Né le 28 janvier 1956 à Isahaya, dans la préfecture de Nagasaki, Suehiro Maruo est le benjamin d’une fratrie de sept enfants. Enfant taciturne à la maison, perturbateur à l’école, il quitte le lycée dès 1972 pour s’installer à Tokyo, où il enchaîne les petits boulots. À dix-sept ans, il soumet son premier manga au Weekly Shōnen Jump. Le verdict tombe : trop explicite. Il faudra attendre 1980 et la publication de Ribon no Kishi dans le mythique magazine underground Garo pour que Maruo fasse officiellement ses débuts comme mangaka.
Autodidacte, Maruo s’impose vite comme la figure de proue de l’ero-guro — contraction d’« érotique-grotesque », un courant artistique japonais né dans les années 1930 où le macabre côtoie la sensualité. Ses influences : les estampes cruelles (muzan-e) de Yoshitoshi, les poupées désarticulées de Hans Bellmer, le cinéma expressionniste allemand — du Cabinet du docteur Caligari à Fritz Lang —, le surréalisme de Dalí, et surtout l’univers d’Edogawa Ranpo, père du roman policier japonais (dont le pseudonyme est une japonisation phonétique du nom d’Edgar Allan Poe). Détail qui en dit long sur sa méthode : Maruo travaille seul, sans assistant ni ordinateur, et consacre environ deux jours à chaque planche.
Son travail a été remarqué tôt en France. En 1991, Jean Giraud, alias Mœbius, le publie dans un numéro spécial de la revue (À Suivre) avec cette présentation : « Maruo est l’incandescence totale de la colère sexuelle, de la volonté destructrice, de l’appel au secours permanent d’un enfant torturé. » Depuis, ses mangas sont édités en France principalement par Le Lézard Noir et Casterman. L’Île Panorama remporte le prix culturel Osamu Tezuka en 2009 ; Maruo est invité au Festival d’Angoulême en 2014. Signe de son rayonnement souterrain : Naoki Urasawa a nommé l’un des personnages de 20th Century Boys « Maruo » en son honneur, et le saxophoniste américain John Zorn a utilisé ses dessins pour illustrer des albums de son groupe Naked City.
Voici quatorze mangas, sans ordre de préférence, pour arpenter sa bibliographie.
1. La Jeune Fille aux camélias (1984)

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Nous sommes en 1938, au Japon. Midori, orpheline de douze ans, vend des fleurs de camélia dans les rues de Tokyo après la mort de sa mère — partiellement dévorée par des rats, rien de moins. Un homme lui promet de l’aider ; l’adresse qu’il lui donne la conduit tout droit au Cirque du Chat Rouge, une foire ambulante peuplée de phénomènes : une momie aux mains baladeuses, une charmeuse de serpents nymphomane, un hermaphrodite, un « bretzel humain »… Midori y est réduite au rang d’esclave, soumise aux brimades et aux humiliations de la troupe. L’arrivée du nain Masamitsu, petit illusionniste aux pouvoirs énigmatiques, va bouleverser ce sordide équilibre — sans offrir de salut pour autant.
La Jeune Fille aux camélias (Shōjo Tsubaki) est le premier titre de Maruo à lui valoir une reconnaissance durable. L’héritage de Freaks de Tod Browning y est revendiqué sans détour, mais Maruo y ajoute un surréalisme qui lui est propre. Le manga a été adapté en 1992 en film d’animation par Hiroshi Harada sous le titre Midori, puis en film live-action. En 2025, les éditions IMHO ont proposé une nouvelle édition augmentée avec une traduction inédite et seize pages en bichromie conformes à la version originale japonaise. C’est souvent par ce titre que les lecteur·ice·s découvrent Maruo — et comprennent qu’il ne fait pas dans la demi-mesure.
2. L’Île Panorama (2008)

