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Que lire sur Thomas Jefferson ?

Que lire sur Thomas Jefferson ?

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Thomas Jefferson (1743-1826) est l’un de ces personnages que chaque génération d’historien·ne·s redécouvre — et réévalue, souvent sévèrement. Troisième président des États-Unis, principal rédacteur de la Déclaration d’indépendance de 1776, il donne à la jeune République américaine son assise philosophique : l’idée que tout être humain possède des droits inaliénables — la vie, la liberté, la recherche du bonheur — et que l’État n’existe que pour les protéger. Il emprunte ces principes au philosophe anglais John Locke et y ajoute, sous l’influence de Montesquieu, la séparation des pouvoirs entre exécutif, législatif et judiciaire. Mais Jefferson n’est pas qu’un théoricien. Architecte (on lui doit les plans de sa résidence de Monticello et ceux de l’université de Virginie), naturaliste amateur, musicien, il est aussi ambassadeur à Paris de 1784 à 1789, où il fréquente La Fayette et les cercles libéraux à la veille de la Révolution française. C’est encore lui qui, en 1803, rachète à Napoléon l’immense territoire de la Louisiane — plus de deux millions de kilomètres carrés, de la Nouvelle-Orléans aux Rocheuses — et double d’un trait de plume la superficie de son pays.

Reste ce que Jefferson préférait taire. Il possède des centaines d’esclaves tout au long de sa vie. Il dénonce l’esclavage dans ses écrits de jeunesse, puis renonce à toute mesure d’abolition, persuadé que Blancs et Noirs ne peuvent cohabiter en société libre. Après la mort de sa femme Martha en 1782, il entretient pendant des décennies une liaison secrète avec Sally Hemings — une jeune femme métisse réduite en esclavage dans sa propre maison, qui n’est autre, par leur père commun John Wayles, que la demi-sœur de sa défunte épouse. Il a six enfants avec elle ; cette filiation, longtemps niée par ses descendants blancs, a été confirmée par des tests ADN en 1998.

Voici les principaux ouvrages disponibles en français pour se confronter à ce personnage, à ses idées et à ses contradictions.


1. Thomas Jefferson : Le président américain francophile (Laurent Zecchini, 2025)

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Correspondant du Monde à Washington, Londres et Jérusalem pendant plus de trente-cinq ans, Laurent Zecchini a publié en 2019 chez Fayard une biographie de La Fayette qui a reçu le prix du Nouveau Cercle de l’Union. Il consacre aujourd’hui un livre à Jefferson sous un angle précis : sa francophilie. Le livre retrace l’ensemble de la trajectoire — de la plantation virginienne à la Maison-Blanche —, mais c’est le séjour parisien de Jefferson (1784-1789) qui en constitue le pivot. Zecchini montre comment l’ambassadeur ouvre sa demeure à La Fayette, à Mounier et aux frères Lameth pour des discussions politiques intenses, et comment ce contact direct avec les idées révolutionnaires françaises nourrit sa vision d’une Amérique décentralisée, hostile à la concentration du pouvoir.

L’un des mérites du livre est de ne rien passer sous silence. Zecchini consacre des pages substantielles à la relation avec Sally Hemings, aux remarques racistes de la correspondance de Jefferson, et au fossé entre les principes universalistes de la Déclaration d’indépendance et le quotidien d’un planteur esclavagiste. Il replace aussi Jefferson dans le paysage politique américain d’aujourd’hui : ses idées — la méfiance envers le pouvoir fédéral, la foi dans l’autonomie locale — restent revendiquées aussi bien par la gauche libertarienne que par la droite constitutionnaliste. Si vous n’avez encore jamais ouvert de bouquin sur Jefferson, celui-ci est un bon point de départ : il donne les repères essentiels sans simplifier le personnage.


2. Thomas Jefferson : De la liberté en Amérique (Yves Mossé, 2021)

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Yves Mossé n’est ni universitaire ni journaliste : élève de l’ENA, haut fonctionnaire, il sillonne les États-Unis depuis plus de cinquante ans, après un premier séjour d’études à Seattle à l’âge de dix-sept ans. Auteur d’une biographie de Theodore Roosevelt (La Jeune Amérique, 2013), il s’attaque ici à Jefferson avec une question directrice : comment cet homme a-t-il pu poser les fondements de la démocratie américaine — décentralisation, fédéralisme, autonomie des États —, lui qui refuse d’abolir l’esclavage et qui prépare le déplacement forcé des peuples autochtones vers l’ouest du Mississippi ?

Le bouquin — 444 pages tout de même — couvre quarante ans de vie politique, de la rédaction de la Déclaration d’indépendance jusqu’à la retraite à Monticello. Mossé s’appuie sur l’historiographie la plus récente pour reconstituer les grands épisodes : l’achat de la Louisiane à Bonaparte, l’expédition de Lewis et Clark à travers le continent, et surtout la rivalité avec Alexander Hamilton, chef de file des fédéralistes, qui voulait un État central fort, une banque nationale et une économie industrielle — l’exact opposé du projet jeffersonien d’une Amérique de petits propriétaires terriens et d’États souverains.

