Les 5 meilleurs livres de Thomas Bernhard

Les 5 meilleurs livres de Thomas Bernhard

Thomas Bernhard est un écrivain et dramaturge autrichien né le 9 février 1931 à Heerlen et mort le 12 février 1989 à Gmunden.


1. Le neveu de Wittgenstein

Le Neveu de Wittgenstein (Thomas Bernhard)

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En 1967, le narrateur commence son séjour à l’hôpital de pneumophtisiologie de la Baumgartnerhöhe (en Autriche), juste à côté de l’hôpital psychiatrique du Steinhof, où Paul Wittgenstein, le neveu du célèbre philosophe, est interné. Cette coïncidence est le prétexte à l’évocation de cet homme original, génial fou rejeté par sa famille, meilleur ami du narrateur, ballotté dans les services psychiatriques jusqu’à sa mort.

Le narrateur – en qui l’on reconnaît amplement les traits de Thomas Bernhard -, lui aussi mortellement atteint, assiste à la mort de cette figure tutélaire, dans laquelle il se projette. Texte de l’amitié, Le Neveu de Wittgenstein s’enrichit de ce double rapport à la mort, en un soliloque halluciné et impitoyable.

Confronté à ce personnage pittoresque et attachant, exceptionnel, perçu comme son double, rassurant et inquiétant, Bernhard confie des choses profondes et drôles, futiles et dérisoires, sur la vie, l’art, les prix littéraires, les cafés viennois, la maladie et l’amitié, dans un souffle partagé entre le désespoir et le rire.


2. Extinction

Extinction (Thomas Bernhard)

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Huit jours après avoir assisté au mariage de sa sœur dans le château familial de Wolfsegg, en Autriche, Mureau, le narrateur, rentré à Rome doit repartir. Cette fois, pour participer aux funérailles de ses parents et de son frère, morts dans un accident de voiture.

Brebis galeuse d’une famille attachée à ses traditions, héritier d’un domaine dont il n’a que faire, Mureau retourne dans ce lieu grandiose, avec ses rites respectés et bafoués à la fois par son père, ancien membre du parti nazi, par sa mère, maîtresse de l’archevêque Spadolini, haut dignitaire du Vatican. Il lui faudra raconter tout cela pour « éteindre » définitivement tout ce qui le rattachait encore à son enfance et à sa jeunesse.

De toutes les œuvres de Bernhard, celle-ci est la plus romanesque : un décor fabuleux, un personnage fascinant (l’archevêque) donnent une dimension impressionnante à l’histoire qui finit, dans la description des funérailles, par une sorte de crépuscule des dieux, devenus des marionnettes sinistres sur la scène du monde actuel, où tout s’effondre.


3. Maîtres anciens

Maîtres anciens (Thomas Bernhard)

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Dans le Kunsthistorisches Museum, à Vienne, Atzbacher, le narrateur, a rendez-vous avec Reger, le vieux critique musical. Atzbacher est arrivé une heure à l’avance pour observer Reger, déjà installé dans la salle Bordone, assis sur la banquette qu’il occupe chaque matin depuis dix ans, face à L’Homme à la barbe blanche du Tintoret. Pendant une heure, le narrateur se rappelle les citations de Reger ou des conversations portant sur lui.

Dans un deuxième temps, qui commence à l’heure précise du rendez-vous, c’est la parole même de Reger qui résonne dans la salle Bordone, comme sous l’effet d’une nécessité vitale. Sur le mode de la diatribe, variant avec fureur et allégresse se succèdent les thèmes (qui sont des cibles) chers à Bernhard dans cette comédie (le sous-titre de l’œuvre) qui n’est autre que celle de l’art, des artistes, des écrivains, des compositeurs…

Aux exagérations coutumières, l’auteur ajoute le mauvais goût des Hasbourg, l’institution des musées, l’autorité des maîtres anciens, l’enfance, les toilettes viennoises, les journaux, les femmes de ménage, Beethoven… Des imprécations, en une langue exaltante et libératrice, qui finissent toujours par forcer le rire au bout du désespoir.


4. L’origine

L'origine (Thomas Bernhard)

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Salzbourg, c’est la beauté, l’art, la culture. C’est aussi une ville au climat pourri, peuplée de bourgeois bornés, mesquins, matérialistes, hypocrites, une ville haïe de l’auteur qui y est né, qui ne peut jamais y retourner sans se sentir de nouveau accablé par l’atmosphère qui s’en dégage, où tout être sensible se sent condamné à tous les abandons et parfois au suicide.

C’est l’idée du suicide qui obsédait le collégien lorsque, dans le cagibi à chaussures de l’internat où l’avait placé son grand-père, il étudiait le violon. Internat dirigé par un nazi, selon des méthodes éprouvées, guère différentes de celles des bons catholiques qui le remplacèrent après la défaite. Entre-temps il y a eu la guerre et les bombardements avec leurs visions d’horreurs.

Premier volume autobiographique de Thomas Bernhard, L’origine nous plonge dans l’enfer quotidien de l’internat dans lequel il a passé son adolescence. D’abord tenu par les nazis, il est reconverti en établissement catholique, après la chute du IIIe Reich, mais les méthodes restent les mêmes… Un surprenant roman d’éducation écrit dans une langue admirable.


5. Le naufragé

Le Naufragé (Thomas Bernhard)

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Glenn Gould, Wertheimer et le narrateur se sont rencontrés, il y a vingt ans, au Mozarteum de Salzbourg, pour y suivre les cours d’Horowitz. D’emblée, Gould s’est imposé comme musicien génial, tandis que ses deux comparses, écrasés par la personnalité du pianiste, ont perdu toute illusion d’une carrière de virtuose.

Le narrateur a lâchement abandonné son Steinway pour la rédaction toujours recommencée d’un essai sur Gould. Wertheimer a choisi de sombrer, doucement, définitivement, jusqu’au suicide, par pendaison, dans la maison de sa sœur. C’est ce destin terrifiant, grotesque et absurde, que retrace le narrateur peu après le suicide, en même temps qu’il dessine le portrait complexe de Gould, à travers un long monologue. Un « je » intérieur qui n’est jamais qu’un survivant, un suicidé en sursis, devancé par son ami.

Réflexion sur la réalisation inéluctable d’une pensée suicidaire, « un suicide mûrement réfléchi », Le Naufragé est un parcours sans échappatoire de la dégradation, de l’autodestruction, au rythme des Variations Goldberg et de L’Art de la fugue. C’est aussi l’occasion, pour Thomas Bernhard, toujours furieux et drôle, de déclamer le caractère dérisoire de ce triomphe de survivre, simple degré de plus dans le malheur.

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