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Hirosuké Hitomi est un écrivain raté qui rêve de bâtir un paradis terrestre inspiré d’un conte d’Edgar Poe. Lorsqu’il apprend la mort de son ancien camarade Genzaburô Komoda — riche industriel qui lui ressemble trait pour trait —, il conçoit un plan aussi audacieux que macabre : usurper l’identité du défunt, se faire passer pour un homme revenu d’entre les morts. La fortune de Komoda lui permet enfin de donner corps à son île utopique. Mais Hitomi, rongé par la mégalomanie, va rapidement transformer le rêve en cauchemar.
Adapté du roman éponyme d’Edogawa Ranpo publié en 1926, ce manga en un volume a marqué un tournant dans la carrière de Maruo. Les séquences de l’île elle-même, d’une minutie et d’une inventivité hallucinantes, fonctionnent presque comme des planches autonomes, détachées du récit. La première moitié, policière et tendue, cède la place à une seconde partie quasi onirique où Maruo déploie tout son talent de paysagiste du morbide. L’Île Panorama a remporté le prix culturel Osamu Tezuka (catégorie « Nouveauté ») en 2009 et le Grand prix de l’Imaginaire (catégorie « Manga ») en 2011. Il a également été nommé aux Eisner Awards en 2014. C’est probablement le titre le plus accessible de Maruo, et le premier à recommander à quiconque veut se frotter à son univers.
3. La Chenille (2009)

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Tokiko retrouve son mari, le lieutenant Sunaga, rapatrié après avoir été grièvement blessé au combat. L’homme qui lui revient n’est plus qu’un homme-tronc : amputé des quatre membres, sourd et muet. La famille se détourne de ce fils dont elle était si fière. Tokiko se retrouve seule avec ce corps meurtri qu’elle doit nourrir, laver, habiller. Dans leur couple, il ne reste plus que le regard et le toucher pour « se parler ». Le sexe va devenir leur unique moyen de communication — et les rapports de pouvoir entre les deux époux vont se renverser de façon vertigineuse.
Adapté de la nouvelle éponyme d’Edogawa Ranpo, publiée en 1929 puis censurée pendant la guerre, La Chenille a souvent été comparé à L’Empire des sens de Nagisa Ōshima pour sa charge érotique et politique. Maruo y retranscrit le Japon de l’ère Taishō (1912-1926) avec une précision obsessionnelle — il suffit d’observer les jardins de Tokiko, où chaque pétale et chaque insecte sont reproduits avec une minutie stupéfiante. L’épilogue de la traductrice Miyako Slocombe éclaire le contexte historique et les inspirations qui ont fait de Maruo un symbole de la sous-culture japonaise des années 1980. Le manga a été retenu en sélection officielle du Festival d’Angoulême 2011. C’est l’un des titres les plus éprouvants de Maruo — et, paradoxalement, l’un des plus justes.
4. Vampyre (1998)

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Le premier volume s’ouvre dans le Japon dévasté de l’immédiat après-guerre. Une femme errante, défigurée, est traquée par la population et finalement pendue puis enterrée. Son corps refuse de pourrir. Elle se relève. Elle devient vampire. Le récit bascule ensuite dans le Japon contemporain, où trois collégiens incarnent trois rapports différents au vampirisme : un garçon transformé en créature de la nuit, un autre qui tue ses camarades de façon atroce, et une jeune fille d’une innocence extrême. Entre humains et vampires, qui sont les véritables prédateurs ?
Ce diptyque, publié au Japon dans la revue Young Champion entre 1998 et 2003, est l’une des relectures les plus singulières du mythe vampirique. Maruo y élimine tout le folklore religieux habituel (croix, eau bénite, pieu) pour ne garder que la poésie macabre. Ses vampires ne sont pas des monstres gothiques mais des marginaux, des victimes retournées contre le monde qui les a rejetées. Graphiquement, c’est l’un de ses sommets : compositions empreintes de futurisme, contrastes noir/blanc tranchés, planches qui tiennent autant du tableau que de la séquence narrative. Il est par ailleurs fort probable que Vampyre ait influencé Shūzō Oshimi pour son manga Happiness. Le Lézard Noir a proposé une réédition reliée en 2019.
5. Tomino la maudite (2014)

