chrétiennes au Maghreb plusieurs siècles après l’islamisation, ou encore les routes commerciales qui relient l’Afrique du Nord au monde subsaharien (le Bilâd al-Sûdân, littéralement le « pays des Noirs »). L’attention portée aux vestiges archéologiques — ribâts (forteresses-monastères côtières), mosquées, sites fortifiés — révèle ce que les sources textuelles arabes, souvent rédigées loin des lieux qu’elles décrivent, ne suffisent pas à restituer.


4. Histoire du Maghreb médiéval. XIe-XVe siècle (Pascal Buresi et Mehdi Ghouirgate, 2013)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Prolongement chronologique du livre précédent, ce manuel couvre la période où le Maghreb connaît une unification politique sans précédent, conduite par des dynasties berbères. Pascal Buresi, directeur de recherche au CNRS et directeur de l’Institut d’études de l’Islam et des sociétés du monde musulman, et Mehdi Ghouirgate, spécialiste des Berbères au Moyen Âge, suivent la montée en puissance des Almoravides (des moines-guerriers issus des tribus Sanhâja du Sahara), puis l’unification almohade — un empire qui, au XIIe siècle, s’étend de l’Atlantique à la Tripolitaine et du Sahara jusqu’au centre de la péninsule Ibérique. Vient ensuite la fragmentation de cet empire en trois royaumes rivaux : les Hafsides en Tunisie, les Abdelwadides en Algérie centrale et les Mérinides au Maroc.

Dix « points d’histoire » complètent le récit politique par des chapitres thématiques. On y trouve des développements sur les trois grandes confédérations tribales berbères (Sanhâja, Masmûda, Zénètes), sur les migrations hilâliennes et leurs conséquences (déjà abordées dans le bouquin de Sénac et Cressier, mais ici examinées sur la longue durée : comment l’afflux de tribus arabes nomades a reconfiguré l’équilibre démographique et linguistique du Maghreb entre le XIe et le XVe siècle), sur le statut des dhimmîs (les non-musulmans, juifs et chrétiens, soumis à un régime de protection discriminatoire), sur l’alimentation aux époques almoravide et almohade, sur l’essor du soufisme (la mystique musulmane, qui a pris au Maghreb la forme de confréries locales très influentes) ou sur la figure d’Ibn Khaldûn, l’historien tunisien du XIVe siècle dont la Muqaddima reste l’une des premières tentatives d’écrire une théorie générale de la civilisation.

Une série de documents — monnaies, mosquée de Tinmâl, Tour Hassan de Rabat, madrasas mérinides de Fès — fait voir le patrimoine matériel de cette période, souvent réduite dans les manuels généralistes à quelques lignes entre la chute de Cordoue (1236) et l’expansion ottomane.


5. Les Berbères entre Maghreb et Mashreq (VIIe-XVe siècle) (Dominique Valérian, dir., 2021)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Professeur à l’université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne et spécialiste de l’histoire des pays d’Islam et de la Méditerranée, Dominique Valérian dirige cet ouvrage collectif issu d’une journée d’études organisée à la Casa de Velázquez (Madrid) en 2013. Au centre du propos, une question rarement traitée de front : comment le mot même de « Berbère » est devenu une catégorie du monde arabo-musulman médiéval — et comment cette catégorie a été contestée par les Berbères eux-mêmes. Le titre résume le propos : « Maghreb » désigne l’Occident musulman (l’Afrique du Nord), « Mashreq » l’Orient (le monde arabe du Moyen-Orient). Avant la conquête arabe, le terme « Berbère » n’est pas utilisé dans ce sens. Ce sont les auteurs arabes qui, à partir du VIIe siècle, regroupent sous ce nom les populations autochtones du Maghreb — un geste de classification qui n’est pas neutre, puisqu’il situe ces populations dans une hiérarchie des peuples de l’islam, généralement en position subalterne par rapport aux Arabes. Les huit contributions s’organisent en trois parties : les origines des Berbères, les résistances et contre-discours, les langues et les généalogies.

Deux récits concurrents sur l’identité berbère traversent les sources médiévales. Le premier, prépondérant dans la littérature arabe sunnite, rattache les Berbères à l’Orient par des généalogies fictives qui en font des descendants de grandes figures bibliques ou coraniques — une manière de les intégrer à l’histoire sacrée de l’islam, mais en position de cadets. Le second, porté par des auteurs maghrébins — notamment ibadites (l’ibadisme est un courant de l’islam, distinct du sunnisme et du chiisme, très implanté chez les Berbères du Maghreb au Moyen Âge) —, renverse cette hiérarchie. Cyrille Aillet montre comment l’historien ibadite Ibn Sallâm, au IXe siècle, retourne les critiques de la littérature arabe sunnite pour faire des Berbères le nouveau peuple élu, les véritables dépositaires de l’islam. Allaoua Amara suit l’évolution de ces représentations dans les textes du IXe au XIXe siècle.

