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Que lire sur Margaret Thatcher et le thatchérisme ?

Que lire sur Margaret Thatcher et le thatchérisme ?

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À la fin des années 1970, le Royaume-Uni accumule les mauvaises nouvelles. L’inflation atteint les deux chiffres, le chômage progresse, la livre décroche. Les syndicats, qui rassemblent encore plus de douze millions d’adhérents, arrachent par la grève des hausses salariales que l’économie ne produit plus. À l’hiver 1978-1979, une tentative du gouvernement travailliste de James Callaghan pour plafonner ces hausses déclenche une vague de débrayages qui paralyse le pays pendant trois mois — on parle depuis de l’« Hiver du mécontentement ». Les poubelles s’empilent à Leicester Square, les hôpitaux trient les patients, les fossoyeurs cessent le travail à Liverpool. Aux élections législatives du 3 mai 1979, Margaret Thatcher, dirigeante du Parti conservateur depuis 1975, remporte une large majorité à la Chambre des communes et s’installe au 10 Downing Street. Fille d’un épicier méthodiste de Grantham, chimiste de formation puis avocate fiscaliste, elle devient la première femme à diriger un grand parti de gouvernement en Occident.

Elle reste au pouvoir onze ans et demi — le plus long mandat d’un Premier ministre britannique au XXᵉ siècle. Son programme rompt avec le « consensus d’après-guerre », cet accord tacite entre conservateurs et travaillistes sur un État-providence généreux, une économie pour moitié nationalisée et une négociation permanente avec les syndicats. Thatcher privatise British Telecom, British Gas, British Airways et l’essentiel des entreprises publiques ; elle fait voter des lois qui encadrent étroitement l’action syndicale (vote à bulletin secret obligatoire avant toute grève, interdiction des grèves de solidarité) ; elle supprime dès 1979 le contrôle des changes, puis libère les marchés financiers de la City en octobre 1986 (le « Big Bang ») ; elle abaisse les taux supérieurs de l’impôt sur le revenu de 83 % à 40 %. En avril 1982, elle envoie une flotte à 13 000 kilomètres de Londres pour reprendre les Malouines — archipel britannique de l’Atlantique sud envahi par la junte militaire au pouvoir à Buenos Aires. En 1984-1985, elle brise une grève d’un an des mineurs de charbon, lancée contre un plan de fermeture massive des puits déficitaires. Le 12 octobre 1984, elle échappe à une bombe de l’IRA qui vise à Brighton le congrès du Parti conservateur. En septembre 1988, au Collège de Bruges, elle prononce un discours qui défend une Europe des nations souveraines contre toute tentation fédérale — texte qui deviendra la référence des eurosceptiques britanniques pour les quatre décennies suivantes.

Admirée par les uns, honnie par les autres, la « Dame de fer » — surnom qu’elle doit à la presse militaire soviétique de 1976 — meurt en 2013 sans cesser de diviser le Royaume-Uni. En 2022, la statue érigée à Grantham, sa ville natale, reçoit des œufs dans les premières heures de son inauguration. Son nom a donné naissance à une doctrine, le thatchérisme — mélange de libéralisme économique, de conservatisme moral et de patriotisme —, dont Ronald Reagan aux États-Unis aura été l’équivalent contemporain et qui continue d’alimenter les débats français sur la réforme de l’État.

Voici les principaux livres disponibles en français pour comprendre qui était cette femme et ce qu’elle a laissé à son pays.


1. Thatcher, la Dame de fer (Jacques Leruez, 2012)

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Directeur de recherche émérite au CNRS, longtemps rattaché au Centre d’études et de recherches internationales de Sciences Po, Jacques Leruez a consacré plusieurs décennies à l’étude de la vie politique britannique. Paru chez André Versaille éditeur, ce livre de 242 pages reprend et met à jour Le Phénomène Thatcher, publié chez Complexe en 1991, un an après le départ de l’intéressée du pouvoir. Il reste l’une des meilleures introductions en français pour qui veut saisir rapidement la politique thatchérienne sans se plonger dans un pavé.