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Un soir d’hiver, dans le Tokyo des années 1930, les jumeaux Shoyu et Miso sont abandonnés par leur mère alors qu’ils n’ont pas encore un an. Maltraités par leur famille adoptive, les enfants développent un lien quasi télépathique. Vendus à la foire aux monstres du cupide et amoral Herbert Wang, ils y trouvent un semblant de foyer parmi les phénomènes de foire — Elisa, la fillette aux huit membres, Shin, le jeune homme amputé d’une jambe, et les autres. Mais le monde du spectacle est lui aussi rongé par les appétits les plus vils, et les jumeaux, rebaptisés Tomino et Katan, vont être séparés et ballotés entre des adultes sans scrupule et la grande Histoire.
Tomino la maudite est, à ce jour, la série la plus longue de Suehiro Maruo — plus de 600 pages publiées entre 2014 et 2018 dans le magazine Comic Beam. Son titre s’inspire d’un poème maudit de Yaso Saijô publié en 1919, L’Enfer de Tomino, qui a engendré une légende urbaine tenace : quiconque le lirait à voix haute serait frappé par une malédiction mortelle. Maruo propose ici sa propre vision de ce texte cryptique et y greffe ses thèmes de prédilection : l’innocence avilie, le cirque, le Grand-Guignol. L’édition française chez Casterman (deux volumes épais, format cartonné, traduction impeccable de Miyako Slocombe) contient en bonus une interview croisée entre Maruo et le mangaka Atsushi Kaneko. Le manga a remporté le prix Asie de la Critique ACBD en 2021.
6. L’Enfer en bouteille (2012)

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Quatre nouvelles composent ce recueil. La première, qui donne son titre au volume, est adaptée d’un classique de Kyûsaku Yumeno (1889-1936), écrivain avant-gardiste japonais : un frère et une sœur, seuls survivants d’un naufrage, échouent sur une île déserte qui ressemble d’abord à un paradis. Mais à mesure qu’ils grandissent, le désir charnel naît entre eux, et la situation dégénère. Les trois autres histoires abordent des registres variés : La Tentation de Saint Antoine suit un abbé confronté à des visions de dépravation (avec des clins d’œil assumés à Dalí et Max Ernst) ; Kogané-Mochi raconte les déboires d’un masseur aveugle, avare et lubrique, piégé par ses voisins ; Pauvre grande sœur met en scène une jeune fille et son frère handicapé dans le Japon d’avant-guerre.
Ce recueil marque le moment où Maruo, après avoir adapté à plusieurs reprises Edogawa Ranpo, se tourne vers un autre géant de la littérature japonaise moderne. Le ton est plus retenu que dans ses recueils précédents : ici, l’horreur naît du quotidien — misère, cupidité, liens familiaux empoisonnés — plutôt que du fantastique. Le manga a été retenu en sélection officielle du Festival d’Angoulême 2015.
7. Lunatic Lover’s (2005)

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Sept histoires indépendantes, situées dans des époques et des lieux différents, racontent chacune l’irruption de l’horreur dans un monde en apparence bien ordonné. On y croise, entre autres, Hôrichi le désorejado, un jeune musicien traumatisé par la mort de son père, happé par des forces obscures après une expérience en mer — sa chute vers la folie est racontée comme une lente contamination. Le recueil aborde les déséquilibres du couple, la mortalité infantile, les séquelles de l’occupation américaine, le tout porté par un bestiaire personnel que Maruo déploie avec une inventivité sombre.
Initialement publié en France par Le Lézard Noir en 2006, Lunatic Lover’s a bénéficié en mars 2024 d’une réédition reliée, revue et corrigée, augmentée de chapitres inédits. C’est un concentré de ce qui fait la force des recueils de Maruo : des formats courts qui frappent fort et un sens de la composition qui transforme chaque planche en gravure vénéneuse. Le volume contient d’ailleurs deux histoires que l’on retrouve aussi dans la compilation anglophone Ultra-Gash Inferno.
8. Yume no Q-saku (1982)