Mossé a aussi le mérite de rappeler que Jefferson, dans ses dernières années, estimait la guerre de Sécession inévitable. En 1820, le compromis du Missouri trace une ligne à travers les nouveaux territoires : au nord, l’esclavage est interdit ; au sud, il est maintenu. Alors âgé de soixante-dix-sept ans, Jefferson comprend que cette ligne est une fracture ; il meurt en 1826, trente-cinq ans avant le début du conflit, mais il perçoit déjà que le compromis ne tiendra pas. Si vous cherchez une biographie de fond, soucieuse de suivre Jefferson pas à pas et de ne rien lui épargner, c’est celle-ci.


3. Observations sur l’État de Virginie (Thomas Jefferson, 1785 ; édition française de François Specq, 2015)

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C’est l’unique livre que Jefferson ait jamais publié. En 1780, en poste à Philadelphie, le diplomate français François Barbé-Marbois envoie aux gouverneurs des treize États américains une série de questions destinées à renseigner la France sur cette nouvelle nation avec laquelle elle vient de s’allier. Alors gouverneur de Virginie, Jefferson prend l’exercice au sérieux — très au sérieux. Sa réponse, rédigée sur plusieurs années et publiée à Paris en 1785 sous le titre Notes on the State of Virginia, dépasse de loin le questionnaire initial. À travers vingt-trois chapitres — des frontières aux manufactures, des rivières aux lois, de la faune aux religions —, il dresse un inventaire encyclopédique de la Virginie, alors le plus vaste État de la jeune nation, et s’en sert pour penser l’Amérique tout entière.

Ce qui pourrait passer pour un catalogue administratif se révèle un condensé de la pensée de Jefferson. On y découvre sa célèbre querelle avec le naturaliste Buffon, qui soutenait que le climat américain produisait des animaux plus petits et plus faibles que ceux d’Europe — piqué au vif, Jefferson fit expédier à Paris un squelette d’élan pour prouver le contraire. On y lit aussi sa défense de la liberté religieuse, son plaidoyer pour la création d’écoles publiques gratuites (une idée radicale à l’époque) et, dans les pages consacrées aux lois, ses réflexions sur l’esclavage — où il avance, en contradiction flagrante avec les principes de sa propre Déclaration d’indépendance, l’hypothèse d’une infériorité intellectuelle des Noirs.

Professeur de littérature américaine à l’ENS de Lyon, François Specq signe pour les Éditions Rue d’Ulm une traduction entièrement nouvelle. La précédente, réalisée en 1786 par l’abbé Morellet, avait été faite sans l’accord de Jefferson ; Morellet avait réorganisé les chapitres et pris d’amples libertés avec le texte, ce qui avait rendu l’auteur furieux. L’édition s’accompagne d’une postface d’une cinquantaine de pages, dans laquelle le traducteur défend une thèse forte : c’est la nature américaine — ses fleuves, ses montagnes, son immensité — qui, chez Jefferson, sert de socle au projet national, là où les vieilles nations européennes s’appuyaient sur une histoire et des origines communes. Si vous ne deviez lire qu’un seul écrit de Jefferson, ce serait celui-là.


4. Écrits politiques (Thomas Jefferson, édition d’Alain Laurent, 2006)

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Cette anthologie, publiée aux Belles Lettres dans la collection « Bibliothèque classique de la liberté » et traduite par Gérard Dréan, rassemble des textes — discours, lettres, mémorandums — dont beaucoup étaient jusqu’alors inédits en français. On y retrouve la philosophie politique de Jefferson déjà esquissée dans la Déclaration d’indépendance, mais ici développée, nuancée et parfois infléchie au fil des décennies. La séparation de l’Église et de l’État, le contrôle des gouvernants par les citoyens, le refus de toute aristocratie héréditaire, la défense d’un État fédéral aux prérogatives limitées : ces thèmes, qui structurent sa pensée, sont ici accessibles dans ses propres mots.

Le recueil rend visible une tension qui traverse toute l’histoire politique américaine et dont Jefferson est l’un des premiers artisans : d’un côté, la tradition libérale (dite whig), qui veut avant tout protéger l’individu contre les abus du pouvoir — moins d’État, moins d’impôts, moins de contraintes ; de l’autre, l’idéal républicain, qui exige des citoyens une participation active à la vie publique et un souci du bien commun. Jefferson tente de les concilier, et c’est dans cette correspondance qu’on le voit hésiter, ajuster, parfois se contredire. Les lettres révèlent aussi un homme aux prises avec les événements de son temps : les guerres contre les nations autochtones, la rivalité avec l’Angleterre, l’esclavage qu’il condamne dans ses principes mais tolère dans sa vie. Un recueil à garder sous la main pour lire Jefferson dans le texte plutôt qu’à travers le filtre de ses biographes — et mesurer par soi-même l’écart entre la pensée et la pratique.