Le plan est en trois temps. La première partie suit l’ascension politique de Thatcher, depuis son entrée au Parlement en 1959 jusqu’à son arrivée à Downing Street vingt ans plus tard, et la replace dans le contexte des deux décennies précédentes — celles où le Parti conservateur, sous Harold Macmillan puis Edward Heath, continuait d’accepter les grandes lignes du consensus d’après-guerre. La deuxième dresse le bilan intérieur des trois mandats : côté réussites, une inflation jugulée, un retour de la croissance à partir de 1983, une City devenue la première place financière européenne ; côté coûts, un chômage qui double en trois ans pour dépasser les trois millions, une désindustrialisation brutale du nord du pays et des inégalités sociales profondément creusées. La troisième traite la politique étrangère, avec un accent particulier sur l’Europe, où Thatcher oscille en permanence entre acceptation pragmatique (elle signe en 1986 l’Acte unique qui achève le marché intérieur européen) et refus farouche de tout transfert supplémentaire de souveraineté.

Leruez adopte le ton de l’universitaire mesuré : ni hagiographie ni procès à charge, mais portrait contrasté qui pèse réussites et dégâts. Idéal pour une première approche, le livre permet de sortir avec une vision claire de la chronologie, des idées et des bilans, sans pour autant devenir un spécialiste patenté des subtilités du Parti conservateur.


2. Margaret Thatcher : de l’épicerie à la Chambre des lords, bréviaire d’une réforme (Jean-Louis Thiériot, 2007)

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Historien, avocat et homme politique français, Jean-Louis Thiériot publie en 2007 aux éditions de Fallois (puis en poche chez Tempus/Perrin en 2011) la première biographie complète en français depuis celle de Catherine Cullen en 1991. Son constat d’entrée est simple : la France parle beaucoup de Thatcher mais la connaît mal. Selon les camps, elle y apparaît comme la mégère ultralibérale qui aurait saigné les services publics, ou comme la sauveuse providentielle qui aurait « redressé » son pays — deux caricatures qui ne survivent pas à un examen sérieux des faits.

Le livre suit la trajectoire complète, de l’enfance au-dessus de l’épicerie paternelle jusqu’à l’entrée à la Chambre des lords en 1992. Thiériot prend le temps de retracer les grandes étapes — les études de chimie à Oxford, le barreau où elle se spécialise en droit fiscal, l’élection à Finchley en 1959, le ministère de l’Éducation sous Edward Heath entre 1970 et 1974, la prise du Parti conservateur en 1975 à la faveur d’une crise interne, enfin les onze années passées à Downing Street. Son apport principal tient dans la mise en relation permanente entre la personne, la politique et le contexte : vous comprenez pourquoi telle réforme intervient à tel moment, avec quelles contraintes parlementaires et budgétaires, et contre quelles oppositions.

Thiériot ne cache pas sa sympathie pour son sujet, sans pour autant en faire une sainte laïque du libéralisme. Vous en ressortez avec un portrait nuancé et pédagogique qui resitue le thatchérisme dans la longue histoire britannique — notamment dans la filiation des conservateurs « populaires » comme Benjamin Disraeli — plutôt que dans une grille de lecture strictement française.


3. La Grande-Bretagne de Margaret Thatcher, 1979-1990 (Jean-Claude Sergeant, 1994)

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Paru aux Presses universitaires de France en 1994, ce livre signé Jean-Claude Sergeant (1943-2014), alors professeur de civilisation britannique à la Sorbonne Nouvelle-Paris 3, relève de la synthèse universitaire classique. Ce n’est pas une biographie mais une étude politique concentrée sur les onze années passées par la Dame de fer à la tête du gouvernement. Court, dense, il est signé par l’un des meilleurs britannistes français de sa génération.