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Recueil fondateur dans la bibliographie de Maruo, Yume no Q-saku rassemble des histoires courtes dans lesquelles l’auteur dessine un Styx fictionnel — un entre-deux peuplé de créatures difformes, de fantasmagories cruelles et de références littéraires, philosophiques et artistiques. Le sadisme y côtoie une forme d’humour déviant, et les dialogues, crus et poétiques à la fois, restent au service d’un dessin dont la virtuosité technique éclate déjà.
Ce volume est une pièce maîtresse des débuts de Maruo, à l’époque où il publiait régulièrement dans le magazine Garo. On y perçoit l’influence du marquis de Sade et des surréalistes, mais aussi une fascination proprement japonaise pour la monstruosité et la difformité. La préface d’Arnaud Viviant accompagne l’édition française. Le Lézard Noir a proposé une réédition reliée en tirage limité deluxe en mars 2024, au même titre que Lunatic Lover’s. Pour qui veut comprendre d’où vient l’ero-guro version manga, ce recueil est un passage obligé.
9. Le Monstre au teint de rose (1982)

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Première anthologie officielle de Maruo, Le Monstre au teint de rose (Barairono Kaibutsu) est le recueil qui a posé les fondations de tout ce qui allait suivre. Publié en 1982, deux ans à peine après ses débuts dans Garo, il réunit des histoires courtes où le jeune mangaka laisse libre cours à ses obsessions naissantes : corps difformes, érotisme trouble, mises en scène théâtrales et goût prononcé pour les atmosphères de foire et de cirque.
À l’époque de sa parution, Maruo avait vingt-six ans et s’était déjà vu coller l’étiquette « ero-guro » par le public japonais. C’est un ouvrage de jeunesse, avec ce que cela implique de fougue et d’irrégularité, mais le talent graphique y est déjà stupéfiant et la vision, totalement assumée. Le Lézard Noir l’a publié en France et il reste un objet de collection prisé des connaisseurs. Si vous souhaitez voir Maruo à l’état naissant, avant les adaptations littéraires et les prix, c’est ici que tout a commencé.
10. DDT (1983)

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DDT rassemble des histoires courtes du début des années 1980, période considérée par beaucoup comme la plus créative de Maruo. Drôles et absurdes, saturées de références au surréalisme et à l’expressionnisme allemand, ces nouvelles dessinées plongent tête la première dans ce que la sexualité et la violence ont de plus cru. Et pourtant — c’est tout le paradoxe de Maruo —, il s’en dégage un romantisme noir. Chaque planche fonctionne comme une pièce isolée, et le voyeurisme du lecteur·ice est sans cesse sollicité.
La critique BoDoï a bien cerné l’affaire : les planches de DDT sont « un domaine où cette encre noire d’une classe folle nous raconte le meurtre, le viol ou l’inceste — une liberté d’offenser qu’on se gardera de confondre avec une apologie ». C’est du Maruo à l’état brut, sans le vernis narratif de ses adaptations littéraires ultérieures. Le Lézard Noir en a proposé une nouvelle édition revue et corrigée en 2021. Réservé à un public très averti — ce qui, pour du Maruo, veut dire quelque chose.
11. Docteur Inugami (1994)

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Selon une légende du folklore japonais, un homme qui ne parvenait pas à assouvir sa vengeance enterra son propre chien, le nourrit de sa haine et en fit un inugami — un « dieu chien » — chargé d’aller déchiqueter son ennemi. À travers six histoires courtes, Maruo transpose cette terrible légende dans la société moderne. Le Dr Inugami, personnage énigmatique aux pouvoirs surnaturels, croise tour à tour un lycéen assoiffé de vengeance, une exorciste trouble, un père à la recherche de son enfant disparu, et même — dans la dernière nouvelle — des complots sataniques inspirés d’Aleister Crowley.
Ce one-shot, dessiné entre 1991 et 1994, est l’un des titres les plus « japonais » de Maruo, au sens où il plonge ses racines dans la cosmologie ésotérique nippone, ses shikigami et ses malédictions. Certaines images, sublimes et sanguinolentes, rappellent les estampes cruelles de l’époque d’Edo. Le récit est plus accessible que d’autres de ses travaux — l’érotisme y est moins prononcé, la violence plus stylisée que frontale —, ce qui le rend recommandable pour débuter avec Maruo si l’on a un faible pour l’horreur à la japonaise. Publié par Le Lézard Noir.
12. New National Kid (1999)