Ce bouquin s’adresse à un lectorat qui possède déjà des repères sur le Maghreb médiéval, mais il montre que la « question berbère » n’est pas une invention moderne : elle se pose, sous d’autres formes, dès les premiers siècles de l’islam.


6. Histoire du Maghreb de la fin du XVIIIe siècle aux Printemps arabes (Majid Embarech, 2025)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Maître de conférences en histoire du Maghreb contemporain à l’université Côte d’Azur, Majid Embarech propose une synthèse qui couvre plus de deux siècles d’histoire nord-africaine : depuis les régences ottomanes d’Alger et de Tunis et le royaume chérifien du Maroc à la fin du XVIIIe siècle, jusqu’aux soulèvements de 2011 et à leurs suites. Embarech entend écrire une « autre » histoire du Maghreb, qui ne se réduise pas à la guerre d’Algérie, aux affrontements armés ou à la radicalité religieuse, et restituer les sociétés algérienne, marocaine et tunisienne dans leur pluralité : structures rurales et urbaines, minorités religieuses et ethniques, échanges commerciaux et culturels avec l’Europe, l’Afrique subsaharienne et le monde arabe.

Le récit suit un fil chronologique — Maghreb précolonial, conquête coloniale française, entre-deux-guerres, marche vers les indépendances, construction des États nationaux — et accorde une place significative aux thèmes longtemps négligés par l’historiographie : l’histoire des femmes au Maghreb, celle des communautés juives et chrétiennes, celle des populations noires, les rapports entre villes et campagnes. Cette approche tranche avec les récits trop centrés sur le face-à-face entre colonisateurs et colonisés. Elle permet aussi de comprendre pourquoi la question berbère traverse l’ensemble de l’histoire contemporaine du Maghreb : parce qu’elle touche aux fondements mêmes de ce que ces États ont voulu être — arabes et musulmans — et de ce qu’ils ont choisi d’oublier.


7. Comment peut-on être berbère ? Amnésie, renaissance, soulèvements (Pierre Vermeren, dir., 2022)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Le titre fait écho aux Lettres persanes de Montesquieu, dans lesquelles un personnage demande avec stupéfaction : « Comment peut-on être persan ? » La question, appliquée aux Berbères, prend un sens politique : comment se fait-il qu’un peuple attesté en Afrique du Nord depuis l’Antiquité voie encore aujourd’hui son existence contestée ou minorée ? Professeur d’histoire des sociétés arabes et berbères à l’université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne, Pierre Vermeren dirige cet ouvrage collectif qui rassemble vingt-deux contributions de chercheur·ses européen·nes et maghrébin·es, issues d’un colloque tenu à la Sorbonne en mai 2015 et co-organisé avec l’anthropologue Tassadit Yacine.

Trois axes structurent le propos. Le premier analyse les raisons de l’effacement de la question berbère après les indépendances. Trois forces ont convergé dans ce sens : le nationalisme arabe, qui a fait de la langue arabe et de l’identité arabo-musulmane le ciment exclusif des nouveaux États ; l’islamisme, financé en partie par les pays du Golfe à partir des années 1970, qui rejette toute identité antérieure à l’islam ; et, dans le champ universitaire, certaines lectures postcoloniales qui ont vu dans la « berbérité » une construction du colonialisme français destinée à diviser les sociétés maghrébines — une suspicion nourrie par le souvenir de la « politique berbère » menée par l’administration coloniale, qui avait effectivement instrumentalisé les différences entre Arabes et Berbères pour affaiblir les mouvements nationalistes.

Le deuxième axe documente la renaissance culturelle berbère : le printemps kabyle de 1980 en Algérie (premier mouvement de masse pour la reconnaissance du tamazight), les Arrouch (assemblées citoyennes kabyles) de 2001, la constitutionnalisation du tamazight au Maroc en 2011 puis en Algérie en 2016, les revendications touarègues dans l’Azawad malien. Le troisième axe examine les réponses des États, qui oscillent entre répression, récupération symbolique et reconnaissance partielle. De l’Algérie au nord du Mali, du Maroc à la Libye, les contributions montrent que la question berbère ne se réduit pas à la Kabylie algérienne, mais concerne l’ensemble de l’Afrique du Nord.