Sergeant passe au crible les grands chantiers des trois gouvernements Thatcher. Côté économie, il retrace la politique monétariste des débuts — une politique qui consiste à freiner brutalement la création de monnaie pour briser l’inflation, au prix d’une récession sévère en 1980-1981 —, puis la vague de privatisations, la dérégulation de la City (le Big Bang du 27 octobre 1986, qui supprime les commissions fixes et ouvre le marché londonien aux banques étrangères, ce qui en fera la première place financière européenne), enfin la réforme fiscale de 1989-1990 : la community charge, rebaptisée poll tax par ses adversaires, un impôt local à taux uniforme par adulte, indépendant du revenu, aussitôt perçu comme profondément régressif — il provoque des émeutes à Trafalgar Square en mars 1990 et précipite la chute de Thatcher quelques mois plus tard. Côté social, il revient sur la défaite des syndicats après la grève des mineurs, puis sur la suppression en 1986 du Greater London Council et des six comtés métropolitains, collectivités locales travaillistes qui finançaient, par un impôt foncier élevé, des politiques sociales étendues que Downing Street jugeait dispendieuses. Côté politique étrangère, il traite la guerre des Malouines, l’alliance anglo-américaine sous Reagan et les affrontements européens.

L’approche est factuelle, chiffrée, soucieuse de resituer chaque décision dans son contexte parlementaire. Le livre reste une référence en milieu universitaire et figure dans la plupart des bibliographies francophones consacrées à la Grande-Bretagne contemporaine. Plus austère que les biographies, il convient aux lecteur·ices déjà un peu familier·ères du sujet qui cherchent une analyse rigoureuse plutôt qu’un récit de vie.


4. Les chemins du pouvoir : Mémoires, tome 2 (Margaret Thatcher, 1995)

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Petite bizarrerie éditoriale à signaler d’emblée : ce « tome 2 » raconte en fait ce qui précède le « tome 1 ». Thatcher a d’abord publié en 1993 ses souvenirs de Downing Street, puis est revenue deux ans plus tard sur tout ce qui avait conduit à son élection de 1979. Traduit la même année chez Albin Michel, le présent volume couvre donc sa vie de l’enfance à Grantham à sa victoire électorale, avant d’élargir, dans sa seconde moitié, sur les années post-1990 et son regard critique envers John Major, son successeur. Pour suivre le fil chronologique du récit, il faut commencer par celui-ci.

Les premiers chapitres sont les plus personnels de l’ensemble autobiographique. Thatcher y peint son père, Alfred Roberts, épicier prospère, prédicateur méthodiste et conseiller municipal, qui lui transmet à la fois le goût du travail, une économie domestique rigoureuse et un conservatisme moral qu’elle ne reniera jamais. Elle évoque l’éducation stricte, la bourse obtenue pour étudier la chimie à Oxford, le barreau où elle se forme au droit fiscal, le mariage avec Denis Thatcher en 1951, la naissance des jumeaux Carol et Mark, l’entrée aux Communes à Finchley en 1959, puis son passage au ministère de l’Éducation où elle gagne son peu flatteur surnom de Milk Snatcher — « voleuse de lait » — pour avoir mis fin en 1971 à la distribution gratuite de lait aux écoliers de plus de sept ans.

Le tome éclaire surtout la formation intellectuelle de Thatcher. À partir de 1974, elle se rapproche de Keith Joseph, député conservateur qui mène la critique interne du parti après sa défaite électorale : il affirme que les conservateurs ont, depuis 1945, accepté un État-providence et une économie administrée qu’ils auraient dû combattre. Joseph cofonde le Centre for Policy Studies, un groupe de réflexion destiné à diffuser dans le Parti conservateur les idées du libéralisme économique. Il convainc Thatcher de lire Friedrich Hayek (La Route de la servitude) et Milton Friedman, deux économistes favorables à un État limité, à une politique monétaire stricte et à la primauté du marché — lectures qui fourniront l’ossature théorique de sa politique une fois au pouvoir. Elle raconte enfin la conquête du Parti conservateur en février 1975, contre Edward Heath qu’elle défie presque seule. C’est le plus autobiographique des deux tomes, le moins plombé par l’inventaire gouvernemental.