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Recueil de nouvelles issues de la fin des années 1980, New National Kid est l’ouvrage où Maruo pousse le plus loin les limites de la provocation. On y trouve notamment une uchronie où le Japon aurait remporté la Seconde Guerre mondiale contre les États-Unis en 1945 ; une parodie d’une légendaire chanteuse populaire japonaise des années 1970, métamorphosée en lycéenne diabolique ; et Somnambule, un récit hypnotique qui revisite M le maudit de Fritz Lang depuis l’intérieur de l’esprit du tueur Hans Beckert, dans un style résolument expressionniste.
C’est ici que les références culturelles de Maruo éclatent avec le plus de densité. Les passages les plus réussis — Somnambule en tête — comptent parmi les plus beaux morceaux de sa carrière. En revanche, les nouvelles comiques fonctionnent moins bien : quand Maruo quitte sa posture de poète noir pour jouer l’humoriste ou le faiseur de science-fiction, il perd de sa puissance. L’ensemble reste un recueil précieux, témoin d’un artiste en pleine liberté créatrice. Publié par Le Lézard Noir, avec une réédition en 2023.
13. Paraiso (2020)

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Le titre, qui signifie « paradis » en espagnol et en portugais, relève de l’ironie la plus corrosive. Cinq nouvelles composent ce recueil, toutes liées aux ravages de la Seconde Guerre mondiale. Dans les trois premières (Diabolique, Vagabond de guerre, Dodo, l’enfant do), des orphelins tentent de survivre dans les ruines de Nagasaki en 1945, entre un orphelinat catholique dirigé par un prêtre pédophile, la mendicité et la prostitution enfantine sous l’occupation américaine. Les deux dernières (Monsieur le Hollandais, La Vierge Marie) se déroulent dans le camp d’Auschwitz en 1941 et racontent le martyre du père Kolbe, prêtre franciscain qui se sacrifie pour sauver un autre détenu.
Paraiso est sans doute le manga le plus ancré dans le réel de toute la bibliographie de Maruo. L’horreur n’y vient plus du fantastique ni du grotesque, mais de l’Histoire elle-même. Fait inhabituel chez cet auteur, une lueur d’espoir traverse certains récits — la foi, y compris celle d’un mangaka fictif qui trouve la grâce au cœur même de l’enfer. L’imagerie rappelle parfois Jérôme Bosch, les icônes chrétiennes, les peintures de martyrs. Publié chez Casterman en janvier 2023, traduit par Miyako Slocombe.
14. Underground (2021)

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Dernier projet en date de Suehiro Maruo, Underground (titre original : An Gura) nous transporte dans le Tokyo de la fin des années 1960, à l’aube des mouvements contestataires qui vont secouer le Japon. La ville vit son miracle économique, lancée dans une course effrénée à la croissance. Dans cette métropole en pleine ébullition, un jeune homme tente de devenir artiste, à contre-courant d’une société qui ne laisse guère de place à la marginalité. On retrouve la violence et la sensualité habituelles de Maruo, mais le cadre — les sixties japonaises, un territoire qu’il n’avait jamais abordé — leur donne un relief différent.
Publié au Japon dans le magazine Comic Beam à partir de 2021, Underground est annoncé chez Casterman dans la collection Sakka pour une publication en France. Après Tomino la maudite et Paraiso, ce manga confirme l’intérêt de Maruo pour les récits au long cours inscrits dans la grande Histoire du Japon — et prouve, accessoirement, qu’à bientôt soixante-dix ans, il n’a pas fini de nous régaler.