5. 10 Downing Street : Mémoires, tome 1 (Margaret Thatcher, 1993)

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Publié en anglais en 1993 sous le titre The Downing Street Years, traduit la même année chez Albin Michel, voici le gros bouquin : près de 800 pages consacrées aux onze années et demie passées à la tête du gouvernement britannique. Le récit est à la première personne, à la fois chronologique (les trois mandats successifs) et thématique (économie, syndicats, Europe, défense, Irlande du Nord).

Tout y passe. Les premières années, dominées par un resserrement monétaire brutal qui fait plonger la production industrielle et monter le chômage à plus de trois millions : en mars 1981, 364 universitaires britanniques — dont le futur gouverneur de la Banque d’Angleterre Mervyn King — publient une lettre ouverte au Times pour affirmer que cette politique ne peut pas fonctionner ; Thatcher maintient le cap, la reprise arrive fin 1982. La guerre des Malouines, quand elle décide d’envoyer une flotte à 13 000 kilomètres pour reprendre un archipel envahi par la junte argentine — opération réussie qui lui vaudra la réélection triomphale de 1983. La grève d’un an des mineurs (1984-1985), déclenchée par l’annonce d’un plan de fermeture de vingt puits déficitaires et menée par Arthur Scargill, leader marxiste de la National Union of Mineworkers : Thatcher gagne ce bras de fer parce qu’elle a pris soin, des années à l’avance, de constituer des stocks de charbon suffisants pour tenir sans les puits en grève. Le Big Bang de la City. L’attentat de Brighton du 12 octobre 1984, où une bombe de l’IRA explose dans l’hôtel où loge le gouvernement conservateur en plein congrès : cinq morts, Thatcher et son mari indemnes. Les relations avec Reagan (alliée inséparable) et Gorbatchev (« un homme avec qui l’on peut traiter »). Le long duel avec le président de la Commission européenne Jacques Delors, qui culmine dans le « No, no, no ! » lancé aux Communes le 30 octobre 1990 — réponse en trois refus aux propositions de Parlement européen renforcé, de Commission transformée en véritable exécutif et de Conseil transformé en sénat des nations. Enfin la poll tax et la fronde interne qui la pousse à la démission.

Le ton est celui de Maggie : phrases courtes, jugements tranchés, peu d’indulgence pour les adversaires et encore moins pour les ministres jugés défaillants. Chancelier de l’Échiquier, Nigel Lawson démissionne dès 1989 sur un désaccord de politique monétaire ; vice-Premier ministre, Geoffrey Howe claque la porte en novembre 1990 avec un discours de démission resté célèbre, qui ouvre la brèche ; Michael Heseltine s’y engouffre aussitôt pour défier Thatcher à l’élection du leadership du parti — les trois prennent pour leur grade. L’autojustification affleure souvent, bien entendu — on n’écrit pas ses mémoires pour raconter ses défaites — mais le document reste indispensable pour saisir la logique intérieure du thatchérisme, avec ses convictions affichées et ses silences. Certains chapitres économiques sont ardus ; d’autres se lisent comme un thriller politique.


6. Discours et conférences (1968-1992) (Margaret Thatcher ; textes choisis, traduits et présentés par Alain Laurent et Michel Lemosse, 2016)

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Publié en 2016 aux Belles Lettres dans la collection « Bibliothèque classique de la liberté », ce recueil comble une lacune ancienne : en français, on ne pouvait jusque-là approcher la pensée thatchérienne qu’à travers des biographies ou des traductions partielles. Alain Laurent, philosophe et directeur de la collection, et Michel Lemosse, professeur émérite de civilisation anglaise à l’université de Nice, ont sélectionné et traduit un ensemble qui couvre un quart de siècle d’interventions publiques. La préface a été confiée à Mathieu Laine.

Le recueil rassemble les textes que tout lecteur du thatchérisme doit connaître. Le discours de Kensington Town Hall du 19 janvier 1976, dans lequel Thatcher dénonce l’expansionnisme soviétique : quelques jours plus tard, l’hebdomadaire militaire soviétique Krasnaïa Zvezda la surnomme Iron Lady pour se moquer — la traduction donnera « Dame de fer », surnom qu’elle revendique aussitôt. Le discours du Collège de Bruges du 20 septembre 1988, prononcé face à un Jacques Delors qui venait d’appeler à une Europe plus intégrée, et dans lequel Thatcher pose les principes d’une Europe des nations et du marché — il deviendra le texte fondateur de l’euroscepticisme britannique. Le « No, no, no ! » aux Communes le 30 octobre 1990. L’allocution de La Haye en mai 1992, sa dernière prise de parole publique. S’y ajoutent plusieurs conférences sur l’économie, la défense, la morale et la religion — dont une intervention notable à l’Assemblée générale de l’Église d’Écosse en 1988, souvent appelée le Sermon on the Mound, où elle tente d’articuler christianisme et libéralisme économique.

L’intérêt du recueil tient à sa restitution sans filtre de l’argumentation thatchérienne, là où les biographies résument et les mémoires reconstruisent après coup. La cohérence du propos sur vingt-cinq ans est manifeste : liberté individuelle, responsabilité personnelle, limites de l’action publique, patriotisme, hostilité au supranationalisme. On peut ne pas partager ces convictions ; lire les textes tels qu’ils ont été prononcés permet au moins de discuter la Thatcher réelle plutôt que son double fantasmé.


7. Le jour où le monde a tourné (Judith Perrignon, 2022)

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Journaliste et écrivaine, Judith Perrignon s’empare du sujet en 2019 pour La Grande Traversée Margaret Thatcher, série documentaire diffusée sur France Culture. Elle prolonge le travail par un reportage au Royaume-Uni en février 2020, puis transforme l’ensemble en livre publié chez Grasset au printemps 2022. Le projet n’est pas biographique mais choral : il s’agit de rassembler des voix pour raconter ce que les années Thatcher ont fait à la société britannique. Les témoins sont nombreux — anciens mineurs (Chris Kitchen), activistes irlandais, journalistes, écrivains (David Lodge, Jonathan Coe), figures de l’opposition d’alors (Neil Kinnock, leader du Parti travailliste de 1983 à 1992), ministres conservateurs (Kenneth Clarke).

Le récit se déploie en cinq parties et revient sur les grands épisodes de la décennie 1979-1990. La grève des mineurs, avec la bataille d’Orgreave du 18 juin 1984 : la police montée charge plusieurs milliers de grévistes rassemblés devant une cokerie du Yorkshire, épisode longtemps présenté comme une intervention défensive avant que les archives ne révèlent une opération planifiée à l’avance. Les prisons nord-irlandaises et la grève de la faim de 1981 à la prison de Maze, où dix prisonniers républicains meurent pour obtenir le statut de prisonniers politiques que Londres leur a retiré en 1976 — dont Bobby Sands, membre de l’IRA provisoire élu député britannique quelques semaines avant de mourir à vingt-sept ans ; Thatcher refuse de céder. L’attentat de Brighton. La libéralisation financière du 27 octobre 1986. La poll tax et les émeutes de 1990. Perrignon écrit au lendemain du Brexit, avec l’idée très nette que les années Thatcher contiennent déjà notre présent : précarisation du travail, affaiblissement des services publics, concentration des médias entre les mains de quelques milliardaires, endettement privé devenu mode de vie, stigmatisation des plus pauvres.

Le parti pris est clairement assumé, et l’équilibre éditorial n’est pas recherché : Perrignon donne la parole à celles et ceux que la révolution conservatrice a broyés, et relit les années 1980 comme le point de départ du capitalisme dérégulé dans lequel nous vivons toujours. Vous pouvez ne pas partager cette lecture ; vous aurez du mal à nier que le livre forme un contrepoint nécessaire aux textes précédents, et tout particulièrement aux mémoires de l’intéressée. À lire en dernier, donc, quand vous avez déjà entendu l’autre partie du dossier.